Le collège de Juilly est un établissement d'enseignement, placé sous la tutelle de l'Oratoire de France, qui a fonctionné presque sans interruption de 1638 à 2012.

Situé à Juilly en Seine-et-Marne (France), à une trentaine de kilomètres au nord-est de Paris, il comprenait une école maternelle, une école primaire, un collège et un lycée. À l'origine réservé aux garçons, il était devenu mixte dans les années 1980 et accueillait des élèves, garçons et filles, en internat, demi-pension et externat. Historique La légende des origines En 470, sainte GenevièveSainte Geneviève et sainte Jeanne d'Arc sont les patronnes de Juilly accompagnée de sainte Céline s'arrête dans le village de Juilly. Selon la légende, elle s'y agenouille pour prier, faisant ainsi apparaître une source dont l'eau leur donna la force d'aller jusqu'à Paris. Cette source devient rapidement un lieu de pèlerinage où accourent de nombreux malades. Elle se trouve toujours au centre du collège, au pied de la statue de sainte Geneviève.

L'abbaye Autour de la source, les comtes de Dammartin créent un domaine qu'ils donnent en fief aux Garlande au début du . En 1150, Agnès de Garlande, dernière héritière de cette famille, apporte le domaine en dot à Foucauld de Saint-Denis qui y fait peut-être ériger une chapelle en mémoire de leur fils Guillaume. Quelques années plus tard, il fait construire un prieuré afin d'y établir des chanoines réguliers de saint Augustin suivant la règle de saint Victor. L'acte de formation daté du (1177 dans notre calendrier actuel) est établi par Simon, évêque de Meaux.

En 1184, le prieuré est érigé en abbaye.

En 1251, Blanche de Castille, mère de saint Louis, décide d'y installer un orphelinat pour les enfants des chevaliers morts en croisade.

C'est en 1429 (elle est à Thieux le ) ou 1430, (on lui prête la résurrection d'un enfant à Lagny cette année-là) que Jeanne d'Arc y aurait séjourné. Cependant, rien n'est certain car l'Abbaye est inoccupée jusqu'en 1436…

Nicolas Dangu, fut nommé abbé de Juilly alors qu'il était simple clerc du diocèse de Chartres. Il deviendra par la suite conseiller, maître des requêtes et chancelier du roi de Navarre Antoine de Bourbon, père d'Henri en 1555. C'est ainsi qu'Antoine de Bourbon vint sans doute souvent retrouver Nicolas Dangu à Juilly. Dangu entreprit de restaurer l'abbaye de 1552 à 1561, grâce à la munificence d'Henri d'Albret (grand-père d'Henri ), dont le cœur est aujourd'hui encore conservé dans la chapelle du collège. Dans cette chapelle, se trouve aussi toujours une statue agenouillée de Nicolas Dangu érigée en 1561.

En 1567, le successeur de Nicolas Dangu à la tête de l'abbaye fut brièvement Renaud de Beaune, qui renonça à cette charge lorsqu'il fut nommé évêque de Mende l'année suivante. Plus tard, il ralliera beaucoup d'évêques à la cause d'Henri IV et aura un rôle certain dans la conversion de ce dernier, dont il recevra, le , l'abjuration dans l'église abbatiale de Saint-Denis. Il sera aussi de bon conseil pour la préparation de l’Édit de Nantes.

Henri vient certainement à Juilly en 1603.

En 1637, le dernier abbé de Juilly résigne son Abbaye décadente et en mauvais état en faveur des Oratoriens.

Le collège de l'Oratoire de Juilly, académie royale sous l'Ancien Régime vignette|Porche d'entrée du collège de Juilly. Les Pères de l'Oratoire, sous la direction de Charles de CondrenLes cendres de Charles de Condren reposent aujourd'hui dans la chapelle du collège, ainsi que, depuis 1955, celles du cardinal de Bérulle, fondateur de l'Oratoire. Pierre de Bérulle avait déjà été en 1616 administrateur de l'Abbaye., fondent alors le collège en 1638.

