Le Monde diplomatique, surnommé le « Diplo », est un journal mensuel français fondé en par Hubert Beuve-Méry comme supplément au quotidien du Monde.
À ses débuts il est destiné aux , créé sur l’initiative de François Honti, journaliste et ancien consul de Hongrie à Genève dans l'immédiat après-guerre.
À partir de 1973, sous la direction de Claude Julien, la ligne éditoriale du Monde diplomatique tend vers l'altermondialisme. et la critique du libéralisme économique., publiant ..
C’est aujourd’hui une filiale du Groupe Le Monde dont ce dernier détient 51 % de son capital, mais il est édité par une rédaction et une société distinctes de celles du journal du Monde.. Le Monde diplomatique est connu pour maintenir ses distances avec le Groupe Le Monde..
En 2021, il compte internationales ( et 9 uniquement numériques) en tirées à environ d'exemplaires.. À ce titre, Le Monde diplomatique est le mensuel français dont les articles sont les plus diffusés dans le monde« Réponses diplomatiques », Le Monde diplomatique, 25 avril 2014.
En 2019, en France, la diffusion totale moyenne du journal est de .. En , le mensuel compte .. En , le mensuel a été tiré à 190 899 exemplaires.
Organisation
Capital Autrefois simple supplément du quotidien, le « Diplo » a acquis progressivement son autonomie. À la suite de l'accession à la direction du Monde de Jean-Marie Colombani, il en devient en 1996 une filiale à hauteur de 51 %..
Le reste du capital est détenu par l'association des Amis du Monde diplomatique représentant les lecteurs (25 %) et par l'équipe rédactionnelle du journal (24 %) regroupée au sein de l'Association Günter Holzmann, du nom d'un généreux donateur qui permit le lancement de cette opération. Ensemble, ces parts sont supérieures à la minorité de blocage (33,34 %) et confèrent au journal une relative indépendance politique vis-à-vis du Groupe Le Monde. Par exemple, le directeur de la publication n'est éligible que sur proposition du personnel du journal.
Bien que l'indépendance économique du Monde diplomatique vis-à-vis du groupe Le Monde soit limitée, la ligne éditoriale du journal est devenue largement autonome vis-à-vis de celle du quotidien depuis l'arrivée de Claude Julien à la direction de la rédaction en 1973. Par ailleurs, le « Diplo » affirme préserver sa ligne éditoriale face aux pressions des annonceurs en limitant la part de ses revenus générée par la publicité. De fait, la part de revenus provenant de la publicité est limitée à 5 %, chiffre largement inférieur à la moyenne de la presse française, qui tire entre 40 et 50 % de son chiffre d’affaires de la publicitéEntre 39,5 % et 47,52 % selon les années, d’après l’Insee. Insee Chiffre d’affaires et tirage de la presse de 1985 à 2008, consulté le 26 mai 2010..
Une équipe de neuf journalistes permanents (en 2006) assure la rédaction d'une petite partie des articles, la majorité étant écrite par des journalistes indépendants ou des intellectuels (universitaires, écrivains) d'origines et de nationalités variées.
À partir de 1989 l'impression sur les nouvelles rotatives du Monde à Ivry et le passage au format berlinois ont permis d'introduire la couleur. À l'initiative de Claude Julien, le mensuel a dès lors illustré ses articles de reproductions d'œuvres d'art contemporaines, longtemps choisies par Solange Brand. Le Le Monde diplomatique est le premier journal français à avoir une édition en ligne. Hébergé par le Cyberport de l’INA, il propose alors les articles de l’année passéeJean-Noël Jeanneney, « "Le Monde diplomatique" ouvre le bal sur la Toile », L’Histoire, no 374, avril 2012, .. Depuis le siège du journal se trouve au , avenue Stéphen-Pichon dans le de ParisStephen Pichon par Ignacio Ramonet dans le Monde diplomatique de février 2003..
Le « Diplo » est présent au capital des éditions Cybermonde (33 % de l'édition en Espagne) et Le Monde diplomatique éditions arabes.
