La comète de Halley, dont la désignation officielle est 1P/Halley, est la plus connue de toutes les comètes.. Elle est identifiée vers 1700 par Edmond Halley comme étant l'objet céleste apparu en 1531, 1607 et 1682, avec une période de 76 ans. Halley prédit son prochain passage en 1758 : de fait, elle réapparaît en décembre 1758, passant au périhélie seulement le 13 mars 1759, en raison de perturbations gravitationnelles calculées en 1757 par Jérôme Lalande et l'astronome et mathématicienne Nicole-Reine Lepaute. Cette réussite prédictive assure dans le monde des savants le triomphe définitif de la théorie de Newton sur celle de Descartes.

Son dernier passage a eu lieu en 1986 et le prochain aura lieu en 2061.

Il s'agit donc d'une comète à courte période.. Son demi grand axe est de 17,9 unités astronomiques (soit environ de kilomètres), son excentricité est de 0,97 et sa période est de . Sa distance au périhélie est de astronomique et sa distance à l'aphélie est de astronomiques. On peut déduire de ces données les caractéristiques orbitales suivantes : vitesse au périhélie : , vitesse à l'aphélie : .

Cette comète est le premier membre connu de la famille des comètes de Halley, qui regroupe les comètes périodiques dont la période est comprise entre 20 et .

Histoire Identification vignette|gauche|250px|L'orbite de la comète de Halley.

En 1705, Edmond Halley publia un livre avançant que les comètes qui étaient apparues dans le ciel en 1531, 1607 et 1682 étaient en fait une seule et même comète. Expliquant que la comète voyage sur une orbite elliptique, et prend 76 ans pour faire une révolution complète autour du Soleil, Halley prédit qu'elle reviendrait en 1758.

En 1757, Lalande et Nicole-Reine Lepaute, sur la base des formules conçues par Clairaut, décident de calculer les déviations de la comète dues aux grosses planètes. Ils prédisent un retard de dû à Jupiter et de dû à Saturne. Ils annoncent donc le retour de la comète, non en 1758, mais en 1759 avec un passage au périhélie en , avec une incertitude d'un mois. Lorsque la comète réapparut en avec un passage au périhélie le , ce fut un triomphe. Cette prévision permit d'asseoir définitivement la mécanique newtonienne en France, la théorie des tourbillons de Descartes tombant dans l'oubli. L'appellation « comète de Halley » apparaît pour la première fois sous la plume de Dirk Klinkenberg dans une lettre adressée à Nicolas-Louis de Lacaille., mais Newton et Halley, morts respectivement en 1727 et 1742, n'étaient plus en vie pour assister à leur triomphe. vignette|gauche|250px|La comète vue par Giotto.

Exploration

La comète de Halley a été survolée par quatre sondes en 1985 : les sondes soviétiques et , la sonde européenne Giotto et la sonde japonaise . Une autre sonde japonaise, , a servi également à son exploration bien qu'elle ne l'ait pas survolée.

Les premiers résultats des sondes Vega ont aidé la sonde Giotto à ajuster sa trajectoire pour passer au plus près du noyau de la comète et la photographier. Giotto s'est approchée à du noyau en forme de cacahuète d'une dimension de ; Giotto a pu y voir deux gros geysers de gaz qui alimentaient la chevelure et la queue. Les photos de la sonde Giotto sont des données précieuses permettant de mieux comprendre la constitution des comètes et le mécanisme de sublimation à l'approche du Soleil. C'était la première fois qu'une sonde spatiale s'approchait d'une comète mais depuis, la sonde Rosetta a fait mieux en envoyant un atterrisseur se poser sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko en 2014.

Dates de passage et mentions d'observation vignette|Mention dans le Shiji (240 ) vignette|Tablette babylonienne consignant l'observation de la comète (164 ) vignette|droite|alt=tapisserie : la comète|La comète de Halley, vue du 24 avril au – soit quatre mois après l'avènement d'Harold – figurant sur la Tapisserie de Bayeux – scène 32.L'inscription, ISTI MIRANT STELLÃ, signifie Ceux-ci admirent l'étoile. vignette|droite|L'Adoration des mages de Giotto, 1304-1306.

