Pendant la Seconde Guerre mondiale, le maquis du Vercors est une importante base de la Résistance française réfugiée dans le massif du Vercors, considéré comme une véritable forteresse naturelle.
Déroulements des faits 1940-1941 : du tourisme traditionnel à l'accueil de réfugiés Dès l'automne 1939, avant même la signature de l'armistice du 22 juin 1940, les infrastructures touristiques de la région de Villard-de-Lans sont mises à profit pour l'accueil de réfugiés et le repli depuis Paris d'un certain nombre d'établissements scolaires privés : cours Saint-Louis, cours Daumas, collège Turenne et le lycée polonais de Paris, à partir d'. Des réfugiés s'installent dans les hôtels, et parmi eux de nombreux Juifs étrangers, souvent aisés.
Au « refuge spontané » de cette population plutôt aisée, s'ajoutent dans les années ultérieures un « refuge organisé » qui concerne, par exemple, à partir de , des enfants originaires du Var, dans le Vercors drômois. En , la petite commune de La Chapelle-en-Vercors compte 139 personnes plus ou moins hivernants ou réfugiés.
1942 : constitution d'un groupe de Franc-Tireur Le , à Lans, le contact est établi entre deux groupes d'hommes proches de la SFIO : un groupe de Grenoble avec notamment l'ancien maire Léon Martin et un groupe du plateau de Villard-de-Lans, avec le docteur Eugène Samuel. La jonction est également faite avec Jean-Pierre Lévy qui a créé le mouvement Franc-Tireur. C'est sous cette étiquette que se retrouveront les socialistes de Grenoble et de Villard. Le cafetier grenoblois Aimé Pupin est considéré comme le chef civil du maquis du VercorsPierre Dalloz, Vérités sur le drame du Vercors, La Thébaïde, 2014, p.22-23..
Fin 1942, il effectue la jonction avec un autre noyau de résistants affilié à Franc-Tireur et il implante l'ensemble de ces moyens de résistance sur le versant ouest du massif du côté de Saint-Jean-en-Royans. Pupin est arrêté en et remplacé par Eugène Chavant, lui aussi cafetier et issu du groupe de Grenoble.
À partir de , les différents groupes Franc-Tireur du plateau se consacrent à l'établissement de camps pour accueillir de nombreux « réfractaires » au départ en Allemagne. Le premier camp est établi en à la ferme d'Ambel, près du col de la Bataille, regroupant soixante cheminots de Fontaine. D'autres camps sont établis à Méaudre, Laragnole, Corrençon et au col de la Chau.
Début 1943 : le projet Montagnards et l'implication de l'Armée secrète Parallèlement à l'implantation de Franc-Tireur sur le plateau, et sans lien avec ses différents acteurs, Pierre Dalloz, un architecte urbaniste pionnier de l'alpinisme, élabore un plan connu plus tard sous le nom de « projet Montagnards » qui consiste à mettre à profit l'apparence de forteresse naturelle qui caractérise le plateau du Vercors.
La version de de ce projet comporte un « programme d'action immédiat » consistant en la création de corps francs, l'aménagement de terrains d’atterrissage clandestins, le stockage d'armes et d'explosifs et la défense des principaux points d'accès au plateau. Une seconde étape est envisagée dans le cadre d'une reconquête de la France par les Alliés. Le plateau pourrait alors recevoir des troupes aéroportées et être la base de départ de raids visant à désorganiser les voies de communications ennemies tout autour du plateauGilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d'un maquis, éditions de l'Atelier, 2002, p.45-53..
Dalloz raconte que l'idée de ce projet lui est venue en , alors qu'il était en compagnie de l'écrivain Jean Prévost et qu'ils avaient une vue sur le Vercors depuis SassenagePierre Dalloz, 2014, p.29-30., mais jusqu'au début de 1943, il n'avait pas de contact avec des mouvements de Résistance. La conjoncture évoluant, il donne forme à son projet en et rencontre à Lyon le journaliste Yves Farge du Progrès, qui est lui-même en contact avec Jean Moulin à qui il fait avaliser le projet de Dalloz.
