Le prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire est un prieuré bénédictin situé dans le département de la Nièvre, dont la charte de fondation remonte à 1059 avec la donation d'une église Sainte-Marie Il s'agit probablement de l'église priorale, bien que les fouilles archéologiques montrent qu'au une église existait dans l'enceinte du monastère. Voir , note 2.. Il est connu en 1070 sous le nom de Caritate et fait partie du diocèse d'Auxerre.
Il a subi des modifications au , notamment la construction d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes. L'église est surtout réputée pour son chevet à chapelles rayonnantes et sa façade (Ouest) avec ses deux tympans. Elle appartenait à un important prieuré, l’un des cinq principaux de la puissante abbaye de Cluny (appelés traditionnellement ses “filles aînées”), située en Bourgogne. C'est pourquoi elle était, au Moyen Âge, la seconde plus grande église de France, après celle de Cluny III. Riche et puissant, le prieuré clunisien de La Charité-sur-Loire s'enrichit de nombreuses donations et possessions dès sa création. La grande église priorale actuelle doit montrer de par son décor soigné et sa grandeur, tout comme celle de Cluny, le rayonnement de l'ordre et du prieuréLa Charité sur art-roman.net..
Le prieuré a été classé monument historique par la liste de 1840 et inscrit en 1998 sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France (via Lemovicensis).
Histoire La construction du monastère de La Charité commence en 1052 sous le prieur dom Gérard de Cluny, sur des terres que lui donne , comte de Nevers. Il y avait cependant déjà eu une ou des constructions préexistantes, révélées par des recherches archéologiques sur la place Sainte-Croix (devant l'église) en 2015.. Un monastère du nom de Seyr aurait été construit à cet emplacement vers l'an 700 ; il aurait été détruit lors des raids vikings du .. En 1171, le comte Guy de Nevers confirme l'autonomie du prieuré..
En 1213, le pape Innocent III approuve la garde du prieuré et la procuration ou pension due par le prieuré de La Charité au comte de Nevers. :
Une crise éclate au début du entre la maison-mère et le prieuré qui connaît des problèmes financiers, ainsi que des conflits politiques. Puis viennent les guerres des s, qui détruisent les bâtiments. Sans oublier l'incendie de qui ravage église et bâtiments conventuels. N'ayant pas les moyens de remettre l'ensemble des bâtiments en état, les travaux de première nécessité sont réalisés en ce temps de guerres de Religion. Pendant deux siècles du au , plusieurs tentatives de réforme sont envisagées sans succès.
Nicolas Colbert et son neveu Jacques Nicolas Colbert furent nommés successivement par le pape prieurs de La Charité à condition de reconstruire le prieuré dévasté par un incendie 100 ans plus tôt. Les travaux commencèrent en 1667. Le prieuré retrouve son faste sous le prieurat du cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis (1757–1790).
La Révolution laisse son empreinte sur le monastère qui est fermé en 1791. L'église devient paroissiale, les bâtiments sont vendus, et pendant les s s'installent successivement : une faïencerie, une fabrique de chaussures, un négoce en vin, qui font subir des transformations néfastes mais sauvent le prieuré de la destruction.
En 1840, Prosper Mérimée sauva l'édifice d'une destruction programmée par le passage de la route royale de Nevers à Paris entre le chœur et la tour de façade.
Depuis 2001 le prieuré est le site d'un des plus grands chantiers de restauration de BourgogneLa cité monastique sur lacharitesurloire-tourisme.com..
Architecture vignette|L'église vue de la Loire.
L'église prieurale, façade occidentale Son tympan (1130–1135) porte le thème de l'Assomption de la Vierge, thème assez peu répandu sur les tympans romans. Il est présent néanmoins à Corneilla-de-Conflent, Cabestany, Gensac-la-Pallue, et plus tard dans des compositions gothiques (Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Chartres). Il est associé avec les scènes du linteau mettant en valeur le Fiat de la Vierge : l'Annonciation, la Visitation, l'Assomption que complète l'Annonce aux bergers. La dévotion mariale est très forte dans la liturgie clunisienne et principalement à La Charité placée sous le vocable de la Vierge, dont la fête patronale était le jour de l'Assomption.Il est notable que l'abbé Pierre le Vénérable prend position en faveur de l'idée de l'Assomption corporelle de la Vierge..