611 av. J.-C. : mention en Chine (dans le Commentaire de Zuo des Annales des Printemps et Automnes). vers 535 av. J.-C. : ? 467 av. J.-C. : mention en ChineAnnales de Han, in .. vers 391 av. J.-C. : ? vers 315 av. J.-C. : ? 240 av. J.-C. (P/-239 K1) : mention en ChineAnnales de Tsin of Shih Chi, in .. 164 av. J.-C. (P/-163 U1) : observation par les astrologues babyloniensTablette conservée au . et en Chine. 87 av. J.-C. (P/-86 Q1) : mention dans les archives chinoises et sur les tablettes babyloniennes. 12 av. J.-C. (P/-11 Q1) : observation en Chine. 66 (P/66 B1) : mention en ChineAnnales de Late Han, in .. Mention à Rome sous Néron.. 141 (P/141 F1) : mention en Chine. 218 (P/218 H1) : mention en Chine. 295 (P/295 J1) : mention en Chine. 374 (P/374 E1) : mention en Chine. 451 (P/451 L1) : passage ayant marqué les contemporains puisqu'il correspond à la défaite des Huns dirigés par Attila. Mention en ChineAnnales de Sung, in .. 530 (P/530 Q1) : mention en ChineAnnales de Wei, in .. 607 (P/607 H1) : mention en ChineAnnales de Sui, in .. 684 (P/684 R1) : mention dans La Chronique de Nuremberg ; cette chronique cependant date du . Mention en ChineAnnales de Tang, in .. 760 (P/760 K1) : mention en Chine. 837 (P/837 F1) : passage le plus spectaculaire de la comète durant les temps historiques (à environ de kilomètres de la Terre). Mention dans des textes chinois et japonais. En France, L'Astronome, auteur d'une chronique sur la vie de Louis le Pieux, indique ce passage et précise qu'à sa suite le roi et sa cour se livrèrent à un jeûne. Il semble que ce passage ait stimulé dans le monde chinois la recherche d'autres « étoiles invitées ». La découverte des deux étoiles invitées de 837 est sans doute le fruit de ces recherches. Il s'agit d'une des rares occurrences où plus d'une « étoile invitée » fut découverte en une année (avec les quatre étoiles invitées de 1592). 912 (P/912 J1) : mention en ChineAnnales des Cinq Dynasties, in ., en Corée, au Japon et en Europe. 989 (P/989 N1) : mention en ChineAnnales de Sund, in ., en Corée, au Japon et en Europe. 1066 (P/1066 G1) : mention en Chine, en Corée et au Japon. En Europe, le passage est documenté par plusieurs sources, la plus célèbre étant la tapisserie de Bayeux où la comète apparaît comme un signe précurseur de la mort prochaine d'Harold II d'Angleterre et de la victoire de Guillaume le Conquérant. 1145 (P/1145 G1) : mention dans le psautier d'Eadwine de Canterbury. Mention en Corée, en Chine et au Japon. 1222 (P/1222 R1) : mention en Corée, au Japon et en Chine. On estime que le passage de la comète a été représenté dans la cathédrale de Plaisance. 1301-1302 (P/1301 R1) : plusieurs comètes furent observées autour de cette date, ce qui rend difficile l'identification des observations spécifiques à la comète de Halley. Mention en Chine assez précise cependant dans les annales de YuanAnnales de Yuan, in .. Giotto peint vers 1304-1305 une fresque représentant l'Adoration des mages dans la chapelle des Scrovegni, à Padoue ; l'étoile qui a guidé les mages, représentée en haut de la fresque, a une queue de comète. C'est en lien avec cette représentation que la sonde spatiale Giotto a été baptisée du nom du peintre. 1378 (P/1378 S1) : apparition consignée dans les Annales MediolanensesRerum Italicarum Scriptores, ed. Ludovico Antonio Muratori (Milan, 1730) v. 16 col. 770.. 1456 (P/1456 K1) : Richard Pankhurst considère qu'un épisode miraculeux raconté dans la chronique de Zara Yaqob correspond au passage de la comète. Alors que les moines stéphanites sont condamnés à mort, une grande lumière apparaît. C'est pour commémorer cet évènement que le roi fait construire l'église et la ville royale de Debra Berhan (mont de la lumière).. 1531 (P/1531 P1) : mention par Peter Apian dans son édité en 1540. Mention en ChineAnnales de Ming, in .. Mention par les Aztèques dans Cruz.. 1607 (P/1607 S1) : mentionné par Kepler dans (1619), décrit par Remus Quietanus () (1607) et par Longomontanus dans un appendice d’ (1622). Mention en Chine. 1682 (P/1682 Q1) : mentionné d'abord par John Flamsteed, puis par Edmond Halley lui-même dans son livre Synopsis de l’astronomie des comètes (1705). Ouvrage dans lequel, comparant les comètes de 1531, 1607 et 1682, il prouve qu'il s'agit en fait d'une même comète et prédit son retour pour 1758. Mentionné en Chine dans la Chronique de KiangnanAnnales de Kiangnan, in .. 1758 (P/1758 Y1, anciennement ) : Johann Georg Palitzsch est le premier à voir le retour de la comète, dans la constellation du Taureau. Charles Messier l'aperçoit à son tour le . Auparavant, il avait cru l'observer, mais il avait en fait redécouvert la Nébuleuse du Crabe, déjà observée en 1731 par John Bevis. Son passage est aussi mentionné en Chine dans la Chronique de Tsing Pu HsuanAnnales de Tsing Pu Hsuan, in . ainsi que le rapporte Olga Tokarczuk dans son roman Les livres de Jakób où elle date l'apparition du phénomène au . 1835 (P/1835 P1, anciennement ) : mention en Chine (Shangaï Hsuan). Par ailleurs, Mark Twain naît deux semaines après le passage de la comète, et mourra un jour après le périapside suivant. En 1909, il avait écrit dans son autobiographie :

