Le Capucin brun (Sapajus apella) est une espèce de primates d'Amérique du Sud relativement communs au Brésil. Son alimentation est constituée de fruits, de germes, de feuilles et d'insectes.
Noms vernaculaires
Le Capucin brunMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. est nommé aussi Sapajou apelle, Sajou noir, Sajou apelle ou Capucin à houppe noireUtilisation de singes capucins comme aide aux personnes tétraplégiques par le Département de Psychologie sur le site de la Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur, consulté en nov 2011.
En Guyane (seul territoire francophone où il vit naturellement à l'état sauvage), il porte les noms de Capucin brun (français), macaque noir (créole), Ka'i (wayãpi, Teko), Meku (wayana, Kali'na), Fodi ou Howâ (Arawak), Keskesi (nenge tongo), Mongi (Aluku tongo), Maka-kou (Saramaka) et (portugais du Brésil).
Ailleurs, on l'appelle ou (anglais), au Brésil, Nakú-jabu (langue des Warao, Venezuela), Mutsaap, bruine rolstaartaap ou keskesi au Suriname.
Il serait aussi parfois désigné en français sous les noms de Apelle, sapajou de Guyane, sapajou brun, sapajou cornu ou par les noms génériques sajou, saï.
Description
vignette|Capucin brun mangeant un fruit
Silhouette bréviligne, présence d’une crête sagittale chez le mâle adulte, ouverture nasale plus haute que large, front bombé, canines relativement courtes et épaisses, base de la mandibule irrégulière, caryotype : 2n = 54 (caractéristiques valables pour tous les sapajous). Chez les Sapajus, la femelle dispose d’un clitoris allongé semblable à un pénis et d’un os clitoridien. Vertèbres (pour tous les cébidés) : cervicales (7), thoraciques (12), lombaires (5,5), sacrales (3) et caudales (26).
On ne constate pas de dimorphisme sexuel marqué chez cette espèce, même si le mâle est généralement plus lourd que la femelle. La crête sagittale du mâle adulte est peu développée, le pelage court et soyeux, les épaules marron, un vandyke et parfois jaunes (plus souvent jaunes au nord qu’au sud de l’Amazone). Dos, croupe et flancs marron vandyke. Raie dorsale marron noirâtre, nette, continue (i.e. depuis la couronne jusqu’à l’extrémité de la queue), contrastante, plus large au niveau de la croupe. Ventre, thorax et gorge marron roussâtre. Surface latérale des bras bicolore, jaune en haut et noir en bas. Surface médiale des bras et des jambes marron roussâtre. Surface latérale des jambes marron vandyke. Queue marron noirâtre dessus et dessous, avec un pinceau noir contrastant. Queue préhensile portée avec un enroulement serré vers le bas à son extrémité (d’où son nom anglais de ringtail). Nuque noire. Couronne noire se prolongeant en triangle au milieu du front, avec de petites touffes érigées en forme de corne. Ces petites touffes sont plus souvent présentes chez les spécimens vivant au nord de l’Amazone qu’au sud. Les touffes sont souvent plus proéminentes chez les individus dominants, elles ont tendance à se réduire et à s’aplatir chez les individus âgés. Les femelles présentent plus souvent des touffes que les mâles (d’après C. Torres). Reste du front et tempes clairs formant un « arc gothique » de part et d’autre de la tête. Favoris et tract préauriculaire noirs (les favoris forment collier en se réunissant de chaque côté sous le menton, les tracts sont reliés à la couronne). Sourcils marqués (cette fois, plus souvent au sud qu’au nord de l’Amazone). Face brun gris clair. Barbe moyenne.
