Philippe Duplessis-Mornay, en réalité Philippe de Mornay, seigneur du Plessis–Marly (plus tard Le Plessis-Mornay, à Longvilliers), également appelé Philippe Mornay du Plessis (né le à Buhy, dans l'actuel Val-d'Oise — mort le à La Forêt-sur-Sèvre, près de Cerizay, dans les Deux-Sèvres) est un théologien réformé, un écrivain et un homme d'État français, ami d'Henri IV, qui fut l'un des hommes les plus éminents du parti protestant à la fin du .

Duplessis-Mornay nous est bien connu par ses nombreux écrits et les innombrables documents qu'il a laissés pour le plus grand bonheur des historiens. Ceux-ci révèlent d'abord l'étendue de son savoir et de sa culture. Il parle et il écrit le latin classique, comme s'il s'agissait de sa langue maternelle ; il maîtrise le grec et l'hébreu. Il manie avec aisance l'allemand et il se fait comprendre en néerlandais, en anglais et en italien. Il semble connaître la Bible par cœur ; ses écrits révèlent un vaste savoir historique et géographique, tourné d'abord vers l'Antiquité, mais il connaît aussi fort bien l'Europe de son temps, qu'il a visitée.

Admirateur du chancelier Michel de L'Hospital et admiré par Turenne, Duplessis-Mornay s'oppose à toute contrainte en matière de religion. Dans sa politique nationale et compte tenu du climat de l'époque, il mérite d'être classé dans le petit groupe des partisans de la tolérance. Mais, malgré la place éminente qu'il occupe dans le camp protestant, il n'y compte pas que des amis. À Sully, il reproche son carriérisme ; les deux vieux chefs — et rivaux — se détestent. Agrippa d'Aubigné ne l'apprécie guère et l'égratigne parfois au passage.

De mœurs austères, Duplessis-Mornay s'habille de couleurs sombres et certains portraits le représentent portant autour du cou une fraise qui était depuis longtemps passée de mode.

Sa devise est un reflet fidèle de son caractère : (« Par le talent et par le combat »).

Biographie

Théologien et polémiste de talent, gentilhomme huguenot, érudit et profondément croyant, Philippe de Mornay, seigneur du Plessis-Marly, dit Duplessis-Mornay, consacre toute sa vie à la cause protestante. Il semble d'ailleurs davantage destiné au combat religieux qu'aux luttes politiques et militaires. Dans les ouvrages historiques, Mornay est alternativement ou simultanément présenté comme un théologien, comme un diplomate, comme un homme politique ou comme un polémiste. Il semble ainsi constamment changer de fonction sans que l'on saisisse vraiment le lien qui peut exister entre les différents domaines de son engagement.

Pour comprendre Duplessis-Mornay, il faut d'emblée prendre conscience de la sincérité de son engagement religieux et de la profondeur de sa foi. « Il avait douze ans lorsque, seul élève de son collège, il refusa de se mettre à genou devant le Saint Sacrement »Thérésa de Cherizey, Le Guide de l'Anjou, La Manufacture, 1990, .. Toute sa vie est vouée au service de la foi réformée, de la « vraie religion » comme il a coutume de la désigner. Il recherche donc la voie la plus sûre et la plus directe pour en assurer le triomphe.

Après ses études, Duplessis-Mornay effectue des voyages en Italie et en Allemagne, de 1565 à 1572. Il échappe de justesse au massacre de la Saint-Barthélemy en se réfugiant au domaine de Villarceaux de son cousin catholique François de MornayVillarceaux - Le repos de Ninon sur herodote.net., puis en Angleterre. À son retour en France, il prend une part active aux tentatives que firent les protestants pour relever leur cause en l'associant à celle de François d'Alençon, et se lie à Henri de Navarre, chef des Huguenots, dont il sera le principal conseiller avant que celui-ci ne devienne Henri IV, roi de France.

