Le Queyras (prononcer ; en occitan Cairàs) est une vallée du département des Hautes-Alpes, mais également un parc naturel régional, où se pratiquent le ski en hiver et randonnée pédestre en été. Il est notamment traversé par le GR 58 qui permet d'en faire le tour ou le GR 5.

Toponymie Le Queyras doit son nom à la tribu gauloise des Quariates, habitants des Alpes occidentales, intégré au royaume de Cottius. Leur nom signifierait en vieux celtique continental « ceux du chaudron », car chez les Celtes comme chez d'autres peuples indo-européens, un culte s'attachait à cet objet et Xavier Delamarre écrit que l'« on sait l'importance du chaudron dans les récits de mythologie irlandaise »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, , Éditions Errance, 2003, article pario-, p. 247 .

Le radical Queyr- (forme francisée) / Cair- (forme locale) a développé de manière insolite un c- [k], alors qu'on attendrait en celtique continental une mutation en p- [p] à partir du proto-celtique *kʷarios « chaudron ». En effet cette mutation régulière explique le gaulois *pario- « chaudron » qui a de nombreux descendants dans les langues romanes : provençal par, pairol, franco-provençal (lyonnais) per, catalan perol, italien paiolo, termes signifiant tous « chaudron », ainsi que les mots du groupe brittonique : gallois pair, vieux cornique per « chaudron », qui ressemblent beaucoup aux termes du groupe roman. Ce radical explique aussi l'ethnonyme Parisii qui a donné son nom à la ville de Paris.

En revanche, le celtibère et le gaëlique ont conservé [kʷ], passé ultérieurement à c- [k] en gaëlique, d'où le vieil irlandais coire « chaudron, marmite ». Le maintien de [kʷ] (> [k]) dans Quariates > Cairas (cf. > Seine) est peut-être lié à une influence de substrat similaire.

La terminaison -as de Queyras s'explique par une contraction du suffixe -ates de Quariates, issu du suffixe gaulois -ati, bien que ce suffixe s'observe principalement dans des noms de tribus d'Aquitaine qui ne sont pas celtiques, telles les Vasates, les Cocosates, les Sibusates, les Tarusates, etc.

Le Queyras se prononce localement à la française, c'est-à-dire avec le « s » final muet, contrairement à l'habitude de nombreux visiteurs qui prononcent souvent le « s » final.

Géographie

La vallée est traversée par le Guil et comporte sept communes aujourd'hui regroupées au sein d'une communauté de communes : Arvieux, Abriès-Ristolas, Aiguilles, Ceillac, Château-Ville-Vieille, Molines-en-Queyras et Saint-Véran. Ceillac ne faisait pas partie du Queyras historique : il appartenait à l'évêché d'Embrun et n'entrait pas dans l'escarton du Queyras.

Le parc est délimité au nord et à l'est par la frontière avec l'Italie, depuis le sommet du Grand Glaiza jusqu'à la tête des Toillies via le col Agnel. Puis il suit la crête délimitant le bassin versant de l'Ubaye jusqu'à la Mortice et remonte au nord-ouest jusqu'à Guillestre, dans la basse vallée du Guil, qui constitue la principale porte naturelle sur le Queyras. Depuis Guillestre, la limite suit la crête orientée Nord séparant la vallée d'Arvieux de la Durance et passant par le pic du Béal Traversier puis prend une direction nord-est jusqu'au col d'Izoard, passage mythique du tour de France cycliste et finit par la ligne de crête séparant la vallée des Fonts au nord et passant par le pic de Rochebrune, jusqu'à la frontière italienne. Le Queyras correspond au bassin versant du Guil ; son point culminant est le pic nord des pics de la Font Sancte et non le mont Viso dont le sommet se trouve dans le Piémont en Italie, mais dont le tour passe par le Queyras.

thumb|Casse Déserte.