Cas d’albinisme total. Les variations individuelles par rapport au patron modal sont importantes (le dos peut être marron, marronnasse voire marron clair ; la région scapulaire peut être jaune roussâtre, marron roussâtre, jaune, marron jaune ou marron clair ; la raie dorsale peut être plus ou moins large ; le ventre peut être châtaigne roussâtre, marron pur ou orangé ; la calotte peut être marron sombre et plus ou moins étendue et les touffes petites ou grandes, pieds et mains sombres ou claires, barbe plus ou moins importante et plus ou moins sombre).
Mensurations Corps de à . Queue de 40 à . Poids de 3,5 à (jusqu’à ) pour le mâle et de 2,5 à (jusqu’à ) pour la femelle. Cerveau : . Rapport longueur bras/jambes (x100) : 82. Caryotype : 2n = 54.
Comportements basiques Diurne. Arboricole. Opportuniste.
Alimentation vignette|upright|Sapajus apella - Manduri, Brésil vignette|upright|Sapajus apella Brésil
Généraliste opportuniste. Quasi-omnivore à tendance frugivore. Budget alimentaire (d’après J. F. Eisenberg) : fruits (66 %), graines (25 %), moelle des plantes (7 %), nectar (1 %) et proies (1 %). Il mange des fourmis, des guêpes, des mille-pattes et des scorpions. Il recherche les insectes dans les basse et moyenne strates de la forêt. Dans le Parc national de Jaú, au cœur de l’igapó, il se régale des gros vers cachés dans les troncs des palmiers Leopoldinia. Il s’attaque parfois aux reptiles, aux grenouilles sur les tiges de bambou, aux oiseaux, aux écureuils (Sciurus aestuans) jeunes et adultes, aux rats, aux chauves-souris et même aux petits opossums. Ses proies peuvent peser jusqu’à . En Amazonie orientale, on l’a observé en train de se nourrir de crabes et même capturer un jeune titi (Callicebus sp.).
Grâce à sa puissante mâchoire, le sapajou se nourrit de fruits à péricarpe coriace que sont incapables d’ouvrir les autres capucins (C. (C.) albifrons et olivaceus), leurs rivaux amazoniens, et c’est là l’un des points clés de son éclatant succès en Amazonie (à l’ouest du Guyana, où de tels fruits sont rares, il est en revanche absent alors qu’il est présent à l’est où abondent les palmiers kokerite (Attalea spp.). Si les fruits sont encore plus durs, il les frappe contre des branches. Au Suriname (Réserve naturelle de Raleighvallen sur la Coppename et Saramacca), il est ainsi assez habile pour briser les coques « inattaquables » des fruits des lécythidacées - une famille d’arbres abondamment représentée dans les vieilles forêts au sol pauvre du Bouclier guyanais) - en les cognant contre la boursouflure plane d’une grosse branche ou un tronc à l’aide d’une main pour les petits (Eschweilera longipes, Lecythis corrugata), des deux mains pour les plus gros (Couratari stellata, Couratari guianensis, Gustavia hexapetala, Lecythis davisii, Cariniana micrantha) voire en les frappant à l’aide d’un bâton (Couratari oblongifolia). Fait de même avec les capsules de Pachira aquatiqua, Cynometra spp., Vouacapoua americana, Hymenaea courbaril, Capparis maroniensis, Carapa procera et Phenakospermum guyannense. Il lui faut plus d’une demi-heure et plus d’une centaine de coups pour venir à bout d’une noix du Brésil (Bertholletia excelsa) : il donne 5 à 8 coups à la suite, inspectant ensuite les éventuelles fissures occasionnées et mâchonnant la moindre surface endommagée. Il apprend les techniques d’ouverture en 2-3 ans.
En Colombie (espèce C. (S.) macrocephalus), où les sols sont plus récents et fertiles que dans le Bouclier guyanais, les lécythidacées ne sont pas dominantes et la prédation de leurs graines se limite à deux espèces, le membrillo (Gustavia superba) et la sachamangua (Grias haughtii).
