Yves Le Pelley Dumanoir dit Yves du Manoir, né le à Vaucresson en Seine-et-Oise est un joueur international français de rugby à XV, polytechnicien français mort le aux commandes de son avion à Reuilly dans l'Indre.

En dépit et en raison de la brièveté de sa vie, il bénéficie d'une très grande popularité en France. En témoigne le grand nombre de stades et de voies qui portent son nom, en particulier le stade de Colombes, près de Paris, temple du rugby jusqu'en 1972C'est dans le stade de Colombes, renommé Yves-du-Manoir en 1928, que se sont disputés depuis le quasiment tous les matchs internationaux de rugby – hormis le match France-Écosse du au stade Pershing à Paris pendant les travaux des Jeux olympiques – jusqu'à la mise en service du nouveau Parc des Princes en 1972. Ce stade a également abrité la finale de la Coupe du monde de football de 1938. renommé stade Yves du Manoir quatre mois après sa mort. Hommage également que fut en 1931 la création du challenge Yves du Manoir.

Biographie Origines familiales

Yves Frantz Loÿs Marie Le Pelley Dumanoir est né le à Vaucresson en Seine-et-Oise (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine). Il est le huitième enfant d'une fratrie de dix (cinq garçons et cinq filles, dont la dernière enfant Zizi du Manoir) issue du mariage de Mathieu Jules Marie René, vicomte Le Pelley Dumanoir (1863-1924) et de Jeanne Gabrielle Marguerite Marie Compte de Tallobre (1868-1938)Acte de naissance d'Yves Frantz Loÿs Marie Le Pelley Dumanoir, Mairie de Vaucresson, ....

Yves est issu d'une vieille famille normande, il possède parmi ses ancêtres des marins et des corsaires, avec notamment dans sa parentèle le vice-amiral Georges-René Pléville Le Pelley, dit le corsaire à la jambe de bois (1726-1805).. Le nom de la famille évolue au cours des siècles pour se stabiliser à « Le Pelley Dumanoir ». Ses quartiers de noblesse datent de la Restauration : son arrière-grand-oncle Pierre Dumanoir Le Pelley (1770-1829) et son arrière-grand-père ont reçu, quasi simultanément, du roi Louis XVIII, les titres respectifs de comte en 1814 et vicomte en 1816, titres reconnus par la commission des preuves de l'Association de la noblesse française le ..

Ses parents habitant à Paris, c'est tout naturellement que le jeune Yves fait ses classes rugbystiques dans un des deux (déjà) prestigieux clubs de la capitale : le Racing Club de France (R.C.F.).

Formation

Yves du Manoir est élève au collège Saint-Louis-de-Gonzague à Paris lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale. À la rentrée 1914, son père envoie quatre de ses fils au collège Champittet à Lausanne, puis à la au des pères jésuites à Jersey. À la fin de la guerre, les enfants rentrent en en France et Yves poursuit sa scolarité à l’école Sainte-Geneviève à Versailles. Son père lui obtient la dispense de treize mois pour se présenter la même année, à moins de , au baccalauréat ès-lettres où il est reçu. L'année suivante 1920, il est reçu au baccalauréat ès-sciences (mathématiques élémentaires).

À la rentrée scolaire 1920-1921, il entre en classes préparatoires au Lycée Saint-Louis de Paris et intègre à tout juste l'École polytechnique en 1924, où il a en particulier comme camarade de promotion Louis Armand, « crotale de son casert » (chef de sa chambrée)En argot polytechnicien (désuet) le crotale désigne le chef de salle et le casert, apocope de casernement, le logement ou la chambrée..

Il en sort démissionnaire en 1926 mais doit effectuer ensuite la dernière année de l'engagement spécial de trois ans qu'il a contracté le lors de son admission à l'École et est nommé le sous-lieutenant dans l'Aéronautique militaireNomination dans l'aéronautique (active), JORF, décret du , .. Il obtient le brevet militaire d'observateur en ballon le et en a normalement terminé le 30 avec ses obligations militaires.

