L'affaire Wilma Montesi est une affaire criminelle survenue en Italie en 1953 et concernant l'assassinat à Rome d'une jeune femme, Wilma Montesi (1932-1953) et qui a eu un retentissement médiatique considérable en raison de l'implication de plusieurs personnalités de premier plan dans les enquêtes qui ont suivi. L'affaire n'a toujours pas été résolue.

La découverte du cadavre et la clôture de l'enquête vignette|Wilma Montesi.|gauche La découverte du corps Le samedi , veille de Pâques, sur la plage de Torvajanica, près de Rome, on retrouva le corps d'une jeune femme de vingt-et-un ans, Wilma Montesi, disparue le précédent.

D'origine modeste, Wilma était la fille d'un charpentier, née en 1932 à Rome, où elle habitait dans la Via Tagliamento http://www.misteriditalia.it/altri-misteri/montesi/Montesi(stampaitaliana).pdf https://www.liberaeva.com/giallopassione/wilmamontesi.htm. Au moment de sa disparition, elle était fiancée à un agent de police, et sur le point de se marier. On la considérait comme une femme très belle, animée d'un certain désir d'entrer dans le monde du cinéma et du spectacle, dont le centre était situé près de la capitale, à Cinecittà.

Le corps fut retrouvé par un ouvrier, Fortunato Bettini, qui prenait son petit déjeuner près de la plage. Le corps semblait renversé et couché sur le dos à la limite de la terre et de la mer, partiellement immergé à partir de la tête. La femme était partiellement habillée, ses vêtements étaient trempés et elle ne portait plus ni chaussures, ni jupe, ni bas ni porte-jarretelles.

Le corps fut transporté à l'Institut de médecine légale de Rome, où on pratiqua l'autopsie: les médecins affirmèrent que la cause probable de la mort devait être une « syncope due à un bain de pied » http://www.misteriditalia.it/altri-misteri/montesi/.

De l'autopsie, il ressortit que non seulement la jeune femme n'avait pas subi de violences, mais on affirma au début qu'elle était même vierge ; par la suite toutefois un autre médecin, le professeur Pellegrini, affirma que la présence de sable dans les parties intimes de la jeune femme ne pouvait être expliquée que comme conséquence d'un rapport sexuel.

Les premiers témoignages À la nouvelle de cette découverte, les journaux lui consacrèrent de longs articles : le père de la victime, Rodolfo Montesi, n'eut connaissance des faits que par la presse, le lendemain.

De la reconstitution de ce que la jeune femme avait fait en dernier lieu, il ressortit qu'elle n'était pas rentrée à la maison le soir du . La mère, avec son autre fille Wanda, était rentrée et elle ne l'y avait pas trouvée.

La concierge de l'immeuble où vivaient les Montesi affirma l'avoir vue sortir autour de 17 heures 30, et ne plus de l'avoir revue par la suite.

Quelques témoins affirmèrent avoir vu Wilma dans le train qui conduisait de Rome à Ostie : sans être trop éloignées les deux localités étaient trop distantes pour qu'on fît le chemin à pied http://www.zetema.it/content/download/1629/11190/file/Montesi-testo.pdf.

L'hypothèse du suicide et le classement de l'affaire Au début, l'hypothèse prédominante était celle du suicide : Wilma se serait jetée dans la mer. Ensuite, après une déposition de sa sœur, Wanda, fut avancée une autre hypothèse qui trouva immédiatement crédit auprès des forces de l'ordre : Wilma Montesi souffrait d'un eczéma au talon, que l'eau de mer pouvait soulager (cet eczéma ne fut pas contrôlé sur le cadavre mais sur sa sœur Wanda).

Wilma serait donc entrée dans l'eau de mer après avoir enlevé sa longue jupe et ses bas. Ensuite, elle aurait éprouvé un malaise, en raison peut-être d'une faiblesse physique due à son cycle menstruel, et aurait été entraînée en mer par les vagues.

La distance entre Ostie (le dernier endroit où l'on présumait qu'elle avait été) et là où on l'avait retrouvée pouvait être expliquée par une combinaison complexe de courants marins.

