vignette|Manifestant fondamentaliste chrétien à Asheville, aux États-Unis, en 2007. Le fondamentalisme chrétien est une position religieuse réactionnaire qui soutient une interprétation stricte et littérale des textes sacrés : « Au terme de ces observations, le fondamentalisme apparaît essentiellement comme une grille de lecture reposant sur une position « dogmatique » -- l'inspiration mécanique ou verbale de la Bible — enracinée dans une théologie de base qui se veut absolue et qui, en quelque sorte, a valeur de présupposé théologique non discuté, mais accepté aveuglément. […] Le souci de la lettre devient le moyen de justifier l'a priori théologique, qui, lui, est leur véritable fin.Richard Bergeron, Les Fondamentalistes et la Bible. Quand la lettre se fait prison, Montréal, Fides, 1987, 82 p., qui est présente notamment dans le protestantisme depuis le Dictionnaire Oxford en ligne. http://www.oxforddictionaries.com/us/definition/american_english/fundamentalism mais aussi d'une manière différente dans le catholicisme avec les mouvements intégristes traditionalistes et conservateurs qui prônent une application stricte et radicale de la Tradition. Le terme « fondamentalisme » en lui-même signifie, en général, une adhésion rigide aux principes fondamentaux d’un domaine quelconque.
Histoire Europe Les origines du fondamentalisme sont pour la plupart issues des remous qui ont suivi la Réforme protestante, dont les protagonistes (catholiques ou protestants) furent libérés de la mainmise de Rome concernant l'accès direct à la Bible et à son interprétation.. Vers 1670, on voit apparaître le piétismeKarl Rahner et Herbert Vorgrimler, Petit dictionnaire de théologie catholique, Éditions du Seuil, 1970, . : « L'analogue protestant du quiétisme est le piétisme. L'un et l'autre représentent une réaction contre la sécheresse d'une théologie d'école et contre une ascèse volontariste de caractère rationnel et stoïque qui étouffe les forces profondes qui agissent dans l'homme, au lieu de les libérer et de les former. Le quiétisme a été rejeté par Innocent XI en 1687 et par Innocent XII en 1699 (D. 1221-88, 1327-49) ».. Des protestants commencent à se réunir pour étudier la Bible et prier sous l’influence du pasteur Philipp Jacob Spener. Chez les catholiques, vers la même époque, le quiétisme puis le jansénisme suivent des voies parallèles à celle du piétisme protestant et ces mouvements s'influencent mutuellementLe jansénisme fut condamnée par Rome en 1653 et cette condamnation fut renouvelée en 1715< : on y retrouve Fénelon, Madame Guyon et Pascal. Ce dernier, favorable au jansénisme, en devient l'un des meilleurs défenseurs. Il écrit : « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Il résume là l’essentiel du piétisme tout en le revendiquantBlaise Pascal, Pensées, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1977, .. Encore maintenant, on peut observer cet aspect piétiste dans la pensée fondamentaliste.
États-Unis En 1878, dans une réunion de la « Believers' Meeting for Bible Study » (devenue Niagara Bible Conference) aux États-Unis, 14 croyances fondamentales sont établies par des pasteurs évangéliques Gary J. Dorrien, The Remaking of Evangelical Theology, Westminster John Knox Press, USA, 1998, . Le mouvement prend son essor en milieu protestant aux États-Unis, au début du . En 1910 The Fundamentals: A Testimony to the Truth, une série d'essais est publiée par la Testimony Publishing Company de ChicagoRandall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, . Cette même année, la conservatrice Northern Presbyterian Church (devenue Église presbytérienne aux États-Unis d'Amérique) diffuse des brochures définissant les « fundamentals ». : « Les cinq points [fondamentaux] portent sur les sujets suivants : premièrement, l'inerrance de la Bible ; deuxièmement, la nature divine de Jésus-Christ ; troisièmement, sa naissance virginale ; quatrièmement, la résurrection du Christ et cinquièmement, la résurrection physique de Jésus et son retour dans sa chair. À partir de ce jour, les fondamentalistes constituent une entité sociale repérable et organisée. Ce courant de pensée est opposé aux développements du libéralisme théologiqueSébastien Fath États-Unis : quand la Bible fait la loi dans Historia, , janvier-février 2007, .. Il s'oppose surtout à l’exégèse historico-critique qui s'est développée dans certaines confessions protestantes dès le .Marsden, George M., Fundamentalism and American Culture, (1980) Oxford University Press, Oxford : Les principaux fondamentaux furent l’inerrance biblique découlant de l’inspiration divine, la naissance virginale de Jésus, le rachat des péchés, la résurrection de Jésus et la réalité des miracles de Jésus, cela de façon réelle (et non symbolique)., auxquelles le millénarisme a été ensuite ajouté. La diffusion abondante de ces « Fundamentals » explique davantage l’appellation du fondamentalisme que ses causes profondes. En effet, le fondamentalisme chrétien moderne provient essentiellement de réactions : il se dresse contre la philosophie des Lumières, contre le rationalisme anglais du , contre l’Aufklärung du , contre le libéralisme de la modernité, contre l’exégèse historico-critique et scientifique et surtout contre la théologie libérale du ..
