La famille Paynel est une famille baronniale anglo-normande d'importance, originaire de la paroisse des Moutiers-Hubert (au sud-est du Calvados)Lewis Christopher Loyd, Charles Travis Clay, David Charles Douglas, The Origins of Some Anglo-Norman Families, édition originale : Publications of the Harleian Society, , Leeds 1951 ; republié par Genealogical Publishing Com, 1975, , ., en l'évêché de Lisieux..

On ignore s'ils ont toujours possédé la seigneurie des Moutiers-Hubert, où si elle a été acquise postérieurement à la conquête normande de l'Angleterre. Ils acquièrent aussi la seigneurie de Hambye (arrondissement de Coutances dans la Manche), possiblement par mariage.

L’orthographe du nom de famille peut varier selon les auteurs et la langue : Painel, Paynel, Peynel, Paisnel, Pesnel, Paganel, Pagnell, PaganellusHistoire de l’académie Royale des inscriptions et belles-lettres, avec les mémoires de littérature tirés des registres de cette académie, 1751, p.128..

Point de vigilance P. Chesnel, professeur agrégé du Lycée de Coutances écrivait enfin en 1912, que Pesnel n’était en rien relié à la famille Paynel, qu’il écrivait lui-même Payenel en s’appuyant sur l’étymologie latine PaganellusP Chesnel, Le Cotentin et l’Avranchin sous les ducs de Normandie (911-1204), Caen, 1912, p. 211.

Origines de la famille La légende raconte que la famille Paynel est attestée depuis 911 et qu’ils sont compagnons de Rollon. Cette affirmation a, semble-t-il, un fondement historique. L’abbé Desroches lui-même donne une origine Norvégienne à la famille qu’il place comme compagnon de RolfAbbé DESROCHES, Annales civiles, militaires et généalogiques du pays d’Avranches, Caen, A Hardel imp, p. 65.

Ainsi, la transcription par Claude de Malherbe de Gathemo, en 1630, d’un manuscrit original du greffe de Mortain, fait état d’une liste des compagnons de Rollon où apparaissent les Paynel et les TessonAmédée du Buisson de Courçon, Patry, Croquis généalogiques ; suivi d’une notice sur les sires d’Auge, Le Blanc-Hardel, Caen, 1880, pp 2-3.. Ce manuscrit du greffe de Mortain était attribué à Vincent l’Historien (Vincentis Historialis, speculum IV, lib XXV, cap XLVI) ou à Vincent de Beauvais ( siècle, dominicain auteur d’une encyclopédie) qui se serait informé dans la « Chronique de Normandie » écrite par Saint Odon879-942, chanoine de Tours puis père-abbé de Cluny., abbé de Saint Martin de Tours. Soit une source historique ancienne (du sur la source initiale, du ou siècle pour les autres) pas nécessairement fiable pour autant. Le greffe de Mortain et les archives de la Manche ayant été grandement endommagés entre la Révolution et la Seconde Guerre mondiale, il est possible que les documents originaux soient définitivement perdus.

De même, dans le Roman de Rou, au passage concernant le dénombrement des guerriers, Robert Wace évoque un « Paienels », ce qui semble confirmer les auteurs postérieurs tel Vincent de Beauvais. Le même Wace parle d’un « Radulphus Pagenel » comme compagnon de Guillaume le ConquérantCité par Edouard Le Héricher « Avranchin monumental et historique » E. Tostain éditeur, Avranches, 1845, p. 45..

Selon M. de Mons, historien du , les Paynel seraient originaires de Norvège et descendraient d’un capitaine de Rollon qui reçut « la propriété d’une grande étendue de terrein dans le CotentinHistoire de l’Académie Royale des inscriptions et belles lettres, Tome Seizième, Paris, 1751, pp. 128 et 129. ». Ce qui est possible, mais pas avant 922, puisque en 911, Rollon obtient la Normandie amputée de la Manche.

L’établissement de la famille aux Moutiers-Hubert ne fait pas de doute car elle se trouve corroborée par la présence du « Buisson-Painel » au sud de la CommuneLouis du Bois, Histoire de la ville, du diocèse et de l’arrondissement de Lisieux, Lisieux, 1845, p.41.. Les Paynel originaires du Pays d’Auge sont déplacés vers la Manche après la bataille du Val-des-Dunes de 1047Mémoires de la société académique du Cotentin : archéologie, belles-lettres, sciences et beaux-arts, 1898, p. 21..