Farge et Dalloz peuvent alors rencontrer le le chef de l'Armée secrète, le général Delestraint, qui le soumet dès le 12 aux services français de Londres qui donnent leur accord au projet en diffusant le sur les ondes de la BBC le message « Les montagnards doivent continuer à gravir les cimes ». Dès le , Dalloz a reçu des fonds de Jean Moulin, et Yves Farge facilite la mise en relation des hommes de Franc-Tireur avec DallozPierre Dalloz, 2014, p.35..
Ce dernier implique dans le projet le commandant Marcel Pourchier, ancien commandant de l’École militaire de haute montagne de Chamonix, et le capitaine Alain Le Ray, alpiniste et officier des troupes alpines qui rédige une étude militaire de mise en œuvre du projet et devient le premier chef militaire du maquis du Vercors. Lors de la rencontre avec Delestraint, le chef de l'Armée secrète, informé de ce que Franc-Tireur est le seul mouvement représenté sur le Vercors, insiste pour que ce mouvement ne soit pas concurrencé.
La première rencontre entre Dalloz et les hommes de Franc-Tireur, Pupin et Samuel, aurait eu lieu le 1943 sur le site de Vassieux pressenti comme possible terrain d'atterrissage. Par la suite, Pupin est maintenu en place et informé de la tournure des événements, mais la quasi-totalité des participants au « comité de combat », le premier organisme dirigeant du Vercors, sont issus de ce que l'historien Gilles Vergnon nomme « l'implant national », au détriment des premiers initiateurs grenoblois.
1943 : réorganisation du maquis avec les officiers de l'Armée secrète vignette|gauche|B-17 de l'USAAF larguant du matériel destiné au maquis. vignette|gauche|Drapeau de la République libre du Vercors (juin-juillet 1944). La relative mise à l'écart des dirigeants de Franc-Tireur dans la nouvelle organisation ne suscite pas les rancœurs que l'on pouvait attendre, car les moyens financiers considérables affectés par Jean Moulin à l'opération Vercors donnaient les moyens d'accueillir correctement les nouvelles recrues. En mars 1943, lorsque se fait la jonction entre les premiers maquis encadrés par Franc-Tireur et l'Armée secrète, l'afflux de réfractaires fuyant le service du travail obligatoire (STO) monte l'effectif des maquis à environ 400, répartis en huit campsGilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d'un maquis, éditions de l'Atelier, 2002, p.63-71..
Entre février et mars, plus de de francs sont transmis pour le Vercors par Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin à Yves Farge. Sur la même période, l'ensemble de l'Armée secrète ne reçoit qu'un peu plus de six millions de francs, ce qui pour le coup provoque les récriminations de certaines mouvances de la Résistance comme Combat qui s'estiment moins bien loties.
Le printemps 1943 est également la période où sont donnés les premiers coups durs par les Italiens qui occupent l'Isère depuis (ils sont remplacés par les Allemands en ). Léon Martin est arrêté le et Aimé Pupin le avec quelques membres de son équipe.
Après ces arrestations le Maquis s'organise avec un chef civil, Samuel puis Chavant, et un chef militaire, Le Ray, qui divise le massif en deux zones de commandement : le nord confié à Roland Costa de Beauregard et le sud à Pierre Guay. Les camps sont remplacés par des « trentaines », des divisions plus mobiles auxquelles s'ajoutent ensuite des « compagnies civiles » réservistes basées sur le plateau, mais aussi à Grenoble et dans la région de RomansGilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d'un maquis, éditions de l'Atelier, 2002, p.53-63.. Le Ray, tout comme ses successeurs, dépendent du commandant Marcel Descour, chef d'état-major de la région R1 de l'Armée secrète et ancien chef régional de l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA). Les 11 et , le nouveau dispositif est présenté à l'occasion d'une grande manifestation sur la prairie de Darbounouze, devant tous les responsables du maquis et un certain nombre d'amis comme Hubert Beuve-Méry, ancien de l'École des cadres d'Uriage.
