La Thudinie est une région naturelle du Hainaut, en Région wallonne de Belgique, caractérisée par la vallée de la Sambre entre Charleroi et la frontière française, et formant la partie sud-est de la région limoneuse hennuyère.
Le centre en est la ville de Thuin. On considère généralement qu'elle englobe les communes d'Erquelinnes, Ham-sur-Heure-Nalinnes, Lobbes, Merbes-le-Château, Montigny-le-Tilleul et Thuin.. Elle est globalement délimitée par la vallée de l'Eau d'Heure à l'est et par l'extrémité occidentale du Condroz et la Fagne au sud.
Géographie La Thudinie forme un petit ensemble géographique cohérent du sud‑ouest de la Wallonie, structuré par la vallée moyenne de la Sambre et par les plateaux limoneux qui l’encadrent. Cette région, centrée sur Thuin, s’étend entre Charleroi et la frontière française et regroupe traditionnellement les communes d’Erquelinnes, Ham‑sur‑Heure‑Nalinnes, Lobbes, Merbes‑le‑Château, Montigny‑le‑Tilleul et Thuin. Elle appartient à la frange sud‑est de la région limoneuse hennuyère, dont elle partage les sols fertiles et les paysages ouverts, mais se distingue par un relief plus contrasté lié à l’encaissement de la Sambre. Celle‑ci décrit un couloir naturel orienté d’est en ouest, où elle a creusé des vallées profondes et dissymétriques, comme à Thuin où l’altitude varie de 103 mètres au niveau de l’abbaye d’Aulne à plus de 200 mètres sur le plateau de Gozée.
Les plateaux qui dominent la vallée présentent un paysage largement agricole, ponctué de villages installés sur les replats ou en bordure de versants. Les sols y sont majoritairement limoneux, favorables aux cultures, tandis que les versants plus abrupts conservent un couvert forestier important. La Sambre et son affluent la Biesmelle ont façonné non seulement le relief mais aussi l’implantation humaine : les abbayes de Lobbes et d’Aulne, établies sur des promontoires dominant la rivière, illustrent cette adaptation au terrain. vignette|L'Eau d'Heure à Jamioulx. La Thudinie occupe une position charnière entre plusieurs ensembles naturels. À l’est, la vallée de l’Eau d’Heure marque la transition vers les reliefs plus accidentés du sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse ; au sud, les premières ondulations du Condroz et de la Fagne introduisent des terrains plus calcaires et des paysages plus vallonnés. Vers le nord, les plateaux s’ouvrent progressivement vers la plaine hennuyère, plus uniforme et moins boisée. Cette situation explique la diversité géomorphologique de la région, où alternent zones humides liées aux cours d’eau, versants boisés et espaces agricoles ouverts.
La morphologie urbaine de Thuin reflète particulièrement cette géographie contrastée : la ville haute, perchée sur un éperon dominant la Sambre, se distingue par ses jardins en terrasses, tandis que la ville basse s’étend dans le fond de vallée. Les voies de communication suivent naturellement les vallées, renforçant le rôle de la Sambre comme axe structurant, tant pour la navigation que pour le développement ferroviaire et routier.
