L'abbaye Saint-Pierre de Montmajour est une abbaye bénédictine fondée en 948Parc naturel du Luberon, Autour de l’An Mil en pays de Forcalquier, catalogue d’exposition, . à environ quatre kilomètres au nord-est du centre historique d'Arles dans le département des Bouches-du-Rhône. Dès la fin du , elle devient l'une des abbayes les plus riches de Provence et le monastère se développe, entre le et le début du , par la construction d'une série de bâtiments religieux et militaires. Abandonné à la fin du , puis fortement dégradé après la Révolution, cet ensemble architectural fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.., les bâtiments annexes étant classés en 1921.

Histoire Le nom de l'abbaye est attesté sous la forme latinisée Monsmajoris.

Le Moyen Âge Fondation vignette|gauche|Le cimetière des moines. En octobre 949, Teucinde, une femme de l’aristocratie bourguignonne qui a suivi Hugues d'Arles en Provence, également sœur du prévôt du chapitre Gontard, achète l’île de MontmajourÀ cette époque, Montmajour est entouré par les marais. qui appartient à l'archevêque d'Arles Manassès et en fait donation aux religieux qui y vivent ; l’abbaye est fondée : Site du patrimoine : . Teucinde confirme sa donation en 977. Dès 960, de nombreuses autres donations sont effectuées en faveur de l’abbaye à l’époque de son premier abbé Mauring et de son premier prieur Pons. Une donation particulièrement importante est celle de 961, effectuée par la comtesse Berthe, nièce d’Hugues d'Arles et épouse de Raimond, comte de Rouergue et marquisIl s'agit de Raymond II († 961), fils d'Ermengaud ; elle donne à la nouvelle communauté quelques-unes de ses res proprietatis, certaines situées à l’est du Rhône, in regno Provinciae, et d’autres à l’ouest jusqu’au comté d’Agde, in regnum GociaeL. Schneider - In regno Septimanie, in comitatu et territorio biterrensi – , 44.. En 963, signe de la prospérité et notoriété naissantes de cette abbaye, le pape Léon VIII place le monastère sous son autorité directe.

Rayonnement vignette|Enfeu des comtes de Provence. Dès 1005ABDR 2H14 ., voulant être enseveli à Montmajour, Franco de Marignane, père de l'archevêque d'Arles, Pons de Marignane, offre à l’abbaye, après son décès, une série de biens dont une manse dans la villa de Marignane, la moitié d’une dîme de la pêcherie de Bolmon… et en 1013, il offre également à Montmajour les biens de sa femme Gala de Baux situés sur Marignane.

Mais en ce l'abbaye devient surtout la nécropole des comtes de Provence. En 1018 a lieu l'inhumation du comte Guillaume II, en 1026, celle de la comtesse Adelaïde et en 1063, celle du comte Geoffroy. Tous les trois sont inhumés initialement dans la crypte du avant d'être transférés au de la crypte au cloître.

Construite sur un rocher entouré de marais par des moines bénédictins, la petite abbaye Saint-Pierre étend rapidement son influence à Arles et en Provence grâce à un vaste réseau de prieurés (jusqu'à cinquante-six au ) et au pèlerinage de la Sainte-Croix. Un , probablement en 1019Selon les sources, certains historiens font état des dates de 1019, 1021, 1024 ou 1030, sous réserve que cette création soit bien concomitante à celle de la consécration de l'église Notre-Dame (un dimanche 3 mai).

., le pèlerinage de Montmajour appelé « pardon de Montmajour » est en effet créé ; ce pardon est institué sous l’abbé Lambert, lors de la consécration de la première église Notre-Dame, en cours de construction, par l’archevêque d’Arles Pons de Marignane qui accorde à cette occasion la première indulgence historiquement attestée. Pendant tout le Moyen Âge, l'abbaye draine tous les de nombreux fidèles de la région, jusqu'à pèlerins d'après Bertrand BoyssetIl précise que les pèlerins sont amenés contre rétribution, les arlésiens exigeant le monopole de ce service, sur des bateaux à fond plat sur l'île de Montmajour isolée au milieu des marais., un chroniqueur arlésien de la fin du . En 1426, on compte 12 à pèlerins venant par le Rhône jusqu'à Arles pour le pèlerinage de MontmajourAMAR, CC 143..