L'affaire tourne au scandale L'intervention de la presse L'hypothèse de l'accident avait été jugée crédible par la police, qui classa l'affaire. Les journaux, en revanche, se montraient sceptiques.

Le Il Roma, quotidien monarchiste napolitain, commença à avancer l'hypothèse d'un complot pour couvrir les véritables assassins, qui auraient été de puissants personnages de la politique ; l'hypothèse présentée dans l'article signé par Richard Giannini Perché la polizia tace sulla morte di Wilma Montesi ? (Pourquoi la police reste-t-elle muette sur la mort de Wilma Montesi ?) eut un large écho.

À la tête de cette campagne médiatique, il y avait des journaux nationaux prestigieux comme le Corriere della Sera et le Paese Sera, ainsi que des journaux à scandales comme Attualità, mais la nouvelle se répandit dans presque toute la presse, locale et nationale.

Le , un article de Marco Sforza Cesarini, publié dans le journal communiste Vie Nuove, fit un grand bruit : un des personnages apparus au cours de l'enquête, et sans doute liés à la politique, avait été nommé jusqu'alors « il biondino » (« le blondinet ») ; il fut identifié comme Piero Piccioni. Il s'agissait d'un musicien de jazz connu (sous le nom de scène de Peter Morgan), fiancé d'Alida Valli et fils d'Attilio Piccioni, vice-président du conseil, ministre des Affaires étrangères et ténor de la Démocratie chrétienne.

Le surnom de « blondinet » avait été attribué au jeune homme par Paese Sera dans un article du , où l'on racontait comment il avait apporté à la police les pièces de vêtement manquantes de la jeune femme assassinée. Tous les journalistes savaient qu'il s'agissait de Piero Piccioni, mais tous s'étaient bien gardés de le dire au grand public. Sur Il merlo giallo, magazine néo-fasciste, avait effectivement paru au début de mai un dessin satirique dans lequel une jarretière était apportée à la police par un pigeon« Pigeon » se dit en italien piccione., allusion à l'homme politique et au crime.

La nouvelle fut un coup de tonnerre, d'autant qu'elle fut publiée peu avant les élections législatives de 1953.

Piero Piccioni et le scandale politique Piero Piccioni attaqua pour diffamation le journaliste et le directeur du journal, Fidias Gambetti. Sforza Cesarini fut soumis à un interrogatoire sévère. Le Parti communiste italien, mouvement auquel appartenait le journal et seul bénéficiaire du scandale, désavoua le travail du journaliste, qui se vit accuser de « sensationnalisme » et menacé de licenciement.

Même au cours de l'interrogatoire Cesarini Sforza ne cita jamais directement le nom de la source dont lui était venue officiellement la nouvelle, se bornant à indiquer qu'elle provenait « du cercle de personnes appartenant aux fidèles de De Gasperi ».

Même le père du journaliste, influent professeur de philosophie à l'université de Rome « La Sapienza », suggéra à son fils de se rétracter, conseil vivement appuyé par Francesco Carnelutti, fondateur de l'Institut italien de la culture juridique, qui avait pris le parti de l'accusation pour le compte de Piccioni.

L'avocat de Sforza, Giuseppe Sotgiu (ancien président de l'administration provinciale de Rome et porte-parole du PCI) s'accorda avec son collègue et le Sforza Cesarini fut contraint de rétracter ses affirmations. En réparation il versa à la Casa di amicizia fraterna per i liberati dal carcere, et en échange Piccioni retira son accusation.

Bien que dans l'immédiat le scandale donnât l'air d'avoir été évité pour le parti de la Démocratie Chrétienne (DC), le nom de Piccioni n'en avait pas moins été prononcé et il devait par la suite revenir sur scène.

Entretemps vint l'été et l'affaire disparut des pages et de la chronique.

