Guillaume le Maréchal (Willame li Mareschal en anglo-normand, William Marshal en Anglais), né vers 1145 ou 1147 et mort le à Caversham, , est un chevalier anglo-normand de langue française et un tournoyeur réputé. Il est décrit comme « le meilleur chevalier du monde » dans le manuscrit Histoire de Guillaume le Maréchal, rédigé peu après sa mort.

Guillaume participe à cinq batailles au cours de sa vie, chose rare car l'on considère qu'un chevalier ayant survécu à deux batailles est un vétéran aguerri.

Sa devise est « Dieu aide le Maréchal » et ses armes sont « parti d'or et de sinople, au lion de gueules brochant sur le tout »Early Blazon.

Biographie

Enfance Chevalier anglo-normand, il nait en Angleterre, vers 1145 ou 1147, de Jean le Maréchal et de Sybille de Salisbury, sa seconde épouse. Le surnom de Maréchal remonte à son grand-père Gilbert le Maréchal, maréchal de la cour du roi , charge familiale héréditaire.

Alors que Guillaume est âgé d'environ cinq ou six ans, son père doit le livrer en otage au roi Étienne d'Angleterre, en garantie d'une trêve négociée à l'occasion du siège de Newbury (Berkshire) par l'ost royal. Lorsque Jean en profite pour approvisionner et renforcer le château assiégé, Étienne, pour l'intimider, menace de pendre ou de catapulter l'enfant. Par bravade, le père de Guillaume fait répondre qu'il possède encore « l'enclume et le marteau pour en forger un plus beau ». Le jeune garçon est bien sûr épargné et reste quelque temps otage auprès du roi, qui le traite fort bien.

Jeune chevalier Guillaume fait son apprentissage en Normandie avec Guillaume de Tancarville, qui est le cousin de sa mère, chambellan d'Angleterre, les Tancarville assurant la charge héréditaire de chambellans en chef du duc de Normandie. Il est armé chevalier (adoubé) par Guillaume de Tancarville, sans doute au printemps 1167. Il entre ensuite au service de Patrice de Salisbury, son oncle maternel. Il se fait remarquer, en 1168, en défendant vaillamment Aliénor d'Aquitaine, dont le convoi qu'il escorte est attaqué, près de Poitiers, par le seigneur de Lusignan. Son oncle meurt au cours de l'affrontement et Guillaume est grièvement blessé d'un coup d'épieu à la cuisse, avant d'être emmené comme otage. Aliénor paie sa rançon, lui fait donner un équipement de chevalier et le prend à son service.

Au service des Plantagenêts Pour cet acte de bravoure et pour sa fidélité, désigne Guillaume le Maréchal, à l'été 1170, « pour garder et enseigner le jeune roi d'Angleterre » Henri le Jeune. Il devient son « maître en chevalerie » et le chef de sa maisonnée. En 1173, Guillaume « ceint à nouveau de l'épée et embrasse » le jeune roi (qui a déjà été adoubé par son père en 1170, lors de son premier couronnement).

En 1173-1174, il le suit dans la révolte de celui-ci contre son père . Pendant plusieurs années, il mène une bande de chevaliers réunis autour du jeune roi de tournoi en tournoi dans le Nord de la France actuelle.

En 1182, toujours célibataire, « bachelier », il fait partie des « jeunes » (juventus) de la maison militaire d'Henri le Jeune et jouit d'une très grande faveur auprès de ce dernier. Cinq chevaliers de cette même mesnie, jaloux du Maréchal, ourdissent un complot en vue de le perdre auprès du jeune roi, et font courir une rumeur d'adultère avec la jeune reine Marguerite. Sur fond de rivalité entre Normands et Anglo-Normands lors des tournois : « Nous sommes tous abâtardis, si nous nous laissons damer le pion par cet Anglais » ; la calomnie est bientôt portée devant Henri le jeune. Guillaume quitte la cour, mais est finalement rappelé par le jeune roi, quelques semaines plus tard.