Conformément au principe de vérification des faits, le journal comporte quelquefois la rectification d'errata en première page, laquelle accueille plus généralement la rubrique Courrier des lecteurs contestant ou précisant un article antérieurement publié.
Le journal ne bénéficie que peu des aides publiques à la presse. En 2012, il se situe au rang des titres les plus soutenus par l’État, ayant reçu . Alors que, selon la Cour des comptes, les aides publiques représentent entre 7,5 % et 11 % du chiffre d’affaires global des éditeurs, dans le cas du Monde diplomatique cette proportion tombe à 2 %..
Composition du directoire et de la rédaction
Le directoire est composé de Benoît Bréville (président du directoire et directeur de la rédaction), de Vincent Caron, de Pierre Rimbert et d'Anne-Cécile Robert.
La composition de la rédaction est de même présentée dans l'ours du Monde diplomatique.. Directeur de la rédaction : Benoît Bréville ; Rédacteur en chef : Akram Belkaïd ; Rédaction : Martine Bulard, Philippe Descamps, Évelyne Pieiller, Hélène Richard, Pierre Rimbert et Anne-Cécile Robert ; Cartographe : Cécile Marin. Parmi les anciens membres notables du journal, on peut citer Ignacio Ramonet, Philippe Rekacewicz, Bernard Cassen, Mona Chollet, Serge Halimi, Dominique Vidal et Alain Gresh.
Les six directeurs successifs du Monde diplomatique sont : Hubert Beuve-Méry (fondateur) ; François Honti (1954-1972) ; Claude Julien (1973-1990) ; Ignacio Ramonet (1990-2008) ; Serge Halimi (2008-2023) ; Benoît Bréville depuis 2023.
Ligne éditoriale
Le journal a une ligne éditoriale clairement marquée à gauche, critique du libéralisme économique et proche de certaines traditions intellectuelles de la gauche radicaleAsia Dayan, "Tu t’opposes donc tu es de droite..." : enquête sur la face cachée du "Monde diplomatique", lexpress.fr, 12 juillet 2026.
La ligne éditoriale du journal, en raison de son caractère engagé en faveur d'une gauche de rupture avec le capitalisme, lui vaut de virulentes critiques. Certains détracteurs lui reprochent, par exemple, des positions qualifiées de « propalestiniennes » et d'« antisémites », ou encore des articles jugés favorables à Fidel Castro ou Hugo Chávez. Mais, à l'opposé, l'Américain Edward Herman qualifie Le Monde diplomatique de « média dissident » et le considère comme « probablement le meilleur journal au monde »« Propaganda in the Free Press », entretien avec Edward Herman, Z Magazine, 3 mai 2003..
Le chercheur Nicolas Harvey présente Le Monde diplomatique comme « un concept éditorial hybride au confluent du journalisme, de l’université et du militantisme ». Pour Harvey, le journal ne peut être compris comme un quotidien classique car celui-ci occupe une position intermédiaire entre trois univers : le journalisme, le monde universitaire, le militantisme politique. Il insiste sur le fait que les journalistes du Monde diplomatique ne sont souvent pas des journalistes « classiques », une part importante des auteurs étant des spécialistes de certaines régions du monde ou des experts engagés dans des réseaux intellectuels. Son ouvrage consacré au journal montre que Le Monde diplomatique assume une orientation politique. Il évoque son rôle dans la « gauche contestataire »Marie Peretti-Ndiaye, « Nicolas Harvey, Le Monde diplomatique : un concept éditorial hybride au confluent du journalisme, de l’université et du militantisme », Lectures,, Les comptes rendus, mis en ligne le 9 juillet 2014, consulté le 14 juillet 2026, doi.org/10.4000/lectures.15137.
En , Le Figaro désigne le Monde diplomatique comme la matrice idéologique du mouvement de contestation sociale et politique Nuit deboutEugénie Bastié, « François Ruffin, Frédéric Lordon, Serge Halimi : un trio derrière Nuit Debout », LeFigarofr, avril 2016..
