L’Accord de libre-échange nord-américain, généralement désigné sous l’acronyme ALENA (NAFTA en anglais et TLCAN en espagnol) est l'accord instituant une zone de libre-échange entre Canada, les États-Unis et le Royaume-Unis, de 1994 à 2020. Il est par la suite remplacé par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) le Danièle Favari, Pour tout comprendre aux accords de libre-échange de nouvelle génération : JEFTA, MERCOSUR, ALENA, TAFTA, CETA. Paris, Éditions L’Harmattan, 2019, p. 97..

Traité économique ayant pour but de faciliter les échanges commerciaux entre les trois États d’Amérique du Nord, l'ALENA ne concerne finalement que deux frontières nationales communes. Il élimine la majorité des formes de barrières possibles pouvant nuire aux échanges de biens et services, de même qu’aux investissements faits entre ces derniersFry et Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 », p. 28..

Regroupant trois pays faisant partie du Groupe des vingt (G20), dont les Etats-Unis, première puissance mondiale, l’ALENA est une entité régionale qui tient une place importante dans l’économie mondiale. Il s'agit par ailleurs du premier accord de libre-échange signé par les États-Unis avec un pays en développement (le Mexique)Deblock, « L'ALENA, tremplin ou trappe ? », p. 4..

En 2015 son marché de consommation rassemble alors 475 millions de personnes.

Accords précédents Le politologue Earl Fry considère la création de l’ALENA comme un « lent » et « laborieux » processus remontant aussi loin qu’au Fry et Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 », p. 20..

1783 à 1945 La reconnaissance officielle de l’indépendance des États-Unis par la Grande-Bretagne en 1783, puis le déplacement des colons américains loyaux à la Couronne britannique dans les territoires nord-américains représente la première rupture entre le Canada et les États-Unis.

Alors que les Articles de la Confédération de 1781 prévoient que les colonies britanniques d’Amérique du Nord puissent la rejoindre à tout moment, aucune colonie britannique d’Amérique du Nord ne rejoint les États-Unis dans les décennies qui suivent l’indépendance des États-Unis. Les loyalistes exilés représentent donc la première figure de résistance à une éventuelle collaboration entre les États-Unis et le Canada.

En 1854, le traité de réciprocité canado-américain de 1854, aussi appelé traité Elgin-Marcy, instaure une première forme de libre-échange entre les États-Unis et les colonies britanniques d’Amérique du Nord. Bien que de courte durée [manque dates], ce traité instaure un précédent entre les deux nations.

Lors de la création du Dominion du Canada le avec l’entrée en vigueur de la Loi constitutionnelle de 1867, Sir John A. Macdonald essaye en vain de restaurer l’entente de libre-échange entreprise avec le traité de réciprocité canado-américain.

En 1911, une nouvelle forme d’accord bilatéral pour le commerce entre les États-Unis et le Canada voit le jour sous le gouvernement libéral de Sir Wilfrid Laurier. Mais les élections de la même année et la défaite du parti de Laurier y mettent toutefois aussitôt fin.

Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) : 1947 - 1989 Dès 1947, avec la signature de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), le libre-échange entre en vigueur en Amérique. Les vingt-trois pays participants tentent alors de remédier au problème des barrières au commerce international qui se sont instaurées entre les pays après la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale. La solution pour atteindre une réduction significative des tarifs et des quotas d’importation entre ces pays est alors de créer un accord qui vise à réduire les barrières commerciales de façon consentie entre les membres, dont fait partie le CanadaJacques Parizeau, « La liberté des échanges, les droits des multinationales et le dilemme de l’État : Réflexion sur le sommet des Amériques, une fois la fumée dissipée »..

