L’élection présidentielle italienne de 2013 est un scrutin au suffrage indirect visant à élire le président de la République pour un mandat de sept ans. Elle se tient les 18, 19 et , au palais Montecitorio, à Rome, le plénum du collège électoral étant présidé par Laura Boldrini, présidente de la Chambre des députés.

À l'instar du précédent scrutin présidentiel, elle est convoquée quelques mois après des élections générales, dont découle une crise politique causée par l'absence d'une majorité parlementaire pouvant investir un gouvernement. À ce contexte d'instabilité s'ajoute un affrontement entre les partis qui cherchent à faire élire leur propre candidat, dont le Mouvement 5 étoiles, troisième force politique du pays, qui soutient pour ce scrutin la candidature du juriste Stefano Rodotà.

À cause de l'impasse constatée après cinq tours infructueux, marqués par l'échec des candidatures successives de Franco Marini et de Romano Prodi, le président sortant Giorgio Napolitano finit par consentir à solliciter un second mandat par , en dépit de son âge avancé et de son intention initiale de quitter le Quirinal au terme de son septennat commencé en 2006. À l'issue du sixième tour de scrutin, il est largement réélu en recueillant , ce qui constitue un cas inédit depuis l'instauration de la République italienne. Contexte Le président de la République italienne, chef d'État d'un régime parlementaire, assume un rôle essentiellement honorifique« Le président de la République italienne, un pouvoir neutre dans l’échiquier politique », Le Petit Journal, , bien qu'il soit considéré, par la Constitution italienne, comme étant le garant des institutions et de l'unité nationale.

Enjeux Peu avant le scrutin ont eu lieu les élections générales anticipées des 24 et 25 février 2013. Celles-ci n'ont pas permis de dégager de majorité claire au Parlement, puisque la coalition de centre gauche Italie. Bien commun ne détient la majorité absolue qu'à la Chambre des députés, tandis que le Sénat de la République est divisé entre cette alliance, la coalition de centre droit de Silvio Berlusconi et le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo.

Le nouveau chef de l'État prendra donc ses fonctions dans un climat politique complexe, avec le choix de chercher à constituer une majorité, nommer un gouvernement d'experts qui réalisera les réformes institutionnelles et économiques que proposeront les « comités des sages » mis en place par le président Napolitano pour sortir de la crise, ou encore convoquer des législatives anticipées.

Présidentiables De nombreux noms sont évoqués pour la succession du président Napolitano.

Si Silvio Berlusconi s'est dit favorable à la candidature de son bras droit et ancien secrétaire d'État à la présidence du Conseil des ministres, Gianni Letta, le centre-gauche pourrait officiellement soutenir la candidature d'un ancien président du Conseil, tels que Massimo D'Alema, Giuliano Amato ou Romano Prodi.

En outre, les noms de trois femmes ont été cités pour la présidence de la République : celui de l'ancienne ministre du Commerce international et vice-présidente du Sénat, Emma Bonino, celui de l'ancienne ministre de l'Égalité des chances, Anna Finocchiaro, et enfin celui de la ministre de l'Intérieur du gouvernement Monti, Annamaria Cancellieri« Italie: une vague féminine attendue aux élections législatives », Le Point, . C'est la première fois depuis l'élection de 1992 et la candidature ratée de Nilde Iotti, que des noms de candidates sérieuses sont ainsi évoqués.

Le Mouvement 5 étoiles, après le renoncement de Milena Gabanelli comme de Gino Strada, déclare soutenir finalement la candidature de Stefano Rodotà, un constitutionnaliste et ancien vice-président de la Chambre des députés, après un vote en ligne. Le , le Parti démocrate (PD) propose le nom de l'ancien président du Sénat, Franco Marini ; celui-ci est également soutenu par Le Peuple de la liberté (PDL) et le Choix civique pour l'Italie (SC), après avoir avancé les noms de l'ancien président du Conseil Giuliano Amato et de l'ancien ministre Sergio Mattarella.

