Leon Battista Alberti, né en 1404 à Gênes et mort en 1472 à Rome, est l'un des grands humanistes polymathes du Quattrocento.

Il est à la fois philosophe, écrivain, peintre, mathématicien, architecte, théoricien des arts, de cryptographie et de la linguistique.

Biographie Leon Battista Alberti est né le , fils naturel de Lorenzo Degli Alberti, d'une famille comtale florentine qui donna aussi une célèbre lignée de banquiers et marchands florentins : les Alberti.

Sa mère, Bianca Fieschi, d'une des familles génoises les plus nobles et connues de l'époque, avait déjà eu de Lorenzo Alberti un fils, Carlo, né selon toute probabilité en 1402, deux ans avant Battista ; elle allait par ailleurs mourir dès 1406, ne laissant à ses enfants presque aucun souvenir.

Battista, qui choisira plus tard de s'appeler aussi Leon ou Leone, en hommage sans doute à la ville, Venise, dans laquelle il allait passer l'essentiel de son enfance, se forma principalement à Padoue, à la célèbre école de Gasparino Barzizza, puis à Bologne, où il étudia notamment le droit.

Après la mort de son père, en 1421 à Padoue, il se consacre aux lettres et aux arts (studia humanitatis) refusant de s'engager dans ce qui avait fait la fortune de la famille, c'est-à-dire le commerce et la banque (les Alberti étaient les banquiers des papes à la fin du et au début du ).

Au début des années 1430, à Rome, Battista entre au service du patriarche de Grado / Aquileia Biagio Molin ou da Molin, alors secrétaire d’État au Vatican, prend vraisemblablement les ordres mineurs et devient « abréviateur apostolique », c'est-à-dire rédacteur des brefs pontificaux ; il reçoit par ailleurs quelques bénéfices ecclésiastiques à l'intérieur du territoire florentin.

C'est d'abord grâce aux lettres qu'il se fait reconnaître et apprécier, en suscitant toutefois à Florence (qu'il visite pour la première fois en 1434-1435), l'hostilité, voire l'ostracisme.

Il est vrai que dans ses écrits satiriques (Momus, Intercœnales, etc.), Alberti n'hésite pas à s'en prendre au milieu humaniste et à la curie romaine avec un ton mordant et une verve qu'on ne retrouvera pas de sitôt dans la littérature mondiale.

Le premier document qui prouve qu'Alberti est impliqué dans un chantier architectural date vraisemblablement de 1454 (lettre à Matteo de' Pasti, directeur du chantier du Tempio malatestiano à Rimini). Alberti obtient alors véritablement la reconnaissance, et même la gloire qu'il recherchait sans doute.

En 1468, un arbitrage en sa faveur lui permet de prendre possession d'une partie de la tour ancestrale des Alberti à Florence, le palais où son grand-père Benedetto avait demeuré en Santa Croce ; il gardera toutefois sa résidence principale à Rome où il pouvait poursuivre son étude des textes classiques et plus particulièrement de Vitruve à la Bibliothèque Vaticane ainsi que ses recherches sur les ruines antiques.

Il conservera par ailleurs de très nombreux liens aussi bien professionnels que d'amitié en plusieurs villes d'Italie du Nord (Venise, Mantoue, Ferrare, Urbino, Bologne…), ainsi qu'à Naples et jusqu'en Sicile.

Sa place est alors celle d'une autorité intellectuelle et morale reconnue. Il meurt à Rome, quelques mois après avoir fait visiter les ruines romaines au jeune Laurent le Magnifique.

Activités d'Alberti

C'est une des figures les plus importantes de la Renaissance, grand écrivain et philosophe, en latin comme en volgare, premier théoricien de la perspective et plus généralement des arts.

