Le finnois (en finnois : ) est une langue finno-ougrienne, de la branche fennique de la famille des langues ouraliennes, utilisant l'alphabet latin.
Le finnois est parlé dans l'ensemble de la Finlande, à l'exclusion des îles Åland qui sont majoritairement suédophones. Il l'est également en Russie, dans la république autonome de Carélie, où il bénéficie d'un statut officiel. Le finnois compte au total 5 millions de locuteurs, il est la langue maternelle d'environ 91 % des Finlandais. ; en Carélie russe, le nombre des locuteurs est d'environ .
Dans un ensemble de communes finlandaises localisées dans le sud-ouest et l'ouest du pays, essentiellement sur le rivage de la mer Baltique, il est parlé en concurrence avec le suédois, souvent majoritaire dans ces zones.
Nom de la langue Les dictionnaires retiennent que finnois désigne la langue, tandis que finlandais est l'adjectif référant à la Finlande et à ses habitants, certains notant que l'usage de finlandais pour la langue existe aussi de facto.. La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française donne les deux termes en préférant finnois..
La différence entre finnois et finlandais provient de l'histoire et des cultures de Finlande :
le mot finnois s'applique à la langue et la culture des Finnois, une des peuplades qui ont progressivement occupé le territoire de la Finlande au cours des millénaires. On peut ainsi différencier sur les plans ethnologique, linguistique et historique d'une part les Samis, ou Lapons, premiers occupants du territoire, d'autre part les Finnois, occupants subséquents qui ont progressivement refoulé les premiers vers le nord, et enfin les Suédois qui ont colonisé le sud-ouest de l'actuelle Finlande. Chacune de ces populations est imprégnée d'un substrat culturel spécifique, finno-ougrien pour les deux premières et indo-européen pour la troisième ;
le terme finlandais s'applique pour sa part aux réalités de la Finlande moderne, née en tant que telle en 1917. Il y a donc des Finlandais qui parlent le finnois, d'autres qui parlent le suédois et d'autres encore qui parlent une langue same.
Dans la pratique, pour qui ne connaît pas la complexité de l'histoire finlandaise, cette distinction peut sembler artificielle. Le maintien de l'adjectif finnois permet cependant d'opérer une distinction capitale entre l'une des cultures composant l'identité nationale (le finnois) et la nationalité liée à l'État finlandais. Pour illustrer la complexité culturelle associée à ce problème de dénomination, il suffit de mentionner l'hymne national finlandais, – « Notre pays » en langue suédoise – écrit en suédois par Johan Ludvig Runeberg, que les Finlandais considèrent comme leur poète national alors qu'il est de culture et de langue suédoise et non finnoise.
Histoire
Préhistoire Les langues fenniques font partie des langues finno-ougriennes. Les théories actuelles supposent qu'existaient au moins trois proto-dialectes du proto-finnois ayant évolué ensemble vers le substrat du finnois moderne au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ..
Moyen Âge Jusqu'au Moyen Âge, le finnois n'est qu'une langue orale. Même après, la langue des affaires était le moyen bas-allemand, la langue de l'administration le suédois, tandis que les actes de cultes se tenaient en latin, laissant ainsi peu de possibilités aux finnophones d'utiliser leur langue maternelle ailleurs qu'en famille.
Le premier exemple connu de finnois écrit remonte à cette période et se trouve dans un journal de voyage allemand daté d'environ 1450 : Mÿnna tachton gernast spuho somen gelen Emÿna daÿda (en finnois moderne : « », en français : « Je veux vraiment parler finnois, mais je n'en suis pas capable. ».). D'après ce journal, un évêque finlandais, dont le nom est inconnu, serait l'auteur de cette phrase. Les erreurs de grammaire (usage impropre de l'accusatif gelen / kielen pour un partitif gelta / kieltä attendu dans ce contexte) et de syntaxe (absence de la conjonction mutta) font soupçonner un locuteur étranger ne maîtrisant pas complètement la grammaire du finnois, étant donné que les confusions entre les nombreux cas sont communes aux débutantshttp://www.kotus.fi/files/1291/Kielen_aika.pdf .. Le clergé de l'époque était constitué principalement de suédophones, ce qui peut expliquer ces erreurs..