Toutefois, le , après l'échec de Marini, le PD investit, à l'unanimité, Romano Prodi, perdant alors le soutien du PDL et du SC. Élection Procédure vignette|L'hémicycle du palais Montecitorio, où se réunissent les grands électeurs. Le président de la République (Presidente della Repubblica) est élu au suffrage universel indirect par la séance commune du Parlement, à laquelle participent également cinquante-huit délégués régionaux, trois par Régions, sauf pour le Val d'Aoste qui n'en a qu'un. Du fait de la présence de quatre sénateurs à vie, le collège comprend à cette occasion .

Le plénum est présidé par le président de la Chambre des députés et se tient au siège de la chambre basse, le palais Montecitorio à Rome. Pour ce scrutin, la présidence sera, en conséquence, assumée par Laura Boldrini, seconde femme après Nilde Iotti, en 1985, étant chargée d'une telle responsabilité.

L'élection est acquise à la majorité des deux tiers de l'assemblée aux trois premiers tours, à la majorité absolue par la suite. Il faudra donc réunir , ou 504 suffrages au-delà de trois tours.

Composition du collège électoral + Présidente : Laura BoldriniFonctionsNombre Députés 630 Sénateurs 319 Délégués 58 Total Majorité des 2/3 672 Majorité absolue 504

Résultats 18 avril 2013 de scrutin NomVoixFranco Marini521Stefano Rodotà240Sergio Chiamparino41Romano Prodi14Emma Bonino13Massimo D'Alema12Giorgio Napolitano10Anna Finocchiaro7Annamaria Cancellieri2Mario Monti2 Autres candidats18Bulletins blancs104Bulletins nuls15Total999Abstentions8Inscrits

Lors de ce premier tour de scrutin, au vote secret, aucun candidat n'a rassemblé sur son nom la majorité des deux-tiers des suffrages. En conséquence, un second tour est convoqué par Laura Boldrini.

tour de scrutin NomVoixStefano Rodotà230Sergio Chiamparino90Massimo D'Alema38Franco Marini15Alessandra Mussolini15Emma Bonino13Sergio Di Caprio8Cosimo Sibilia7Rosy Bindi6Paola Severino5Silvio Berlusconi4Pier Luigi Bersani4Anna Finocchiaro4Giorgio Napolitano4Ricardo Merlo3Pier Luigi Castagnetti2Michele Cucuzza2Arnaldo Forlani2Pietro Grasso2Grazia Maniscalco2Antonio Palmieri2Claudio Sabelli Fioretti2Daniela Santanchè2Santo Versace2 Autres candidats41Bulletins blancs418Bulletins nuls14Total948Abstentions59Inscrits

Lors de ce deuxième tour de scrutin, au vote secret, aucun candidat n'a rassemblé sur son nom la majorité des deux-tiers des suffrages. En conséquence, un troisième tour est convoqué le lendemain par Laura Boldrini.

19 avril 2013 de scrutin NomVoixStefano Rodotà250Massimo D'Alema34Romano Prodi22Giorgio Napolitano12Annamaria Cancellieri9Claudio Sabelli Fioretti8Sergio Di Caprio7Franco Marini6Alessandra Mussolini5Antonio Palmieri5Emma Bonino4Sergio Chiamparino4Ricardo Merlo4Ilaria Borletti Buitoni3Gianroberto Casaleggio3Fabrizio Cicchitto3Gherardo Colombo2Ermanno Leo2Pier Luigi Castagnetti2Roberto Di Giovan Paolo2Antonio Martino2Nicolò Pollari2 Autres candidats44Bulletins blancs465Bulletins nuls47Total948Abstentions59Inscrits

Lors de ce troisième tour de scrutin, aucun candidat n'a rassemblé sur son nom la majorité des deux tiers des membres du collège. En conséquence, un quatrième tour est convoqué par Laura Boldrini. Ce troisième tour est le dernier nécessitant la majorité des deux tiers.

de scrutin NomVoixRomano Prodi395Stefano Rodotà213Annamaria Cancellieri78Massimo D'Alema15Franco Marini3Giorgio Napolitano2 Autres candidats7Bulletins blancs15Bulletins nuls4Total732Abstentions275Inscrits

Lors de ce quatrième tour de scrutin, au vote secret, aucun candidat n'a rassemblé sur son nom la majorité absolue des grands électeurs. En conséquence, un cinquième tour est convoqué le lendemain par Laura Boldrini.

