Henri Beyle, plus connu sous le nom de plume de Stendhal (prononcé ou parfois Prononciation attestée dans une lettre à un de ses amis dans laquelle il écrit , jouant sur la similitude de prononciation de son pseudonyme et du mot « scandale ». Source : . Dans l'édition Garnier de 1953 de Vie de Henry Brulard, Martineau indiquait déjà que Stendhal souhaitait qu'on prononçât ainsi [standal] son principal pseudonyme.), né le à Grenoble et mort d'apoplexie le dans le arrondissement de ParisSelon les renseignements figurant sur l'état civil reconstitué de Paris, est un écrivain et chroniqueur français, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.

Stendhal aurait voulu consacrer sa vie à la rêverie, à la « chasse au bonheur », aux arts et à l'amour ; en vérité, il a eu une vie mouvementée in Vie de Henry Brulard, Éditions Gallimard, 1973, Coll Folio, P28. Après la mort d'une mère trop aimée, il souffre d'une enfance étouffante à Grenoble auprès d'un père qu'il méprise et d'un grand-père qu'il adore. Il trouve refuge dans la littérature avant de partir de Grenoble, en 1799, pour aller étudier à Paris. En réalité, il s'est découvert une vocation, et abandonne ses études : il veut être comic bard, il rêve d'écrire des comédies. Ses cousins Daru le forcent à entrer au ministère de la Guerre. C'est ainsi qu'il est envoyé à Milan en . Il découvre, émerveillé, en même temps la guerre, l'Italie, l'opéra, l'amour et le bonheur. Il ne cessera de retourner en Italie entre ses missions administratives. De tempérament timide et romanesque, souffrant de l'hypocrisie de la société de son temps, il invente pour lui-même une , le « beylisme ».

Perdant son emploi au moment de la chute de l'Empire, il se consacre à ses passions : l'Italie, la musique, la peinture. Il écrit un ouvrage dont on résume le titre en Vie de Haydn, Mozart et Métastase, puis il écrit Histoire de la peinture en Italie, dont il perd le premier manuscrit dans la Retraite de Russie, et Rome, Naples et Florence, journal de sensations plutôt que guide touristique. En 1819, son chagrin d'amour pour Matilde Dembowski lui fait écrire un traité, De l'amour, tentative d’analyse du sentiment amoureux, paru en 1822, dont à peine quarante exemplaires seront vendus. C'est à partir de 1827, à l'âge de quarante-quatre ans, qu'il se lance dans le roman, avec Armance, mal compris de ses contemporains ; puis c'est Le Rouge et le Noir, paru juste après la révolution de Juillet 1830, qui lui confère une certaine notoriété, dont il ne profite pas, ayant été nommé consul à Civitavecchia par le gouvernement de Juillet. Malgré l'ennui dans lequel le plongent ses nouvelles fonctions, Stendhal ne cesse d'écrire : il commence des autobiographies (Souvenirs d'égotisme, Vie de Henry Brulard) et des romans (Lucien Leuwen, Lamiel), qu'il n'achève pas. Lors de l'un de ses congés à Paris, il écrit La Chartreuse de Parme, qui suscite l'admiration d'Honoré de Balzac. Il meurt à Paris le , à la suite d'une crise d'apoplexie survenue en pleine rue quelques heures auparavant.

Considéré comme un précurseur du mouvement « réaliste » en France, par opposition au romantisme ou au naturalisme, il est spécialement connu pour ses romans de formation Le Rouge et le Noir (1830), La Chartreuse de Parme (1839) et Lucien Leuwen (inachevé) qui ont fait de lui, aux côtés de Balzac, Hugo, Flaubert ou Zola, un des grands représentants du roman français au . Dans ses romans, caractérisés par un style économe et resserré, Stendhal cherche « la vérité, l'âpre vérité » dans le domaine psychologique, et campe essentiellement des jeunes gens aux aspirations romantiques de vitalité, de force du sentiment et de rêve de gloire.

Biographie Jeunesse, 1783-1799 thumb|upright|left|Le docteur Henri Gagnon, son grand-père. Vie de Henry Brulard, Gallimard, 1973, coll Folio Classiques, p. 112.. C’est ainsi que Stendhal résumera son enfance dans Vie de Henry Brulard.

thumb|upright|Chérubin Beyle, son père.

