vignette|Militants d'extrême droite identitaires autrichiens pendant une manifestation anti-migrants à Vienne. On peut notamment lire sur les banderoles « Europe forteresse - rendez les frontières épaisses ! », « Mon pays/ma maison n'est pas une terre d'immigration ! », « Europe, Jeunesse, Reconquista ». vignette|Une marche néonazie à Munich, Allemagne, 2005.

L'extrême droite est l'ensemble des mouvements, organisations et partis politiques (ainsi que leurs membres et électeurs) qui siègent le plus à droite dans les hémicycles parlementaires ou, à défaut de représentants, portent les idées .

L'extrême droite est très diverse. Sa définition stricte fait l'objet de débats auprès des historiens et des politologues, mais ses fondements idéologiques reposent principalement sur ces trois points : le rejet de l'immigration, justifié par une vision organiciste de la société, fermée et homogène, définie par la nationalité, l’ethnie ou la race« L’extrême droite est une vision du monde, pas un programme », lemonde.fr, 31 octobre 2021., et présentée comme menacée par des civilisations jugées inférieures ou dangereusesEXTRÊME DROITE (politique française) par Dominique Beaux et Paul Lepic sur junior.universalis.fr ; un projet autoritaire qui valorise l'obéissance aux chefs et au pouvoir., aux traditions issues d’un passé idéalisé, aux hiérarchies sociales, à rebours des valeurs de la démocratie libérale et de la prééminence du droitLa droite radicale en Europe : acteurs, transformations et dynamiques électorales par Gilles Ivaldi in Matériaux pour l'histoire de notre temps sur cairn.infoLe RN est-il encore d’extrême droite ? par Michel Eltchaninoff sur philomag.com du 4 juillet 2024 ; et enfin une rhétorique antisystème et populiste portée par un rejet des élites et des partis traditionnels, jugés corrompus, décadents ou éloignés du peuple.

Au début du , l'extrême droite était par exemple représentée par un mouvement comme l'Action française, nationaliste et royaliste, qui défendait une doctrine royaliste, raciste et antisémite.. Ceux qui se réclament de ces idées aujourd'hui y sont toujours classés. On y trouve des néofascistes et des néonazis, ainsi que des courants identitaires et national-populistes. Enfin, les courants traditionalistes comme le royalisme, la réaction et l'intégrisme en font également partie.

Des partis français comme le Rassemblement nationalMondon, A., 2015. "The French secular hypocrisy: the extreme right, the Republic and the battle for hegemony." Patterns of Prejudice, 49 (4), .Anthony M. Messina (2015). "The political and policy impacts of extreme right parties in time and context." Ethnic and Racial Studies 2015; 38: 1355. ou le parti Reconquête.. sont classés à l'extrême droite. En Europe, le parti Frères d'Italie. en Italie, ou le Parti de la liberté d'Autriche. en sont d'autres exemples. On trouvera aussi des partis d'extrême droite dans d'autres régions du monde, notamment dans les républiques démocratiques du Moyen-Orient comme en Égypte (Al Nour), ou en Israël (Otzma Yehudit), où ces partis siègent également le plus à droite de l'hémicycle parlementaire.

Le qualificatif d'« extrême droite » peut être utilisé de manière stigmatisante et péjorative, en assimilant toutes ses tendances au fascisme et au nazisme. Comme le relève le politologue Jean-Yves Camus, en France, le terme n'est quasiment jamais assumé par ceux qui en font partie, le Rassemblement national y préférant par exemple les termes de « droite nationale » ou de « mouvement national »..

Fondements idéologiques et définitions Caractéristiques générales

À partir du cas de la France, l'historien Michel Winock dans son ouvrage Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France (2004)Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Seuil, Paris, Collection Points , 416 pages, présentation BNF en ligne., donne les neuf caractéristiques suivantes aux mouvements d’extrême droite qui découlent du discours de la décadence, « vieille chanson que les Français entendent depuis la Révolution » : « la haine du présent », considéré comme une période de décadence ; « la nostalgie d’un âge d'or » ; « l'éloge de l’immobilité », conséquence du refus du changement ; « l'anti-individualisme », conséquence des libertés individuelles et du suffrage universel ; « l'apologie des sociétés élitaires », l'absence d’élites étant considérée comme une décadence ; « la nostalgie du sacré », qu'il soit religieux ou moral ; « la peur du métissage génétique et l’effondrement démographique » ; « la censure des mœurs », notamment la licence sexuelle et l'homosexualité ; « l'anti-intellectualisme », les intellectuels n’ayant « aucun contact avec le monde réel » (Pierre Poujade).

Les interprétations qu’il en donne sont de quatre ordres : dans le cadre de la lutte des classes, il s’agit de la revanche des perdants contre les gagnants de la modernité. Ainsi s’expliquent l’élitisme aristocratique de l’extrême droite du (les aristocrates étant les grands perdants de la Révolution française, puis de la révolution industrielle), ainsi que le poujadisme des petits commerçants contre la montée des grandes surfaces (les grandes surfaces n'existaient pas en 1956, les petits commerçants souffraient plutôt des prélèvements fiscaux excessifs) et des laissés pour compte de la crise économique ; l’« interprétation conjoncturaliste » insiste sur le rôle important des situations de crise dans la montée de ces idéologies. Une crise économique et sociale se mue alors en une crise politique, réelle ou supposée ; il indique également le passage de la « société tribale, rurale, patriarcale » à la « société urbaine, industrielle et libérale », se traduisant par une série de peurs et notamment « la peur de la liberté » (Karl Popper) ; l’interprétation anthropologique assimile le discours sur la décadence du pays avec la nostalgie de l’homme vieillissant devant l’enfance, ce « monde protégé ».