Discussion autour des origines En observant le sceau de Foulques Paynel, daté de 1205, Ernest Babelon considère que le sujet du sceau de Foulques est plus caractéristique des empires barbaresErnest Babelon, Histoire de la gravure sur gemmes en France depuis les origines jusqu’à l’époque contemporaine, Paris, Société de propagation des livres d’art, 1902, p. 90.. Il lie d’ailleurs ce sceau à celui de Richard, évêque de Winchester (1174-1189) et à celui de l’abbé de Saint-Etienne de Fontenay près Caen de 1271. Ces trois sceaux ayant des thématiques similaires. Le trône soutenu par une structure en X et le globe seraient, pour lui, des éléments issus de la mythologie germanique. Notons que le sceau de Foulques est le plus gros des trois. Comme l’objet est une intaille dans une gemme, la valeur de la chevalière est directement proportionnelle à la taille de la-dite gemme. vignette|Sceau de Foulques Paynel (1205) Pour sa part G DemayG Demay, Inventaire des sceaux de l’Artois et de la Picardie, recueillis dans les dépôts d’archives, musées et collections particulières des départements du pas de Calais, de l’Oise, de la Somme et de l’Aisne, Paris, 1877, p. 16. s’interroge sur la signification de ce sceau. Peut-être s’agit-il de l’image d’un empereur auquel un vaincu présente le globe du monde, comme par exemple les monnaies Parthes après la victoire de Septime-Sévère ? il évoque aussi, une représentation barbare de Cérès tenant la Terre. Il s’agit en tout cas de l’appropriation de codes esthétiques romains par une famille qui ne l’est probablement pas. Comme Charlemagne et les francs avaient tradition de le faire. Cela pourrait conforter l’idée d’une famille franque ralliée aux vikings.

Par ailleurs, le sceau de Foulques reprend les mêmes éléments que des abbés de Saint-Etienne de Caen qui lui sont contemporains. De même, la famille est initialement anoblie sur l’ancien monastère franc« Bulletin de liaison : histoire, archéologie, ethnographie » du Centre Havrais de recherches historiques, Les Amis du Vieux Havre, 2018-11-01, p. 24. Les Moutiers Hubert sont présentés comme la continuation d’un monastère mérovingien ou carolingien. de l’actuelle commune des Moutiers Hubert. Il est donc possible que l’abbé de ce monastère ait rejoint le camp viking et qu’il ait transmis son sceau à ses héritiers (en même temps que les biens de l’abbaye qu’il dirigeait).

Historique Il existe plusieurs nobles normands portant le toponyme Paynel ou Painel au , mais leur liens de parenté sont difficilement déterminables. On trouve notamment un Guillaume qu'Orderic Vital mentionne parmi les « hommes illustres » qui meurent la même année que Guillaume le Conquérant (1087). Le poète normand du , Wace, mentionne aussi un Painel seigneur des Moutiers-Hubert qui se serait trouvé à Hastings en 1066.

Guillaume Paynel fonde en 1147 l'Abbaye de Hambye où lui et ses héritiers seront inhumés sous des gisants jusqu'à Jeanne Paynel et son mari Louis d'Estouteville au siècle.

Un Hugues Painel dote l'abbaye Saint-Étienne de Caen de terres normandes entre 1089 et 1091Emily Zach Tabuteau, « The Role of Law in the Succession to Normandy and England, 1087 », Haskins Society Journal Studies in Medieval History, , éditeur : Robert Patterson, Continuum International Publishing Group, 1991, pages 141 à 170 ; , note ..

Raoul Paynel est le premier membre attesté en Angleterre. Il est possible que le Hugues mentionné précédemment soit son frère ou son demi-frère, mais il n'existe aucune source connue qui l'atteste.

C'est seulement au début du que les relations de parentés entre les Paynel s'éclaircissent. À la suite de la conquête normande de l'Angleterre, Raoul Paynel s'installe en Angleterre, et ses descendants forment les branches anglaises distinctes.