Mise par écrit de la langue
Le premier système complet d'écriture de la langue est l'œuvre de Mikael Agricola, un prêtre finlandais du . Il s'inspire de l'orthographe du suédois, de l'allemand et du latin. Son objectif principal est la traduction de la Bible, mais il a pour cela besoin de définir les règles d'écriture et de morphologie, règles sur lesquelles le finnois moderne s'appuie toujours.
Agricola conçoit son système d'écriture en s'appuyant sur les dialectes de l'ouest de la Finlande, avec l'intention que chaque phonème soit représenté par une seule lettre. Mais Agricola rencontre plusieurs problèmes et n'atteint pas cette uniformité tant désirée. Ainsi, il utilise différents signes pour le même phonème, en fonction du contexte. Par exemple, il utilise alternativement dh et d pour .
Plus tard, d'autres révisent son système afin d'atteindre une écriture phonémique uniforme. Au cours de ce processus, le finnois perd plusieurs de ses phonèmes. Par exemple et n'existent plus dans la langue standard, mais seulement dans certains dialectes. En définitive, l'écriture du finnois est aujourd'hui quasi parfaitement phonémique.
Modernisation Au , Johan Vilhelm Snellman et d'autres insistèrent sur le besoin d'améliorer le statut du finnois : en effet, depuis le temps d'Agricola, le finnois écrit n'était utilisé que dans un contexte religieux. Le finnois n'était toujours pas une langue de culture. Mais le nationalisme qui commençait à se développer permettait désormais au finnois d'accéder à ce statut, dans la mesure où les mentalités y étaient prêtes, et réclamaient même ce changement. Des efforts considérables permirent d'améliorer le statut du finnois dans la société et de moderniser la langue, de sorte qu'à la fin du le finnois était devenu langue d'administration et de culture, utilisée dans les journaux et dans l'enseignement, tout cela aux côtés du suédois. Par ailleurs, le vit la naissance de la littérature d'expression finnoise, notamment grâce à Zacharias Topelius, Aleksis Kivi ou Elias Lönnrot.
C'est Elias Lönnrot qui apporta la contribution la plus remarquable. Son impact sur le développement du vocabulaire en finnois moderne fut particulièrement important. En plus de son travail de compilation du Kalevala, il servit d'arbitre dans les querelles entre les partisans des dialectes occidentaux ou orientaux comme base du finnois standard, assurant la prééminence aux dialectes de l'Ouest qu'Agricola avait déjà préférés, tandis que de nombreux mots des dialectes de l'Est firent leur entrée dans le vocabulaire et enrichirent ainsi considérablement la langue finnoise.. Le premier roman écrit en finnois par un finnophone fut Les Sept frères publié par Aleksis Kivi en 1870.
Alphabet finnois Ordre alphabétique et valeur des graphèmes
La transcription suit les usages de l'alphabet phonétique international.
GraphèmeValeur phonémiqueNote A, a /ɑ/Prononcé de la même façon que le â français (pour les locuteurs faisant une différence avec a). B, b /b/Uniquement dans les mots d'emprunts. Encore souvent prononcé [p]. C, c /k/, /s/Uniquement dans les mots d'emprunts. Prononcé différemment selon le mot. D, d /d/ E, e /e/Prononcé comme un é français F, f/f/Uniquement dans les mots d'emprunts. Encore souvent prononcé [ʋ]. G, g /g/Dans les mots d'origine finlandaise, il est toujours associé à n pour former le groupe ng prononcé [ŋ]. Sinon, uniquement dans les mots d'emprunts où il est encore souvent prononcé [k]. H, h /h/ Toujours prononcé. I, i/i/ J, j/j/ Prononcé comme le y de mayonnaise K, k /k/ L, l/l/ M, m/m/ N, n/n/ O, o /o/ P, p/p/ Q, q/k/Uniquement dans les mots d'emprunts. Il a été remplacé par k dans les mots de la langue finnoise. R, r/r/Toujours roulé. S, s/s/Toujours dur, comme dans le mot « sept », même entouré par des voyelles. T, t/t/ U, u/u/Prononcé comme le ou français V, v/ʋ/Son proche du /v/ français mais moins vibrant. X, x/ks/Uniquement dans les mots d'emprunts. Il a été remplacé par ks dans les mots de la langue finnoise. Y, y/y/Prononcé comme le u français. Z, z /ts/Uniquement dans les mots d'emprunt. Å, å /oː/Représente un o long. Uniquement dans les mots d'origine suédoise et certains noms propres. Ä, ä /æ/ Voyelle a de « Paris » avec l'accent « titi parisien ». Ö, ö /ø/Prononcé comme eu de peu.