Le fondamentalisme piétiste a par la suite influencé certains mouvements de l'évangélisme pour former un courant constitué de couches successives de « réveils »: « S’il est une manière de lire la Bible, il devient une façon de la vivre, marquée par la tradition des Réveils ».. Ces « Réveils » spirituels s’expriment lors de rassemblements à forte composante émotionnelle destinés à faire ressentir la puissance de Dieu, par exemple les camp meetings qui durent plusieurs jours. Le pasteur, instruit ou non, manifeste une passion communicativeNancy T. Ammerman, « North American Protestant Fundamentalism», The Fundamentalism Project, Volume 1. Fundamentalisms Observed. The University of Chicago Press, Chicago, Londres, 1991, et 16-17..
Le Dallas Theological Seminary, fondé en 1924 à Dallas, exerce une influence considérable dans le mouvement en formant des étudiants qui établiront divers collèges bibliques et églises indépendants fondamentalistes dans le Sud des États-UnisSamuel S. Hill, The New Encyclopedia of Southern Culture: Volume 1: Religion, University of North Carolina Press, USA, 2006, .
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que des Églises protestantes se donnent elles-mêmes le nom de « fondamentalistes ».
Fondamentalisme et radicalisme À la fin du , le mot « fondamentalisme » prend une connotation péjorative, désignant le fanatisme religieux ou extrémisme Bruce Arrigo, Heather Bersot, The Routledge Handbook of International Crime and Justice Studies, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2013, . Au sens strict, ce mot ne devrait désigner que le fondamentalisme protestant, mais il en est venu, en France, à viser surtout les islamismes radicaux qui occupent dans ce pays plus de place dans les débats que les protestantismes radicauxGilles Kepel, La revanche de Dieu- Chrétiens, juifs et musulmans à la reconquête du monde, Seuil, 1991. .
Depuis la fin des années 1970, la signification de ce mot s’est élargie constamment : on parle maintenant non seulement de fondamentalisme protestant ou islamique mais aussi de fondamentalisme juif, catholique., bouddhisteDonald K. Swearer, « Fundamentalistic Mouvements in Theravada Bouddhism ». The Fundamentalism Project, Fundamentalisms Observed, sous la dir. de Martin E. Marty et R. Scott Appleby, volume I, chapitre 11, The University of Chicago Press, Chicago, Londres, ., hindou, sikhisteT. D. Madan, « The Double-edge Sword: Fundamentalism and the Sikh Religious tradition ». The Fundamentalism Project, Fundamentalisms Observed, sous la dir. de Martin E. Marty et R. Scott Appleby, volume I, chapitre 10, The University of Chicago Press, Chicago, Londres, ., païenChristopher A. Partridge, « Pagan fundamentalism ? », édité par Christopher A. Partridge, 2001, 314 pages, ., laïqueAmandine Barb, « Incompréhensions transatlantiques : le discours américain sur la laïcité française », Politique américaine 2014/1 (), . DOI 10.3917/polam.023.0009, https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=POLAM_023_0009 : et de fondamentalisme athée..">. Il a donc maintenant une signification étendue et éparse. C'est pourquoi Émile Poulat souligne que ce phénomène est « difficile à enfermer dans une définition : on ne peut que le décrire, du moins en première analyse. Le fondamentalisme se retrouve également dans la frange la plus conservatrice des grandes religions chrétiennes même si celles-ci ne sont pas fondamentalistes.
Caractéristiques La vérité absolue Le concept de fondamentalisme a été étendu à des domaines hors du champ religieux, dans un sens proche du radicalisme. Ainsi, Maurice Merchier avance que le fondamentalisme peut être économique, voire démocratiqueMaurice Merchier, « Nuit debout ou le fondamentalisme démocratique », causeur.fr, 17 mai 2016.. Il peut également être scientifique.
Le fondamentalisme se manifeste en effet par un état d’esprit, une mentalité et plusieurs positions doctrinales en découlent, de sorte qu'il n’existe aucune raison de réserver ce terme aux mouvements religieux.
Fondamentalisme et infaillibilité Le fondamentalisme se distingue par l’absence d’esprit critique. Ainsi, le doute, qu’il soit d’ordre spirituel, existentiel, ou méthodologique n’y est ni désiré, ni valorisé et il doit être dissipé pour faire place à une certitude intérieure. C’est pourquoi le fondamentalisme s’oppose généralement à l’exégèse historico-critique ou scientifique, qui est adoptée officiellement par les Églises non fondamentalistes pour interpréter les textes religieux. Le fondamentalisme n’admet qu’une lecture au premier degréJean Baubérot, « Le fondamentalisme. Quelques hypothèses introductives ». Dans: Les retours aux Écritures. Fondamentalismes présents et passés, sous la dir. de Évelyne Patlagean et Main Le Boulluec. Éd. Peeters, Louvain-Paris, 1993, : « La nouvelle orientation dominante amenée, dans le libéralisme théologique, par le développement de l'exégèse biblique de type universitaire et «scientifique» modifiait structurellement cette situation-type [le sacerdoce universel où chaque chrétien pouvait interpréter la Bible]. Les lectures de la Bible « au premier degré », c'est-à-dire liées à une culture biblique autodidacte et à l'expérience personnelle de la « vie chrétienne », se trouvaient délégitimées » des textes sacrés, découpés en extraits cités hors contexte historique, culturel et littéraire, comme si ceux-ci étaient des écrits contemporains et occidentaux : le fondamentalisme « s'oppose à toute interprétation historique et scientifique et s'en tient au fixisme ».