La classification décimale de DeweyContrairement à un usage largement répandu, y compris parmi les bibliothécaires, la prononciation correcte de Dewey est douhi et non pas di ouai. (CDD) est un système visant à classer l’ensemble du fonds documentaire d’une bibliothèque, développé en 1876 par Melvil Dewey, un bibliographe américain. Elle a été complétée et perfectionnée par la classification décimale universelle (CDU) développée par Henri La Fontaine et Paul Otlet.

Les dix classes retenues par la classification de Dewey correspondent à neuf disciplines fondamentales : philosophie, religion, sciences sociales, langues, sciences pures, techniques, beaux-arts et loisirs, littératures, géographie et histoire, auxquelles s’ajoute une classe « généralités ».. Les subdivisions suivantes sont , et . Elles sont en partie utilisées dans les bibliothèques à vocation encyclopédique, comme la Bibliothèque publique d'information de Paris"Bibliothèques et archives, comment se documenter ? Guide pratique à l'usage des étudiants, des professeurs, des documentalistes et archivistes, des chercheurs"? par Andrée Chauleur, conservatrice aux Archives, aux Editions de l'Institut national de recherche pédagogique, en 1984 ou la Bibliothèque du Congrès des États-Unis.

Histoire vignette|Melvil Dewey, l'inventeur de la classification décimale de Dewey. Entre 1870 et 1875, Melvil Dewey fréquente l’Amherst Collège, au Massachusetts. Pendant son séjour, il commence à travailler à la bibliothèque et à repenser le système de classification. Dewey voulait rendre la collection plus accessible en classifiant par sujet plutôt que par auteur. Pour créer ce système, Dewey s’inspire principalement de deux ouvrages: La classification de la connaissance (The classification of knowledge) de Francis Bacon, et Book Classification, publié dans The Journal of Speculative Philosophy de William Torrey Harris. En 1605, Francis Bacon publie son livre The Proficience and Advancement of Learning Divine and Human dans lequel il a présenté son idée pour la classification de la connaissance. Il fait valoir que toutes les connaissances pourraient être divisées en mémoire (grammaire, théorie du droit, théologie professionnelle, cosmographie et arithmétique), compréhension (enseignement de la divinité, théorie médicale, la logique, les philosophies naturelles et morales) et imagination (la poésie, la musique, la pratique médicale, les mathématiques, l’astrologie, l’art militaire et la peinture). Dans les années 1870, William Torrey Harris s’inspire de la classification des connaissances de Bacon et décide de l’élargir et de l’appliquer à la classification des documents écrits dans les bibliothèques.

En , Dewey décide d’ajouter un système décimal au système de classification hiérarchique existant de Harris afin de trouver plus facilement les livres distribués au collège Amherst. En raison du contexte dans lequel Dewey a appris et travaillé, en plus du fait que la classification de Harris s’inscrivait également dans ce contexte, son système de classification était fortement fondé sur une vision du monde anglo-saxon protestante et n’a pas nécessairement pris en compte la connaissance qui a été produite à l’extérieur de leur communauté. Cela dit, la classification décimale de Dewey est devenue par la suite l’un des systèmes de classification les plus utilisés (avec une estimation de usagers en 1964) ce qui a attiré l’attention sur les nombreuses façons dont il est limité en dehors d’une sphère anglo-saxonne et protestante.

En effet, lors du développement de la structure classificatoire, entre 1873 et 1876, Dewey fut exagérément influencé par l’environnement et le cercle restreint du collège d’Amherst. Par conséquent, il s’appuiera sur les cursus académiques de l’institution, les ouvrages de référence, les lectures imposées ainsi que sur le positionnement idéologique et intellectuel des corps enseignants de l’établissement afin d’élaborer sa nomenclature des structures hiérarchiques d’organisation du savoir.

Indices et divisions

La CDD répartit les ouvrages dans dix classes. Chaque classe est elle-même divisée en dix divisions, chaque division en dix subdivisions et ainsi de suite. Au total, on répertorie environ . Aucun indice ne peut avoir moins de trois chiffres ; dans ce cas précis, celui de gauche correspond à la classe, celui du milieu à la division et celui de droite à la subdivision. vignette| édition de la classification décimale Dewey, annotée par Melvil Dewey, OCLC Dublin, Ohio.

Prenons l’exemple de l’indice pour l’électricité :

= Sciences pures ; = Physique : division des Sciences pures ; = Électricité et électronique : division de la Physique.

Le , qui doit toujours être mentionné, a une valeur de généralité :

= Généralités sur les sciences pures ; = Généralités sur la physiqueGuide de la classification décimale de Dewey, ..

Pour les indices dépassant trois chiffres, un point doit séparer les trois premiers des suivants :

= Électricité et électronique ; = Électrostatique.

Si l’indice dépasse six chiffres, on laisse un caractère d'espace (pas de point) entre le sixième et le septième chiffres :

(l’Histoire de France de 1939 à 1945).

Ainsi, plus la notion à exprimer est fine, plus l’indice est long.

Sur l’étiquette collée sur le dos d’un livre et indiquant sa cote, on peut répartir l’indice sur plusieurs lignes, ce qui permet une meilleure lisibilité ; l’indice est suivi des premières lettres du nom de l’auteur ou du titre pour former la cote.

La classification décimale de Dewey est souvent utilisée avec une marguerite des couleurs dans les bibliothèques des écoles primaires (BCD) et dans les Centres de documentation et d’information (CDI) des collèges et des lycées.