Louis désirait à cette même période fonder un collège qu'il pourrait visiter régulièrement pour l'éducation des fils de la noblesse française, qui tombait sur les champs de bataille mais n'était selon lui pas toujours assez attachée à son roi (la Fronde le confirmera). Le collège reçoit donc, vraisemblablement par le biais de lettres patentes, le titre d'Académie Royale. Ainsi, encore aujourd'hui, le blason du collège de Juilly associe les armes de France (fleurs de lys) à celles de l'Oratoire (Iesus Maria entouré d'une couronne d'épines).

Dès le commencement, le collège propose des méthodes d'enseignement innovantes, suivant en ceci l'esprit qui règne dans tous les collèges de l'Oratoire : les élèves sont encouragés à participer en classe, par exemple, on enseigne le latin à l'aide de grandes cartes imprimées en couleurs (dès 1642)… La devise du collège (Orior en latin, « je m'élève ») reflète la vision longtemps d'avant-garde de l'Oratoire en matière d'éducation : privilégier l'intelligence sur la simple mémoire, l'intérêt sur la coercition, et respecter l'individualité de l'élève, tout en conservant la sévérité et les exigences nécessaires à une bonne éducation.

Jacques-Bénigne Bossuet, alors évêque de Meaux, séjourne au Collège en 1689, 1692, 1696 et 1697.

Vendu comme bien national sous la Révolution et l'Empire La Révolution apporte à la vie du collège un certain nombre de difficultés.

L'obligation du serment du clergé, votée par l'Assemblée les et , est la première d'entre elles. Un seul ecclésiastique, le père Élysée Prioleau, accepte de prêter serment le . Il sera le supérieur du collège jusqu'en 1809.

Vient ensuite la loi du , qui supprime les congrégations séculières. L'Oratoire n'existe donc plus. Quinze jours après la distribution des prix d', une foule pénètre dans le collège sous les ordres d'un commissaire du Directoire de Meaux, brise les portes de la chapelle, mutile sa croix, ses vases, ses flambeaux, entasse ses ornements, ses tableaux et les bois sculptés de ses stalles anciennes dans la grande cour et en fait un feu de joie, autour duquel les élèves sont contraints de chanter la Carmagnole. Les corridors, qui portaient les noms de Bérulle, de Condren, de Saint Thomas d'Aquin et de Bossuet, furent renommés Robespierre, Marat, Saint-Just, Billaud et Couthon.

En 1793, le collège sert pour la première fois d'hôpital pour les blessés des armées du Nord et du Rhin. Les quelques élèves qui restent, notamment ceux qui étaient originaires des colonies d'Amérique, sont congédiés à la suite de la disette de 1794.

Après la réaction thermidorienne, le collège est mis en vente comme bien national. Il manque alors être acheté par la Bande noire, mais il semble que l'on doive à Fouché, qui avait été brièvement professeur de mathématiques à Juilly (1787-1788), qu'il n'en fût rienSelon une note manuscrite conservée dans les archives du collège, Fouché serait allé trouver M. Gibert, fermier général et propriétaire du château de Thieux, pour le convaincre de racheter le collège, et lui dit : ..

Les bâtiments, quant à eux, ne furent pas trop atteints et dès 1796, on fit revenir les élèves. De plus, la bienveillance du Premier Consul, qui avait visité au collège son frère Jérôme du temps où celui-ci y était élève, aida au retour de la fortune de Juilly. Le collège devient ainsi l’« institution de Juilly » en 1809.

Un décret signé par Napoléon le à Dresde en fait un véritable « lycée ».

En 1814, les cosaques pillent le collège. La chute de l'Empire marque aussi la fin de l'usage de toute autre appellation que celle d'« institution ». « Académie royale » et « collège royal » n'ont donc dès lors plus cours. Le nom « maison de Juilly » sera imprimé jusqu'en 1828 sur les circulaires, puis, à partir de 1829 est repris celui de « collège de Juilly ».

Au sous la Restauration thumb|alt=Gravure de 1824 représentant le collège|Le collège, gravure de 1824. Le , trois prêtres, anciens oratoriens, rachètent le collège : les pères Crénière, Lombois et Sonnet. La discipline est rétablie, les élèves sont nombreux. Puis le père Crénière, par ailleurs maire du village, meurt au mois d'octobre. Préoccupés de l'avenir du collège, les deux propriétaires restants décident d'en faire l'objet d'une société tontinière en s'adjoignant pour associés les autres pères de l'Oratoire ainsi que deux laïcs. Le but est de doter la France, à perpétuité, d'une maison libre d'enseignement chrétien.

