Le Kalevala est une épopée composée au par Elias Lönnrot, folkloriste et médecin, sur la base de poésies populaires de la mythologie finnoise transmises oralement. Il est considéré comme l'épopée nationale finlandaise et compte parmi les plus importantes œuvres en langue finnoise. Une première version, publiée en 1835, fut suivie en 1849 d'une édition considérablement augmentée qui comprend environ .
Le Kalevala est une sorte de compilation, obtenu par l'assemblage de poèmes populaires authentiques recueillis entre 1834 et 1847 dans les campagnes finlandaises, notamment en Carélie. Ce poème représente la pierre angulaire de l'identité nationale finlandaise. Cette épopée a influencé bon nombre d'artistes finlandais et, à travers ses traductions en , est mondialement connue.
Du fait de leur origine commune, une partie de la mythologie finnoise est commune avec celle de l'Estonie. Le Kalevala comporte donc des caractéristiques similaires à celles du Kalevipoeg, épopée nationale estonienne, et a inspiré la création de cette dernière en 1861.
Contenu du Kalevala
Vue d'ensemble de l'œuvre
Le Kalevala (ce qui signifie Pays de Kaleva, l'accent se portant sur la première syllabe) est un kaléidoscope de récits allant des mythes, des légendes, à d'autres plus héroïques, épiques ou lyriques, et qui sont pour une part indépendants les uns des autres.
Le personnage principal est le barde Väinämöinen, magicien qui joue du kantele, l'instrument à cordes finlandais. Il est le fils d'Ilmatar, la déesse de l'Air et la mère de l'Eau. Le Kalevala commence avec un récit de création, où le ciel, la Terre, le Soleil et la Lune naissent d'œufs de canard qui sont déposés sur le genou d'Ilmatar. Väinämöinen apparaît dès le premier chant.
D'autres personnages importants dans l'épopée sont le forgeron Ilmarinen et le guerrier Lemminkäinen. Ilmarinen a fabriqué le sampo, un objet merveilleux, un moulin, pour Louhi, la maîtresse du pays ennemi de Pohjola (le pays du nord), qui en échange a promis sa fille. Peu après, le sampo est enlevé de Pohjola par les héros de Kalevala et se casse durant cet épisode. Le sampo apporte prospérité et bien-être, même après avoir été brisé. La bataille pour cet objet est un fil rouge de l'épopée.
Six chants sont consacrés aux aventures du héros tragique Kullervo, l'esclave vengeur qui viole sa sœur (sans la reconnaître) et finit par se jeter sur sa propre épée. Cet épisode isolé de Kullervo ne faisait pas partie de la version du Kalevala de 1835.
À côté des récits de héros, le Kalevala contient des passages non narratifs, tels que des lignes de conduite pour maris et femmes, et des articles sur le brassage de la bière et le travail du fer.
Contenu chant par chant Avant le chant 1 : Prologue
Le conteur annonce que les vers ancestraux « lui sortent de la bouche », invite son camarade à chanter avec lui, et termine en disant : Que l'on nous serve donc du bon pain de seigle et de la bonne bière d'orge, mais même si on ne nous sert ni bière ni miel mais seulement de l'eau, je chanterai tout de même, pour égayer la soirée, pour glorifier la journée, pour amuser la nuitée et pour saluer la matinée.
Première série sur Väinämöinen
Des chants 1 à 2 : le Kalevala commence par les paroles du poète à propos de la création du monde, dans lesquelles est décrit comment le monde est né de l'œuf d'une cane, après qu'Ilmatar l'a brisé. On y apprend aussi qu'Ilmatar enfante Väinämöinen.
Des chants 3 à 5 : pour sauver sa vie après une joute orale perdue, Joukahainen promet à Väinämöinen de lui donner sa sœur Aino pour femme. Cependant Aino fuit les avances du vieil homme et se noie.
Des chants 6 à 10 : Väinämöinen voyage en Pohjola, avec l'intention de courtiser l'une des filles de Louhi, souveraine des terres du Nord. Entretemps, par vengeance, Joukahainen tue le cheval de Väinämöinen qui tombe à la mer. Là un aigle le rattrape et le porte jusqu'en Pohjola. Pour pouvoir rentrer chez lui, Väinämöinen promet à Louhi qu'Ilmarinen (le Forgeron) lui forgera le Sampo. En récompense, on lui promet la main d'une des filles de Pohjola. Après son retour, Väinämöinen invoque Ilmarinen, qui forge en Pohjola le Sampo. Mais il ne reçoit pas en échange la jeune fille promise.