Il profite alors de l'opportunité qui lui est offerte de passer le brevet de pilote et reprend du service pour un an à compter du .

Personnalité

Au sortir de la guerre de 14 qui aura marqué durablement et le pays et les esprits, la population meurtrie par ces années de souffrance aspire à tourner la page et à reprendre goût à l'existence comme à l'aventure. Ce sont les années folles qui commencent en 1920 et se terminent en 1929 avec le début de la Grande Dépression. Le spectacle sportif participe à cet engouement. La fréquentation des lieux sportifs augmente sensiblement au cours des années qui suivent la guerre et la presse donne à l'événement sportif une audience et une popularité croissantes. Les journaux jouent un rôle majeur dans la promotion du sport en consacrant au travers des pages sportives une notoriété au Tour de France par exemple. C'est également la presse qui familiarise le public avec les grands noms du football et du rugby. D'ailleurs, la pratique de ce sport, limitée avant la guerre aux seuls milieux aisés, s'étend désormais aux couches populaires. Le succès des Jeux Olympiques de Paris en 1924 est en grande partie dû à la promotion qu'en ont faite les journaux françaisFrantz Reichel, entre autres comme Gaston Benac au journal L'Auto ou Georges Bruni dans Le Gaulois, est responsable au Figaro de la rubrique sportive dont il est à l'origine. Sportif extrêmement polyvalent, il a remporté le titre de champion de France de rugby à XV avec le Racing Club de France en 1900 et participé la même année aux Jeux olympiques avec l'équipe de France qui remporte le tournoi et le titre. La F.F.R. donnera son nom au championnat de France junior de rugby (Coupe Frantz-Reichel)..

La personnalité d'Yves du Manoir réunit de quoi faire rêver le public. C'est un authentique aristocrate sociétaire comme ses frères d'un club huppé où il joue ce sport de voyous pratiqué par des gentlemen. Mens sana in corpore sano, il poursuit des études brillantes et honore simultanément ses premières sélections en équipe de France. Il est bien fait de sa personne, bon camarade, et ne se prend pas au sérieux. Yves du Manoir

Sportif et rugbyman

Il pratique dès l'enfance diverses disciplines sportives et entend parler du rugby pour la première fois en 1906, époque des débuts de son frère aîné dans l'équipe du collège Stanislas. Au cours de l'année 1919, ses frères Guy et Alain s'initient au rugby dans l'équipe de Sainte-Geneviève ; l'entraînement a lieu pendant la récréation de midi à une heure. Yves ne s'y intéresse pas tout d'abord car il ne se sent pas encore suffisamment aguerri. Il s'isole dans un coin de la cour où se trouvent une barre fixe et quelques agrès : du début à la fin de la récréation, inlassablement pendant plusieurs mois, il travaille sa force et sa souplesse.

Racing club de France et équipe de France En 1920, élève au lycée Saint-Louis, il demande son admission au club où évoluent ses frères Guy et Alain. Il apprend le rugby dans l'équipe junior, mais n'a pas l'occasion de jouer avec ses aînés qui se trouvent dans les équipes supérieures.

Pendant la saison 1921-1922, Yves continue à concilier ses études supérieures avec la pratique du rugby, en équipe inférieure du Racing et aussi dans l'équipe scolaire du lycée. Son frère Alain a été reçu à Grignon, mais les ne peuvent se retrouver que rarement sur le même terrain. Au début de la saison 1922-1923, il a l'occasion de jouer avec son frère et quelques anciens équipiers premiers, au mois de décembre, en équipe troisième, contre la première de l'U.S. de Troyes, puis en février contre Fontainebleau.

Le , au stade de Colombes, on va le chercher sur un terrain voisin en équipe troisième, car il manque un demi d'ouverture dans l'équipe première qui affronte en amical le Stade toulousain : R.C.F - Stade Toulousain (6-6), (suite de l'article).. Le dimanche suivant, il va jouer en amical, à Poitiers : R.C.F - Stade Poitiers (6-0)., avec l'équipe première. Il est dès lors prêt à y tenir sa place et fait un très beau match, le , contre le Stade Français : R.C.F - Stade Français (12-3), (suite de l'article)., dans les championnats de Paris de première division. La semaine suivante, contre Cognac : R.C.F - Cognac (8-3)., il est associé à son frère qui joue à la mêlée.