À partir des années 1970, les relations s'amenuisent entre les deux pays, entre autres en raison des mesures protectionnistes adoptées sous la présidence de Richard Nixon et du repli nationaliste du Canada débuté avec le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau Dorval Brunelle, L’ALÉNA à 20 ans : un accord en sursis, un modèle en essor. Actes du Colloque annuel de l’Institut d’Études Internationales de Montréal. Montréal, Les Éditions de l’Institut d’Études Internationales de Montréal, 2014, p. 18.. Deux dynamiques de politique intérieure canadienne viennent en particulier sur cette période complexifier la mise sur pied d'une union économique libérale avec les États-Unis. La première est l'élection au Québec du Parti québécois en et la tenue du référendum québécois en . La seconde est la création de Petro-Canada, organisme visant à nationaliser le commerce du pétrole, qui entraîne un mécontentement généralisé dans les provinces de l’OuestBrunelle, L’ALÉNA à 20 ans, p. 18..

Accord de Libre Echange (ALE) : 1989-1994 Les relations commerciales bilatérales entre le Canada et les États-Unis s’intensifient à partir de 1987 avec l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALÉ)Parfois défini sous l’acronyme « ALECEU » et d’autre fois sous l’acronyme « ALECA ».. Les négociations de l’accord à Québec débutent lors du « Shamrock Summit » entre le président des États-Unis Ronald Reagan, et le premier ministre du Canada Brian Mulroney, les 17 et . Après deux ans de négociations, l’accord est signé le , pour entrer en vigueur le .

Lorsque l’ALE entre en vigueur en 1989, le président du Mexique Carlos Salinas de Gortari ne reste pas indifférent. Il demande à l’administration George H.W. Bush de considérer l’ajout du Mexique dans un nouvel accord de libre-échange. Salinas croit alors fermement que le Mexique est prêt à libéraliser ses politiques économiques et à passer au statut de marché émergeant. L’entrée réussie du Mexique dans l’AGETAC trois ans plus tôt (en 1986), est en bonne partie responsable de cet entrain. Le Mexique est alors encore un pays en voie de développement et ses relations économiques et politiques avec les États-Unis sont relativement précaires. Pourtant, Carlos Sainas de Gortari demeurait convaincu qu’une entente bilatérale avec les États-Unis serait bénéfique aux deux parties. L’histoire lui donnera plutôt raison : en 2015, le PIB du Mexique le classe au rang des pays riches, lui permettant de faire partie du G20Fry et Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 », p. 21-22..

ALENA (1994-2020) vignette|250x250px|Signature de l'Accord de libre-échange nord-américain, en 1992. Un élargissement de l'ALE plutôt qu'une Zone de libre-échange des Amériques

Contexte global d'intégration économique régionale Entre 1990 et 1994, plus de 15 accords bilatéraux sont signés. L’accord de libre-échange G3 entre le Mexique, le Venezuela et la Colombie entre également en vigueur. Il y a de fait une intensification de l’interdépendance régionale et le régionalisme ouvert s’intensifie partout dans le mondeYves Chaloult, « ALENA et intégration des trois Amériques : vision et rôle des agents de changement », Nouvelles pratiques sociales, vol. 7, n° 2, 1994, p. 209..

En 1994, deux grands phénomènes d’intégration économique régionale sont perceptibles à travers le monde : l’Union européenne (UE) et l’ALENA. Lorsque l’ALENA entre en vigueur au début de 1994, l’Union européenne réunit alors 12 pays membres. Au cours de l’année 1994, l’Autriche, la Finlande, la Norvège et la Suède achèvent leurs négociations pour leur adhésion à l’UE, alors que la Hongrie et la Pologne soumettent leurs demandes respectivesBrunelle, L’ALÉNA à 20 ans, p. 16-17..