Duplessis-Mornay a écrit divers ouvrages religieux dans lesquels il expose et défend les thèses calvinistes, le plus célèbre étant sans doute son « Traité de l'eucharistie » (1598). Dans un précédent ouvrage, « De la vérité de la religion chrétienne », publié en 1583, il fait une apologie du christianisme, dénuée de tout esprit de controverse avec le catholicisme.

Conseiller du roi Henri de Navarre vignette|redresse|Philippe Duplessis-Mornay, vers 1580. Crayon de couleur, attribué à Dubreuil, bibliothèque de la Société de l'histoire du protestantisme français. Très marqué par le massacre de la Saint-Barthélemy, il connaît d'abord une période de doute sur la conduite à adopter vis-à-vis d'un prince — le roi de France — qui a fait massacrer ses sujets huguenots. Entre 1574 et 1576, le sentiment de profonde insécurité qu'il ressent le conduit probablement à manifester sa défiance à l'égard du pouvoir royal en rédigeant les Vindiciae contra tyrannos. Il comprend alors que, pour assurer la survie, puis le triomphe, de la « vraie religion », le combat théologique doit se doubler d'un combat politique. Dans son esprit, le succès sur le terrain politique, qui permettrait le rétablissement de la paix civile, est en effet un préalable indispensable au véritable essor d'un débat théologique fructueux. vignette|gauche|redresse|, roi de Navarre (vers 1575), huile sur toile, château de Pau. Conscient que la cause réformée ne pourra s'imposer que sous la conduite d'un prince capable de défendre les intérêts de la religion protestante, il décide de s'engager auprès du roi de Navarre, futur roi de France, avec lequel il va mener le combat politique et militaire, devenant dès 1576 son conseiller et son ambassadeur. Héritier potentiel du trône, ce prince semble idéalement placé pour devenir le champion de la cause réformée. À partir de 1583, le rôle de Mornay dans l'affirmation d'Henri de Navarre en tant que successeur crédible à apparaît considérable et peut-être méconnu.

En 1583 justement, Mornay, très à cheval sur le plan de la morale, s'érige en mentor du roi de Navarre — qui n'est que de quatre ans son cadet — et lui propose un règlement de vie qui le transformerait en un modèle de prince chrétien : « Le roi de Navarre pourrait être habillé à huit heures au plus tard et aussitôt commander au ministre réformé de s'y trouver pour faire la prière… ». La journée se termine par une autre prière. Lourde tâche que d'imposer au « Vert Galant » ce programme de vie monacale ! Mornay revient à la charge l'année suivante : « Pardonnés encore ung mot à vos fidèles serviteurs, sire. Ces amours si découverts, et aulxquels vous donnés tant de temps, ne semblent plus de saison ».

De passage à Montauban en 1581, Henri de Navarre est fait « Protecteur » de la ville. Conscient du rôle essentiel de Montauban dans le combat protestant, il nomme Duplessis-Mornay gouverneur de la cité.

Au cours des années 1585-1589, il a fourni — il a été le véritable auteur des textes signés par Henri de Navarre — les armes idéologiques qui permettront à celui-ci de remporter le combat polémique. L'œuvre pamphlétaire produite par Mornay durant cette période a eu pour but de constituer autour de l'héritier du trône un rassemblement dépassant le cadre confessionnel. Duplessis-Mornay insiste sur le principe de distinction du politique et du religieux contre la Ligue qui défend l'idée selon laquelle la religion conditionne la fidélité au prince. Sa volonté de politiser le conflit, face à la détermination des ligueurs à demeurer sur le terrain religieux, lui a permis de développer une pensée susceptible d'entraîner l'adhésion de catholiques modérés, tel Montmorency, et de la plupart des princes de la maison de Bourbon.

Philippe Duplessis-Mornay a beaucoup œuvré pour le rapprochement entre le roi de France Henri III et Henri de Navarre. C'est lui qui négocie l'accord conclu en 1589 entre le roi et l'héritier du trône. Henri de Navarre obtient Saumur, une des principales citadelles du calvinisme français avec La Rochelle et le Poitou, comme place de sûreté. Il en confie le gouvernement à son fidèle Mornay qui prend ses fonctions le . Il va en rester le gouverneur pendant trente-deux ans, jusqu'au et pendant cette période il sera la tête pensante des protestants, le « pape des huguenots ».

