Émile Roche, né le à Estaires (Nord) et mort le à Paris, est un homme politique, publiciste, homme d'affaires et journaliste français. Personnalité du Parti radical, il a dirigé dans l'entre-deux-guerres un quotidien parisien, La République. Il a présidé le Conseil économique et social durant vingt ans, de 1954 à 1974.
Biographie Un jeune journaliste à Hazebrouck Émile Roche est le fils d'un épicier du Nord de la France, d'origine flamande. Sa famille est républicaine ; un grand-père, Cyrille Roche, a été un opposant à Napoléon III. Ce dernier était un industriel fabriquant de l'amidon de riz qui finit presque ruiné. Il étudie dans un collège privé catholique, qu'il quitte à l'âge de 13 ans pour travailler dans une usine de textile du fait de difficultés financières familiales. L'activité de ses parents est redevenue prospère par la suite.
Roche commence sa carrière de journaliste à 18 ans vers 1911 : il rédige jusqu'en 1913 de courts articles pour Le Cri des Flandres, hebdomadaire d'informations générales dans les quatre cantons, d'Hazebrouck (Nord et Sud), Cassel et Steenvoorde. Ce journal fondé en 1910 est dirigé par un clerc, Jules-Auguste Lemire, député du Nord depuis 1893 et l'une des figures marquantes de la démocratie chrétienne, qui a eu à maintes reprises des démêlés avec la hiérarchie catholique et avec son évêque monarchiste. Roche vend aussi ce journal dans la rue, ainsi que L'éveil Démocratique de Marc Sangnier, autre catholique social et progressiste. Sa rencontre avec l'abbé Lemire lui inocule le virus de la politique et le met en contact avec le personnel politique de la région. Le jeune Émile Roche lit beaucoup, notamment des livres sur l'économie et le social. Il se détache de la religion catholique, par hostilité aux réactions de l'Église exigeant des catholiques flamands qu'ils n'achètent pas le journal de Lemire et qu'ils le renient en confession. .
Un homme politique radical, directeur de journaux
Après la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé et dont il est sorti avec le grade de capitaine, il s'inscrit en 1919 au Parti radical à Lille . Ce parti de gouvernement, pilier de la République parlementaire, a une solide tradition laïque et anticléricale mais aussi patriote. Il s'installe ensuite à Paris, en 1920, où il s'intéresse à la politique selon ses mémoires . Il fonde en 1923 une entreprise de négoce en huiles et graisses industrielles et devient administrateur de plusieurs sociétés par la suite. Cela va lui permettre de contribuer au financement de différents journaux d'opinion. (L'auteur présente Roche comme un entrepreneur d'une firme textile).. Il participe à Lille à une réunion de la fédération du Nord du parti radical en 1924, avant les élections législatives ; cette fédération se réunit alors pour la première fois depuis la guerre .
Franc-maçon, il est membre de la Grande Loge de France, ayant été initié dans les années 1920 à la loge Les amitiés internationales.
Il fréquente le jeune Jean Luchaire et contribue en juin 1927, à 34 ans, au lancement de la revue mensuelle de ce dernier, Notre temps, qu'il finance en partie à ses débuts et dont il est un temps le co-directeur avec Luchaire. . En , à la veille des élections législatives, il fonde La Voix , un nouveau quotidien, dont il est le co-directeur et dont Luchaire assure la rédaction en chef durant un trimestre. (L'auteur présente Roche comme le président de la fédération du Nord du parti radical, fonction qu'il n'occupe qu'à partir de 1932) et qui devient bientôt hebdomadaire, en juin . Il rompt avec Luchaire à l'automne 1928 pour des motifs financiers. Bertrand de Jouvenel remplace Luchaire comme rédacteur en chef, Pierre Valude, ancien député, est l'autre codirecteur, jusqu'à sa mort au début de l'année 1930. Le journal a comme collaborateurs des jeunes radicaux comme Jouvenel, Jacques Kayser, Georges Potut, Pierre Dominique. Ce périodique se présente à partir de juillet 1929 comme un ..