Mais après la mort des pères Lombois et Sonnet, la division s'installe dans le conseil de la société.

Les abbés de Scorbiac et de Salinis (1828-1840) Les difficultés à relever le collège et à faire revivre l'oratoire ont des répercussions sur la vie du collège : discipline relâchée, faiblesse des études, mésententes entre les maîtres, montant accru de la dette (le remboursement des intérêts n'est plus assuré), etc. Le nombre d'élèves, qui s'était élevé à plus de 240 en 1824, n'est plus que de 75 en 1828. Il faut donc céder le collège. Pierre-Antoine Berryer, qui a été informé de la volonté des abbés Casimir de Scorbiac et Antoine de Salinis de fonder un vaste établissement d'enseignement libre et religieux, leur parle de Juilly. Le collège est cédé le . Les deux abbés s'engagent à en perpétuer l'esprit, bien que n'étant pas eux-mêmes oratoriens.

Dès Pâques 1829 plus de trois-cents élèves sont inscrits, témoins du dynamisme, de la passion et de la compétence qui sont immédiatement reconnus à la jeune équipe. Malheureusement, les Trois Glorieuses obligent à interrompre les études, et l'année suivante le nombre d'élèves est réduit de moitié.

On cherche alors à transmettre le collège à une congrégation enseignante pour assurer, une fois de plus, l'avenir à long terme du collège. Or à cette époque, les Jésuites sont expulsés et les autres congrégations sont toujours sous le coup des lois révolutionnaires. On se tourne donc vers une congrégation en voie de formation, la congrégation de Saint-Pierre, fondée en 1828 par Félicité de La Mennais. L'Abbé de Salinis y compte en effet beaucoup d'amis.

Pendant 10 mois ( à ), la communauté de la Chênaie, dirigée par F. Lamennais se rend à Juilly, pour occuper des places dans l’enseignement et dans l’administration du collège. De 1831 à 1832, quelques clercs et prêtres du noviciat de Malestroit restent au collège de Juilly. C'est ainsi au collège qu'en 1830 sont jetées les bases de l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse. Le premier acte de cette agence est de présenter aux Chambres une pétition en faveur de la liberté d'enseignement et d'en provoquer trois cents autres semblables dans les départements. Tout ceci entame le processus qui aboutit, vingt ans plus tard, à l'adoption de la loi Falloux.

L'exagération des idées politiques de Lamennais et la violence de ses polémiques empêchent cependant les abbés de Scorbiac et de Salinis de lui abandonner le gouvernement du collège. En effet, l'encyclique Mirari Vos, du , entraîne la suppression de l’Avenir, la disparition de l’Agence et la dissolution de la congrégation de Saint-Pierre.

La période allant de 1828 à 1841 reste néanmoins l'une des plus flamboyantes du collège. En 1835, les abbés de Scorbiac et de Salinis fondent avec l'abbé Gerbet la revue de L'Université catholique, tendant à grouper les penseurs et savants chrétiens capables de montrer l'adaptation de la religion pour résoudre les problèmes de l'époque contemporaine. Auprès des élèves, l'accent est mis sur la responsabilité personnelle. Ceux dont les travaux ont été appréciés font partie de la conférence des hautes études, où ils s'initient à prendre la parole en public et à répondre à leurs contradicteurs (dialectique). Les intéressés, au nombre desquels on trouve Félix Esquirou de Parieu, reconnurent souvent par la suite la contribution que cela apporta à leur formation morale, littéraire et scientifique.

Par ailleurs, les maîtres sont soudés et de qualité : on y trouve l'abbé Bourgeat qui écrira plus tard deux volumes d'Histoire de la Philosophie, le Père Theiner qui deviendra bibliothécaire du Vatican, ou encore F. Passot inventeur d'une turbine qui, dans l'industrie, sera connue sous son nom propre..

La Société de l'abbé Bautain (1841-1867)