vignette|Camp de Roms à Saint-Denis, à proximité de Paris, en France. Les mesures d'éloignement des Roms de nationalité étrangère en France constituent un programme de renvoi à la frontière qui est appliqué aux Roms en situation irrégulière sur le territoire en France.

Il s'agit notamment du programme initié en par le gouvernement français pour rapatrier des centaines de Roms roumains et bulgares dans le cadre d'une politique de répression des campements illégaux. Bien que les citoyens bulgares et roumains aient le droit d'entrer en France sans visa, leurs pays d'origine faisant partie de l'Union européenne, les règles d'immigration françaises les obligent à avoir des permis de travail ou un titre de séjour pour rester plus de trois mois en France. En 2010, les trois quarts des 600 à 700 campements tsiganes ont été évacués et la France a expulsé plus de Roms d'Europe de l'Est vers leurs pays d'origine (chiffres du ministère de l'Intérieur)Un an après, on expulse toujours les Roms.

Cette politique a suscité une controverse au sein de l'Union européenne, et la commissaire européenne pour la justice, la liberté et la sécurité Viviane Reding a déclaré lors d'une conférence que la Commission européenne allait prendre des mesures légales contre le gouvernement français au sujet des déportations forcées, ajoutant que c'était « une honte ». La polémique née de ces commentaires a été décrite comme ayant assombri un sommet de l'Union européenne en .

De 2012 à 2013, sous le gouvernement de gauche de François Hollande, les expulsions doublent, passant de à plus de RPT-Les évacuations forcées de Roms ont doublé en 2013..

Contexte

Selon certaines associations et journaux., « On compte […] en France environ Roms migrants de nationalité roumaine, bulgare, tchèque, slovaque, hongroise, moldave ou des pays de l’ex Yougoslavie (Serbie, Croatie, Kosovo notamment). La plupart d’entre eux ont immigré dans les années 1990, peu après la chute des dictatures communistes.. »

Le nombre de Roms en France se situerait entre et . Selon la Dihal il y aurait près de 400 campements illicites dans lesquels vivraient près de en 2013, toutes origines ethniques DIHAL, Journée national d'échanges du point thématique http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers/6_dihal_dossier_journee_27sept2013_campements_illicites_an.pdf]. À ces Roms « visibles » s'ajoutent les « invisibles » qui préfèrent cacher leurs origines de peur d'être stigmatisés Libération, , «Qu'on en finisse avec ce débat : il n'y a pas d'invasion de Roms» .

Roms de Roumanie, de Bulgarie et des autres pays de l'Europe de l'Est

La plupart des Roms de Roumanie et Bulgarie sont sédentarisés, salariés, intégrés : en tant que Roms ils sont devenus « invisibles » et on ne les rencontre guère hors de ces paysSelon Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms « Pro-Europe » (Partida le Romenge) sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies et sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies, les trois quarts des Roms de Roumanie, intégrés à la société roumaine, sont comptés comme Roumains par le recensement de 2002, qui ne reconnaît que Roms alors qu'ils seraient près de deux millions. Nicolae Păun déplore que les autorités et les médias, tant roumains qu'internationaux, occultent ainsi la bonne intégration, le travail et la culture de la majorité de sa communauté, et « ne comptent comme Roms que ceux qui ont ou font des problèmes sociaux ou économiques »., mais une « minorité visible » restée semi-nomade pratique le travail à la journée (par exemple dans les vergers à l'époque de la cueillette, ou dans le bâtiment), la mendicité et, pour une très faible fraction, la délinquance (comme exécutants pour des organisations criminelles)Note de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) sur Le Monde.fr avec AFP : consulté le à 19h49, qui ajoute que la part des ressortissants Roumains et Bulgares impliqués dans des crimes et délits non-routiers ne dépasse jamais 1 % du total des cas. : c'est cette minorité qui a commencé à circuler depuis l'entrée de ces deux pays dans l'Union européenne, le , n'ayant plus besoin de visa pour entrer en France et dans les autres « pays riches » d'Occident.

Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms de Roumanie (Partida le Romenge) affirmeDéclarations de Nicolae Păun sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies que les trois quarts des Roms de Roumanie sont si intégrés à la société roumaine, qu'ils sont comptés comme Roumains par le recensement de 2012, qui ne reconnaît que Roms, alors qu'ils seraient près de deux millions. Nicolae Păun déplore que les médias, tant roumains qu'internationaux, ne donnent la parole qu'aux nationalistes et aux extrémistes, occultant ainsi la bonne intégration, le travail et la culture de la majorité de sa communautéLe point de vue du Partida le Romenge sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies.

À l'encontre de Nicolae Păun, les nationalistes tant roumains que roms ou français, soulignent que l'histoire et les spécificités de la communauté Rom sont distinctes de celles des pays où ils vivent, qui doivent néanmoins en rendre compte : par exemple, le député français Lionnel Luca, oubliant qu'il est lui-même d'origine roumaine, affirmait en 2010 que les Roms de Roumanie y sont tous misérables et persécutés, et que la Roumanie « doit rendre des comptes pour cela »Lionnel Luca dans Var Matin , , page 4, rubrique Questions à.... Lionnel Luca est connu pour ses prises de positions volontiers extrêmes: en décembre 2005 il déclara que sans « la colonisation, ni Léon Bertrand ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française » (sur ) et que « ceux qui aux Antilles font toute sorte d'amalgames avec l'esclavage ne crachent pas sur le RMI des anciens colonisateurs » (sur ); le il demanda l'abrogation de l'article sur l'enseignement de l'esclavage; en avril 2010, il s'est vu attribuer le prix de la « Bêtise avec un grand C » par la SACD pour « s'être attaqué publiquement à une œuvre sans l'avoir vue » (sur et sur : il s'agissait du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb sur la guerre d'Algérie (sur et sur ); le , interviewé au sujet de la polémique sur l'envoi de 3 réfugiés afghans dans leur pays d'origine, où la population civile est régulièrement victime de la guerre qui s'y déroule, Lionnel Luca déclare : « Je trouve un petit peu indécent qu’on s’apitoie sur leur sort quand au même moment nos soldats se battent pour leur liberté. S’ils étaient des hommes, ils se battraient aussi pour leur liberté, sur leur territoire » (sur Si c'est un homme» dans La Voix du Nord du )., tandis que Manuel Valls, oubliant qu'il est lui-même d'origine catalane et que les Roms ne sont pas forcément tous roumains, déclarait en 2013 que « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner »Manuel Valls sur .