Le col d'Izoard, à d'altitude, est, depuis le Briançonnais, la porte du Queyras. La traversée de la Casse Déserte annonce un désert. Le contraste en aval n'en est que plus saisissant. Au-dessous de ce cirque lunaire hérissé de cheminées de fées (vestiges de fortes érosions) se succèdent des steppes, des forêts, des tapis floraux. C'est le pays des villages altiers aux fours banaux et aux fontaines cerclées de bois, où les fils électriques sont enterrés. Ils sont à l'image du plus haut village de France, Saint-Véran ().

La vallée est très peu urbanisée, donc peu éclairée, la pollution lumineuse est quasiment nulle On le voit particulièrement bien en zoomant sur cette carte: http://avex-asso.org/dossiers/pl/france/zoom/cdf-normale.html ; conjugué à son climat laissant beaucoup de nuit claires, cela en fait un endroit très prisé par les astronomes amateurs.

Principaux sommets Les pics de la Font Sancte (, point culminant) Le pic de Rochebrune () Le Bric Froid () Le Grand Glaiza () Le mont Aiguillette () Le pic des Heuvières () Le Péouvou () Le pic d'Asti () La pointe Gastaldi () Le Pain de Sucre () La crête de la Taillante () La tête des Toillies () La pointe de Marte () La tête du Longet () La roche Noire () Le pic de Farnéiréta () La tête de la Cula () Le Grand Queyras () La pointe de Venise () Le pic de Foréant () Le Petit Rochebrune () Le Grand Queyron () La Rocca Bianca () La pointe Joanne () La pointe de la Saume () La punta dell'Alp () La pointe des Sagnes Longues () Le pic de Caramantran () Le Sparveyre () Le Bric Bouchet () Le pic de Château Renard () Le pic du Béal Traversier ()

Principaux lacs vignette|Vue sur le lac Égorgeou vers le nord-est. Le lac Égorgeou () Le lac Foréant () Les lacs du Malrif () Le lac de Souliers () Le lac de Clausis () Le lac Sainte-Anne () Le lac Miroir ()

Principaux cols Col de la Traversette () Col de Clausis () Col Agnel () Col d'Urine () Col d'Izoard () Col Lacroix ()

Histoire Antiquité Les Quariates, tribu gauloise des Alpes cottiennes, sont des montagnards « difficilement attaquables à cause des hautes crêtes cernant leur petite région naturelle. Ils surveillaient les voies d’accès à plusieurs cols, comme beaucoup des peuplades ayant l’emprise sur les grands passages transalpins. Romains et Carthaginois redouteront la traversée de ces territoires ; et ils n’attaqueront leurs guerriers qu’avec prudenceJacques Lacroix, Les noms d’origine gauloise, Tome 1, La Gaule des combats, Éditions Errance, 2003, p. 110 ».

Les quelques recherches archéologiques menées au autour de la mine de cuivre de Saint-Véran et dans les alpages d'Urine et du mont Viso attestent que ces montagnes ont été occupées au Néolithique pendant une période indéterminée. Sous l'Empire romain, le Queyras a été une voie de passage entre la vallée de la Durance, à partir de la Roche de Rame, et la vallée du Pô, par la montagne, comme l'attestent les quelques restes de voie romaine aux Escoyères. L'évangélisation du Queyras commença par Les Escoyères dès 286 après J.-C. avant que les invasions barbares mettent fin à l'occupation romaine et s'étalent jusqu'au milieu du Moyen Âge : Burgondes, Wisigoths, Francs, et même Sarrasins, puis au , Hongrois.

