L'élection présidentielle française de 2002 a pourvu à l'élection, au suffrage universel et au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, du président de la République française pour le premier quinquennat de l'histoire. Elle est la huitième élection présidentielle de la et la septième au suffrage universel direct. Le scrutin se tient les et .
Cette élection intervient après cinq ans de cohabitation entre le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, et le président de la République, issu du RPR, Jacques Chirac. Tous deux sont donnés favoris tout au long de la campagne, mais souffrent de leur grande proximité programmatique, notamment sur les sujets européens. Lionel Jospin affirme que son programme est « moderne, mais pas socialiste », ce qui continue de brouiller les lignes. Jacques Chirac axe sa campagne sur sa critique des prélèvements obligatoires et de l'insécurité..
Le « troisième homme » dans les sondages est un temps Jean-Pierre Chevènement., avant que la fin de campagne n'avantage le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui présente un programme nationaliste en seize points..
Cette élection marque durablement la vie politique française. Le premier tour place en tête Jacques Chirac (19,88 %) et, à la surprise générale, Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Lionel Jospin arrive en troisième position avec 16,18 % des voix. Ce résultat s'explique en partie par la division de la gauche plurielle et par les scores réalisés par l'extrême gauche. C'est la deuxième fois (avec celle de 1969) qu'un candidat de gauche n'est pas présent au second tour d'une élection présidentielle sous la et la première fois qu'un candidat d'extrême droite y figure. Enfin, pour la première fois sous la République, aucun candidat ne franchit le seuil de 20 % au premier tour.
Au second tour, Jacques Chirac l'emporte avec 82,21 % des suffrages, grâce au soutien massif de la gauche, qui applique le concept du « front républicain » face au candidat du Front national. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour, de la société civile et des médias de masse avait appelé à voter Jacques Chirac, explicitement ou non.
Au soir de sa défaite, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique, puis présente la démission de son gouvernement. Après sa réélection, Jacques Chirac nomme un gouvernement dont les ministres proviennent de partis appelés à former un parti recentré : l'UMP. Ce scrutin a par la suite favorisé le concept de vote utile, tandis que l'expression de « 21 avril », en référence aux résultats du premier tour de cette élection, s'est imposée.
Contexte
En 1997, après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives, le président Jacques Chirac nomme le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Lionel Jospin, à la tête du gouvernement. C'est le début de la troisième cohabitation.
Le climat politique est, d'après les descriptions du moment, particulièrement négatif, sans enjeu réel, sujet à la contestation, sur fond d'affaires judiciaires et dans un paysage politique très éclaté...
À la suite du référendum de 2000, le mandat du président de la République française passe de sept à cinq ans. Le gouvernement Jospin choisit ensuite de placer la présidentielle avant les législatives, afin de redonner la primauté au Président et de limiter les risques de cohabitation.
Les deux camps politiques vont dès lors se marquer de près, au point que leurs slogans se parasitent. Le PS, dans sa pré-campagne, propose , alors que le candidat Chirac répond par le slogan (exemples de nominalisation anaphorique, figure de base de la rhétorique politique).
Candidats
Évoquant la quête des parrainages par les candidats, l'universitaire Patrick Grosieux souligne que .
Le Conseil constitutionnel présente, le , la liste des candidats dans un ordre tiré au sort.. Un record de seize personnalités parviennent à réunir les nécessaires pour se présenter à cette huitième élection présidentielle sous la .
Charles Pasqua, Nicolas Miguet, Jacques Cheminade, Antoine Waechter, Brice Lalonde, Pierre Larrouturou, Pierre Rabhi, Dieudonné ou encore Renaud Camus font partie des candidats n'étant pas parvenus à recueillir les .
Extrême gauche
Gauche Alain Lipietz se voit désigné candidat des Verts après avoir gagné la primaire écologiste mais il doit renoncer en raison de la polémique suscitée par son appel à amnistier les auteurs de crimes de sang en Corse, y compris les assassins du Préfet Erignac : il est remplacé par Noël Mamère, qui avait échoué face à lui au second tour et dont la candidature est .
Centre
Droite
Extrême droite Les tensions présentes depuis plusieurs années au sein du Front national aboutissent à une scission à la fin des années 1990.
Lors du conseil national de , les partisans du délégué général du FN, Bruno Mégret, conspuent le président du parti depuis sa création, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci fait exclure Bruno Mégret, qui cherchait à transformer le FN en parti de gouvernement en nouant des alliances avec la droite parlementaire. En , Mégret fonde le Front national-Mouvement national, qui devient ensuite le Mouvement national républicain (MNR). Une majorité de cadres et d'élus du Front national décident alors de le suivre.
L'extrême droite se trouve fragilisée par ces divisions. Aux élections européennes de 1999, le FN arrive en huitième position avec 5,7 % des voix, contre 3,3 % à la liste conduite par Bruno Mégret.
Jean-Marie Le Pen peine à réunir les nécessaires pour se présenter, handicapé par la quête parallèle de Bruno Mégret et par les pressions de certains proches de Jacques Chirac sur certains élus de droite modérée.