Choix des États-Unis de maintenir leur leadership Pendant ce temps, au sommet des Amériques de Miami en , un vaste projet d’intégration de 34 pays en Amérique est mis de l’avant par les États-Unis et défini par les 34 chefs d’État. Ce projet a pour nom la Zone de libre-échange des Amériques, désigné sous l’acronyme « ZLÉA »Christian Deblock et Dorval Brunelle, « De I'ALE à la ZLEA : régionalisme et sécurité économiques dans les Amériques », Études internationales, vol. 28, , 1997, p. 318.. Au même titre que l’Union européenne, la ZLÉA a pour objectif de jeter les bases d’une communauté des démocraties à une échelle continentaleViau, Rioux et Deblock, L’ALENA conjugue au passé, p. 10.. Si ce projet n’entre finalement jamais en vigueur, il démontre néanmoins très clairement l’intérêt généralisé de l’époque pour le régionalisme et pour le passage quasi obligé entre l’économie nationale et une économie globale. Résultant de l’échec de la ZLEA, on trouve d’un côté le modèle de régionalisme promu par les États-Unis et l’ALENA, qui s’oppose à la création d’institutions supranationales et qui maintient les États-Unis en tant que pôle d’attraction des forces vives et des bénéfices de l’intégration continentale, et, de l’autre côté, le modèle d’intégration défendu et promu par l’UE, qui fonctionne « par le haut », c’est-à-dire à l’aide d’institutions principales et de règles qui régissent les différents membres de l’UnionGagné, « L’identité québécoise et l’intégration continentale » ; p. 54 ; Brunelle, L’ALÉNA à 20 ans, p. 16-17..

Élargissement de l'ALE finalement exclusivement mexicain Cinq ans seulement après son entrée en vigueur (1989) , L’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis est remplacé en 1994 par l’ALÉNAFry et Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 », p. 21.Texte de l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis d'Amérique. Consulté le juin 2023..

Plutôt qu'un traité de libre-échange bilatéral avec le Mexique, les États-Unis priorisent donc une association trilatérale avec le CanadaFry et Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 », p. 22., sur la base générale de l’ALÉ. l'accord est signé par le premier ministre du Canada Brian Mulroney, le président des États-Unis George H. W. Bush et le président du Mexique Carlos Salinas de Gortari le Earl Fry, Laure Géant (trad.), « L’ALENA fête ses 20 ans : fondement de l’intégration économique nord-américaine ou victime du repli national ? », Politique américaine, vol. 25, n° 1, 2015, p. 21-22.. Deux ententes parallèles en lien avec le travail et l’environnement sont par ailleurs discutées, ajoutées et signées en 1993.

L'élargissement de l'accord implique désormais de prendre en compte les besoins commerciaux de plus de deux pays, et l’accord est alors ouvert à d’autres pays d'Amérique. Le Chili notamment, signale son intérêt de se joindre à l’accord lors du Sommet des Amériques qui se tient à Miami en . Finalement non signataire, le Chili développera séparément des accords bilatéraux de libre-échange avec chacun des pays de l’ALENADeblock, « L'ALENA, tremplin ou trappe ? », p. 3.. Sur ce point, les 34 chefs d’État et de gouvernement d’Amérique, bien qu’ils ne soient à priori pas inclus dans l’accord, s’entendent très bien sur la portée que doit avoir l’ALENA : .

La ratification du traité prend fin au même moment que le Sommet des Amériques a lieu et l’ALENA entre officiellement en vigueur le , pour une période de 26 ansChristian Deblock, « L'ALENA, tremplin ou trappe ? », Montréal, Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation (CEIM), 2010, p. 3..

Réception mitigée

Mexique et en Amérique latine L’exemple le plus concret de cette opposition à l’accord en Amérique latine est sans équivoque l’entrée sur la scène médiatique de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) le même jour que l’entrée en vigueur de l’ALENA. Cette opposition est menée par la communauté autochtone du Chiapas, au Mexique. Bien que le soulèvement de l'EZLN n’empêche pas l’application de l'ALÉNA, l’impact symbolique de son opposition radicale envers l’ouverture des marchés, et particulièrement envers l’ALENA, est quant à lui bien réel. Son opposition se fait l’écho d’une nouvelle radicalité présente en Amérique latine, de même qu’ailleurs à travers le monde.

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