Roms des pays de l'Est en France Si une partie de ces Roms pratique le travail à la journée, c'est parce que jusqu'en 2014, les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie ne sont pas totalement bénéficiaires du principe européen de libre circulation et, pour travailler officiellement, ont besoin d'un titre de séjour et d'une autorisation de travail : c'est ce qui les rend expulsables. De plus, la directive communautaire de 2004 sur la libre circulation des ressortissants de l'UE n'a pas été totalement transposée en droit français, notamment ses dispositions relatives aux garanties accordées aux personnes expulsées (voir Droit des étrangers en France et Convention de Schengen)Expulsions des Roms : que dit le droit ?, Le Point, .

Afin de combattre les préjugés ambiants tant contre les Roms, que contre la Roumanie, les instituts culturels roumains à l'étranger s'efforcent de promouvoir la culture rom à travers des conférences, des concerts, des expositionsPar exemple l'Institut Culturel Roumain de Paris, après la vague de romophobie et de roumanophobie de l'été 2010, sur , et plus récemment, sur .

Événements de l'été 2010

Le , la police française abat un jeune français de de la communauté des gens du voyage, accusé d'avoir forcé un barrage de police. En représailles, un groupe qui sera identifié comme composé de gens du voyage, attaque et pille le village de Saint-Aignan dans le Centre-Val de Loire. Le maire du village décrit les troubles comme .

Le , le président français Nicolas Sarkozy fait un discours à Grenoble au sujet des événements récents, et à Saint-Aignan. Il déclare à cette occasion : Le bureau du président a affirmé que les campements non autorisés étaient des . Le journal allemand Der Spiegel estime que cette opération a pour but de .

Depuis , au moins 51 campements roms ont été démantelés et évacués, et la France a renvoyé au moins 1230 Roms étrangers, en leur fournissant une aide financière et le billet de retour vers la Roumanie ou la Bulgarie.. Ces opérations étaient déjà souvent menées ces dernières années. Les évènements autour d'un camp à Massy en avaient fait quelque bruit, et, selon Alexandre le Clève, président du collectif hors-la rue, sur l'ensemble de l'année 2009, il y aurait eu expulsions de Roms, roumains ou bulgares, soit presque la moitié de l'ensemble des reconduites à la frontièreAlexandre Le Clève au Soir 3 du 18 août, rapporté par le site Arrêt sur Images consulté le 01/10/2010. Début novembre, une évacuation de camp a lieu à Créteil, plusieurs Roms recevant une obligation de quitter le territoire français.

Le , le quotidien Le Monde affirme l'existence d'un fichier de gendarmerie, nommé MENS (pour « Minorités étrangères non sédentarisées »), rassemblant des informations sur l'origine ethnique des personnes, en particulier les Roms. Le même jour, le site Rue89 apporte des éléments tendant à prouver l'existence de ce fichier. Devant les dénégations, le site apporte de nouvelles informations et ajoute : .. La CNIL a alors effectué un contrôle, lors duquel elle n'a pas découvert un tel fichier, tout en relevant que plusieurs traitements de données utilisaient la mention MENSCNIL, Conclusions du rapport préliminaire des contrôles effectués les 8 et 12 octobre 2010 auprès de l’OCLDI et du STRJD de la gendarmerie nationale, . Le , Libération révèle que des gendarmes ont effectué des prélèvements d'ADN sur les occupants d'un campement illégal, dans le cadre d'un « recensement ».

Le , la Commission européenne avait demandé à la France pour le des garanties au sujet de la légalité des expulsions de Roms. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères a assuré que la France allait modifier son droit national pour entrer en conformité avec la législation européenne.

Le , quatre associations portent plainte contre X au sujet du fichage supposé des Roms par la gendarmerie. Huit autres associations déposent une nouvelle plainte contre la France pour .

La nuit du , un camp de Roms dans les Yvelines est attaqué par des hommes armés et habillés comme des policiers, qui leur volent leurs papiers d'identité. À Lyon, le , des policiers jettent une bombe lacrymogène dans un squat, provoquant l'hospitalisation d'un bébé de cinq jours, d'un enfant de deux ans et d'une adolescente de ..

Un amendement passé le dans un projet de loi du gouvernement, LOPPSI 2, prévoyait d'expulser en l’absence du juge les habitants installés de manière « illicite ». Cet amendement est invalidé par le Conseil constitutionnel le .

Réactions internationales Le , le secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Agostino Marchetto, a déclaré à l’AFP que : . Ces propos de l'Église catholique romaine ont suscité plusieurs réactions dans la classe politique française.

Le , le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD) de l'ONU demande à la France de et se demande pourquoi elle n'a ..