Dès ce moment, seuls les matchs de sélection ou internationaux l'éloignent de l'équipe première de son club, avec laquelle il joue un total de . Son frère Alain est à l'armée et ne peut plus jouer qu'occasionnellement avec lui. Il dispute alors les poules quarts de finale du championnat de France 1923-1924 et, le , le match Paris-LondresC'est en 1911 que fut joué le premier match entre les deux capitales. Londres triompha par à 17 ; l'année suivante Paris était battu par à 12. En 1913 et 1914 Paris triompha par à 11 et par à 3. Puis ce fut la guerre, et les deux équipes ne se retrouvèrent en présence qu'en 1920, où Paris s'adjugeait la victoire par à 10. En 1921, Londres battait Paris par à 6. Le match ne se joua pas en 1922, faute d'entente sur la date mais en 1923 Paris remportait un succès par à 14. Avant la rencontre de 1924, Paris mène par 4 victoires à 3..

Pour les saisons 1924-1925 et 1925-1926, du Manoir est à Polytechnique. Il est resté au Racing et joue, en , les matchs de sélection de Toulouse : France A - France B (16-8), (suite de l'article). et de Béziers : France - Reste de la France (36-19), (suite de l'article). pour le Tournoi des V Nations 1925. Il est sélectionné, le , dans le XV de France, comme demi d'ouverture pour le match France-Irlande à Colombes. Dans une équipe amoindrie par l'élimination, dès le début de la partie, du demi de mêlée, puis du meilleur trois-quarts centre, il garde tout son sang-froid et se multiplie pour résister aux joueurs adverses et contre-attaquer. Yves du Manoir est éblouissant et est désigné « meilleur homme du XV de France ».. Ce match fait dire au journaliste Robert Dieudonné :

Le 11 de ce même mois de janvier, il fait partie de la sélection française contre la Nouvelle-Zélande à Colombes et se signale par la façon dont, après cinq minutes de jeu, il adresse directement une longue passe à son trois-quarts aile Marcel Besson qui marque l'essai et par son dribbling en seconde mi-temps où, prenant de vitesse ses adversaires, il aplatit dans l'en-but et marque le second essai français. Une semaine plus tard, à Toulouse, il fait partie de l'équipe de France qui affronte ces mêmes Néo-Zélandais. Six jours plus tard, il joue à Édimbourg contre les Écossais et passe un drop, puis, le samedi à Cardiff, il affronte les Gallois et le à Colombes l'Angleterre qui remporte de justesse le match. Autant de défaites pour autant de matchs internationaux.

Il fait partie en revanche de l'équipe de Paris qui, à Colombes, bat Londres le ; il y est, et fait match nul, avec l'équipe de France militaire, contre l'équipe britannique. vignette|droite|alt=Photographie en noir et blanc d'une équipe de rugby sur un terrain posant pour une photographie de groupe.|Yves du Manoir est un joueur du Racing Club de France, ici agenouillé en bas à droite dans une photographie d'équipe d'octobre 1927. Très doué pour le rugby, il peut briller à tous les postes des lignes arrières, surtout comme demi d'ouverture ; il est bon botteur et excellent plaqueur. Athlète éclectique, il brille aussi en tennis et natation. Le passionné qu'il est bichonne particulièrement sa motocyclette.

Le Racing Club de France est qualifié pour les poules quarts de finale du championnat de France 1924-1925 mais, la saison suivante 1925-1926, le championnat est remanié et passe de 30 à . Le Racing est descendu d'une division et se retrouve en championnat de France Honneur (). Du Manoir n'en continue pas moins à aligner une nouvelle sélection pour le Tournoi des V Nations 1926 avec le match France-Écosse joué à Colombes le ; , mais cela lui est profondément indifférent..