Le transept sud vignette|redresse=1.2|Tympan de la Transfiguration, sur le transept sud.
Son tympan daté de 1132, provenant de la façade occidentale, est visible sur la face intérieure du bras sud du transept. Son thème principal est la Transfiguration, c'est-à-dire l'apparition de Moïse et d'Élie aux côtés du Christ dans sa gloire divine. Ce sujet n'était pas le plus représenté à l'époque romane, car le Christ n'en est pas l'unique protagoniste, ce n'est donc pas une théophanie dans le vrai sens du terme. Cependant, il est très bien maîtrisé à La Charité-sur-Loire, le Sauveur étant nettement séparé des personnages de l'Ancien Testament, dans une mandorle.
Le tympan est ceinturé d'un arc outrepassé, qui lui permet d'être découpé en un demi-disque sur le registre supérieur, et une frise de type linteau pour le registre inférieur. Cette partie est elle-même scindée en deux zones inégales, à gauche portant l'Adoration des Mages, et à droite la Présentation de Jésus au Temple. Ces deux scènes font partie du cycle iconographique de l'Enfance du Christ incarné, alors que la Transfiguration qui prend la place habituelle d'une Ascension ou d'une théophanie à la fin des Temps est un des symboles de la continuité entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. C'est Pierre le Vénérable qui introduisit la fête de la Transfiguration dans la liturgie clunisienne.
L'intérieur de l'église Notre-Dame vignette|Une vue intérieure de l'église Notre-Dame. vignette|Le transept sud.
Au , le chevet à sept absides échelonnées est replacé par un chevet déambulatoire et chapelles rayonnantes.
Bien que très remaniée au , l'intérieur de l'église Notre-Dame, restauré, impressionne par son transept de grande dimension, avec de hautes colonnes reposant sur des arcs brisés. Le chœur est composé de trois travées avec une voûte en berceau brisé, l'abside présentant un faux triforium et est entouré d'un déambulatoire avec des chapelles rayonnantes. Les chapiteaux du chœur présentent des sculptures à motifs pour la plupart animaliers. Les stalles furent installées sous Jean de La Magdeleine de Ragny en même temps que fut réalisé le passage de La Madeleine et la façade de l'église. C'est sous le prieur Jacques Nicolas Colbert que fut refaite une partie de l'église.
Sur le mur intérieur du croisillon sud se trouve le deuxième tympan qui présente dans une mandorle du Christ, entouré des deux prophètes Moïse et Élie. Les apôtres sont aussi représentés et plusieurs scènes de la vie de Jésus-Christ comme l'Adoration des mages et la Présentation au Temple..
L'église Saint-Laurent Son chevet fut découvert lors des fouilles de 1975, dans le jardin contigu à l'église prieurale. Elle est dédiée à « tous les saints », mais plus tard elle est connue sous le vocable de saint Laurent. C'était un lieu de prières autour des reliques, à l'attention de tous les saints, et des défunts y ayant fondé leur obiit. On y donne des cérémonies avec de nombreuses processions, selon les coutumiers. Elle est refaite après les incendies du .
Le cloître Il a été refait après les incendies du du côté est, puis au par le prieur Jacques Nicolas Colbert, toujours du côté de la galerie est.
Les bâtiments conventuels Au début du , de nombreux travaux de restaurations et de constructions furent entrepris sous le prieurat de Jean de La Magdeleine de Ragny, dont la porterie, le logis prieural et le pressoir commun. Des bâtiments disparaissent sous des terrasses pendant le prieurat de Jacques Nicolas Colbert. Le bâtiment au nord du cloître est réalisé sous le cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis.
Le grenier à sel Le prieuré avait un grenier à sel qui comprenait quarante et une paroisses de sa juridiction..
L'Élection L'Élection de La Charité-sur-Loire est créée en 1635 et dépend de la généralité de Bourges. Supprimée en 1661, elle est rétablie en 1669 et passe en 1696 à la généralité d'Orléans..
