Le festival international du cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute (surnommé en 1958 EXPRMNTL), créé en 1949 par Jacques Ledoux en Belgique, est, historiquement, le premier festival international consacré au cinéma expérimental ; il est d'abord une section du Festival mondial du film et des beaux-arts de Bruxelles avant d'acquérir son autonomie en 1958.

Suspendu en 1975[https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/cnyrrM Affiche du dernier festival arrêt le 2 janvier 1975., il fut le plus long dans sa durée, malgré des interruptions dues à la modestie de ses budgets et aux ambitions de l'entreprise. Ministres, mécènes, industriels et personnalités diverses l'ont parrainé, engendrant des tensions lors des éditions de 1963 et 1967, qui ont vu se propager la contre-culture.

EXPRMNTL a été le sismographe de son temps. Fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, son but premier fut de légitimer le cinéma expérimental en tant qu’art à part entière, en le confrontant aux professionnels du cinéma et des arts plastiques, et offrir ainsi une vitrine aux avant-gardes audiovisuelles. Les événements sociopolitiques des années 1960 marquent profondément les éditions 3 et 4 d’EXPRMNTL. Elles ont traduit ce vent de contestation sur le plan artistique. La dernière édition en 1974-1975, qui se déroule à une époque où le cinéma expérimental entre dans les musées, présente majoritairement une catégorie de films relevant plus ou moins du cinéma structurel, ce qui identifia le « genre » expérimental à cette école jusqu’à l’arrivée des nouveaux médias et du numérique qui en ont reformaté le profil.

Le festival a contribué à légitimer le cinéma expérimental, désormais enseigné à l’université. Il ne connaît que cinq éditions : 1949, 1958 (à Bruxelles), 1963, 1967 et en 1974, au cours desquelles toutes les déclinaisons du genre (dépassant parfois le cadre du cinéma) ont été proposées aux spectateurs : des œuvres relevant de la première avant-garde, du cinéma abstrait, du cinéma structurel, du happening de la performance, de l'art vidéo ou du Expanded Cinema : voir la définition donnée par Wikipédia en allemand qui décrit un genre artistique plutôt qu’un livre..

Aujourd'hui encore, des rétrospectives sont consacrées à ce festival belge pionnier..

Historique 1949 : Festival international du film expérimental et poétique Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, hommes politiques et médiateurs culturels estiment plus que jamais que le cinéma est un bon ambassadeur social et culturel. Après la Mostra de Venise, fondé en 1932, le Festival de Cannes est enfin créé en 1946. En , la Belgique organise, un peu sur le même modèle mais plus ouvert à des productions indépendantes, le Festival mondial du film et des beaux-arts qui se déroule à Bruxelles et dont l'affiche officielle est signée René Magrittehttps://wp.unil.ch/cinematheque-unil/projets/une-histoire-de-la-cinematheque-suisse/analyses/etude-sur-la-cinematheque-suisse-au-festival-de-knokke-le-zoute/ Rendez-vous à Knokke-le-Zoute, 1949, par Alessia Bottoni, Cinémathèque suisse.Le Monde, Paris, 10 juin 1947.. En dépit d'un beau premier succès, le festival est reporté l'année suivante, à l'été 1949, du fait d'un problème de subventionsCombat, Paris, 16 avril 1948, ..

La deuxième édition du Festival mondial du film et des beaux-arts a enfin lieu du au , non plus à Bruxelles, mais à Knokke-le-Zoute : André Thirifays, secrétaire général du festival — cofondateur, en 1938, avec Pierre Vermeylen et Henri Storck de la Cinémathèque de Belgique — a programmé une rétrospective consacrée au cinéma d’avant-garde et expérimental. L'inscription de ce festival au cours de l'année 1949 paraît idéale : il précède le premier Festival du film maudit (Biarritz, -), la Mostra (- sept.) et Cannes (2-). La section expérimentale du festival se trouve mêlée à d'autres sélections.. Le festival ne sera totalement dévolu à l'expérimental qu'à partir de 1958.

