L’amharique (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ; autonyme ) est une langue sémitique, historiquement apparentée aux langues sudarabiques anciennes.
En raison de la politique linguistique avant la chute du Derg, la langue est parlée en Éthiopie par une majorité de la population, soit comme langue maternelle , soit comme langue seconde ou véhiculaire.
Depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1994, l'amharique a perdu son statut de langue officielle unique, l'article 5-1 affirmant la reconnaissance par l'État du même statut pour toutes les langues éthiopiennesConstitution éthiopienne sur le site du Conseil de la Fédération (version anglaise) ; toutefois, l'article 5-2 accorde à l'amharique le statut de langue de travail du gouvernement fédéral.
En dehors de l'Éthiopie, l'amharique est parlé par environ 2,7 millions de personnes vivant en Égypte, en Israël, à Djibouti, au Yémen, au Soudan, aux États-Unis, ainsi qu'en Érythrée par une partie de la population ayant connu la période antérieure à l'indépendance en .
L'amharique s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire éthiopien.
Transcription vignette|Langue amharique (écriture de la langue Ge'ez) Il n'existe pas de romanisation standard de l'amharique, la graphie employée varie sensiblement selon les ouvrages et les langues. Il en existe cependant une transcription scientifique qui permet de rendre les caractères ge'ez Elle est utilisée, par exemple, dans le dictionnaire de Wolf Leslau, Concise amharic dictionary, Otto Harrassowitz, Wiesbaden, 1976. de façon univoque. Elle exige des caractères spéciaux rarement disponibles sur les systèmes informatiques courants. On la rencontre donc peu en dehors des ouvrages de linguistique.
Écriture
Différences avec l'alphasyllabaire éthiopien original L'amharique s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire amharique, dérivé de l'alphasyllabaire éthiopienWolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, . Plusieurs lettres ont été ajoutées aux 26 de base : sept consonnes dont six palatales : ሸ (šä), ቸ (čä), ኘ (ñä), ዠ (žä), ጀ (ǧä), ጨ (č'ä) et le ኸ (hä). Les six consonnes palatales correspondant à des dentales, c'est un élément bien visible dans la graphie. Les six nouvelles consonnes ont aussi été insérées dans l'alphabet après les dentales.
DentalesሰተነዘደጠPalatalesሸቸኘዠጀጨ
le ኧ (ä) le ቨ (vä), utilisé pour les emprunts : ቪዛ (viza, visa) un certain nombre de labio-vélaires.
Outre les ajouts, l'alphasyllabaire amharique se distingue par la prononciation identique de quelques lettres différentes : ሰ et ሠ : sä ሀ, ሐ, ኀ et ኸ : consonne fricative glottale sourde አ et ዐ : a ጸ et ፀ : s'ä
Historiquement, ces sons ont été distinctsWolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 2. Ainsi, አ (ʾ) et ዐ (ʿ) sont à l'origine un coup de glotte et une pharyngale fricative sonore. Ces consonnes sont devenues des « porteurs de voyelles ».
Lecture Tout comme l'alphasyllabaire éthiopien, l'amharique se lit de gauche à droite. Les caractères sont séparés et n'ont pas de forme initiale, médiane, finale ou cursive, ou de différenciation majuscule - minusculeMarcel Cohen, Traité de langue amharique (Abyssinie), Institut d'ethnologie, Paris, 1995 ( éd.), p. 24. Chaque caractère se présente sous sept formes, appelées « ordres », correspondant à la voyelle. Les ordres portent tous un nom en ge'ez, indiqué entre parenthèsesWolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 31 :
ä (ግዕዝ, gəʼəz, « premier ») u (ካዕብ, kaʼəb, « deuxième ») i (ሣልስ, saləs, « troisième ») a (ራብዕ, rabə(ʾ), « quatrième ») e (ኃምስ, haməs, « cinquième ») ə (ሳድስ, sadəs, « sixième ») o (ሳብዕ, sabe(ʾ), « septième »)
La lecture ne présente en général pas de difficultés ; par exemple, le troisième caractère de la première ligne se lit « hi ». Néanmoins, certains éléments sont sujets de réflexions. L'alphasyllabaire amharique n'indique pas les géminations, ce qui peut prêter à confusion ; አለ peut se lire alä, « il a dit » ou allä, « il y a »Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 3. Seul le contexte permet un choix. Dans la retranscription, la gémination est indiquée par un redoublement de la consonne. Un deuxième problème se rapporte au sixième ordre ə, qui peut être la consonne suivie de la voyelle ou la consonne uniquement. La connaissance du terme et de sa prononciation se révèle indispensable. Le mot ደንበር, « frontière » pourrait se lire dänəbär, mais la lecture correcte est dänbär, la consonne n étant prononcée sans la voyelle. Le sixième ordre n'est presque jamais prononcé à la fin du mot. On dira, pour le mot ስንት, « combien », sənt et non səntə. Une des rares situations où ce sixième ordre est prononcé est la récitation de la poésie. Enfin, les lettres suivantes sont lues avec un a au premier ordre et non un ä : ሀ (ha), ሐ (ha), ኀ (ha), አ (a) et ዐ (a).