Dépendances
Prieurés en France Quarante-cinq prieurés dépendent de La Charité, ainsi que quatre cents dépendances : Prieuré Saint-Christophe-en-Halatte, à Fleurines (Oise). ; Prieuré Saint-Racho-lez-Autun (Saône-et-Loire) ; Prieuré Saint-André de Luzy (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, sous-série 1.Q.852. Baux et revenus (Paray-le-Monial), 1788-an XI.. Elle apparaît en tant que cure dans les comptes de l'évêché de Nevers en 1287Fédération des sites clunisiens, église Saint-Laurent de Béard (Nièvre). ; Prieuré Saint-Pierre d'Antioche de Montambert (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre ; Prieuré Saint-Nicolas de Nevers (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, cote H.45 (1610–1737). ; Prieuré Saint-Victor de Nevers (Nièvre). Après la mort d'Ermengarde de Tonnerre, Guillaume se remaria peut-être car on trouve, dans une charte où le comte donne le prieuré Saint-Victor qu'il tenait en fief du roi, au prieuré de La Charité-sur-Loire, la signature d'une Mathilde à côté de la sienne.Archives départementales de la Nièvre, cote H.46. (1275–1785), documents relatifs au prieuré Saint-Victor de Nevers. ; Prieuré Saint-Honorat de Saint-Honoré-les-Bains (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, cote H.48 (1780). ; prieuré Saint-Sulpice-le-Châtel, commune du canton d'Azy (Cher)., donné en 1088 par Hugues de Montigny, vicomte de Nevers, leur donnant droit de nomination à la cure, de dîmes, de cens et autres.Archives départementales de la Nièvre, cote H.49 (1519–1558). ; Prieuré du Saint-Sépulcre. ; Prieuré Saint-Germain de Rouy (Nièvre), au ; Prieuré Saint-Victor de Biches, fondé par Gauthier dit le Fort, seigneur de Biches, et uni par le pape Clément VI au prieuré de la Charité en 1350Archives départementales de la Nièvre, cote H.33. (1612–1708) et 1. Q.846 : procès-verbaux d'estimation, soumissions et ventes des biens (1790-1792). ; Prieuré Saint-Gilles de BrassyArchives départementales de la Nièvre, cote H.473 (1790) et 1.Q.847, ventes des biens (Brassy, Corbigny, et Montsauche), 1790-1792. ; Prieuré Saint-Aignan de Cosne-sur-LoireArchives départementales de la Nièvre, cote H.35 (1787) et 1.Q.848., ventes des biens (Cosne-sur-Loire et Saint-Père), 1790, an VI. ; Prieuré de CoulongeArchives départementales de la Nièvre, cote H.36. et 1.Q.850, procès-verbaux d'estimation, soumissions et ventes (plan visuel du bois des Brosses non daté) (Cercy-la-Tour, Limanton et Vandenesse), 1790–1817.. Une charte donnée à Donzy en , signée par le prieur de La Charité et les religieux, stipule que le droit de garde est reconnu à un sergent gardien. Clause encore observée en 1600 ; prieuré Saint-Laurent de Béard, qui cessera au pour devenir une église paroissiale, l'église Saint-Laurent de Béard citée comme étant curatus (cure) de Béard. Dans le pouillé de 1478, elle est au prieuré de Lurcy-le-Bourg qui lui-même dépend du prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire ; Prieuré Notre-Dame de Vanoise, commune de Larochemillay (Nièvre) ; Prieuré Saint-Gervais et Saint-Protais de Lurcy-le-Bourg (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, 1.Q.851., soumissions des biens (Lurcy-le-Bourg), 1790–1791. ; Prieuré de Cossaye (Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, sous-série 1.Q. 849., soumissions des biens (Cossaye), 1790–1791. ; Prieuré Saint-Marc de Fontenet (commune de Corvol-l'Orgueilleux, Nièvre)Archives départementales de la Nièvre, 1.Q.876., bois (Corvol-l'Orgueilleux), 1791.Fontenet Saint Marc (Nièvre). ;