Cette vitrine belge offert à ce type de productions est perçue comme un événement, il faut remonter à 1929 et au Premier Congrès international du film indépendant de La Sarraz (Suisse) pour en trouver l'équivalent... Entre 1929 et 1949, de nouvelles générations de cinéastes indépendants sont apparues et rendent pertinente la tenue d'un tel événement international. C’est Jacques Ledoux, jeune conservateur de la Cinémathèque de Belgique, qui est chargé de la programmation de la manifestation, qui prend le nom de Festival international du cinéma expérimental.

Cette première année, la moitié des films présentés datent d’avant 1940 et sont hors-compétition, ils permettent aux spectateurs de se forger une solide culture dans ce domaine« Le Catalogue définit la section expérimentale comme la projection des essais les plus curieux ou les plus originaux tentés récemment dans le monde, dans le domaine des recherches de formes et d’expression. Des films d’avant-garde anciens seront projetés également. De fait, une bonne moitié des 170 films programmés ont été réalisés avant 1940 (et à ce titre ne concourent pas pour les prix). Jamais panorama aussi riche de l’histoire du cinéma expérimental n’avait été montré jusqu’alors ». — in: Patrick De Haas, Une encyclopédie des cinémas de Belgique, Yellow Now, Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1990, .. Selon André Thirifays, l’acteur Gérard Philipe serait resté dix jours pour découvrir, ébahi, ce cinéma.. Pour les années 1920 et 1930, l’Allemagne et la France dominent le panorama avec des films de Walter Ruttmann, Ernö Metzner, Oskar Fischinger, Hans Richter, Lotte Reiniger pour l’une, et Henri Chomette, Germaine Dulac, Luis Buñuel, Roger Livet, Alexandre Alexeïeff, pour l’autre.

La nouvelle école américaine, apparue en ces années 1940, figure, elle, en compétition : Maya Deren, , James Broughton, , les frères John Whitney, Sr. et ; sans compter des films canadiens, tchèques, danois, britanniques, italiens et suédois qui viennent complèter le panorama historique.

Le Grand Prix du film expérimental va à d’Oskar Fischinger (États-Unis, 1948), le grand prix du film poétique à Aubervilliers d’Éli Lotar (France, 1947). Sont également distingués l’Italien Luigi Veronesi, le Canadien Norman McLaren ou encore l’Américain Kenneth Anger.

1958 : EXPRMNTL à Bruxelles, deuxième édition du festival Neuf ans seront nécessaires pour qu’une deuxième édition de ce festival voie le jour. Les raisons en sont multiples. En 1949, la relève est encore embryonnaire. Personne ne sait si les nouvelles pratiques expérimentales qui éclosent vont se développer durablement dans le temps et dans le monde. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, les courants lettriste français et CoBra belge, ainsi que les cinéastes américains Maya Deren, Stan Brakhage ou Kenneth Anger commencent à faire parler d’eux. Dans les années 1950, le futur dramaturge allemand Peter Weiss, établi en Suède, réalise quelques films expérimentaux et publie un ouvrage, Cinémas d’avant-gardehttp://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr/clientBookline/service/reference.asp?INSTANCE=INCIPIO&OUTPUT=PORTAL&DOCID=0305075&DOCBASE=CGPP Traduction française de 1989., dans lequel il formalise l'un des premiers corpus historiques du genre, et fournit des informations sur la scène suédoise. Il prend part au festival avec le film Enligt lag, qu’il a coréalisé avec Hans Nordenström..

Cinéastes et écoles apparaissent qui donnent matière à la tenue d’un festival international, cette fois-ci entièrement dévolu à l'expérimental. Reste un problème à résoudre : celui du financement. Ledoux veut inviter les journalistes du monde entier afin d’obtenir une couverture de presse conséquente. Aidé d’André Thirifays et de Pierre Vermeylen (ministre de l’Intérieur à l’époque), Jacques Ledoux réalise, en toute indépendance, dans le cadre de l’Exposition universelle de Bruxelles, la deuxième édition de son festival. Sa définition change : selon le règlement de la compétition, C’est là que l’appellation Exprmntl voit le jour. Le mot expérimental perd ses voyelles afin d’être lu et compris dans le monde entier.