Henri Beyle (Marie-Henri Beyle à l'état civil) naît le , 12 rue des Vieux-JésuitesAujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau. à Grenoble, fils de Chérubin Beyle (1747-1819), avocat consistorial, et d'Henriette Gagnon. Il avouera dans son autobiographie, Vie de Henry Brulard : Vie de Henry Brulard, p. 50-51.. Elle meurt en couches, le , alors qu'il a sept ans. , dira Henri. Fou de chagrin, il ne peut pleurer. Sa tante Séraphie lui reproche son insensibilité. On lui explique qu'il s'agit de la volonté divine, Vie de Henry Brulard, Gallimard, 1973, coll Folio Classiques, .. Il en deviendra athée.

Le jeune Henri a peu d’estime pour son père, avocat au parlement de Grenoble, homme taciturne, pieux, hypocrite, bourgeois qui ne pense qu’à ses affaires financièresChérubin Beyle a aussi été adjoint au maire de Grenoble et décoré de la légion d'honneur le 19 octobre 1814. Archives nationales, base Leonore, LH/229/67, dossier de Légion d'honneur de Chérubin Joseph Beyle (avec extrait de baptême et article de François Vermale et François Michel, « La légion d'honneur de Cherubin Beyle », Le divan, 1968, p. 196-202.). Numérisé.. Le précepteur qu'on lui donne, l'abbé Raillane, va détériorer leurs rapports : Vie de Henry Brulard, p. 99.. Entre son père, sa tante Séraphie, Vie de Henry Brulard, p. 85. et l'abbé Raillane, Vie de Henry Brulard, p. 89., qui l'empêche d'aller se baigner avec les autres enfants par peur de la noyade, le jeune Henri passe une enfance malheureuse atténuée par la présence bienveillante de son grand-père maternel, Henri Gagnon, médecin célèbre de Grenoble, homme des Lumières, , qui l'initie à la littérature : Molière, Fénelon, Voltaire, Horace, Ovide, Dante, Le Tasse, Cervantès, Saint-Simon.… Sa maison place Grenette, avec sa terrasse ensoleillée (voir l’appartement du docteur Gagnon) devient l'antithèse de celle de son père, Jean Goldzink, Stendhal, l'Italie au cœur, Gallimard 1992, Coll Découverte, p. 30 . et, de manière générale, Henri voit dans les valeurs des deux branches de sa famille deux mondes que tout oppose : Jean Goldzink, p. 31..

gauche|vignette|alt=Tableau représentant la journée des Tuiles de 1788.|La Journée des Tuiles (1788) par Alexandre Debelle, (musée de la Révolution française). thumb|upright|Le jeune Henri Beyle à l'école centrale de Grenoble, dessin par Louis-Joseph Jay.

Le , le jeune Henri assiste à la journée des Tuiles du balcon de son grand-père, journée qui annonce celles révolutionnaires de 1789. Par aversion pour la tyrannie familiale et la religion, Henri se sent Vie de Henry Brulard p. 110.. Sa famille est horrifiée de l'exécution de Louis XVI ; lui, exulte. À l'arrivée des représentants du peuple, son père, considéré comme suspect, est incarcéré durant presque un an. Au printemps 1794, un « bataillon de l'Espérance » est créé par les jacobins de Grenoble. Il veut les rejoindre, écrit une fausse lettre officielle, est découvert et grondé. En , il est délivré de l'abbé Raillane qui, ayant refusé de prêter serment, doit s'enfuir, puis en 1797, c'est sa tante Séraphie qui meurt. À l’âge de 14 ans, il se sent enfin libre.

Un an plus tôt, le , à l’âge de 13 ans, il entrait à l'école centrale de Grenoble, type d’école créé par la Révolution pour remplacer les collèges religieux. Il s'y fait, enfin, des camarades de son âge et se passionne pour les mathématiques, science logique par excellence. À l'automne 1798, il fait un coup d'éclat avec ses camarades : ils tirent au pistolet sur l'arbre de la Fraternité. L’adolescence est l’âge des premiers émois où la découverte de l’amour se mêle à celui de la musique : au jardin de ville de Grenoble, il s'éprend d'une comédienne, Virginie Kubly, membre d'une troupe itinérante, qui joue dans des pièces de théâtre ou des opéras. Amoureux fou, il essaye divers instruments de musique et le chant, sans succès.