Il approche à la fin de l'année 1927 le sénateur Joseph Caillaux, revenu sur le devant de la vie politique depuis 1925, et en devient à la fois un proche collaborateur, un , un confident et un ami. Il le restera jusqu'à la mort de ce dernier en 1944 et sera son exécuteur testamentaire. Il affirme dans ses mémoires avoir admiré l'action politique de Caillaux depuis 1911 - président du conseil, il a conclu cette année-là une convention avec l'Allemagne pour résoudre la crise marocaine déclenchée par le « coup d'Agadir » et éviter une guerre -, lui sachant gré en particulier de sa volonté de négocier avec l'Allemagne en 1917 qui lui valut sa condamnation pour « intelligence avec l'ennemi » en 1920 .
Il fait partie de l'aile droite des Jeunes Turcs du parti radical : il y joue un rôle important grâce à la fois à son insertion dans les réseaux de Caillaux et à son argentSerge Berstein, Le renouvellement du Parti radical dans les années 1930 : un renouveau de la gauche ?, dans . Il est élu secrétaire en octobre 1927 puis vice-président du Parti radical, à partir de novembre 1931 . Il prend la présidence de la fédération du Nord du parti radical en mai 1932,
, à la suite de la mort du sénateur Charles Debierre, et la conserve jusqu'en 1954 ou 1956.
Il contribue en juin 1929 à la fondation du quotidien parisien La République ; il est l'administrateur à ses débuts de ce journal d'opinion . Ce quotidien est fondé avec l'appui du président du parti radical, Édouard Daladier, qui en prend la direction politique jusqu'en juin 1930 . . Selon Roche, ce journal doit recruter des collaborateurs . C'est pourquoi l'équipe de La Voix est décidée à lui apporter sa collaboration .. Jacques Kayser est son rédacteur en chef à ses débuts . Conçu à l'origine comme un journal chargé d'épauler l'entreprise de rénovation du radicalisme mise en place par Daladier, le quotidien devient l'organe des lorsque Daladier prend ses distances en 1930. Il est selon l'historien Serge Berstein . En mars 1931, La Voix et La République fusionnent et Roche en prend la direction le mois suivantJean-Claude Allain, Joseph Caillaux, vol. 2 : L'oracle, 1914-1944, Imprimerie nationale, coll. « Personnages », 1981,
. Ce journal ne parait que sur 4 ou 6 pages ; il n'a que en avril 1931. Gabriel Cudenet est alors le rédacteur en chef , La République, 22 novembre 1930 (rédacteur en chef adjoint), Ibid., 15 janvier 1931, 3 février 1931 (rédacteur en chef). Les collaborateurs de son journal sont des parlementaires radicaux comme Caillaux et d'autres, des personnalités du parti radical comme Édouard Pfeiffer, mais aussi des néo-socialistes pacifistes comme Marcel Déat. Les journalistes sont Robert Lange, rédacteur en chef de 1933 à sa rupture en avril 1934 (Il publie à nouveau quelques articles à partir de décembre 1935), Bertrand de Jouvenel - qui quitte ce journal après le 6 février 1934 -, chargé des questions économiques, Pierre Paraf, chargé de la direction littéraire et de la confection du quotidien durant les vacances d'été, Pierre Dominique, rédacteur puis rédacteur en chef à partir de 1936.
Alors qu'il habite Paris, il se porte candidat du parti radical lors d'une élection législative partielle en 1934 à Cambrai, à la suite du décès du député socialiste Maurice Camier, mais il échoue ; il ne dépasse pas le premier tour et se désiste pour le candidat socialiste, Louis Brodel, élu. Il ne se soumettra plus au suffrage universel par la suite, préférant selon ses mémoires et parce qu'il goûte peu le .
