vignette|redresse|portrait d'après original grec copie romaine. Démocrite d'Abdère (en grec / , « choisi par le peuple »), né vers à Abdère et mort en , est un philosophe grec considéré comme matérialiste en raison de sa conception d'un Univers constitué d'atomes et de vide.
Il a été un disciple de Leucippe, le fondateur de l'atomisme ; Diogène Laërce attribue injustement l'ouvrage de Démocrite à propos de l'atomisme à Épicure X.
Strabon, qui se base sur l'opinion de Posidonios, dit que l'atomisme doit être attribué à Mochus, proto-philosophe de Sidon, qui fut antérieur à la guerre de Troie (qui vécut donc bien avant Leucippe et Démocrite).
Les contributions exactes de Démocrite sont difficiles à démêler de celles de son mentor Leucippe, car ils sont souvent mentionnés ensemble dans les textes des doxographes. Leurs spéculations sur les atomes se rapprochent de la compréhension du de la structure atomique. C'est pourquoi Démocrite est considéré a posteriori comme le plus scientifique des philosophes grecs, voire comme le « père de la science moderne »Pamela Gossin, Encyclopedia of Literature and Science, 2002., bien que ses idées reposent sur des bases très différentes de celle-ci. La véritable convergence se situe dans le doute et le scepticisme de Démocrite, qu'il exprime par la phrase : , proche de la démarche du chercheur moderne, toujours critique, se tenant prudemment à l'écart des certitudes établiesFragment 117. Voir Jean Salem, Démocrite : Grains de poussière dans un rayon de soleil ; éditions Vrin, 1996, p. 161..
Largement ignoré dans l'Athènes antique, Démocrite était pourtant bien connu de son compatriote Aristote. Platon aussi connaissait l'atomisme démocritéen, comme on le voit dans le Timée, 33 a et 81 c-d ; lire aussi la notice par Albert Rivaud, société d’édition « Les Belles Lettres », 1949, pages 85 et 110. (qu'il appelait les atomistes "amis de la Terre" dans ses dialogues) où des analogies évidentes existent entre, d'une part, l'atomisme platonicien et sa conception de la pathologie des tissus, et d’autre part, les maladies et la mort de l'organisme vivant et du cosmos chez DémocriteCharles Mugler, « Démocrite et l’irradiation cosmique », Revue d’histoire des sciences, tome XX, 1967, 227-228.. De telles analogies suggèrent l'hypothèse d'une influence de Démocrite sur certaines pages du Timée. Mais, Platon ne nomme jamais Démocrite, ce qui a autorisé un anti-platonicien comme Aristoxène à formuler une explication :
Le silence de Platon à l'endroit de Démocrite n'est sans doute pas anodin, d'autant plus qu'il n'oubliait pas de citer les pythagoriciens, Héraclite et Parménide, le cas échéant.
Démocrite est souvent classé arbitrairement par les exégèses contemporains parmi les présocratiquesMichel Onfray conteste cette appellation de présocratique car elle fait de Socrate la référence de base. Il préfère l'appellation « Philosophe Abdéritain ». du point de vue philosophique, bien qu'il soit un peu plus jeune que Socrate (469-399), et qu'il soit mort quelque trente années après lui.
Biographie thumb|upright|Démocrite méditant sur le siège de l'âme par Léon-Alexandre Delhomme dans le jardin du musée des beaux-arts de Lyon. Inscription sur la plaque : « Hippocrate arriva dans le temps / Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens / Cherchait dans l'homme et dans la bête / Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête. » La FontaineLivre VIII, fable XXVI, Démocrite et les Abdéritains..
Démocrite, troisième fils d’Hégésistrate, d’Athénacrite ou de Damasippe, est né à Abdère, dans la olympiade (460–457) ou, selon d’autres, dans la (en 470-469). Actif vers 433 av. J.-C., il serait mort à l’âge de 103 ans (entre 366 et 356).
Il aurait été éduqué par des mages perses qui lui apprirent la théologie et l’astronomie, après que , roi des Perses, eut atteint Abdère en 480 av. J.-C.Selon , IX. puis fut le disciple de Leucippe, actif vers Cette anecdote est loin d'être clairement attestée.