D'après Le Monde, Le Monde diplomatique « prône un journalisme de temps long, quand une majorité des médias concentrent leur énergie sur leur flux d’information. »
Critique du néolibéralisme Jadis tenant d'une ligne éditoriale tiers-mondiste, caractérisée dans les années 1960 par l'intérêt porté aux nouveaux États nés de la décolonisation, le journal se veut critique de tout impérialisme, entre autres américain. Depuis la fin de la guerre froide, le journal s'est rapproché du mouvement alter-mondialiste, se faisant l'un des hérauts de la critique de la mondialisation « néo-libérale ». Il a ainsi soutenu la lutte des zapatistes, mouvement de guérilla mexicaine s'étant soulevé le , le jour même de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entre autres en publiant des articles du sous-commandant MarcosSous-commandant Marcos, « Le fascisme libéral », Le Monde diplomatique, août 2000..
d'Ignacio Ramonet, publié en 1995, a ainsi mis en circulation le terme de « pensée unique » pour critiquer le dogme néolibéralIgnacio Ramonet, « La pensée unique », éditorial du Monde diplomatique en 1995..
La rédaction a pris une part active dans l'émergence, en France, du mouvement altermondialiste. Ainsi, c'est à la suite de la parution d'un éditorial écrit par Ignacio Ramonet en que fut créée l'association ATTAC« Le Monde diplomatique et ATTAC », Le Monde diplomatique, septembre 2006.. Le journal a relayé des campagnes d'ATTAC (par exemple contre les paradis fiscaux et le secret bancaireJean Ziegler, « Mort programmée du secret bancaire suisse », Le Monde diplomatique, février 2001.). Il est également à l'initiative et membre fondateur de l'Observatoire français des médias, créé à la suite du Forum social mondial de Porto Alegre en 2002. Adepte des grandes enquêtes, le journal s'est montré très critique envers les nouvelles stratégies boursières sacrifiant l'emploi à la rentabilité et le Théorème de Schmidt voulant que l'emploi dépende de la rentabilité des entreprises.
C'est dans son édition de , dans un article de Frédéric Lordon, qu'est née l'idée d'un appelé SLAM..
Par ailleurs la rédaction du Diplo et l'association des lecteurs du journal ont activement participé à la création des Rencontres déconnomiques d'Aix-en-Provence qui rassemblent depuis 2012, annuellement et dans un esprit clairement satirique, les économistes s'opposant au néo-libéralisme. Un article de Renaud Lambert, publié dans Le Monde diplomatique de . dénonçant les liens entre économistes néo-libéraux et groupes bancaires fut d'ailleurs un des éléments déclencheurs de la création des Rencontres déconnomiques..
Critique de l'impérialisme américain La ligne anti-impérialisme américain se développe tout naturellement en Amérique du Sud, champ privilégié de l'influence des États-Unis. Le journal défend Fidel Castro et Hugo Chávez, quitte à prêter le flanc à une critique l'accusant de complaisance excessive. Le journal désapprouve les violations des droits humains à Cuba, mais il les relativise (par rapport à d'autres pays), les explique et les contextualise sous l'effet des pressions américaines et du « blocus »Le journal utilise la traduction du terme cubain , comme l'a parfois fait l'ONU, le terme généralement utilisé étant par ailleurs « embargo ». américain sur Cubahttps://www.conspiracywatch.info/le-monde-diplo-et-les-soignants-suspendus-autopsie-dun-tolle.html.
Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, accuse la rédaction du Monde diplomatique, et Ignacio Ramonet en particulier, d'une amitié avec les dirigeants Fidel Castro et Hugo ChávezDeux de ses éditoriaux ont été critiqués par l'association Acrimed : « Quand Philippe Val, analyste "complexe", prétend soutenir Ingrid Betancourt » et « Philippe Val se charge de l’épuration de l’Observatoire français des médias ».. Bernard-Henri Lévy dénonce lui aussi une position qui serait, selon lui, modérée vis-à-vis du régime communiste de Fidel Castro à Cubahttps://laregledujeu.org/2010/09/13/2830/le-monde-diplomatique-contre-sakineh-lorsque-serge-halimi-jette-la-premiere-pierre%E2%80%A6/.
Critique de la politique israélienne