Les lettres Å, Ä et Ö sont considérées comme des lettres à part entière de l'alphabet, venant après Z dans l'ordre alphabétique. Dans un dictionnaire, on trouvera donc dans l'ordre : .
À l'inverse, Š (š) et Ž (ž) sont considérés comme des variantes de S et de Z. Ils sont utilisés en finnois pour transcrire ( français) et ( français) respectivement. Ils n'apparaissent que dans certains mots d'emprunts, des transcriptions de noms propres ou encore certains noms de pays tels qu' (Azerbaïdjan) ou (Fidji).
À noter également : l'assimilation du W au V. Ainsi, dans l'ordre alphabétique, le W est classé comme V.
Un signe double correspond à une voyelle longue ou à une consonne géminée : , , , etc.
Le finnois standard (hors variations régionales) fait partie des langues qui se prononcent comme elles s'écrivent et s'écrivent comme elles se prononcent, autrement dit le système graphique du finnois est quasiment à 100 % la représentation des réalisations phoniques. Il est ainsi très facile d'apprendre à lire le finnois (cela concerne du reste aussi les enfants finnophones qui apprennent à lire bien plus facilement que les jeunes anglophones et francophones) Il n'y a que quelques très rares défaillances dans le système : les formes fléchies de sydämen s'écrivent avec un m mais se prononcent avec deux m. L'allongement consonantique dû à l'influence de l'occlusive glottale n'est pas transcrit : se ei ole painavaa, prononcé avec un p long. Il y a aussi quelques incertitudes sur la question de savoir si certains mots composés s'écrivent en un seul ou en deux mots. Mais cela reste marginal en comparaison des multiples systèmes et sous-systèmes graphématiques concurrents et contradictoires du français ou de l'anglais. La dictée est ainsi un exercice quasiment inutile dans les écoles finlandaises..
Grammaire
Morphologie
Harmonie vocalique
De même que le turc, le mongol, le coréen et le hongrois, le finnois a systématisé l'harmonie vocalique.
Les voyelles se répartissent en trois séries : les voyelles d'avant : ä ö y [æ/ø/y] ; les voyelles d'arrière : a o u [ɑ/o/u] ; les voyelles neutres : e i [e/i]. Les deux premières séries ne peuvent pas se mélanger au sein d'un mot donné, mais les voyelles e et i sont neutres, c'est-à-dire qu'elles peuvent se combiner avec toutes les autres voyelles : , , , etc. Les désinences ou les suffixes ont ainsi deux formes, selon que le mot contient des voyelles d'arrière ou d'avant : (dans la maison), mais (dans la forêt), ei sinullekaan (à toi non plus) mais en minäkään (moi non plus), kuolematon (immortel) mais tyytymätön (mécontent).
Les mots composés peuvent combiner des mots à voyelles d'avant et des mots à voyelles d'arrière : ( + ), le timbre de la voyelle désinentielle dépendant dans ce cas du dernier élément : . Dans certains cas, un certain flottement règne chez les locuteurs finnophones eux-mêmes ( vs ) et les dictionnaires donnent parfois le timbre de la voyelle de déclinaison.
Caractère agglutinant Le finnois emploie souvent des suffixes là où d'autres langues emploient plus volontiers des déterminants et des prépositions ; c'est ce qui a conduit à décrire le finnois comme une langue agglutinante.