Un grand voyageur Après avoir hérité d’une forte somme d’argent de son père, il voyagea beaucoup.
Démocrite apprit la géométrie auprès des prêtres d’Égypte, et l’astrologie en PerseD’après Antisthène de Rhodes (Diogène Laërce, IX, 34).. Il aurait également voyagé en Inde, où il aurait rencontré les gymnosophistes, en Éthiopie et en Babylonie. Il serait même allé à Athènes, rencontrant Socrate sans s'en faire connaître, par indifférence pour la gloire. Selon Diogène Laërce, le personnage inconnu de Les Rivaux (dialogue apocryphe de Platon) qui discute de philosophie avec Socrate pouvait être Démocrite. Ce passage à Athènes était néanmoins considéré déjà comme douteux dans l’Antiquité.
De son côté, l'historien Diodore de Sicile dans son ouvrage historique (livre I, XCVI) mentionne aussi son voyage en Égypte, mais avec bien peu de détails et en termes vagues, ce qui n'accrédite pas vraiment un déplacement de Démocrite - pendant une longue période -, dans ce pays prestigieux aux yeux des Grecs. Pour certains spécialistes universitaires la citation rapportée par Clément d'Alexandrie sur les nombreux voyages de Démocrite semblerait apocryphe.De plus dans l'Antiquité, il apparaît que de nombreux auteurs ont publié leurs œuvres plus ou moins fantaisistes sous le nom prestigieux de Démocrite (dont Bolos de Mendès l'alchimiste). Néanmoins un témoignage assez fiable accrédite les voyages de Démocrite en Asie, notamment à Babylone. En effet le rhéteur Elien rapporte que Théophraste loue Démocrite d'avoir réalisé ses voyages dans le but d’acquérir une richesse - le Savoir - bien supérieure à un projet de simples marchands phéniciens.
De retour de ses voyages, ayant dilapidé sa fortune, une disgrâce imprévue l'attendait. Ses ennemis l'accusèrent d'avoir dissipé tout son patrimoine en des voyages inutiles entrepris par une vaine curiosité. Le Philosophe parut devant le Sénat d'Abdère, et pour toute défense, il se contenta de lire les premières pages d'un traité nommé Grand ordre du monde qu'il venait de finir. Les juges frappèrent des mains, et lui donnèrent mille louanges ainsi qu'une récompense de 500 talents. Il vécut ensuite dans la pauvreté, et fut entretenu par Damaste, son frère.
D’autre part, selon Pline l'Ancien, (la même anecdote est attribuée à Thalès, en des termes légèrement différents), il aurait prouvé à ses concitoyens qui « dénigraient les études auxquelles il se livrait », qu’il était capable de s’enrichir, bien que cela ne l’intéressât point car selon lui, « celui qui sait jouir du peu qu'il a est toujours assez riche ». Il aurait procédé de la façon suivante : évaluant sur des considérations astrologiques une hausse du cours de l’huile, il a acheté la plupart des stocks pour les revendre à la montée des cours. Les notables auraient alors constaté tant son intelligence que son indifférence pour le gain (et/ou son honnêteté) lorsqu’il rendit la marchandise sans demander le fruit de sa spéculation, XVIII, 48, 9..
Ce que l'on peut dire, c'est qu'il passa la fin de sa vie dans sa patrie Abdère (cité antique), dans sa maison en ville, où il continuait a écrire, et faire ses recherches sur les animaux et les Hommes.
Ces éléments sont tirés des lettres apocryphes sur Démocrite et Hippocrate le célèbre médecin, écrites par des rhéteurs autour du après J.-C. si ces lettres sont peu fiables en raison des fantaisies rhétoriques, elles devaient néanmoins pour être crédibles, présenter des éléments notoirement connus, et crédibles sur Démocrite (lettre pseudo Hippocrate II, III).