Dans la Réserve naturelle des Nouragues, il consomme les fruits de l’envira (Duguetia surinamensis), l’ambelanier acide (Ambelania acida), l’apocynacée Lacmellea aculeata, le dukali (Parahancornia fasciculata), le tapirira (Tapirira obtusa), le philodendron Philodendron insigne, le counana (Astrocaryum paramaca), le palmier pêcher (Bactris acanthocarpoides), le palmier maripa (Maximiliana maripa), l’ananas fleur (Ananas nanus), le canfin (Tetragastris panamensis), les wapa (Eperua spp.), le pouroumier tomenteux (Pourouma tomentosa), les gaulettes licania (Licania alba et L. latifolia), les cyclanthacées Ludovia lancifolia et Stelestylis surinamensis, l’arenillo (Dendrobangia boliviana), l’umarí de Guyane (Poraqueiba guianensis), le mahot (Eschweilera spp.), le canari macaque (Lecythis persistens), l’oranger du singe (Strychnos sp.), sept espèces d’ingá (Inga spp.), la bagasse (Bagassa guianensis), l’amourette (Brosimum guianensis), la passiflore (Passiflora crenata) aux fruits jaunes, la polygalacée Moutabea guianensis, le maripoil (Duroia eriopila), le « goyavier » du singe (Posoqueria latifolia), le pitoulier (Talisia sp.), les balatas pommes (Chrysophyllum spp.), le jaune-d’œuf (Ecclinusa lanceolata), le balata franc (Manilkara bidentata), les mamantin (Micropholis spp.), les poutériers (Pouteria spp.), la sapotacée (Pradosia ptychandra), le kobe (Sterculia frondosa), le cacaoyer de montagne (Theobroma subincanum) et l’achocon (Leonia glycycarpa).
Sur l’île de Margarita, il consomme 45 espèces de plantes de 24 familles, principalement des moracées, palmacées et broméliacées, ainsi que de nombreux insectes (fourmis, guêpes, sauterelles, scarabées, réduves).
Activité Réputé pour son intelligence qui s’expliquerait partiellement par son mode d’alimentation. Il casse les dures noix de palme en les frappant contre une branche, utilise des pierres pour ouvrir les coquilles et des outils rudimentaires pour faire sauter l’écorce des arbres. Frapper, frotter et faire levier sont des activités courantes chez cet animal. Il jette, secoue et transporte divers aliments et objets. Prend dans chaque main un fruit ou un escargot et les cogne l’un contre l’autre. Les premières observations de recours à l’outil en captivité remonte au moins à 1794 avec Erasmus Darwin, le grand-père du célèbre Charles. En captivité, des observations récentes ont montré que des individus jettent parfois des aliments à des groupes voisins dans le but avéré de partager la nourriture (cf. aussi encadré). S. J. Suomi rapporte le cas d’un sapajou se servant de deux fragments d’os comme d’un marteau et d’une enclume, alors que l’on pensait l’utilisation coordonnée de deux outils réservée au seul chimpanzé. Dans le parc zoologique de Goiânia (Brésil), on a observé un sapajou en train de pêcher et capturer des poissons à l’aide d’un appât. On ne sait si la captivité induit de tels comportements ou si au contraire elle doit inciter les chercheurs à chercher davantage à repérer de tels événements dans la nature. Toutefois, le sapajou, aussi évolué et malin soit-il, ne se reconnaît pas dans un miroir et l’on peut penser qu’il ne dispose pas d’une représentation de lui-même suffisamment différentielle pour qu’on puisse la nommer conscience.
Locomotion : Quadrupède. Sauteur. Suspension. Queue préhensile. Budget de locomotion (d’après Gebo) : déplacement quadrupède (86 %), sauts (7 %), grimper (6,5 %) et autres (0,5 %).
Structure sociale et système de reproduction Groupe multimâle-multifemelle. Polygamie.
Taille du groupe : 11 (de 1 à 20). 14 (Réserve naturelle de Brownsberg, Suriname).
Hiérarchie