Liste des localités de la Thudinie
Histoire vignette|Pierre « Levée » en grés landenien, connue sous le nom de « Zeupîre » (mégalithe subsistant d'un dolmen). Une occupation préhistorique est attestée dans la région de Montigny‑le‑Tilleul grâce à plusieurs découvertes archéologiques. La « Pierre de Zeupire », un mégalithe en grès landénien situé sur la route de Beaumont, est considérée comme le vestige d’un ensemble de trois menhirs probablement érigés au av. n. è. selon des hypothèses récentes. Dans le hameau de Genly à Montigny-le-Tilleul, une grotte (aujourd'hui disparue) de la rive droite de la Sambre a livré des restes humains et animaux du Quaternaire, dont des ossements d’ours des cavernes, de rhinocéros, de loup, d’hyène, de cervidés et de proboscidiens’. Les fouilles ont également mis au jour des outils en silex racloirs, éclats, assommoirs témoignant d’une présence humaine très ancienne, confirmée par un fémur comparable à celui de l’Homme de Spy. Des objets de l’âge de la pierre ont aussi été trouvés dans le bois Goffin. La disparition de la faune locale est attribuée aux variations climatiques extrêmes du Quaternaire. Une tradition locale évoque enfin l’existence de deux menhirs à Genly, autour desquels auraient été célébrés des rites saisonniers liés au retour du printemps. gauche|vignette|Petite caverne sur le site du bois du Grand Bon Dieu à Thuin. L’occupation humaine du site de Thuin remonte à plusieurs millénaires, favorisée par une topographie offrant des positions naturelles défensives. Un plateau d’une quinzaine d’hectares, entaillé par la Biesmelle et le Ry de la Goulette, ainsi qu’un promontoire rocheux dominant le confluent de la Biesmelle et de la Sambre, constituaient un ensemble stratégique situé sur l’axe du sillon Sambre–Meuse. Entourés de cours d’eau, de zones humides et de terres fertiles riches en ressources, ces reliefs ont permis l’installation durable de communautés qui ont progressivement fait du lieu une place forte dont la fonction militaire s’est prolongée jusqu’à l’époque moderne. Le paysage actuel, resté largement préservé, conserve les marques de cette longue évolution du peuplement dans la structure même du terrain.
La commune de Thuin présente de nombreux indices d’occupation préhistorique et antique. Des fouilles réalisées lors l’aménagement de la nationale 59 ont livré des fossiles, dont des dents de rhinocéros à narines cloisonnées et de chevaux sauvages. Le bois du Grand Bon Dieu conserve les traces d’un ancien retranchement préhistoriqueBonenfant P.P & Huysecom E (1982) Retranchements préhistoriques‡ Thuin (Hainaut): campagne de fouilles 1981. Annales d'histoire de l'art et d'archéologie, 4, 103-113. réutilisé au Moyen Âge, parfois associé à un oppidum attribué aux Aduatuques. Sur le plateau dominant la Biesmelle, une nécropole gallo‑romaine d’environ soixante-dix sépultures, datée entre le IIᵉ et le , a révélé poteries funéraires et fibules, suggérant l’existence d’un petit vicus lié aux activités de batellerie au confluent de la Sambre et de la Biesmelle. La région correspondait au territoire des Nerviens, peuple celtique dont l’oppidum principal occupait plusieurs éperons dominant les vallées locales. Des vestiges de remparts en terre et en pieux, ainsi que des levées encore visibles au Bois du Grand Bon Dieu et à La Celle, témoignent d’un système défensif étendu couvrant plus de cent hectares. Dans les années 1980, la découverte d’un dépôt de statères en or et en électrum, datés du Ier siècle av. n. è., a renforcé l’hypothèse d’un centre nervien important dans la régionOp. cit.. Ce contexte est parfois rapproché de la bataille du Sabis, affrontement décrit par Jules César en 57 av. n. è., dont la localisation exacte demeure discutée. Après la conquête romaine, la capitale nervienne fut transférée à Bavay, et les voies romaines évitèrent ensuite systématiquement le secteur de Thuin. La vallée de la Haute‑Sambre a livré plusieurs établissements gallo‑romains, dont une vaste villa découverte en 2005 à Merbes‑le‑Château, comprenant un corps de logis important, des thermes