Le Gange ( , hindoustani : ou , ) est un fleuve de la plaine indo-gangétique, au nord de l'Inde. Sa longueur varie suivant les sources de , son bassin recouvre et son delta est commun avec celui du Brahmapoutre.

Le Gange est la plus sainte des sept rivières sacrées de l'Inde.

Trajet

Le cours du Gange débute à Devaprayag, dans le bas-Himalaya, au confluent du Bhagirathi (qui prend sa source au glacier de Gangotri) et de l'Alaknanda (descendu de la vallée de Badrinath et du massif de la Nanda Devi).

Il traverse ensuite Haridwar, situé à d'altitude, et coule à travers la plaine indo-gangétique, perdant peu de dénivelé tout en collectant un certain nombre d'affluents : la Yamuna () à Ilahâbâd ou Prayagraj, la Karnali () à Chhapra, la Gandaki () à Hajipur, la Ramganga () peu avant Kânnauj, le Son () à Patna, la Koshi () près de Bhagalpur, la Gomtî ou Gomati () près de Bénarès, le Dâmodar () au sud de Calcutta.

Le Gange se jette dans le golfe du Bengale en formant un important delta, le delta du Gange, dit aussi « du Bengale », où il se mêle au Brahmapoutre. Une branche indienne de ce delta forme la Hooghly qui traverse Calcutta. Une autre branche majeure qui coule au Bangladesh se nomme Padma avant de se joindre au Brahmapoutre (rebaptisé là Jamuna) pour se jeter dans la Meghna. Les bouches du Gange, couvertes par une vaste forêt de mangrove, sont appelées les Sundarbans.

Avulsion Selon une étude, un puissant séisme (de magnitude 7,5 à 8) survenu il y a environ aurait déplacé le cours du fleuve dans son delta. L'ancien canal fluvial, parallèle à l'actuel, a été retrouvé à environ 100 km au sud de Dacca..

Hydrologie

Son débit minimum est de /s, et son maximum est /s.

Signification religieuse Dans l'hindouisme Le Gange est considéré comme sacré par les hindousChristine Devin : La légende de la descente du Gange coll. "Contes et légendes de l’Inde", 2020, Éd. Discovery Publisher; : l'immersion dans le Gange libérerait le croyant de ses péchés et répandre des cendres dans le fleuve pourrait apporter un futur meilleur et même permettre d'atteindre le moksha (Nirvana) ou délivrance, c'est-à-dire la sortie du monde phénoménal. Pour les hindous, l'eau du Gange possède la vertu de purifier le corps Louis Dumont : Homo hierarchicus. Essai sur le système des castes, p. 74 & suiv., Paris, Gallimard, 1979, des humains et de libérer l'âme des défunts.

Le Gange est vu comme l'ultime vérité, l'ultime réalité au sens spirituel. C'est Shiva qui tient la source du Gange dans ses cheveux, dénommés jata-mukuta : Shiva est aussi appelé Gangadhara (« Qui porte le Gange »).

L'histoire raconte que c'est un roi qui, cherchant la prospérité pour la terre, implora la déesse Ganga. Le roi Bhagiratha fut exaucé mais la déesse crut que les flots du Gange submergeraient la terre, c'est pourquoi elle les mit dans la coiffe d'un dieu : Shiva. Ce dernier libéra ensuite le fleuve de ses cheveuxThe symbolism of hindu gods and rituals d'A. Parthasarathy aux éditions Vedanta Life Institute, page 26.. vignette|Phra Mae Khongkha, le Gange, déesse des eaux. Illustration de l'artiste thaï Sat Kaeosin, 1959. Quand un pèlerin se baigne dans le Gange, c'est le symbole de la recherche de l'union avec l'ultime vérité. Le Gange est pris comme fleuve apportant la sagesse spirituelleThe symbolism of hindu gods and rituals d'A. Parthasarathy aux éditions Vedanta Life Institute, page 27..

Les dévots hindous font des pèlerinages pour se baigner dans ses eaux et pratiquer la méditation sur ses rives. Plusieurs sites sacrés hindous se trouvent le long des rives du Gange, comme Haridwar et Bénarès.