Orthographe L'orthographe est également peu compliquée, encore en raison de la nature de l'alphasyllabaire. Un questionnement existe autour du choix dans les lettres prononcées de manière identique. Celles-ci portent d'ailleurs des noms spécifiques pour bien les distinguer. La lettre est nommée en référence à un mot dans lequel on l'emploie. Ainsi, on parle du ንጉሡ ፡ ሠ, nəgusu sä, ce qui signifie « le sä de nəgus », c'est-à-dire celui employé pour écrire le mot « nəgus ». les deux sä : ሰ : እሳቱ ፡ ሰ, əsatu sä. On utilise cette lettre pour écrire le mot እሳት, əsāt en ge'ez et əsat, en amharique : « feu ». ሠ : ንጉሡ ፡ ሠ, nəgusu sä, utilisée pour le mot ንጉሥ, nəgus, « roi » en ge'ez et en amharique. les trois h, lus avec une voyelle a au premier ordre, strictement identique au quatrième : ሀ : ሃሌታው ፡ ሀ, halletaw ha. ሃሌታ, hālletā signifie « chanter alléluia » en ge'ez. ሐ : ሐመሩ ፡ ሐ, hameru ha. ሐመር, ḥamar, « bateau » en ge'ez. ኀ : ብዙኀኑ ፡ ኀ, bəzuhanu ha. ብዙኃን, bəzuḫān, « beaucoup » en ge'ez. les deux a, lus a aux premier et quatrième ordres: አ : አሌፉ ፡ አ, alefu a. ዐ : ዐይኑ ፡ ዐ, ayinu a. les deux s'ä : ጸ : ጸሎቱ ፡ ጸ, sʼälotu sʼä. ጸሎት, sʼalot, en ge'ez et sʼälot, en amharique : « prière ». ፀ : ፀሐዩ ፡ ፀ, sʼähayu sʼä. ፀሐይ, sʼaḥay, en ge'ez et sʼähay, en amharique : « soleil ».
Le choix d'un caractère ne modifie en rien la prononciation. Toutefois, la décision d'écrire avec une lettre au lieu qu'une autre renvoie généralement à l'étymologie ge'ezWolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 4, défendue par les traditionalistes. Un exemple est celui du mot ንጉሥ, nəgus, qui s'écrit avec le sä ሠ et non ሰ. Pour ce terme, l'écriture d'origine est généralement respectée et connue, ce qui n'est pas toujours le cas. Il y a des débats entre traditionalistes sur les étymologies afin de justifier le choix d'un caractère.