Son activité politique majeure se double d'une activité militaire. Sa valeur de combattant se manifeste dans les batailles décisives qui opposent les huguenots aux armées de la Ligue. Il s'illustre notamment à la bataille de Coutras, le .

Défenseur de la cause réformée et négociateur de l'édit de Nantes

Dès l'accession au trône d'Henri IV, en 1589, la tâche de conseiller de Duplessis-Mornay, qui se dévoua si noblement à lui dans toutes ses traverses, l'aida de la sage sévérité de ses conseils, du puissant secours de sa plume, de la vigueur de son bras va se révéler très difficile. Malgré l'amitié affectueuse et la reconnaissance que lui montre le nouveau roi, il est progressivement écarté des initiatives royales qui vont souvent à l'encontre de ses conseils. Il doit se contenter de devenir l'avocat de la cause réformée auprès du nouveau roi, qui se détache cependant progressivement de ses coreligionnaires et se convertit au catholicisme en 1593. Très marqué par ce revirement qu'il a tout fait pour éviter et qu'il désapprouve totalement, Mornay sait désormais qu'il ne peut rien espérer de plus que la concession, par le nouveau converti, d'un statut légal pour les huguenots. Entre 1593 et 1598, il éprouve de plus en plus de difficultés à associer combat politique et combat religieux. Il s'efforce pourtant d'y parvenir, dans l'intérêt du roi et pour le salut des Églises, jouant un rôle capital durant les années de négociations qui précèdent la signature de l'édit de Nantes.

À l'époque où Henri de Navarre, encore huguenot, remportait des succès militaires le rapprochant du trône, Mornay rédigeait en son nom la célèbre Lettre aux trois États de ce royaume, où il promettait aux catholiques la liberté de conscience et des garanties protégeant les minorités. C'est ce qu'il exige et obtient à son tour pour les protestants au cours des négociations préparant l'édit de Nantes.

La crise d'Amiens, en 1597, lui fait mesurer toute la difficulté qu'il y a à servir à la fois un souverain catholique et la « vraie religion ». Dès 1595, il acquiert ainsi la conviction qu'il faut de nouveau mener de front les deux luttes et il reprend les armes sur le terrain théologique en mettant en chantier son traité sur l'Eucharistie. Lorsqu'en 1598 l'édit de Nantes vient matérialiser l'aboutissement de la dimension politique de son action, il décide naturellement de privilégier le combat religieux. Les nouveaux traités religieux au ton vif publiés par Duplessis-Mornay irritent le souverain, qui l'abandonne publiquement lors de la conférence de Fontainebleau (1600), au cours de laquelle Henri IV va sacrifier son ancien serviteur sur l'autel de la réconciliation avec Rome, marquant la fin de l'influence politique de Mornay.

Voltaire a fait de Philippe Duplessis-Mornay l'un des personnages de sa Henriade (1728), et a écrit à son sujet ces vers :

« Non moins prudent ami que philosophe austère, Mornay sait l'art discret de reprendre et de plaire. Son exemple instruisait bien mieux que ses discours. Les solides vertus furent ses seuls amours. Avide de travaux, insensible aux délices, Il marchait d'un pas ferme au bord des précipices. Jamais l'air de la cour et son souffle infecté N'altéra de son cœur l'austère pureté ».

Gouverneur de Saumur (1589-1621)

Le , Martin Ruzé de Beaulieu, secrétaire du roi, installe, au nom d'Henri III, Philippe Duplessis-Mornay dans la charge de gouverneur de Saumur, qui lui a été attribuée à la demande d'Henri de Navarre, chef des huguenots. Il est alors dans sa quarantième année et a mené jusqu'ici une existence mouvementée, cumulant des activités militaires, diplomatiques et littéraires. Sa forte personnalité domine la ville pendant 32 ans et lui laissera son empreinte pour un siècle.