Le , le premier parachutage d'armes et de matériel a lieu dans la prairie de Darbounouze sur les hauts plateaux du Vercors drômois. La récupération des armes se fait dans une certaine pagaille, et c'est l'occasion pour l'État-major de l'AS de destituer Le Ray pour le remplacer le par le lieutenant Narcisse Geyer, alias Thivollet, promu alors capitaine. Geyer est arrivé sur le Vercors depuis le Nord de la Drôme, à la tête de du de cuirassiers reconstitué. La personnalité du nouveau chef militaire est contestée en dépit de son indéniable courage physique. On lui reprocha son goût pour l'apparat, mais surtout son incapacité à instaurer une relation de confiance avec le responsable civil Chavant.
1944 : afflux de maquisards et instauration de la République libre du Vercors 200px|
Les premières attaques allemandes contre le Vercors ont lieu le aux Grands Goulets (hameau des Barraques-en-Vercors), puis le à Malleval, où est situé le BCA reconstitué par Albert de Seguin de Reyniès, suivies de celles au monastère d'Esparron et à Saint-Julien-en-Vercors.
Bientôt connu comme l'un des principaux centres de résistance du maquis, le village de Vassieux, situé sur le plateau du Vercors vers d'altitude, est l'objet, du 16 au , d'une première opération de répression, menée par la Milice française sous le commandement de Raoul Dagostini. Vingt-cinq camions remplis de miliciens et de GMR arrivent sur le plateau le . Plusieurs fermes sont pillées et incendiées, des habitants sont torturés et déportés et trois d'entre eux sont fusillés. Les maquisards évitent l'affrontement car il n'est pas dans les intentions de l'État-major de sacrifier inutilement des hommes contre les GMR ou les miliciens, afin de préserver le maximum de forces jusqu'au débarquementAlain Coustaury, Patrick Martin, Robert Serre, commentaires sur la Stèle rappelant l'exécution de résistants par la Milice française à Vassieux-en-Vercors le 23 avril, Musée de la résistance en ligne, en ligne..
Dans le cadre du plan allié visant à « embraser tout l'hexagone pour ne pas révéler qu'Overlord n'intéresse que la Normandie » (Pierre Montagnon), le code « Il y a de l'eau dans le gaz », lancé depuis Londres le , alerte les résistants de la région R1, tandis que pour le Vercors il signifie le verrouillage du plateau. Le , quatre messages (plans Vert, Guérilla, Tortue et Violet) avec le fameux code « le Chamois des Alpes bondit » (l'animal étant l’emblème du maquis)Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, tome 5, page 101., donnent le signal de l'action armée pour . Le Vercors voit converger vers lui des centaines de volontaires, impatients d'agir. Ils sont placés sous le commandement du lieutenant-colonel François Huet, chef militaire du Vercors depuis , et de son chef d'état-major, le capitaine Pierre Tanant. Marcel Descour, devenu colonel et toujours responsable de la région R1, mais relevant des FFI dans lesquels s'est fondue l'Armée secrète, installe son PC à la maison forestière du Rang des Pourrets à Saint-Agnan. d'où il commandera l'action militaire dans tous les départements de la région R1 (approximativement région Rhône-Alpes).
À partir du verrouillage des accès au plateau par la Résistance, le jusqu'à l'offensive allemande, le , à l'instar d'un certain nombre d'autres zones disséminées sur le territoire français, le Vercors fonctionne comme une zone libérée, support d'une structure étatique qui prolonge l'embryon d'État dirigé par le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF)Gilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d'un maquis, éditions de l'Atelier, 2002, p.83-106.. Cette « République libre du Vercors » n'est officiellement intronisée que le avec une prise d'armes en l'honneur d'Yves Farge, revenu en tant que commissaire de la République de la région R1. Le Vercors a ainsi une administration civile, le « Comité de libération nationale du Vercors » (CLNV), présidé par Eugène Chavant, assisté de deux sous-préfets. Les civils sont cependant soumis aux militaires, le CLNV n'étant que le relais du GPRF, véritable contre-État.