Première série sur Lemminkäinen
Des chants 11 à 15 : Lemminkäinen enlève Kyllikki, sa fiancée, de son île Saari. Il la quitte et voyage en Pohjola, où il demande la main d'une des filles de Louhi en échange de trois tâches. Après avoir tué l'élan de Hiisi (une figure maléfique du Kalevala), et avoir capturé l'étalon de celui-ci, il doit abattre le cygne du fleuve du royaume des morts, le Tuonela. Au bord du fleuve, il rencontre un berger qui le tue, et jette sa dépouille en morceaux dans les eaux. La mère de Lemminkäinen apprend la mort de son fils, repêche les parties de son corps à l'aide d'un râteau, et le ramène à la vie.
Deuxième série sur Väinämöinen
Des chants 16 à 25 : Väinämöinen commence la construction d'un navire, pour se rendre jusqu'en Pohjola. Il lui faut pour cette tâche obtenir des formules magiques, qu'il part en vain chercher en Tuonela le pays des morts. Il découvre finalement ces formules dans le ventre d'un géant mort : le magicien Antero Vipunen. Ilmarinen est mis au courant par sa sœur Annikki des plans de Väinämöinen, et part également pour Pohjola. La vierge de Pohjola choisit Ilmarinen, qui réalise les trois prouesses surnaturelles qui lui sont fixées : il laboure un champ grouillant de serpents, capture les ours de Tuoni, le loup de Manala, et le plus gros brochet du fleuve de Tuonela. Enfin Ilmarinen épouse la vierge de Pohjola.
Deuxième série sur Lemminkäinen
Des chants 26 à 30 : Lemminkäinen est contrarié, car il n'a pas été invité au mariage. Il part pour Pohjola, dont il tue le seigneur. Il doit donc fuir et se cacher sur une île, où il s'amuse en compagnie des femmes, jusqu'à ce que les maris jaloux le chassent. Il retrouve sa maison incendiée, et repart pour Pohjola afin de se venger. Mais il doit renoncer.
Série sur Kullervo
Des chants 31 à 36 : Untamo vainc son frère Kalervo après une dispute et massacre toute sa famille, hormis sa femme enceinte qui enfante Kullervo. Untamo vend Kullervo comme esclave à Ilmarinen. La femme d'Ilmarinen le fait travailler comme berger, et le traite mal. Elle lui envoie ainsi un pain contenant une pierre sur laquelle Kullervo brise son couteau. Pour se venger, Kullervo perd le troupeau de vaches dans un marais. Il ramène à sa place un troupeau de bêtes sauvages et de prédateurs, qui tuent la femme d'Ilmarinen. Kullervo s'enfuit de la maison d'Ilmarinen et retrouve ses parents qu'on croyait morts, mais ne les reconnait pas. Il séduit sans le savoir sa sœur. Lorsque celle-ci l'apprend, elle se jette dans les rapides d'une rivière. Kullervo part vivre dans la maison d'Untamo et cherche à prendre sa revanche. Il y tue tout le monde et rentre chez lui, où tous sont morts. Il se donne alors la mort.
Série sur Ilmarinen
Des chants 37 à 38 : Ilmarinen pleure la mort de sa femme, et se forge une nouvelle épouse en or. Mais celle-ci reste froide et Ilmarinen la rejette. Sur ce, il se met à courtiser, en vain, la plus jeune fille de Pohjola. Il l'enlève. Mais cette dernière le trompe et Ilmarinen la change en mouette. Après son retour chez lui, il raconte à Väinämöinen la prospérité que le Sampo accorde aux Hommes de Pohjola.
Troisième série sur Väinämöinen
Des chants 39 à 43 : Väinämöinen, Ilmarinen et Lemminkäinen voyagent en Pohjola, dans le but de voler le Sampo. Au cours du voyage, Väinämöinen tue un énorme brochet et fait de sa mâchoire un kantele (instrument de musique traditionnelle). Le son de cet instrument endort les habitants de Pohjola : Väinämöinen et ses compagnons fuient en emportant le Sampo. Une fois réveillé, Louhi se change en un aigle gigantesque et se lance avec son armée à la poursuite des voleurs. Le kantele est perdu dans les flots et le Sampo est brisé durant le combat : une partie sombre au fond des mers, l'autre est rejetée sur les rivages, apportant la prospérité à la Finlande.