La Yamuna, une rivière importante et presque aussi sacrée, est un affluent du Gange dans lequel il se jette à Allahabad. Tous les douze ans se tient, au confluent des deux cours d'eau , la Kumbh Mela, qui veut dire ; un rassemblement religieux qui réunit plusieurs dizaines de millions de personnes.

Dans la mythologie gréco-romaine Dans la mythologie gréco-romaine, Gangès (en grec ancien ) est le dieu fleuve du Gange, fils d'Indos et de la nymphe Calauria.. Il est le père de Limnée, la nymphe qui devient mère de l'archer indien Athis..

Importance économique et humaine Les eaux du Gange irriguent 30 % du territoire indien et de personnes, soit 40 % de la population..

Histoire Les sources du Gange sont découvertes le par une expédition militaire commandée par William Spencer WebbPierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .

En 1818 par les explorateurs James Dowling Herbert et John Anthony Hodgson confirment la découverteJoëlle Smadja, Olivia Aubriot, Histoire et devenir des paysages en Himalaya, 2003, Lachlan Fleetwood, Science on the Roof of the World, 2002, .

Écosystème et pollution

Le fleuve comporte deux barrages principaux. Le premier près d'Haridwar détourne une grande partie de l'eau de fonte himalayenne dans le canal supérieur du Gange, construit par les Britanniques en 1854 pour irriguer les terres environnantes. Ce détournement des eaux est la cause principale de la détérioration de la navigabilité du fleuve. L'autre barrage est situé près de Farakka, près du point d'entrée du fleuve au Bangladesh et qui détourne une partie des eaux vers la Hooghly qui alimente la partie ouest du delta du Bengale et la ville de Kolkata. Ce barrage est une source de conflits entre l'Inde et le Bangladesh depuis sa construction en 1975.

Le Gange est très pollué : en 2018, on estime qu'il reçoit trois milliards de litres d'eaux usées par jour, et présente un taux de pollution trois mille fois supérieur aux normes de l'Organisation mondiale de la santé.

Pollution humaine Le Gange reçoit chaque jour les restes de quelque humains et de de bois utilisées pour les crémations, ainsi que d'animaux qui y sont abandonnées, ce qui est une importante cause de pollution. Différentes méthodes ont été pensées pour aider à sa dépollution, comme la construction de stations d’épuration et leur raccordement à des kilomètres d’égouts, la construction de milliers de toilettes publiques et de crématoires électriques mais ils ne sont guère utilisés que par les indigents. Il a été aussi opéré à des lâchers de milliers de tortues nécrophages pour que celles-ci puissent dévorer les cadavres insuffisamment brûlés, mais les reptiles ont été capturés et consommés par les riverains pauvres..

Mourir sur les bords du Gange, à Bénarès, permet d'atteindre la Moksha, c'est-à-dire la libération finale de l'âme dans l'hindouisme, un grand nombre de fidèles viennent donc y mourir.

Pollution industrielle Entre le barrage de Tehri et son embouchure, plus de versent des déchets classés comme très toxiques dans le Gange : distilleries, tanneries, raffineries, ou encore usines de pâte à papier. Les tanneries traitent les peaux avec du chrome, qui finit dans les eaux du fleuve. Le chrome hexavalent est un composé toxique et cancérigène .

Dès le , la propreté de l'eau du Gange est débattue par le voyageur Jean-Baptiste Tavernier :

La pollution du Gange est déjà soulignée par l'écrivain américain Mark Twain lors de son passage dans la ville de Varanasi, à la fin du .

En 1985, le Gange a été proclamé « héritage national » et une Autorité centrale du Gange est fondée. Les premières analyses qui ont été effectuées l'année suivante dans un affluent où se déversent les égouts de Varanasi et qui se jette lui-même dans le fleuve en aval de la ville ont révélé un taux de coliformes fécaux de d'unités par décilitre, le maximum autorisé étant de .

La capitale New Delhi déverse quotidiennement dans la Yamuna cubes d'eaux usées domestiques et cubes d'eaux usées industrielles qui finiront par se déverser dans le Gange. La ville avait pourtant été dotée dès 1937 d'une première station d’épuration.