Les Capocottari Adriana Bisaccia et l'hypothèse des « Capocottari »

Le , Silvano Muto, journaliste et directeur du journal à scandales Attualità, publia l'article La verità sul caso Montesi (La Vérité sur l'affaire Montesi). Il avait mené une enquête journalistique dans le « beau monde » de Rome, fondée sur le récit d'une actrice de vingt-trois ans qui arrivait à joindre les deux bouts en faisant la dactylographe, Adriana Concetta Bisaccia. La jeune femme avait raconté au journaliste qu'elle avait participé avec Wilma à une orgie, qui aurait eu lieu à Capocotta, près de Castel Porziano et non loin de l'endroit où l'on avait retrouvé le corps. À cette occasion, elles avaient pu rencontrer quelques personnages connus, principalement des nobles de la capitale, ainsi que des fils d'hommes politiques de la jeune république italienne.

Selon le récit d'Adriana, Wilma aurait absorbé un cocktail mortel de drogue et d'alcool, et aurait eu un grave malaise. Son corps inanimé aurait été transporté sur la plage par quelques participants à l'orgie, qui l'y auraient abandonné.

Parmi les noms cités dans l'article, on trouvait celui de Piero Piccioni et du marquis Ugo Montagna, propriétaire du domaine de Capocotta.

Les participants à l'orgie, que la presse désigna sous le nom de « capocottari », appartenaient à la haute société romaine, et il était facile de voir derrière la façon d'agir des forces de l'ordre la volonté de protéger de tels personnages.

Muto fut poursuivi par le procureur en chef de Rome, Angelo Sigurani, pour avoir diffusé des ; cependant la nouvelle fut reprise par tous les journaux et devint l'hypothèse la plus largement prise en considération pour expliquer l'affaire.

Après que Montagna eut également porté plainte contre lui, Muto commença par retirer partiellement ses thèses, affirmant qu'il s'agissait de produits de l'imagination, quitte à revenir par la suite sur sa rétractation. Adriana, effrayée et peut-être menacée, démentit ses déclarations et le texte de Muto http://www.poliziaedemocrazia.it/live/index.php?domain=archivio&action=articolo&idArticolo=1218.

La déposition de Moneta Caglio Après le récit d'Adriana, une seconde femme fit une autre déposition compromettante. Maria Augusta Moneta Caglio Bessier d'Istria, dite Marianna ou le Cygne noir (en raison de son long cou), était la fille d'un notaire de Milan et, comme Adriana, elle cherchait à s'introduire dans le monde du cinéma. C'est à Rome qu'elle devint la maîtresse de Montagna, marquis de san Bartolomeo et personnage autour duquel gravitaient les notables de Rome. Cette femme avait déjà deux fois rencontré le procureur Sigurani, et dans les deux cas on n'avait tenu aucun compte de sa déposition sur l'événement.

Mariana affirmait que Wilma était devenue la nouvelle maîtresse de Montagna, et qu'elle connaissait la vérité sur les faits : de retour chez son père à Milan, elle s'adressa à son oncle, curé de Lomazzo, pour demander ce qu'elle devait faire. Le prêtre l'adressa à un prêtre jésuite, le père Alessandro Dall'Oglio, auquel elle remit un mémoire dans lequel elle confirmait la responsabilité de Piccioni et de Montagna exactement comme les journaux l'avaient écrit.

Par l'intermédiaire de Dall'Oglio, le document arriva à Amintore Fanfani, alors ministre de l'Intérieur, et contribua à faire suspendre les poursuites contre le journaliste Silvano Muto : à présent la théorie n'était plus l'invention bizarre d'un journaliste provocateur. Une copie du mémoire fut même envoyée par Mariana au Pape.

Une partie de la DC toutefois essayait de discréditer le témoignage en se fondant sur des liens présumés entre Mariana et un courant qui se situait au sein de la DC et s'opposait à Piccioni.

Les recherches sont relancées Enquêtes, complots et politique À la suite de la diffusion du mémoire, Mariana fut interrogée secrètement par Umberto Pompei, colonel des carabiniers, qui la rencontra deux fois. Dans le mémoire on remarquait également le nom du chef de la police, Tommaso Pavone, auquel Montagna et Piccioni se seraient adressés pour chercher sa protection.