Des chants 44 à 49 : Louhi envoie maladies et fléaux ravager Kalevala. Elle cache les étoiles et dérobe le feu, que Väinämöinen et Ilmarinen parviennent à récupérer.
Série sur Marjatta
Chant 50 : dans ce chant, qui fait écho au Nouveau Testament, il est décrit comment la vierge Marjatta (identifiée à la Vierge Marie des religions abrahamiques) est fécondée par une airelle (une plante). Väinämöinen condamne cet enfant sans père à mort, mais il lui échappe. L'enfant est couronné roi de Carélie. Väinämöinen part en voyage avec son bateau.
Épilogue
L'épopée s'achève sur les paroles du poète :
La forme du Kalevala : langue et style
Jean-Louis Perret a donné dans la préface de sa traduction du Kalevala parue en 1931 et rééditée en 1978 et 2009 de pertinentes explications sur la manière dont Elias Lönnrot a récolté et mis en forme les très nombreux fragments divers et disparates de chants que lui récitaient les bardes caréliens, sur la composition, la langue, le style et la métrique de cette épopée finnoise. Perret y explique comment il a adapté le vers kalévalien en vers octosyllabiques français. (Juliette Monnin-Hornung, Le Kalevala : ses héros, ses mythes et sa magie, Genève, 2013).
Le Kalevala est composé de cinquante chants (le mot finnois, , est souvent traduit par rune, mais ne correspond pas directement aux signes [runiques] du vieux germanique). Ces chants sont formés par des vers blancs (c'est-à-dire sans rimes, avec un nombre de syllabes variables et une segmentation de l'énoncé libre), un ensemble de qui sont rédigés en un « rythme Kalevala » caractéristique et simple : chaque vers est composé de quatre trochées et est suivi par un deuxième vers, qui paraphrase le premier en ce qui concerne le contenu, en le nuançant ou le renforçant par un effet d'insistance.
Il peut ne pas y avoir de rime finale dans le Kalevala, la rime du début ou l'allitération est utilisée fréquemment. Le finnois s'y prête merveilleusement, car cette langue a seulement un nombre limité de consonnes (entre 11 et 13 selon les méthodes de comptabilisation) avec lesquelles un mot peut commencer.
Métrique des vers
Le mètre utilisé dans le Kalevala se retrouve très couramment en finnois, de la poésie populaire aux dictions entre autres, et il est aujourd'hui la plupart du temps désigné sous le nom de vers kalévaléens. On retrouve cette métrique chez les Estoniens et chez la majorité des peuples de langue fennique. On considère qu'il a plus de . Depuis la publication du Kalevala, le mètre kalévaléen occupe une véritable place dans la poésie finlandaise.
Le mètre kalévaléen se différencie à divers égard de la métrique des langues indo-européennes. Il s'agit en fait d'une structure simple et régulière : un genre tétramètre à quatre trochées. Chaque trochée est constitué d'une syllabe accentuée (ou longue) et d'une autre non accentuée (ou brève) : chaque vers comprend donc huit syllabes. Les règles de base de la versification kalévaléenne sont les suivantes : la première syllabe d'un mot doit être longue, si elle se trouve en position accentuée (selon le schéma de versification). En guise d'exemple, on a mis en gras dans ce vers les syllabes longues : Vaka | vanha | Väinä|möinen ; en position non accentuée, la première syllabe d'un mot doit être courte. tietä|jä i|än i|kuinen.
Quatre autres règles existent en complément : le premier trochée (ou pied) du vers peut être de longueur variable. Il peut ainsi être constitué de trois voire rarement de quatre syllabes (c'est le cas pour environ 3 % des vers du Kalevala) ; un mot monosyllabique ne peut pas se trouver en fin de vers ; un mot de quatre syllabes ne peut se trouver au milieu d'un vers (c'est-à-dire à cheval sur les deuxième et troisième trochées). Cette règle ne s'applique pas aux mots composés ; la dernière syllabe d'un vers ne doit pas contenir une voyelle longue.