Démocrite et Protagoras thumb|upright|Démocrite et Protagoras, Salvator Rosa (1615-1673). Aulu-Gelle raconte que Démocrite, se promenant un jour aux environs d'Abdère, rencontra un portefaix nommé Protagoras, qui portait une charge de bois retenue par un seul lien et placée dans un équilibre tel que sa pesanteur en était comme diminuée. Le philosophe demanda à Protagoras qui lui avait appris à mettre ainsi son fardeau en équilibre. Protagoras répondit qu'il avait trouvé lui-même ce moyen, et, pour le prouver, il défit à l'instant son fagot et le rétablit ensuite en peu de temps avec le même soin. Frappé de l'intelligence de cet homme, Démocrite lui aurait alors proposé de l'admettre au nombre de ses disciples. Protagoras aurait accepté et devint ensuite un philosophe sophiste.
Cette anecdote s'accorde toutefois mal avec les dates actuellement retenues pour Démocrite (-460, soit de 30 ans plus jeune que Protagoras), et l'hypothèse d'une relation entre Démocrite et Protagoras pourrait être elle-même une invention tardiveMauro Bonazzi, « Protagoras d'Abdère », dans Jean-François Pradeau (dir), Les Sophistes, vol. 1, Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », 2009, 592 p. , et 443-472.. Néanmoins le fait que ces deux personnalités se soient fréquentées parait bien plausibles (Plutarque d'ailleurs indiqua que dans ses ouvrages Démocrite citait et argumentait contre le relativisme de Protagoras)
Sciences Théophraste a critiqué les théories dans ses ouvrages : Selon Démocrite, , ce que Théophraste juge absurdeSur les Sens, 53. Il reproche notamment à Démocrite de ne pas tout expliquer de la même manière, pas même tout ce qui rentre dans le même genre.
Un savoir encyclopédique D’après Démétrios de PhalèreDiogène Laërce, IX, 36. Démocrite, passionné de connaissances, s’enferma dans une cabane au fond de son jardin pour étudier. Il possédait une vaste culture générale en connaissant l'éthique, les mathématiques et la physique, la cosmologie et l'astrologie, la médecine, la botanique et la zoologie. Outre ses traités scientifiques, il est l'auteur de traités sur des sujets techniques : agriculture, peinture, techniques militaires. Autant de textes aujourd'hui perdus, dont il ne reste que les titres et de rares fragments.
Il semble avoir été partisan des pythagoriciens, et il admirait Pythagore (un des ouvrages qu'on lui attribue a pour titre Pythagore, ou de l’état de la sagesse). Peut-être même fut-il en rapport avec Philolaos de Crotone. Le savoir de Démocrite était donc immense. Cette polymathie le fit surnommer, par les abdéritains Histoires diverses de Claude Élien (Claudius Aelianus), par André Dacier, lire en ligne., le philosophe (sophia).
Ses dons d’observation, qui vont grossir l'image légendaire d'un Démocrite capable de déductions subtiles, fondées sur des observations qui échappent aux autres mortels et relevant plus ou moins de la magie, étonnaient ses contemporains, et plusieurs anecdotes sont rapportées à ce propos :
thumb|upright|Luca Giordano, Démocrite.
Une vie de reclus Sa popularité ne rendit pas Démocrite plus sociable. Il s'appliqua au contraire davantage à l'étude ; et afin de n'être point détourné par les visites importunes et les conversations de parade, si ordinaires entre les savants, il rechercha la solitude et les ténèbres. Une nouvelle retraite l'attira encore, et il crut qu'il y serait mieux caché. C'étaient des sépulcres sombres, et éloignés de la ville.
Lucien de SamosateDictionnaire des hommes illustres : Suite du premier volume, volumes 1-2 - Honoré Lacombe de Prézel - La Combe, 1758. dit que Démocrite était fortement persuadé que l'âme mourait avec le corps, et que tout ce qu'on raconte des spectres, des fantômes et du retour des esprits, était par conséquent une chimère. Dans ces tombeaux, Démocrite passait des semaines entières pour étudier plus tranquillement : là il ne se livrait qu'à de profondes méditations. Des jeunes gens essayèrent de lui faire peur ; ils se déguisèrent en spectres, ils prirent les masques les plus affreux, et vinrent le trouver dans sa retraite avec ce qu'ils crurent le plus capable de lui inspirer de l'effroi. Mais Démocrite ne daigna pas les regarder, et se contenta de leur dire tout en écrivant : « Cessez donc de faire les fous ».
Le rire de Démocrite Son caractère rieur devint légendaire et on l'opposa au caractère irritable d'Héraclite :