Homme d'affaires, il est administrateur de différentes sociétés comme la Société française pour le commerce en Roumanie, constituée en 1934, aux côtés de deux financiers, . Il est de 1932 à 1934 administrateur de la société qui possède le quotidien Le Petit Journal et d'une petite entreprise, Presse expansion, toutes deux liées à Raymond Patenôtre. Henri de Zogheb, cité dans l'article, est le prête nom de Patenôtre, associé aux industriels Fernand Beghin et Jean Prouvost dans le rachat du Petit journal en 1932 : cf. Fred Kupferman et Philippe Machefer, « Presse et politique dans les années Trente : Le cas du Petit Journal », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Armand Colin, t. XXII, janvier-mars 1975. Il est aussi administrateur puis président de la Société immobilière et fermière de Vence, société anonyme au capital de 5 millions de francs en 1942, constituée en 1929Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, mai 1934, , .
Il fait partie au sein du parti radical de la tendance minoritaire méfiante à l'égard du Front populaire, par hostilité au communisme . Il participe néanmoins le 11 novembre 1935 à Lille à une grande réunion du Front populaire présidée par le socialiste Roger Salengro, aux côtés du député communiste Arthur Ramette . Dans le département du Nord, le parti radical est devenu très minoritaire et Roche y proclame son attachement à un opposé à la fois à la droite et aux extrémistes de gauche. Roche et les cadres de sa fédération nordiste n'adhèrent que du bout des lèvres au Front populaire. Il anime avec La République un courant résolument anticommuniste à partir de juin 1936 . Durant le Front populaire, il mène une campagne de dénonciations des meneurs « politiques » des grèves « toujours en quête de trouble social ». Son discours tenu lors du congrès de Biarritz du parti radical en octobre 1936 est un réquisitoire contre le Parti communiste, sa duplicité et ses agissements, visant à convaincre les radicaux de rompre avec ce parti. Il accuse notamment les communistes d'entretenir depuis le déclenchement des grèves et de vouloir l'intervention de la France dans la guerre d'Espagne, . Il déclare : . Il participe aux assemblées d’arrondissement du parti radical comme en 1936 à Caudry où il est reçu par Léon Massa, membre des jeunesses radicales.
Selon l'historienne Annie Lacroix-Riz, qui se fonde notamment sur des notes de police elles-mêmes fondées en partie sur des rumeurs, il a aux débuts du Front populaire alors qu'il était président de la fédération radicale du Nord. Son journal La République a bénéficié d'une subvention de la banque Worms à ses débuts et des fonds secrets gouvernementaux, notamment versés par le ministre des affaires étrangères Georges Bonnet en 1938-1939, a été , financé par le et en partie par lui. Elle le présente comme et ajoute qu'il a conduit une campagne en septembre 1938 aux côtés de Marcel Déat en faveur d'un plébiscite pour la cession des Sudètes, relayant alors une exigence d'alors de l'Allemagne nazie Déat a en effet publié un article en septembre 1938 dans lequel il présente le plébiscite comme une solution permettant d'éviter une guerre : ..
Le tirage de La République est de en 1934, de plus de en 1936. Mais, du fait de ses critiques à l'égard du Front populaire, le journal perd le soutien d'une clientèle intellectuelle et son tirage s'effondre pour atteindre en 1939 ( prouvés par huissier)..
Pacifiste et anticommuniste, il est membre en 1937 du conseil d'administration du Comité France-Allemagne. Il est hostile en 1938 au , aux représentés selon lui par des hommes politiques et des journalistes comme Pertinax, Émile Buré ou Geneviève Tabouis. Dans une lettre à Caillaux, il écrit qu'ils sont partisans d'une guerre contre l'Allemagne d'Hitler et agents d'une campagne dont le est russe et juifLettre de Roche à Caillaux, 20 mai 1938, citée dans . Il est très favorable aux accords de Munich et soutient la politique de Daladier et Georges Bonnet . Dans son journal La République, il dénonce en 1938 l'antisémitisme, rappelant qu'il a adhéré à la LICA, présidé un comité d'accueil de réfugiés juifs et qu'il est un petit-fils et un fils de dreyfusards mais il critique les immigrés juifs qu'il juge trop bellicistes. Il est encore membre du comité France-Allemagne en 1938, songeant comme d'autres à démissionner selon Annie Lacroix-Riz .
Sous l'Occupation