De plus, l’abbaye, réputée, reçoit de nombreux dons et vers 1100, 112 églises et prieurés dépendent d’elle en Provence..

Du , l'abbaye entretient avec la ville d'Arles des rapports conflictuels, en particulier en ce qui concerne les limites de son territoire, les marais et les droits de pêche et de chasse. Mais paradoxalement Arles, où l'abbaye possède deux églises paroissiales, représente un marché financier et une cité où les moines trouvent leurs fournisseurs, marchands et artisans. Les Arlésiens constituent également pour le monastère un réservoir de main-d'œuvre. Au , l'abbaye de Montmajour est très riche et son abbé a le train de vie d'un grand seigneur. Toutefois à partir du , si le « pardon de Montmajour » continue d'avoir du succès, l'abbaye n'attire plus les aumônes des fidèles.

Début du déclin En 1357, quand les grandes compagnies ravagent la Provence, puis entre 1389 et 1399, lors du conflit avec Raimond de Turenne, les moines menacés protègent leur monastère par des ouvrages militaires : un mur d’enceinte aujourd’hui disparu et une tour encore appelée tour de Pons de l’Orme, du nom de l’abbé.

En 1405, l'abbaye perd l'indépendance de son abbatiat et se trouve rattachée à l'archevêché d'Arles. Resurgit alors un long conflit avec son prieuré de Saint-Antoine-en-Viennois qui réussit même à s'annexer temporairement Montmajour en 1490. Les dissensions portent en particulier sur les reliques de saint Antoine disputées par les deux monastères. La querelle apaisée, l'abbaye est mise en commende à et ses prieurés ne cessent de régresser. Beaucoup passent d'autres ordres ou à des laïcs contre un cens versé à l'abbaye-mère.

L'Ancien Régime En 1593, lors des guerres de religion, l’abbaye est occupée par les soldats de la Ligue catholique et les moines doivent se retirer pendant deux ans à Arles. À leur retour, ils retrouvent une abbaye dévastée. vignette|L'abbaye à la fin du .

Au , l'archevêque d'Arles, Jean Jaubert de Barrault y introduit la réforme bénédictine de Saint-Maur, mais il se heurte à une forte opposition des moines. Il doit faire appel en 1638 à des lettres patentes du roi l'autorisant si nécessaire à recourir à l'Intendant de Provence pour imposer le concordat de 1639. Les mauristes prennent possession de ce monastère à la Saint-Michel 1639.

Sous la direction des nouveaux moines, des extensions sont entreprises : le lundi de Pâques 1703 l'archevêque d'Arles, François de Mailly pose la première pierre des nouveaux bâtiments conventuels de l'abbaye.

En 1726, un incendie très important nécessite des travaux de reconstruction, dirigés par l'architecte Jean-Baptiste Franque.

Le dernier abbé de Montmajour est le cardinal de Rohan, connu par l'affaire du collier de la reineAnnie Tuloup-Smith - Rues d'Arles qui êtes-vous ?, page 205.. L’abbaye est sécularisée en 1786.

Les Temps modernes alt=|vignette|Montmajour, vers 1900. À la Révolution, l'ensemble monastique est vendu comme bien national. Les bâtiments, pour la plupart fort dégradés ou partiellement détruits, sont rachetés par la ville d’Arles en 1838. L'abbaye est classée monument historique à partir de 1840Source :. et les bâtiments restaurés sous le Second Empire, sous la direction d'Henri Révoil.

Depuis 1945, l’abbaye est propriété d’État. L'abbaye est cité dans le dossier d'inscription au patrimoine mondial des monuments romains et romans d'Arles en 1981 et dans les rapports suivants, mais a été exclue lors de la clarification des limites en 2006 en raison de la distance vis à vis du reste du bien.

Description thumb|left|L'abbaye en 2005.

L'ensemble de Montmajour est composé d'un ermitage () essentiellement représenté par la chapelle Saint-Pierre ; d'un couvent de type médiéval (s) : le monastère Saint-Pierre ; d'un donjon défensif () : la tour de l'abbé Pons de l'Orme ; et d'un édifice classique (début ) : le monastère Saint-Maur.