C'est grâce à un prix en mathématique qu'il peut fuir Grenoble en , à l’âge de 16 ans, pour tenter d’entrer à l'École polytechnique, créée cinq ans plus tôt à Paris.

À Paris, 1799-1800 thumb|left|upright|Pauline Beyle, sa sœur, son amie, sa confidente, son élève… Henri arrive à Paris au lendemain du coup d'État du 18 Brumaire (). Il est au début un opposant à Bonaparte puis à l'Empire, qu'il raille dans son Journal, et auquel il ne se rallie que plus tard.. C'est en réécrivant sa vie qu'il se prétend plutôt Il loge près de l’École polytechnique, alors installée rue de l’Université, puisqu’il doit y passer le concours d'entrée. Mais son véritable projet intime est et d’écrire des comédies. Désirant avec ardeur un cœur ami, tout en étant extrêmement timide, n’osant parler aux femmes, il se réfugie dans la rêverie :

Très gauche, il se présente à son cousin Noël Daru, et à ses fils Pierre, secrétaire général au ministère de la Guerre, et Martial, qui

thumb|upright|Pierre Daru, le cousin colérique et bienveillant à la fois.

Dans la solitude de sa petite chambre près des Invalides, il déchante. Il n’a nulle envie d’entrer à l’École polytechnique et Paris le dégoûte, à s’en rendre malade : Sa maladie s'aggrave, il est alité, fiévreux, délirant, perd ses cheveux… son cousin Noël Daru lui envoie un bon médecin puis le fait venir auprès de lui, dans son hôtel particulier de la rue de Lille. Lorsque Henri a repris des forces, il essaye d'écrire des comédies, mais doute, hésite avec l'Opéra alors qu'il ne connaît pas les notes, n'arrive à rien in Vie de Henry Brulard, .… Les repas chez les Daru le mettent au supplice, par manque d'habitude des convenances, par timidité, il n'ouvre pas la bouche, et se déçoit lui-même : . Il multiplie les maladresses, les Daru se demandent s’il est imbécile ou fouVie de Henry Brulard, .. Durant toute cette période, il écrit abondamment à sa jeune sœur Pauline, sa confidente et son élève. Il essaye de former son esprit, lui conseille de lire, d’apprendre l’Histoire, l’arithmétique, l’orthographe, plutôt que de faire des travaux d’aiguille ou de fréquenter les religieusesLettre à Pauline Beyle d'avril-mai 1800, in Aux âmes sensibles, Gallimard, 2011, .. Il fréquente également quelques Grenoblois à Paris comme Mareste, Félix Faure, César Pascal, les frères Périer et leur père Claude Périer Milord qu'il décrit comme .

Il ne sait que répondre à Noël Daru qui le presse de faire quelque chose, au moins se préparer à passer le concours de Polytechnique de la saison suivante, pour finir par lui imposer, en février, d’aller travailler, sous les ordres de son fils Pierre, au Ministère de la Guerre qui est en train de préparer la Bataille de Marengo. Il se rêvait Don Juan ou auteur de comédie à succès, il se retrouve secrétaire. Les débuts se passent mal : son écriture est illisible, il fait des fautes (il écrit cella au lieu de cela), met trop de « en effet » dans ses lettres, est terrorisé par son cousin, qu’il surnomme le bœuf furibond : .

Ses souffrances prennent fin le . Il doit rejoindre la grande Armée avec Pierre et Martial Daru en Italie.

L’éblouissement milanais, 1800-1802 thumb|left|La Scala au milieu du . : c’est le sentiment général de la traversée de la Suisse et de l’arrivée en Italie dont se souvient Henri lorsqu'il racontera cet épisode en 1836. , il est heureusement accompagné dans son périple par le capitaine Burelviller qui lui donne des cours d’équitation et le protège des dangers du voyage. Il porte un sabre dont il ne sait pas se servir, monte pour la première fois à cheval, manquant de peu de finir dans un lac, traverse le Grand-Saint-Bernard en longeant des précipices, essuie des tirs au fort de Bard… Malgré cela, tout l’émerveille. Lui qui a été si protégé durant son enfance in Vie de Henry Brulard, ., est fasciné par la nouveauté du danger et de la situation, par la beauté des paysages :

thumb|upright|Angela Pietragrua, la « catin sublime ».

Arrivé à Ivrée, il se rend au spectacle où Il matrimonio segreto de Cimarosa l’éblouit d’un « bonheur divin ». À partir de ce moment,