Au service du pape Eugène IV, il en suivit les déplacements dans plusieurs villes de l'Italie du centre et du nord (Florence et Ferrare, notamment) pendant une dizaine d'années, de 1434 à 1443 environ. Pendant cette période, il tente en particulier de promouvoir à Florence la littérature en volgare ; c'est ainsi qu'il y organise en octobre 1441 un concours de poésie en volgare, le certame coronario, destiné dans son projet à renforcer le prestige de la nouvelle langue ; l'échec de sa tentative, dû à l'hostilité des intellectuels humanistes qu'il venait de défier, le pousse vers d'autres territoires, et particulièrement vers des travaux de génie et vers l'architecture. Revenant à Rome, il rédige la Descriptio Urbis Romae, premier plan « scientifique » d'une ville.

À partir de l'art de l'antiquité, il élabora la théorie de la beauté en tant qu'harmonie, exprimable mathématiquement dans ses parties et son tout ; ainsi, la base de la projection architecturale se trouve dans la « proportionnalité » des édifices romains. Cette vision harmonique est présente dans toutes ses œuvres.

Cristoforo Landino raconte, dans, ses Quæstiones camaldulenses, que quelques amis, Laurent et Julien de Médicis, Alemanno Rinuccini, Pietro Acciaioli, etc., retirés pendant les chaleurs de l'été dans une villa près du couvent des Camaldules, apprirent à l'improviste l'arrivée d'Alberti, descendu chez Marsile Ficin. Ils résolurent de ne pas retourner pour quelques jours à Florence, afin de jouir plus complètement de la présence du grand humaniste.

Le temps se passa en longues causeries, « dans une prairie arrosée d'un ruisseau, à l'ombre d'un platane ».

Tous ces platoniciens de la Renaissance, groupés autour d'Alberti, écoutèrent disserter du souverain bien, de la vie contemplative et de la vie active, des allégories de Virgile, tout cela, écrit Landino, « memoriter, lucide ac copiose ».

Il est certain que Landino connaissait bien Alberti, mais il est tout aussi certain que le portrait qu'il dresse de sa pensée dans les Disputationes camaldulenses, quelques années après sa mort, n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'Alberti a exprimé dans ses œuvres écrites.

Pire, cette image romancée a poussé les historiens vers une interprétation platonicienne de la pensée d'Alberti qui est aux antipodes du réalisme presque aristotélicien de cette pensée.

Le mathématicien Alberti a donné une méthode de construction de la décroissance de la profondeur apparente des carreaux lorsque l'on s'éloigne de la ligne de terre en perspective.

centré

Rédigé vers 1435, son De Pictura, Traité de la peinture .. Mais par la suite, notamment grâce à son usage en cartographie qui va révolutionner entre autres la balistique, la géographie et l’astronomie, .

Cryptologie L'historien en cryptographie David Kahn considère Alberti comme le « père de la cryptographie occidentale », grâce à trois avancées significatives : « la plus ancienne théorie occidentale de cryptanalyse, l'invention de la substitution polyalphabétique, et l’invention du code de chiffrement »Cf. .

Alberti, en effet, rédige un essai où il analyse la fréquence des lettres dans les textes en latin et en italien, démontrant ainsi son impact dans le déchiffrement. Il invente le cadran chiffrant réunion de deux disques marqués de chiffres et des lettres de l'alphabet, dont le plus grand est fixe et le petit mobile. En modifiant leur alignement, on produit de nouvelles équivalences, ce qui inaugure la méthode de la substitution polyalphabétique. Puis il va améliorer sa découverte pour proposer le surchiffrement codique, une révolution qui ne sera comprise qu’au .

Génie et physique Grand ingénieur de la Renaissance, il imagina le premier anémomètre en 1450. Il utilise une plaque mobile tournant autour d’un axe horizontal pour estimer la force du vent, l’angle formé entre la palette et la verticale (position repos) permettant d’évaluer cette force.

Précurseur d’imagerie en 3D C’est dans le De Statua, traité de la sculpture composé vers 1450, qui complète sa trilogie sur les arts majeurs, qu'Alberti va exposer son système, radicalement nouveau, de définition tridimensionnelle des volumes.

Tout d’abord, dans le sillage de Pline l’Ancien, Alberti distingue la sculpture par ajout ou par enlèvement selon la technique utilisée : apposer ou ajouter de la matière molle, terre ou cire, s’applique à une sculpture réalisée par des « modélistes », soustraire de la matière se pratique en sculptant la pierre, ce que font des « sculpteurs ».