Invasion de l'Angleterre Il apparait que la famille Paynel est très impliquée dans l’invasion de l’Angleterre puisque au moins deux titulaires du nom sont cités comme compagnons de Guillaume : Raoul et GuillaumeCoutances et ses environs ; guide historique, descriptif et illustré, par le Dr Stephen Chauvet, Edouard Champion éditeur, PARIS, 1921, p. 61.. Selon les auteurs le nombre peut varier et il est difficile de s’assurer de la fiabilité des sources et des listes. Mais cette participation est un fait parfaitement avéré et admis depuis longtempsFrançois Eudemare, Histoire excellente et héroïque du roi William le Bastard, Veuve Orange éditeur, ROUEN, 1629, « Noms par ordre d’alphabet des seigneurs, gentilshommes et autres gens de guerre qui accompagnèrent le duc William le bastard quand il conquit l’Angleterre », page 671 : Paynel.. D’après P. CHesnel, c’est à Guimond Paynel, père de Guillaume et ami de Guillaume le Conquérant, que ce dernier offrit la seigneurie de la Haye-Paynel. C’est en remerciement de ce don que Guimond (ou Gervaise selon les auteurs) nomma son fils ainé Guillaume. Par la suite, le roi Guillaume permis à Guimond de marier son fils à Alix de Romilly, ce qui fit entrer la baronnie de Bricqueville dans les domaines de la famille.

Une liste faisant recensement des « Noms des principales familles d’Angleterre issues des compagnons de Guillaume le Conquérant » avait été conservée au monastère de la Bataille à Hastings et couramment reproduite ensuiteLouis de la Roque, Edouard de Barthélémy, Catalogue des Gentilshommes de Normandie qui ont pris part ou ont envoyé leur procuration aux réunions pour l’élection des députés aux états généraux de 1789, Paris, Dentu, 1864, pp. 121 et suivantes.. La charte originale faisait mention des Paynel. On dispose aussi d’un aperçu des biens de Raoul en Angleterre à la suite de la conquêteAbbé DESROCHES, Annales civiles, militaires et généalogiques du pays d’Avranches, Caen, A Hardel imp, p. 79. Il possédait jusqu’à 66 serfs, 91 bordars, 320 vilain, cinq églises, quatre prêtres.

Branche Anglaise Une charte de 1091 fait mention de Raoul Paynel en tant que fondateur de l’Abbaye de la Sainte-Trinité de YorkM. Pezet, « Les seigneurs de Rye en Bessin », in Mémoires de la Société d’Agriculture de Bayeux, Tome VIII, p. 140. Il existe bien une église de la Sainte-Trinité construite au siècle à York.. Il semble que ce prieuré, fondé en même temps que l’abbaye Notre-Dame de la Bataille, ait été placé sous la tutelle de l’abbaye de Marmoutier de ToursDom Rabory, « Histoire de Marmoutier (Suite), Marmoutier aux et siècles », in Revue du Monde Catholique, Recueil international paraissant le et le 15 de chaque mois, Année, Tome XXIII, , , p. 356.. Le fils de Raoul, Foulques/Fulconius, sera le fondateur du prieuré de Notre-Dame de Tickford, à Newport-Pagnell. Il le dota richement. Les deux abbayes-prieuré, continueront d’exercer jusqu’au schisme d’Henri VIII. Aujourd’hui, le prieuré de Tickford n’existe plus, les bâtiments arrasés au siècle ont laissés place à un manoir depuis devenu établissement d’accueil médicalisé.

Le Doomesday Book qui recense la population et les biens de l’Angleterre rédigé à l’initiative de Guillaume le Conquérant fait état des possessions de Ralph PaganelDaniel Lysons et Samuel Lysons, « General history: Division of property in Domesday survey », dans Magna Britannia: Volume 6, Devonshire (Londres, 1822), pp. xlix-lxxxii. British History Online http://www.british-history.ac.uk/magna-britannia/vol6/xlix-lxxxii. Ces 10 baronnies qu’il obtient, nous pouvons les citer ce sont les terres : de Aynkesdon, de Alra, de Chagford, de Carsville, de Dunchidiock, de Ilsington, de Touretone, de Trill, de Wasfelt, de Wille, toutes prises sur un certain Merlesuen.