vignette|droite|Comète de Haley le 25 mai 1910.

1910 (P/1909 R1, anciennement et 1909c) : passage spectaculaire de la comète, précédé quelques mois plus tôt par une autre comète spectaculaire, visible en plein jour (Grande comète de ). La première observation du retour de la comète de Halley fut réalisée par Max Wolf dans la nuit du 11 au , à l'aide de plaques photographiques. Cet évènement est utilisé par le Le Bon Marché pour une campagne publicitaireObservatoire de Paris, Chromolithographies publicitaires pour Le Bon Marché.. 1986 (P/1982 U1, anciennement et 1982i) : passage peu spectaculaire de la comète, à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre. Plusieurs sondes spatiales, notamment Giotto, l'approchent de près. La navette spatiale s'envole pour l'observer avec une enseignante dans l'équipage qui était censée donner des cours en direct depuis l'espace en particulier sur cette comète. L'accident de la navette pendant le décollage tue tout l'équipage et détruit la navette. Notes La comète est observée pour la dernière fois en 2003. Le , la comète arrive à son aphélie et commence alors son voyage de retour vers le Soleil, se rapprochant désormais de la Terre. 2061 : son prochain passage au périhélie devrait avoir lieu le et sa position la plus proche de la Terre le .. 2134 : passage suivant au périhélie le et position la plus proche de la Terre le .

Observations Avant 1066 On peut reculer dans le temps et présumer le moment où la comète de Halley aurait dû théoriquement apparaître dans le ciel. Les premières mentions de la comète de Halley sont dues aux Chinois : celle de 611 est rapportée par Zuo Qiuming dans le Commentaire de ZuoJacques Pimpaneau, Chine. Histoire de la littérature, Philippe Picquier, 2004, ., sont ensuite notées celles de 467 et 240 Jacques Gernet, Le Monde chinois, , Armand Colin, collection « Agora Pocket », rééd. 2005, .

Une comète a été aperçue dans la Grèce antique entre 468 av. J.-C. et 466 av. J.-C., associée à une pluie de météores ; la date du passage, sa durée, le lieu et la pluie de météorites associée suggèrent qu'il s'agissait de Halley. Selon Pline l'Ancien, une météorite, décrite de couleur brune et de la taille d'un wagon, serait tombée à Aigos Potamos..

En 164 , l'apparition de Halley entre le 22 et le est observée par les Babyloniens, et notée sur deux tablettes d'argile en écriture cunéiforme dont les fragments sont conservés au .

vignette|Tigrane le Grand et sa couronne étoilée sur une pièce de monnaie.