L'abbaye Notre-Dame des Fontenelles (latin Fontenellae, Fintanelum, Fontenacum ou encore FontenaeumAbbé Jacques-Paul Migne, « Dictionnaire des abbayes et monastères etc. », chez l'auteur, Paris, 1856, page 303.) est une ancienne abbaye augustinienne d'hommes située sur le territoire de la commune de Saint-André-d'Ornay (absorbée par La Roche-sur-Yon en 1964), dans le département français de la Vendée en région Pays de la Loire. C'est un monument gothique angevin.
Histoire Fondation thumb|left|Vue partielle des voutes angevines de l'église abbatiale. L'abbaye fut fondée en 1210 par Guillaume de Mauléon, seigneur de Talmont, et sa femme Béatrice de Machecoul, dame de La Roche-sur-Yon et de Luçon. Ils firent une donation aux chanoines réguliers de saint Augustin dépendant de l'abbaye Notre-Dame de Chancelade, en Périgord, afin qu'ils édifient ce monastère. Ceci nous est rapporté par le testament de Béatrice, daté de 1235.
L'abbaye fut construite dans la forêt de La Roche-sur-Yon, à une lieue à l'ouest de ce château, sur le territoire aujourd'hui dépendant de l'ancienne commune de Saint-André-d'Ornay (elle-même absorbée par La Roche-sur-Yon en 1964). Elle fut dédiée à la Vierge Marie et prit le nom de Notre-Dame des Fontenelles en raison de la présence sur ce territoire d'une petite source d'eau ferrugineuse.
Guillaume de Mauléon et son épouse donnèrent aux religieux les droits suivants à condition qu'une lampe soit allumée en permanence dans l'église abbatiale, ainsi que deux cierges lors de chaque messe. : Le droit de minage sur la seigneurie de La Roche-sur-Yon ; Des terres et une partie de la forêt des Fontenelles ; Toutes les redevances et marchés de La Roche-sur-Yon ; Les droits sur la boucherie au Poiré-sur-Vie.
Le maître-autel de l'abbatiale fut consacré le par l'évêque de Poitiers, Jean de Melun.La Gallia Christiana, op. cit. infra, col. 1434, rapporte un texte commémoratif de cette consécration, conservé sur un court parchemin, dont les termes sont les suivants : « In nomine S. Trinitatis et in honore B. Virginis et omnium sanctorum, Johannes de Melun Dei gratia Pictaviensis episcopus consecravit majus altare ecclesiae B. M. de Fontenellis ordinis de Cancellata, et hoc factum fuit v. idus Martii, quod est in vigilia B. Gregorii papae, an. luc. Verbi M.CC.XLVIII. et antea M.CC.XL in festo omnium sanctorum circa tertiam intravimus primitus dictam ecclesiam et locum, et venimus de illo parvo loco, in quo fratres primitus permanserunt »..
Évolution du statut Tout au début de la fondation de l'abbaye, les premiers bâtiments commencèrent à être construits par des moines bénédictins. Cependant, des lettres de Béatrice de Machecoul datées de 1225 montrent qu'un litige éclata entre l'abbé des Fontenelles et celui de Marmoutier, la plus prestigieuse abbaye bénédictine de l'ouest de la France, fondée par saint Martin vers 372.
En conséquence, très rapidement, l'abbaye se détacha de l'ordre de Saint-Benoît et adopta la règle de saint Augustin. Elle est dite chanceladine, du fait de sa situation d'abbaye fille de l'abbaye Notre-Dame de Chancelade, dans l'actuelle Dordogne. L'abbé des Fontenelles Emenius ou Emes de 1217 à 1231 fut d'ailleurs également abbé de Notre-Dame de Chancelade de 1224 à 1227 (cf. infra la liste des abbés).
Après la mort du dernier abbé régulier en 1487, les Fontenelles sont placées sous le régime de la commende. En 1632, la gestion de l'abbaye est partagée entre les abbés commendataires et les chanceladins. En 1669, les chanoines réguliers de Saint-Augustin de la Congrégation de France sont introduitsAbbé Louis Delhommeau, « Documents pour l'histoire de l’évêché de Luçon, 1317-1801 », Luçon, 1980..
Confirmations des droits et privilèges Au cours des siècles qui suivirent la fondation de l'abbaye, les seigneurs successifs de La Roche-sur-Yon confirmèrent les droits et privilèges qui lui furent concédés par Guillaume de Mauléon et Béatrice de Machecoul. Ce fut le cas en 1317 par Charles de Valois, comte de Valois, d'Alençon, de Chartres et du Perche. Ce fut encore le cas en 1349 par le futur roi Jean II le Bon, alors duc de Normandie. À nouveau en 1384 par Olivier V de Clisson, connétable de France. Également en 1410 par la fille de ce dernier, Marguerite de Clisson, par mariage comtesse de Penthièvre et vicomtesse de LimogesGallia Christiana, op. cit. infra, col. 1434..
Le roi René fut le dernier seigneur de La Roche-sur-Yon qui confirma les droits et privilèges de l'abbaye des Fontenelles, le . Il demanda en échange que les moines, à chacun de ses anniversaires, fassent des prières et des offrandes à Dieu.
Guerres, pillages et destructions thumb|right|Ruines de la salle capitulaire. Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais ruinèrent une partie de la nef de l'abbatiale, peu après sa consécration.
En 1533, il n'y avait plus que neuf moines résidant à l'abbaye, signe d'un déclin de l'établissement.