et des annexes agricoles, ainsi que divers objets métalliques et une bourse de monnaiesCollections du musée de Mariemont. À Fontaine‑Valmont, des vestiges d’un complexe sacré avec thermes et temples, datés du début de l’époque romaine, ont été mis au jour en 1954. Au haut Moyen Âge, la région connaît une transition progressive entre structures antiques et médiévales. Déjà marquée par des implantations germaniques, elle voit se mêler populations gallo‑romaines et groupes venus du Rhin, donnant naissance à une culture mêlant traditions romaines, germaniques et chrétiennes. Ce contexte favorise l’essor de centres religieux tels que Lobbes, Aulne, La Celle ou Le Moustier, et l’apparition des premières paroisses et écoles, notamment celle fondée par l’abbé Anson vers 797 à Lobbes. Thuin, située entre Neustrie et Austrasie, acquiert une importance stratégique durable. Les moines de Lobbes y établissent une fortification-refuge, mentionnée dans le polyptyque de 868‑869 sous les noms Thudiniacum castrum ou Thudinium castellum. La forteresse résiste aux attaques normandes de 866 et 881, puis à celles des Huns en 955, épisode marqué par une résistance réputée héroïque des moines retranchés dans l’église supérieure.gauche|vignette|Gravure ancienne de l'abbaye de Lobbes.Au printemps 882, le prince‑évêque Francon, également abbé de Lobbes, trouve refuge dans la forteresse de Thuin lors des incursions normandes. La tradition savante associe à cet épisode la composition de la Cantilène de sainte Eulalie, souvent considérée comme le premier texte littéraire en langue française, ainsi que du Ludwigslied en allemand et d’un poème latin, œuvres longtemps attribuées à Saint‑Amand mais probablement rédigées à Thuin pour soutenir la résistance locale. Épargnées par les destructions, Thuin et Lobbes gagnent en influence : en 889, Francon obtient la seigneurie des deux localités, consolidant un noyau d’autorité lié au pouvoir liégeois. Vers 900, il fonde près du château un chapitre dédié à Sainte‑Marie et Saint‑Théodard, auquel son successeur Eracle ajoute une école. La vallée de la Sambre accueille dès le un ensemble remarquable de fondations monastiques : outre Lobbes, s’y établissent Maroilles, Hautmont, Maubeuge, Aulne initialement simple oratoire dépendant de Lobbes ainsi que Fosses-la-Ville, Moustier et Malonne. Ces établissements, touchés au par les raids normands, sont suivis de nombreuses autres fondations religieuses qui contribuent à un morcellement politique durable. À l’époque mérovingienne, la Haute‑Sambre appartient au pagus du Hainaut, tandis que l’aval de la rivière relève du pagus de Lomme, futur comté de Namur. Les évêques de Liège étendent progressivement leur influence en intégrant à leurs domaines Lobbes, Leernes et Aulne. Au , Thuin est impliquée dans les conflits européens. En 1654, les troupes espagnoles du prince de Condé assiègent la ville sans succès ; le Spantôle, ancienne pièce d’artillerie aujourd’hui emblématique, est traditionnellement associé à cet épisode bien que son origine soit antérieure. À Biercée, la guerre de la Ligue d’Augsbourg, déclenchée par la révocation de l’édit de Nantes, entraîne des dévastations liées aux affrontements entre les puissances coalisées contre Louis XIV. À la fin du , la révolution liégeoise atteint Thuin. Le , le Magistrat traditionnel est renversé au profit d’une municipalité révolutionnaire menée par Pierre Mengal et Constant Bataille, issus des quartiers populaires. Les mesures de contrôle du commerce des grains provoquent des tensions avec les ruraux, organisés autour du fermier Noël Losseau, dont la milice affronte les bandes urbaines et bombarde certains quartiers en 1790. Après dix‑huit mois de troubles, l’ancien Magistrat est rétabli en , jusqu’à l’invasion française de 1792. Le , les troupes françaises, accompagnées de patriotes thudiniens, incendient les abbayes de Lobbes et Aulne, détruisant archives et ouvrages anciens. La population est contrainte de porter la cocarde tricolore, les églises sont réquisitionnées, et les cloches du beffroi sont fondues pour l’artillerie.