Cette distinction, déterminante dans la conception artistique de nombreux sculpteurs à l'instar de Michel-Ange, n’avait jamais été exprimée avec une telle clarté. Quant à la méthode à suivre pour atteindre le but de la sculpture, qui est l’imitation de la nature, Alberti distingue ensuite : la dimensio, mesure qui définit les proportions générales de l’objet représenté au moyen de l’exempeda, sorte de règle droite modulaire servant à relever les longueurs au moyen d’équerres mobiles en forme de compas (normae), avec lequel mesurer les épaisseurs, les distances et les diamètres, la finitio, définition individuelle des détails et des mouvements de l’objet représenté, pour laquelle Alberti propose un instrument de son invention : le definitor ou finitorium, disque circulaire auquel est fixée une baguette graduée pivotante d’où pend un fil à plomb. Un instrument avec lequel on peut déterminer n’importe quel point du modèle selon une combinaison de coordonnées polaires et axiales, par transfert mécanique du modèle à la sculpture.

Alberti pose ainsi les bases de la représentation "scientifique" du corps humain, un des thèmes sous-jacents à toute la culture figurative européenne de la RenaissanceLeon Battista Alberti, De statua, a cura di M. Collareta, 1998. Même si le Traité ne fut traduit en italien qu’un siècle plus tard, en 1568, et même si le texte original en latin ne fut publié qu’à la fin du , les artistes de son temps en avaient manifestement connaissance. En effet, le système d’Alberti de définition mécanique des volumes devait passionner, entre autres, Léonard de Vinci, qui s’en inspira pour mettre au point des systèmes similaires, comme en témoignent ses carnets. Léonard utilisa également les Tabulae dimensionum hominis du De statua pour réaliser le célèbre « Homme de Vitruve »Paola Salvi, « L'Uomo vitruviano di Leonardo da Vinci e il De statua di Leon Battista Alberti: la misura dell'armonia», in Approfondimenti sull'Uomo vitruviano di Leonardo da Vinci, a cura di Paola Salvi, CB Edizioni, Poggio a Caiano, 2012, ..

On peut considérer en outre que les techniques tridimensionnelles mises au point par Alberti dans ce traité préfigurent le dessin d’architecture (cf. le Modulor du Corbusier, puis le DAO) ou industriel moderne (la 3D), et même la modélisation numérique (sur laquelle se fondent, par exemple, les travaux du GIEC), puisque le definitor transforme des points relevés sur le modèle en données alphanumériques Mario Carpo, L'architettura dell'età della stampa: oralità, scrittura, libro stampato e riproduzione meccanica dell'immagine nella storia delle teorie architettoniche, 1998.

L'architecte Si Brunelleschi construisit, Alberti construisit et théorisa à la fois : il appliqua son fondement scientifique à l'œuvre d'art, redonna de la noblesse au rang d'artiste, mit la peinture, la sculpture et l'architecture sur le même plan que la littérature et la philosophie.

L'artisan est ainsi devenu un intellectuel.

Le traité De re aedificatoria vignette|page=7|De re aedificatoria (édition de 1541). Alberti s'est employé à restaurer le langage formel de l'architecture classique dans le traité L'Art d'édifier, composé entre 1443 environ et 1472.

Selon Focillon, il conféra à son auteur une autorité comparable à celle de Vitruve. Il a joué avec le De pictura un rôle de premier plan dans l'évolution de l'art de la Renaissance.

Il y restaure le langage formel de l'architecture classique avec des conceptions imprégnées d'harmonies et de rapports. Il compare le corps humain à un immeuble. Dans les cinquième et sixième chapitres, il s'inspire également des conceptions musicales des Anciens et explique que les conditions de la beauté reposent aussi sur l’utilisation de certains rapports musicaux agréables à l’oreille : l’octave (1/2), la quinte (2/3), la quarte (3/4).

Sa réflexion sur l'architecture est aussi une réflexion d'urbaniste sur la fonction des villes.