Pour Jean-Yves Camus, dans un contexte de mondialisationSimon Bornschier, Unis contre la mondialisation ?, Revue internationale de politique comparée 4/2005 (Vol. 12), . lire en ligne. et de montée des inégalités, l'extrême droite « s'impose plus que jamais comme principale force de contestation du consensus idéologique imposé par le modèle social ultralibéral »Jean-Yves Camus, « La montée de l'extrême droite en Europe », Universalia 2003, Encyclopædia Universalis, 2003, .. Mais un anticapitalisme de façade était déjà, selon Alain Bihr, l'un des arguments démagogiques du fascismeAlain Bihr, Le spectre de l'extrême droite. Les français dans le miroir du front national, Éditions de l'Atelier, 1998, .

Concept et vision du monde

Selon les chercheurs Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, le cœur de la vision du monde de l'extrême droite est l'organicisme, l'idée selon laquelle la société fonctionne comme un être vivant complet, organisé et homogène. Adapté à la communauté qu'ils souhaitent constituer ou reconstituer (qu'elle soit fondée sur l'ethnicité, la nationalité, la religion ou la race), le concept les amène à rejeter toute forme d'universalisme au profit de l'autophilie et de l'altérophobie, soit en d'autres termes l'idéalisation d'un « nous » à l'exclusion d'un « ils ». L'extrême droite tend à absolutiser les différences entre nations, races, individus ou cultures puisqu'elles perturbent leurs efforts vers l'utopie rêve d'une société « fermée » et naturellement organisée, perçue comme la condition pour assurer la renaissance d'une communauté enfin reconnectée à sa nature quasi éternelle et rétablie sur de solides fondations métaphysiques..

Considérant leur communauté dans un état de décadence facilité par les élites dirigeantes, les partisans d'extrême droite se présentent comme une élite naturelle, sensée et alternative, avec pour mission rédemptrice de sauver la société de la catastrophe promise. Ils rejettent à la fois leur système politique national et l'ordre géopolitique mondial (y compris leurs institutions et leurs valeurs, par exemple le libéralisme politique et l'humanisme égalitaire) qui sont présentés comme devant être abandonnés ou purgés de leurs impuretés, afin que la « communauté rédemptrice » puisse éventuellement quitter la phase actuelle de crise liminale pour inaugurer une nouvelle ère. La communauté elle-même est idéalisée à travers de grandes figures archétypales (les âges d'or, le sauveur, la décadence et les théories du complot mondial) car elles glorifient des valeurs non rationalistes et non matérialistes comme la jeunesse ou le culte des morts.

Le politologue Cas Mudde soutient que l'extrême droite peut être considérée comme une combinaison de quatre concepts largement définis, à savoir l'exclusivisme (par exemple le racisme, la xénophobie, l'ethnocentrisme, l'ethnopluralisme, le chauvinisme, y compris le chauvinisme social), les traits antidémocratiques et non-individualistes (par exemple le culte de la personnalité, le hiérarchisme, le monisme, le populisme, l'anti-particratie, la vision organique de l'État), un système de valeurs déplorant la disparition des cadres de référence historiques (par exemple l'ordre public, la famille, la communauté et la nation ethniques, linguistiques et religieuses ainsi que l'environnement naturel) et un programme socio-économique associant corporatisme, contrôle étatique de certains secteurs, agrarisme, et un degré variable de croyance dans le libre jeu des forces socialement darwinistes du marché. Mudde propose ensuite une subdivision de la nébuleuse d’extrême droite en tendances modérées et radicales, selon leur degré d'exclusionnisme et d'essentialismeMudde, Cas. The Extreme Right Party Family: An Ideological Approach (PhD diss., Leiden University, 1998)..

Définition et analyse comparative L'Encyclopédie politique : La gauche et la droite déclare que la politique d'extrême droite comprend « des personnes ou des groupes qui ont des opinions extrêmement nationalistes, xénophobes, racistes, fondamentalistes religieuses ou autres opinions réactionnaires ». Bien que le terme d'extrême droite soit généralement appliqué aux royalistes absolutistes, aux fondamentalistes et aux fascistes, il a également été utilisé pour désigner ceux qui se situent à droite du courant dominant de la politique de droite..

Si les mouvements ou partis d'extrême droite sont divers, leurs socles idéologiques comportent des points communs : un chauvinisme, un souverainisme et un traditionalisme encore plus poussés qu'à droite, un discours autoritariste affirmé, et un programme économique et social hétéroclite, parfois plus favorable aux milieux populaires que celui de la droite traditionnelle, usant largement d'une rhétorique antisystème et de dénonciation des élitesPascal Perrineau, « L'extrême droite en Europe », dans Pascal Perrineau, Luc Rouban, La politique en France et en Europe, Presses de Sciences Po, 2007, 456 p. , .. La xénophobie et le racisme font aussi partie de ce socle commun et se traduisent souvent par une opposition à l'immigrationPascal Delwit, Andrea Rea, Extrêmes-droites en Belgique et en France, éditions Complexe, Bruxelles, 1998, .Reste enfin le point délicat du racisme et de la xénophobie. L'immigration est incontestablement la cible principale de l'extrême droite. Elle s'en revendique même jusqu'à en faire sa raison d'être.. Enfin, on y retrouve un anticommunisme marqué. Le fondamentalisme religieux est aussi classé à l'extrême droite.

Les groupes et partis d'extrême droite sont souvent nationalistes voir ultranationalistes, Ariane Chebel d'Appollonia, L'extrême droite en France : de Maurras à Le Pen, , éditions Complexe, 1998, ., toutefois, plusieurs formes d'extrême droite ne sont pas nationalistes, certains sont également antinationalistes à l'instar de certains mouvements royalistes absolutistes, des libertariens conservateurs ou de groupes pan-islamistes comme Hizb ut-Tahrir.