À la mort d'Henri le Jeune, le , il escorte son corps à Rouen où il va être enterré en la cathédrale Notre-Dame. Puis il part deux ans en croisade en Terre sainte. C'est là qu'il prend la décision d'être enterré chez les templiers. Il est de retour en 1186 ou 1187, quelque temps avant la défaite de Hattin. Bien qu'il n'existe aucun document d'époque en référence à cette période, les techniques de construction des châteaux employées par Guillaume le Maréchal principalement à PembrokePembroke Castle, http://www.castlewales.com/pembroke.html montrent qu'elles ont été inspirées par ce qu'il a observé en Terre SainteWilliam Marshal Earl of Pembroke, Catherine A. Armstrong, 1998, http://www.castlewales.com/marshall.html.

Le roi le prend alors à son service. Guillaume fait partie des chevaliers de la suite du roi, qui lui accorde le modeste fief de Cartmel dans le Lancashire. Il est l'un des derniers fidèles du vieux roi dans la lutte de ce dernier contre ses fils, au premier chef desquels le jeune Richard Cœur de Lion. À cette occasion, alors que Richard s'est lancé à la poursuite de son père, Guillaume tue son cheval sous lui d'un coup de lance, épargnant volontairement le prince dépourvu de haubert.

Mariage lui avait promis la « pucelle de Striguil », promesse confirmée par Richard Cœur de Lion, qui l'a pris à son service. En 1189, à 44 ans, il épouse donc Isabelle de Clare (née vers 1172 – 1220), âgée tout au plus de 17 ans, fille de Richard de Clare dit Strongbow (mort en 1176), comte de Pembroke et de Buckingham. Isabelle était la petite-fille de Diarmait MacMurrough, roi de Leinster, et aussi l'arrière-petite-fille de Robert de Beaumont, comte de Meulan, et de sa deuxième épouse Élisabeth de Vermandois, de la maison capétienne. Isabelle lui apporte tous ses titres et terres : le comté de Pembroke, la moitié de l'honneur de Longueville et près du quart de l'Irlande, et lui donne au moins dix enfants.

Dernières années et mort Régent d'Angleterre, il part guerroyer, le , contre des barons anglais révoltés alliés aux troupes françaises du dauphin Louis, lors de la bataille de Lincoln. Pourtant septuagénaire, il y combat et capture le jeune comte Thomas du Perche âgé d'une vingtaine d'années seulementLe jeune chevalier sera « par mégarde » tué d'un coup d'épieu dans l'œil ..

Pour le médiéviste Martin Aurell, Guillaume, à la fin de sa vie, « jadis protégé d'Aliénor, est devenu un quasi-roi d'Angleterre à la place d'Henri III (1216-1272), un enfant dont il préside le conseil de régence. »

Le grand chevalier meurt dans son manoir de Caversham, le . Sur son lit de mort, ad succurrendum, il remet son corps à l'ordre du Temple et revêt le manteau blanc à croix rouge des templiers. Il déplore enfin que les gens d'Église ne comprennent pas la morale de la chevalerie. S'il reconnait avoir capturé, au cours de sa vie, au moins cinq cents chevaliers dont il s'est « approprié les armes, les chevaux, les harnais », il en fait repentance devant l'assemblée réunie, et espère que cela ne lui coutera pas son salutSébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Paris, ed. Autrement, 2010.. Sa femme Isabelle meurt un an plus tard.

C'est en apprenant la nouvelle de sa mort que son ennemi et suzerain, le roi de France Philippe Auguste, demande aux chevaliers de sa cour de porter un toast à la mémoire de son plus formidable adversaire, en lequel Guillaume des Barres reconnut le « meilleur chevalier du monde ».

L'écuyer de Guillaume le Maréchal, Jean d'Early (ou Johan d'Erlée), était son plus proche compagnon de bataille. À la demande du fils aîné de Guillaume, « qui en supporta tout le coût », Il narrera les histoires du chevalier à Jean le Trouvère, qui rédigea la chanson de Guillaume, sa biographie.

Famille et descendance

vignette|Blason de Guillaume le Maréchal.