En 1562, lors de la première guerre de Religion, l'abbaye est incendiée. Les protestants occupèrent et brûlèrent le monastère, excepté le cloître et quelques autres bâtiments, détruisirent la nef de l'église abbatiale en grande partie (elle fut amputée de deux travées, l'église formant désormais un plan en croix grecque, qui ne sera plus modifié jusqu'à nos jours) et tuèrent les moines.
Après ce drame, le prieur Jean Rousseau tenta une réforme, puis l'abbé Jean Pidoux fit rebâtir un dortoir en 1622. Mais aussitôt, l'abbaye fut à nouveau incendiée par les protestants. Ces derniers furent cependant contraints de réparer leurs déprédations en 1626.
En 1669, les chanoines de la congrégation de France entamèrent des travaux de restauration et de réhabilitation du site, qui dureront un siècle.
Le , le docteur Jean-Gabriel Gallot suggère une exploitation médicale des sources des Fontenelles et de la Brossardière plus à l'est.. L'idée est relancée à la Révolution mais sans aboutissement..
Suppression à la Révolution L'abbaye des Fontenelles n'abritait plus que trois moines quand elle fut saisie à la Révolution. Elle fut vendue comme bien national en 1791. Le passage des colonnes infernales en 1794 la laissa dans un état d'abandon définitif.
Elle fut ensuite transformée en domaine agricole. L'abbatiale servit de grange et le logis des abbés fut affecté au logement des familles de fermiers. En 1935, à cause de l'état désastreux de l'église, le transept sud s'effondra. Les autres bâtiments continuèrent de se dégrader: l'étage qui servait de dortoir aux moines, situé au-dessus de la salle capitulaire, disparut en quelques décennies, entre la fin du et le tout début du .
Aujourd'hui, l'abbaye des Fontenelles est toujours une propriété privée.
Description
Les bâtiments de l'abbaye sont bâtis en granit.
L’église abbatiale thumb|left|Vue de l'église abbatiale. thumb|right|Le chevet de l'abbatiale. L'église abbatiale a une nef mutilée à une seule travée, à croisées d'ogives bombées formant huit nervures. Les voûtes des transepts et de l'abside sont en forme de coupoles ogivales du gothique angevin tandis que la voûte centrale est composée de voutains et d'une calotte, emplacement de l'ancien clocher. Les travées sont séparées par des arcs à double rouleau. Le chevet est plat et percé d'un triplet.
Le tombeau de Béatrice de Machecoul (ou de sa fille, Jeanne de Thouars) est sculpté dans du calcaire. Ce gisant sous enfeu est veillé par divers personnages dont de petits anges, des moines ou figures démoniaques.
Selon les moines de la Congrégation de Saint-Maur les fondateurs de l'abbaye, Guillaume de Mauléon et sa femme Béatrice de Machecoul, ainsi que la fille de cette dernière et de son second mari Aimery VIII de Thouars, Jeanne de Thouars, furent tous les trois inhumés dans l'église abbatialeGallia Christiana, op. cit. infra, col. 1433..
Les bâtiments monastiques thumb|left|Ouvertures ogivales de la salle capitulaire sur le cloître. thumb|right|Les ruines du chauffoir. Le cloître, l’hôtellerie, le chauffoir et le dortoir ont disparu après 1842, comme en témoigne le cadastre napoléonien de la commune de Saint-André-d'Ornay. Un plan daté en 1872 conservé aux archives municipales de La Roche-sur-Yon montre une amorce de destruction des bâtiments occidentaux du siteConsulté le 17 juin 2014..
Les bâtiments subsistant prolongent le bras sud du transept.
La salle capitulaire est à quatre travées reposant sur une pile centrale et ses voutes surbaissées sont à huit nervures toriques, ce qui suggère une réfection à l'époque de la reconstruction du dortoir, au .
En limite de la salle capitulaire et du chauffoir (non classé car en ruines) subsiste une voûte en berceau. Il s'agit du passage aux champs.
Protection
L'abbaye a été classée monument historique en 1948.
Liste des abbés Source : La liste des abbés de Notre-Dame des Fontenelles est établie principalement, sauf mention contraire en note, selon la Gallia Christiana, op. cit. infra. Les noms sont traduits en français. Ceux figurant entre parenthèses en latin sont ceux donnés textuellement par la Gallia Christiana. Le tome 2 de la Gallia Christiana, dans lequel est publiée la liste des abbés des Fontenelles, est paru en 1720. Les abbés postérieurs figurant ici sont en conséquence issus d'autres sources, précisées à chaque fois.
Les abbés dont le numéro du rang est en violet étaient également évêques ou archevêques.
{| bgcolor="#F2F2FF" cellpadding="3" cellspacing="0" border="1" style="font-size: 100%; border: grey solid 1px; border-collapse: collapse;" |- bgcolor="#1A1A1A" style="font-size: 100%; color: white;" ! width="4%"|Rang ! width="9%"|Portrait/Blason ! width="26%"|Abbatiat ! width="27%"|Abbé ! width="34%"|Notes |- |colspan="45" style="text-align:left; background: #878787; color: black;" | Abbés réguliers : |- |align="center"| 1 || align="center"|40px || align="center"|ment. 1213 – † La Gallia Christiana indique exactement le « XIV cal. Decemb. », le XIV des calendes de décembre, ce qui correspond au 19 novembre. || align="center"|Étienne (lat. Stephanus) || Premier abbé régulier. Également mentionné en 1215 ainsi qu'en 1216, année au cours de laquelle il souscrivit des lettres par lesquelles Aimery VII, vicomte de Thouars, concéda à l'abbaye un effart (c'est-à-dire une terre défrichée). Concernant sa mort, le nécrologe de l'abbaye précise : « Obiit dompnus Stephanus primus abbas Fontenellensis an. M. CC. XVII. » |-