Le Gange possède cependant des capacités d'auto-épuration (ou auto-dépollution) importantes, c'est-à-dire que par l'action des bactéries et le transfert d'oxygène depuis l'atmosphère par la surface du fleuve, une grande partie de la pollution organique peut être éliminée en quelques kilomètres. Cette auto-épuration n'empêche pas que sa qualité soit très dégradée par ces rejets.

En 2014, Narendra Modi lance un plan de sauvetage du fleuve appelé Namami Gange (« Obéissance au Gange »), qui vise notamment à fermer les usines les plus polluantes, et construire des centres de traitement des eaux. Cependant en 2018, les trois quarts des eaux usées rejetées dans le fleuve ne sont pas traitées, et ce plan est généralement considéré comme un échec..

Faune et flore Le Gange est un écosystème riche et particulier qui comporte notamment deux espèces de dauphins et un requin d'eau douce, le Glyphis gangeticus.

Les écosystèmes du delta du Gange et de son bassin versant ont été identifiés par le WWF (Fonds mondial pour la nature) et The Nature Conservancy (TNC) comme une des 426 écorégions d'eau douce de la planète.

Quelques aspects culturels gauche|vignette|Il Gange. Fontana dei Quattro Fiumi, place Navone, Rome. Le nom du fleuve est employé dans les langages littéraires ou courants de certains idiomes d'Asie, pour désigner les cours d'eau. C'est le cas du cinghalais (), du birman (), du thaï () et du khmer (). Son nom fut aussi donné à un royaume antique semi-légendaire du monde malais, prospérant à partir du , baptisé , « Cité du Gange ».

Dans le village de Mahabalipuram, au Tamil Nadu, se trouve le plus grand bas-relief au monde, la Pénitence d'Arjuna, appelé aussi la Descente du Gange. Commandé par les Pallavas au , il est souvent considéré comme une illustration de la genèse mythologique du fleuve.

Au , le roi chola Rajendra I déplace la capitale à Gangaikondacholapuram ou « Cité du Chola qui a conquis le Gange ». Une ville nouvelle bâtie et baptisée à l'occasion des victoires militaires et politiques du souverain sur les Pâlas, qui régnaient sur le Bengale et la plaine gangétique inférieure. La cité tout entière, qui comporte un temple important, avait été lustrée d'eau amenée du Gange. À l'extérieur de la ville, il fait construire le Chola Gangam, le « Gange des Chola », un grand bassin rempli des eaux saintes du fleuve.

Dante Alighieri mentionne le Gange dans la Divine comédie, comme repère de l'Orient. Le Gange et son embouchure auront longtemps été une des extrémités du monde connu de l'Occident, à l'opposée des Colonnes d'Hercule. L'auteur romain Arrien rapporte que le roi macédonien Alexandre le Grand, qui avait pour objectif d'atteindre les bords de la mer extérieure ou mer Érythrée, voulut se rendre sur le fleuve après avoir appris son existence. Ce sont ces expéditions qui introduiront la connaissance formelle du Gange dans le monde hellénistique.

Dans Les Lusiades de Camoëns, œuvre majeure de la littérature portugaise, l'auteur prête au roi Manuel un songe merveilleux, dans lequel celui-ci reçut la visite du Gange et de l'Indus. Les deux fleuves, incarnés sous l'apparence de vieillards de noble stature, l'honorent et lui exaltent ses prouesses futures. Le Gange est cité à plusieurs reprises dans le texte, en tant qu'élément emblématique de l'Inde, magnifié dans l'Europe de la Renaissance.

À Rome, la fontaine des Quatre-Fleuves, conçue par Le Bernin, comporte une sculpture du Gange personnifié. Elle a été taillée par le sculpteur français Claude Poussin, sous les traits d'un homme tenant une rame, signe de la navigabilité du fleuve. Dans l'opéra L'honestà negli amori du compositeur italien Alessandro Scarlatti, une aria intitulée ou « Déjà le soleil du Gange », fait référence au fleuve.