Sondages
Premier tour Fichier:Opinion polling for the French presidential election, 2002.png Second tour Fichier:Opinion polling for the French presidential election, 2002 Jospin–Chirac.png
Résultats
Résultats détaillés
JacquesChirac(82,21 %) Jean-MarieLe Pen(17,79 %) ▲ Majorité absolue
Analyse Analyse générale
Le premier tour de l’élection présidentielle marque plusieurs succès pour Jean-Marie Le Pen : Le candidat du FN est bien concurrencé à sa droite par Bruno Mégret, n’ayant pas reçu le soutien du Mouvement national républicain ; cependant, son score de 16,86 % des suffrages est bien supérieur à ce que prévoyaient les sondages : 11,5 % à 14,5 % en mars, et enfin 15 % à la veille du premier tour, tandis que Mégret était crédité de 4,5 %. Un réflexe de vote utile aurait donc joué parmi les électeurs d'extrême droite, et aurait rajouté au candidat du FN. Il se trouve qualifié pour le second tour et distance largement le candidat du MNR (qui ne recueille que 2,4 %) sur l’ensemble du territoire. Il est surtout arrivé en tête dans 35 départements, où il se hisse au-delà de 20 % dans plusieurs d'entre eux, comme en Alsace, où, dans le Bas-Rhin, il obtient 23,3 %, ou en Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, dans les Alpes-Maritimes, dans le Gard, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales, l'Eure, la Franche-Comté, ainsi qu'en Lot-et-Garonne et Tarn-et-Garonne, dans la Loire, le Rhône, l'Ain, la Haute-Savoie, la Savoie, la Drôme et l'Isère. Ce bon résultat de Jean-Marie Le Pen doit toutefois être restitué dans un contexte de forte fragmentation de l'offre politique (16 candidats), et de fort émiettement électoral. Le candidat du FN ne gagne en effet que par rapport au résultat qu'il avait obtenu au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. Les faibles résultats obtenus par les candidats du PS et du RPR ont indirectement favorisé le succès de Jean-Marie Le Pen, dont le socle électoral s'est avéré être beaucoup plus stable entre deux élections.
En ce qui concerne les deux « candidats sortants », leurs scores sont médiocres : Jacques Chirac ne réalise que 19,88 %, soit près d'un point de moins que son score de 1995 mais aussi le score de premier tour le plus faible pour un président sortant ; quant au Premier ministre du gouvernement de la Gauche plurielle, il essuie un fort recul par rapport à 1995, et de ce fait ne se trouve pas qualifié pour le second tour, et n'arrive en tête qu'en Seine-Saint-Denis, en Ariège, dans la Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées, dans l'Aude, dans le Gers, dans le Tarn, dans les Landes et dans la Nièvre. En conséquence, Lionel Jospin annonce le même son retrait de la vie politique. Le score décevant du candidat socialiste a d'une certaine manière mis le voile sur la bonne tenue de la Gauche plurielle dans son ensemble, les candidats des Verts, du PRG, du PCF et du MDC cumulant plus de 15 % des suffrages exprimés.
Arrivé quatrième au premier tour, François Bayrou obtient 6,84 % des suffrages exprimés, un score se situant dans la fourchette haute de ce que pouvaient lui laisser espérer les instituts de sondages avant l'élection, avec des intentions de vote plus proches des 5 %. Le candidat de l'UDF fait ainsi mieux qu'Arlette Laguiller et Jean-Pierre Chevènement, qui étaient crédités de scores supérieurs au cours de la campagne. Son score, le plus faible jamais atteint par l'UDF, s'explique notamment par la concurrence à la droite de Bayrou d'Alain Madelin, ex-UDF libéral qui recueille de son côté 3,91 % des suffrages exprimés.
L'élection présidentielle de 2002 a également été marquée par une forte poussée de l'extrême gauche trotskyste : la candidate de LO et le candidat de la LCR obtiennent chacun le meilleur score de leur parti : d’une part, Arlette Laguiller, à sa cinquième candidature, réalise le score le plus haut de Lutte ouvrière depuis l’élection de 1974, et s'impose comme la candidate la mieux placée à la gauche du Parti socialiste et de Lionel Jospin ; Olivier Besancenot obtient également un très bon score pour son parti : 4,25 % des voix, faisant ainsi mieux qu’Alain Krivine en 1969 (1,06 %) et 1974 (0,36 %).
Robert Hue, avec 3,4 % des suffrages, obtient un résultat historiquement mauvais pour le PCF, très éloigné du score qu'il avait obtenu à l'élection présidentielle de 1995 lors de laquelle il avait obtenu près de 9 % des suffrages. Il est en outre devancé tant par Arlette Laguiller que par Olivier Besancenot, ce qui constitue une inversion de tendance historique dans la famille de l'extrême gauche en France.
Noël Mamère fait, quant à lui, le meilleur score historique en France pour un candidat écologiste, surpassant même les 5 %. Ce relatif bon score lui permet d'être le seul écologiste à avoir sa campagne remboursée. Celui qui avait fait le meilleur score écologiste, en 1988, Antoine Waechter, est surpassé de presque 1,5 point.
Premier tour Le est inédit dans la vie politique française, puisqu'un candidat d'un parti classé à l'extrême droite de l'échiquier politique se trouve qualifié pour le second tour d'une élection présidentielle. Pour la deuxième fois sous la Cinquième République, la gauche n'est pas représentée au second tour d'une élection présidentielle (le second tour de l'élection de 1969 avait vu s'opposer également deux candidats de droite, en l'occurrence Georges Pompidou et Alain Poher).
C'est également le plus fort taux d'abstention observé au premier tour d'une élection présidentielle, et ce depuis le passage en 1962 au suffrage universel, avec 28,4 %. Pour la deuxième fois consécutive, les deux candidats présents au second tour totalisent moins de 50 % des suffrages exprimés (36,74 % en 2002, 44,14 % en 1995), ce qui oblige près des deux tiers des électeurs à faire un autre choix que celui qu'ils avaient fait au premier tour.
À , les estimations donnent Jacques Chirac en tête avec 20 % des voix, contre 17 % à Jean-Marie Le Pen, lequel élimine Lionel Jospin, donné à 16 % des suffrages. Ce dernier annonce le soir dans l'ancien bâtiment de l'Avenir du prolétariat (situé 325, rue Saint Martin à Paris.) qui lui sert de QG de campagne, son retrait de la vie politique.