Des articles de presse sont écrits sur cette édition, mais la plupart s'avèrent négatifs. La France s’illustrant par — à l'exception notable de Jean Mitry —, comme le note François Thomas dans le post-scriptum (Quelles sources pour l'étude du court métrage français ?) de l'ouvrage qu'il a codirigé en 2005Le court métrage français de 1945 à 1968, de l'âge d'or aux contrebandiers, sous la direction de Dominique Bluher et François Thomas, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, . : . Pour exemple, il cite l'article de Claude de Givray, titré Bruxelles 58 : C'est l'expérience qui manque le plus au film expérimental (publié dans Arts , le ) et qui donne le ton. C'est, rappelle Thomas, ce que Dominique Noguez a appelé dès les années 1970, un . Et Thomas de conclure : . Cependant, remarquons que Kenneth Anger, qui a longuement séjourné en France dans les années 1950, et a été l’ami entre autres de Jean Cocteau, Henri Langlois ou Jean Boullet et dont les films plaisaient aux surréalistes, a été remarqué par la presse bien avant 1968http://calindex.eu/sommaire.php?revue=SCP&numero=2 Fireworks dans la revue Saint-Cinéma-des-Près, 1950, critique du film par Jean Boullet et déclarations d’intention Anger lui-même.http://www.revues-litteraires.com/articles.php?lng=fr&pg=1836 Description de la revuehttp://www.vodkaster.com/listes-de-films/les-films-preferes-de-la-redaction-de-st-cinema-des-pres-parution-3-numeros-1949-1950/1303659 Les films préférés de la rédaction de Saint-Cinéma-des-Près.http://calindex.eu/film.php?op=listfilm&nf=17799&min=0 Scorpio Rising souvent traité avant 1968..

L’industrie cinématographique belge est moins développée en termes de volumes de production que ses consœurs européennes, et privilégiant l'artisanat aux gros budgets, ses premiers grands cinéastes furent des expérimentateurs et/ou des documentaristes, tels les pionniers Charles Dekeukeleire et Henri Storck. Ce dernier, bien après la disparition du festival, lui rendra hommage : Une encyclopédie des cinémas de Belgique, 1990, entretien avec Henri Storck par Michel Amarger, ..

La deuxième édition n’est pas portée par une ligne générale très nette, un manifeste politico-esthétique, de fait, la neutralité — ou les compromis, nous sommes alors en pleine guerre froide — est de mise et l'ouverture totale, et de très nombreux pays sont en compétition. La France avec Albert Pierru, Roger Livet, Georges Franju, Henri Gruel, Jean-Daniel Pollet, Jean Mitry, Agnès Varda… Le Belge Marcel Broodthaers présente un film radicalhttp://www.cinergie.be/webzine/en_belgique_un_cinema_des_limites En Belgique : un cinéma des limites, dans le webzine Cinergie , août 2009, comment définir un cinéma expérimental belge et le rôle des diverses éditions d’EXPRMNTL.. Une importante sélection polonaise est présentée (d'où sortiront Roman Polanski et Walerian Borowczyk qui connaîtront une reconnaissance internationale) et une autre sélection venue d’Argentine. Le milieu américain, manquant encore d'organisation, présente, déjà, de nombreux cinéastes qui forme le gros des troupes de l’avant-garde newyorkaise : Ian Hugo, Marie Menken, Robert Breer, Kenneth Anger ou Stan Brakhage.

Dom de Walerian Borowczyk et Jan Lenica reçoit le Grand Prix, le deuxième prix va au pionnier Len Lye pour Free Radicals. Polanski, mais aussi l’Argentin , obtiennent également des prix. Stan Brakhage est gratifié du Prix du jury pour l’ensemble des films qu’il présente. C’est lors de ce festival que Brakhage rencontre Peter Kubelka, comme en témoigne une photographie au pied de l’Atomium, bière en main, de deux des futurs fondateurs (avec Jonas Mekas) de l’Anthology Film Archives, qui avaient, chacun, des films en compétitionAnecdote racontée par les deux intéressés dans le documentaire Free Radicals, une histoire du cinéma expérimental, de Pip Chodorov.

1963 : EXPRMNTL 3