Moyen Âge Pourtant, il ne semble pas que cette haute vallée ait été occupée et mise en valeur de façon permanente avant les . Des érudits du ont cru lire dans le testament du Patrice Abbon (739), patrice qui possédait de vastes domaines dans la vallée de la Durance et du Mont-Cenis à Marseille, en se fondant sur les mots latins curte mea salliaris, villa vetolae, mulinarici, des allusions à Ceillac, Château-Ville-Vieille et Molines, alors que ces mots désignent apparemment une court des saules (une court était un vaste domaine), la ferme (villa) des génisses (veaux d'une année) et un comptoir de pierres à moulins. Les plus anciennes références au Queyras ou à ses villages datent du Mario Falchi, « Le Legs du patrice Abbon et le Queyras », Quey'racines, n° 5, premier semestre 2009. La plus ancienne archive se rapportant à un village du Queyras est une charte de privilèges accordée en 1259 par le Dauphin Guigues aux habitants d'Abriès (ils sont placés sous la sauvegarde du Dauphin et il est créé dans leur village un marché hebdomadaire)Joseph Roman, Tableau historique du département des Hautes-Alpes, tome II : inventaire détaillé des archives de ce département, du au , 1887. Dans les archives du Dauphiné à Grenoble, comme dans les archives de l'Église, il est fait référence à plusieurs reprises au Queyras au . Les documents les plus connus sont les trois enquêtes fiscales ordonnées dans les mandements de montagne (Queyras, Val Cluson, Bellin), entre 1249 et 1267 par le Dauphin Guigues, qui était désireux de connaître avec précision les taxes, impôts, redevances, etc. que lui devaient ses dépendants, les terres qu'il possédait, les hommes liges qu'il protégeait, ainsi que l'enquête ordonnée en 1339 par le Pape d'alors qui avait exprimé son désir de racheter au Dauphin les droits féodaux sur ces mandements de montagne, mais qui y a renoncé quand il s'est rendu compte que la transaction ne lui rapporterait rienCes documents ont été étudiés de façon lumineuse par Henri Falque-Vert, professeur d'histoire médiévale, dans Les Hommes et la montagne en Dauphiné au XIIIe siècle, Presses Universitaires de Grenoble, 1997. Le Dauphin, dont l'État était ruiné à la suite de longues guerres contre la Savoie, a alors décidé de vendre ses propres droits aux habitants de ces cinq mandements de montagne : Queyras, Briançon, Oulx, Val Cluson, Val Varaitaces trois derniers mandements étant italiens depuis 1713. La transaction est consignée dans une charte signée en 1343 à Beauvoir-en-Royans. En versant d'or et une rente annuelle de d'or, les habitants deviennent « francs et bourgeois ». Ils ne paient plus de redevances pour construire des moulins ou des fours à pain, ni pour utiliser l'eau des torrents, ni pour creuser des canaux, etc. Ils peuvent se réunir librement pour délibérer de leurs affaires et élire leurs représentants. Ils ont le droit de chasser et, en conséquence, celui de porter des armes. Dès lors, ces mandements ont pris le nom d'escartons, nom dérivé du verbe escarter, signifiant « répartir ». Il incombait aux habitants eux-mêmes ou à leurs représentants (mansiers, procureurs, consuls) de répartir entre les familles les redevances à verser à l'autorité féodale ; puis, à partir de 1349, au roi de France, à qui le Dauphin Humbert II a vendu son État. Ce système féodal s'est perpétué sous l'Ancien Régime, jusqu'à la Révolution, qui a aboli toutes les chartes de privilèges.

vignette|Maison du , au hameau de la Rua (dans la commune de Molines-en-Queyras), classée au titre des monuments historiques. vignette|Fort Queyras, un ancien château fort du remanié par Vauban vers 1700.

Guerres de Religion Le Queyras a été troublé dans la seconde moitié du par les conflits religieux. Les armées protestantes commandées par le duc de Lesdiguières, futur connétable de France, ont vaincu à deux reprises les troupes catholiques et ont contrôlé cette haute vallée, en particulier l'ancien château delphinal et forteresse de Château-Queyras qui en commande l'entrée. Des exactions ont été commises alors, dont font état les historiens locaux. Les Queyrassins, qui étaient alphabétisés depuis la fin du et avaient pris l'habitude de lire les Saintes Écritures, ont été très nombreux à se convertir à la nouvelle religion, les protestants représentant entre 60 et 80 % des du Queyras. D'ailleurs, pendant près d'un siècle, les consuls (deux par communauté), les notaires (une vingtaine) et le secrétaire de la vallée ont été le plus souvent des protestants.

vignette|Cadran solaire daté de 1828 à Château-Queyras.