Famille Il épousa Isabelle de Clare (vers 1171 – 1220), fille de Richard de Clare dit Strongbow (mort en 1176), comte de Pembroke et d'Aoife MacMurrough. La famille Clare est originaire d'Orbec dans le Pays d'Auge (Normandie). Par ce mariage, Guillaume reçoit les seigneuries d'Orbec et de Bienfaite en dot. Ils ont cinq fils et cinq filles qui atteignent tous l'âge adulte :

Guillaume dit le Jeune (1190-1231), comte de Pembroke. Époux d'Aliénor d'Angleterre (1215-1275), fille cadette du roi d'Angleterre . Elle sera ensuite l'épouse de . Sans descendance ; Richard (1191-1234), de Pembroke, qui héritera des terres paternelles de l'honneur de Longueville. Mort des suites d'une blessure reçue au combat à Kilkelly, Irlande. Sans descendance ; Gilbert (1197-1241), ecclésiastique, de Pembroke. Sort de l'état ecclésiastique afin d'hériter et d'engendrer, périt d'une chute de cheval. Sans descendance ; Gauthier (1199 - ), de Pembroke. Sans descendance ; Anseau ou Anselme (1208 - ), de Pembroke. Sans descendance ; Mathilde (v. 1192-1248), épouse d'Hugues Bigot qui deviendra , puis épouse de ,  ; Isabelle (1200-1240), épouse de Gilbert de Clare, et  ; puis elle épouse Richard de Cornouailles, comte de Cornouailles puis roi des Romains, frère cadet du roi  ; Sybille (1201-1245), épouse de Guillaume de Ferrières, comte de Derby ; Ève (1203-1246), épouse de , seigneur de Brecknock (mort en 1230 en Galles) ; Jeanne (1210-1234) épouse Warin de Munchensy, d'où Jeanne de Montchensy, femme de Guillaume Ier de Valence (de la maison de Lusignan) : succession du comté de Pembroke.

Descendance Aucun de ses cinq fils n'engendre de descendance légitime. Ils meurent tous un à un après leur père. À la suite de leur mort, les vastes domaines de Guillaume le Maréchal sont partagés entre les époux de ses cinq filles.

Étant assez proche du pouvoir (ayant même été régent), Guillaume le Maréchal s'attire les foudres de l'Église d'Angleterre, et plus particulièrement de l'archevêque de Cantorbéry. Celui-ci essaiera de récupérer l'héritage et le titre de Guillaume à sa mort.

Par sa fille Isabelle, Guillaume le Maréchal est l'ancêtre des dynasties écossaises Bruce puis Stuart. Par ses autres filles Mathilde et Ève, il est l'ancêtre direct des rois Plantagenets et puis de tous les monarques d'Angleterre à partir d'.

Guillaume le Maréchal dans la fiction

Bande dessinée Guillaume le Maréchal, dessins et scénario adapté par Jean-Marie Ruffieux d'après Georges Duby, Dargaud, 1987

Cinéma Dans les films Le Lion en hiver de Anthony Harvey (1968) et Robin des Bois de Ridley Scott (2010), Guillaume le Maréchal apparaît comme un important personnage secondaire au service d', puis dans ses fonctions de Maréchal d'Angleterre au service de Richard Cœur de Lion et Jean d'Angleterre.

Jeux vidéo Dans le jeu Vampyr, il est décrit comme un ancien chevalier vampire ayant, en plus de ses accomplissements réels, sauvé l'Angleterre d'un désastre vampirique, et ayant un rôle important au travers de l'histoire du jeu. Il est présent dans la campagne du jeu vidéo Age of .

Biographies La biographie de Guillaume le Maréchal émane principalement de l’Histoire de Guillaume le Maréchal, œuvre de , en couplets rimés octosyllabiques, rédigée par un trouvère « Jean l'Anonyme», peu de temps après sa mort à la demande de son fils, en anglo-normand, à partir du témoignage de son écuyer Jean d’Early.

Sa vie a aussi inspiré une célèbre biographie de Georges Duby intitulé Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, parue en 1984., centrée sur sa loyauté à l'égard de ses suzerains ennemis, les rois d'Angleterre et de France, l'ouvrage a été lu par l'historien en une édition audio abrégée à La Bibliothèque des voix.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Histoire de Guillaume le Maréchal Château de Carlow Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde

Bibliographie Amaury Chauou, Les Plantagenêts et leur cour, Paris, Presses Universitaires de France, 2019, 420 p.

Georges Duby, Guillaume le Maréchal (extraits audio de l'édition Fayard, lus par l'auteur), Paris, La Bibliothèque des voix, des femmes-Antoinette Fouque, 1985, 68 min. Georges Duby, Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Fayard, folio histoire, 1984, 189 p.,