La première église Notre-Dame Cette première église Notre-Dame aujourd'hui disparue, est édifiée, côté est, entre 1016 et 1069 peut-être à l'emplacement de l'église du .

Les documents du évoquent des constructions nouvelles. Le moine et historien bénédictin de Montmajour, Dom Chantelou, indique, dans un texte dont l’original a été perdu et qui mentionne l’année 1016, une basilique en l’honneur de Marie la mère du seigneur. Un autre texte conservé à la bibliothèque d’Arles institue le jour de l’Invention de la Sainte-Croix, à laquelle une crypte est consacrée. Il s’agit d’un Pardon dont les aumônes étaient destinées à la construction de l’église Notre-Dame. Cet acte, non daté, mais souscrit par l’archevêque d’Arles, Raimbaud de Reillanne(1030-1069), est postérieur à la consécration de la crypte effectuée par son prédécesseur Pons de Marignane (1003-1029), un probablement en 1019, à la demande du septième abbé de Montmajour, l’abbé Rambert.

L’église Notre-Dame est donc en cours de construction en 1016. Elle reçoit dès 1018 le corps du comte Guillaume II qui y est inhumé dans ses fondations, ainsi qu’en 1026, le corps de la comtesse Adélaïde, la femme de son père le comte Guillaume . L’acte de fondation du Pardon de Montmajour indique qu'entre 1030 et 1062, l’église Notre Dame est toujours en construction. En revanche, en 1069, date de l’acte par lequel l’archevêque d’Aix, Rostaing, renonce à des biens en faveur de Montmajour, l’église de Notre-Dame est terminée. Cet édifice appartiendrait donc à la vague de constructions du , presque totalement disparues lors des reconstructions du .

L'ermitage Saint-Pierre vignette|Montmajour, l'église Saint-Pierre (). Il est constitué pour l'essentiel d'une chapelle semi-troglodyte, installée sur le flanc sud de la colline de Montmajour entre 1030 et 1050, et représente le plus ancien témoin architectural du site. Cette datation résulte de la comparaison stylistique des douze chapiteaux avec ceux du cloître de l'abbé Ardain à Tournus datés entre 1028 et 1052.

Ces chapiteaux, de style corinthien, pourraient provenir de deux ateliers, celui de Montmajour - Venasque et celui de Saint-Victor de Marseille - Vaison-la-Romaine. Cette présence de chapiteaux corinthiens annonce la résurrection des chapiteaux corinthiens antiques au en Provence. D'une manière générale, le décor sculpté est remarquable par la persistance d'éléments stylistiques carolingiens associés à des motifs, tels les rosaces et palmettes, proches de l'art roman.

La chapelle, précédée d'un vestibule utilisé pour des inhumations rupestres, comprend deux vaisseaux parallèles dont celui du fond, le plus ancien, est intégralement taillé dans la roche ; c'est un mode de construction traditionnel en Provence calcaire où un élément bâti en appentis contre la paroi naturelle s'ajoute à la partie troglodytique de l'édifice. Même s'il est de faibles dimensions, le vaisseau méridional, couvert d'une voûte en berceau, est une véritable église avec nef, travée de chœur et abside semi-circulaire. Le mur sud présente des arcatures appareillées retombant sur des colonnes à chapiteaux encadrant, pour chaque travée, une fenêtre ouvrant sur le jardin. La menace d'écroulement de ce mur dominant la plaine a nécessité, au fil des âges notamment au , la pose de puissants contreforts qui compliquent la vision chronologique des modifications apportées depuis le . En face la liaison avec le vaisseau rupestre se fait par trois grandes arcades retombant sur de robustes piliers carrés, aux angles cantonnés d'une colonne à chapiteau décoré. Toutes les colonnes sont des remplois, souvent antiques, alors que les chapiteaux, d'origine, ont en commun d'énormes rosaces, des corbeilles végétales ou d'entrelacs torsadés, des astragales au ruban de dents-de-loup, qui évoquent le cloître de Saint-Philibert de Tournus, décoré avant 1056.

La chapelle Saint-Pierre renferme la pierre tombale du comte de Provence Geoffroy, mort en 1061 ou 1062.