Liste des classes

Sont détaillées dans l'article les dix classes, divisées chacune en dix divisions des deux premiers niveauxGuide de la classification décimale de Dewey, .Introduction to the Dewey Decimal Classification ( edition). : – Informatique, information et ouvrages généraux ; – Philosophie et psychologie ; – Religieux ; – Sciences sociales ; – Langue ; – Science pure ; – Technologie ; – Arts et loisirs ; – Littérature ; – Histoire et géographie.

Exemple de divisions successives - Techniques. (L’indice est , car il faut au moins trois chiffres.) - Vie domestique. (L’indice est , car il faut au moins trois chiffres.) - Alimentation - Cuisine. (Un point sépare le troisième et le quatrième chiffres.) - Cuisine pour les collectivités

Organisation de la édition (2011) La édition de la CDD est composé des parties suivantes:

(A) Introduction : description et mode d’emploi de la CDD

(B) Glossaire : courtes définitions des termes employés dans la CDD

(C) Guide : un guide d’utilisation de la CDD composé surtout d’explications élaborées relatives à des secteurs difficiles de la classification. Les notes du Guide sont signalées par une icône de livre à côté des indices des Tables générales ou des Tables auxiliaires.

(D) Tables auxiliaires : six tables numérotées de notations qu’on peut ajouter aux indices de classification pour préciser les sujets

(E) Sommaires de la CDD : les trois premiers niveaux des indices de la CDD

(F) Tables générales : organisation du savoir de –

(G) Index : liste alphabétique des sujets et des disciplines dans lesquelles les sujets sont traités avec sous-classement alphabétique sous chaque rubrique.

Limites du système Tout classement constitue un compromis entre l’objectif de simplifier la tâche du classificateur et celui de simplifier la tâche du chercheur. Dans le cas de la classification de Dewey, c’est le premier de ces deux facteurs qui a été privilégié : il n’est pas possible de se documenter sur un sujet sans savoir très précisément à quelle discipline le rattacher. Or cela pose un problème lorsqu’un ouvrage traite précisément du lien entre deux disciplines. La bio-informatique, par exemple, sera-t-elle à chercher dans la section ou ? Et plus précisément ou ? Comme il n’est pas possible de répondre avec précision à cette question, la classification de Dewey se complètera utilement d’autres techniques ou des tables auxiliaires comme :

le KWIC () ; la recherche plein texte au moyen des outils informatiques appropriés ; L’utilisation de l’indice interdisciplinaire dans les tables générales ou dans l’index de la CDD ; L’utilisation de la table du dernier recours lorsque plusieurs indices peuvent s’appliquer à un document.

La principale critique de cette classification est qu’elle a été centrée sur l’état d’esprit de la fin du aux États-Unis d’Amérique et qu’elle représente cet état d’esprit qui ne correspond plus à notre conception actuelle des connaissances.

Ainsi, dans la (Littérature), les deux premières divisions sont consacrées aux littératures en anglais = Littérature américaine, = Littératures anglaise et anglo-saxonnes), les six divisions suivantes aux littératures européennes à et une seule division aux littératures des autres langues .

De même, dans la (Religion), les religions chrétiennes sont surreprésentées à tandis que les autres religions sont classées dans une seule division Guide de la classification décimale de Dewey, ..

Critiques et évolution Bien qu’ayant été considérablement améliorée au cours de vingt révisions majeures, la CDD reflète toujours l’organisation générale du savoir telle qu’on la concevait aux États-Unis à la fin du . C’est pourquoi la philosophie et la religion, par exemple, qui représentaient environ 10 % de la production éditoriale à cette époque, a aujourd’hui encore une position disproportionnée dans la classification.

C’est une source de critique de la CDD, qui relègue ainsi de nombreux ouvrages dans d’obscures subdivisions simplement parce qu’ils ne traitent pas de la pensée occidentale : ainsi les religions non-chrétiennes n’apparaissent que dans la (un dixième de l’espace consacré aux religions) et la littérature et l’histoire européennes sont dominantes par rapport aux autres (comme elles le sont dans les rayonnages de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis).

De même trouve-t-on ailleurs que dans l'histoire de la France des ouvrages sur l'histoire de l'islam en France ou le dictionnaire de la colonisation française donnant l'impression d'un classement racial de l'histoire de France.

Cependant, avec l’accroissement de l’utilisation de la CDD dans le monde et un contexte d’internationalisation de cette classification, on remarque une volonté d’inclusion, de s’extraire d’une perspective strictement occidentaliste, d’une recherche de proportionnalité et de représentation culturelle plus équitable dans les schémas d’organisation du savoir.

Par exemple, dès la édition (1958), des chantiers de refonte ont été entrepris afin de réexaminer la Religion, les Administration publiques et Éducation. Malheureusement, ces évolutions prennent un temps considérable, en particulier dans des domaines tels que le droit, l’éducation ou l’histoire qui sont spécialement complexes à mondialiser causant des enjeux d’interopérabilités entre les multiples réalités géographiques des institutions.

Aussi, cela représente un vaste projet de modernisation afin de s’affranchir du contexte historique, idéologique et sociologue ayant influé sur la conception de la CDD. Le modèle classificatoire étant surtout critiqué quant aux traitements apposés sur groupes désignés « minoritaires » par l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, les classes sociétales, politiques ou économiques.

Certaines divisions ou subdivisions sont également vacantes ou ne sont plus utiliséesGuide de la classification décimale de Dewey..

La classification décimale universelle (CDU) est dérivée de la CDD.

Rôle de la Bibliothèque du Congrès