20 avril 2013 de scrutin NomVoixStefano Rodotà210Giorgio Napolitano20Rosario Monteleone15Emma Bonino9Claudio Zin4Annamaria Cancellieri3Massimo D'Alema2Franco Marini2 Autres candidats14Bulletins blancs445Bulletins nuls17Total732Abstentions275Inscrits

Lors de ce cinquième tour de scrutin, au vote secret, aucun candidat n'a rassemblé sur son nom la majorité absolue des grands électeurs. En conséquence, un sixième tour est convoqué par Laura Boldrini.

de scrutin

NomVoixGiorgio Napolitano738Stefano Rodotà217Sergio Di Caprio8Massimo D'Alema4Romano Prodi2 Autres candidats6Bulletins blancs10Bulletins nuls12Total997Abstentions10Inscrits Analyse Dans ce contexte de crise politique, aggravé par un Parlement sans majorité, quatre formations parlementaires, le Parti démocrate de Pier Luigi Bersani, le Peuple de la liberté (PdL) de Silvio Berlusconi, la Ligue du Nord (LN) de Roberto Maroni et le Choix civique pour l'Italie (SC) de Mario Monti, demandent au président de la République sortant, Giorgio Napolitano, de se porter candidat pour un second mandat présidentiel. Celui-ci s'y était jusqu'à présent refusé, évoquant son grand âge — — et la tradition instaurée, puis respectée par l'ensemble de ses prédécesseurs, de ne jamais se présenter à leur réélection. Évoquant « sa responsabilité devant la Nation », il accepte finalement de présenter sa candidature, et est réélu au sixième tour de scrutin par sur les 997 grands électeurs ayant pris part au vote, soit près de 75 % des suffrages exprimés.

Giorgio Napolitano ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés, soit plus de , il est proclamé président de la République par la présidente de la chambre, Laura Boldrini. Cette réélection constitue un cas inédit depuis l'instauration de la République italienne « Italie : Giorgio Napolitano accepte de se représenter », Le Point, .

Le scrutin présidentiel est considéré comme un revers pour le centre-gauche italien, et, plus particulièrement, pour son meneur, Pier Luigi Bersani, qui n'a guère su imposer ses candidats : l'ancien président du Sénat de la République Franco Marini, puis l'ancien président du Conseil, Romano Prodi. Ce dernier, qui bénéficiait de l'image de marque que lui avait offert son passage à la présidence de la Commission européenne, avait pourtant été plébiscité par les parlementaires du Parti démocrate (PD) lors de sa désignation. Son cuisant échec lors du quatrième tour, au cours duquel lui manquent de son propre camp pour pouvoir se faire élire au palais du Quirinal, est sévèrement jugé par la presse italienne, qui évoque la faute de « francs-tireurs », et le « suicide collectif » commis par certaines figures du centre-gauche, dont le jeune maire de Florence et candidat vaincu par Bersani lors de la Primaire démocrate de , Matteo Renzi. Ce dernier s'était successivement prononcé contre la candidature de Marini, « un homme du siècle passé, sans charisme et sans carrure internationale », avant de proclamer « la fin de la candidature Prodi », qu'il avait pourtant porté.

Suites Cette réélection historique entraîne une crise inédite au sein du Parti démocrate qui voit son chef, Pier Luigi Bersani, renoncer à son poste. Après avoir été investi pour un deuxième mandat dont il prévient qu'il sera transitoire, le président Napolitano charge le vice-secrétaire de ce parti, Enrico Letta de former un exécutif de large entente avec le centre droit pour mener des réformes institutionnelles.

Références

Annexes

Articles connexes Constitution de l'Italie Liste des présidents de la République italienne Politique en Italie

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