+ Alphasyllabaire amhariqueä*uiaeəoʷäʷiʷaʷeʷəhሀ*ሁሂሃሄህሆlለሉሊላሌልሎሏhሐ*ሑሒሓሔሕሖሗmመሙሚማሜምሞሟsሠሡሢሣሤሥሦሧrረሩሪራሬርሮሯsሰሱሲሳሴስሶሷšሸሹሺሻሼሽሾሿqቀቁቂቃቄቅቆቈቊቋቌቍbበቡቢባቤብቦቧvቨቩቪቫቬቭቮቯtተቱቲታቴትቶቷčቸቹቺቻቼችቾቿhኀ*ኁኂኃኄኅኆኈኊኋኌኍnነኑኒናኔንኖኗñኘኙኚኛኜኝኞኟʾአ*ኡኢኣኤእኦኧkከኩኪካኬክኮኰኲኳኴኵhኸኹኺኻኼኽኾwወዉዊዋዌውዎʾዐ*ዑዒዓዔዕዖzዘዙዚዛዜዝዞዟžዠዡዢዣዤዥዦዧyየዩዪያዬይዮdደዱዲዳዴድዶዷǧጀጁጂጃጄጅጆጇgገጉጊጋጌግጎጐጒጓጔጕtጠጡጢጣጤጥጦጧčጨጩጪጫጬጭጮጯpጰጱጲጳጴጵጶጷsጸጹጺጻጼጽጾጿsፀፁፂፃፄፅፆfፈፉፊፋፌፍፎፏpፐፑፒፓፔፕፖፗ
Au premier ordre, les lettres ሀ, ሐ, ኀ, አ et ዐ sont lues avec une voyelle a identique au quatrième ordre.
Phonologie Consonnes Les consonnes éjectives correspondent aux consonnes emphatiques du proto-sémitique. Elles sont transcrites avec un point suscrit.
Dans les tableaux ci-dessous, les symboles qui ne font pas partie de l'Alphabet Phonétique International sont indiqués entre parenthèses. + Consonnesbilabialedentalepalato-alvéolairepalatalevélaireglottaleocclusivesnon-voisées (ʾ)voiséeséjectives (p', p̣) (t', ṭ) (q, ḳ)affriquéesnon-voisées (č)voisées (ǧ)éjectives (s') (č', č̣)fricativesnon-voisées (š)voisées (ž)nasales (ñ)liquides (y)roulées
Voyelles + Voyellesantérieurescentralespostérieureshautes (ə)moyennes (ä)basses
Histoire vignette|350px|Titre de l'hymne national éthiopien écrit en amharique. Selon le Dictionnaire historique de la Bible, il aurait commencé à supplanter le guèze en Abyssinie, vers l’an 1300, et on le parlait vers 1900 dans presque toute cette région. Les missionnaires catholiques furent les premiers qui essayèrent de traduire en amharique des parties de l'Écriture ; mais leurs travaux n’ont jamais été imprimés.. La Bible fut traduite pour la première fois, en entier, de 1810 à 1820, par Asselin de Cherville, consul de France au Caire, aidé d’un vieillard appelé Abou-Roumi. Sa traduction fut achetée par la Bible Society, et revue par J. P. Platt, qui fit paraître les Évangiles (1824) et le Nouveau Testament complet (1829). L’Ancien Testament parut en 1840, et une édition complète de la Bible, en 1842. La Bible Society a publié en 1875 une édition nouvelle, revue par le Dr Krapf, avec le concours de plusieurs AbyssiniensVoir .
De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des Éthiopiens, dont en langue maternelle. En comptant les Éthiopiens qui le parlent en seconde langue, plus de d'Éthiopiens savent sans doute parler l'amharique sur d'habitants.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Wolf Leslau, Reference grammar of Amharic, Otto Harrassowitz Verlag, 1995, 1044 pages
Girma Awgichew Demeke, The Origin of Amharic, Addis Abeba, Centre français des études éthiopiennes, études éthiopiennes , 2009
Dictionnaires J. Baetman, Dictionnaire amharigna-français suivi d'un vocabulaire français-amharigna, Dire Daoua, 1929, 21p. + 1262 & 433 cols Wolf Leslau, Concise amharique dictionary, Wiesbaden, 1976, 538 p. Berhanou Abebe, Eloi Fiquet (dir.), Dictionnaire français-amharique, Shama Books, 2003, 524 p. Berhanou Abebe (dir.); Dictionnaire amharique-français, Shama Books, 2004, 351 p. .
Articles connexes Linguistique Liste de langues Langues par famille Langues chamito-sémitiques Langues sémitiques Langues éthiosémitiques Langues par zone géographique Langues en Afrique Langues en Éthiopie Alphasyllabaire guèze (ou alphasyllabaire éthiopien) Wikipédia en amharique
Liens externes
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