James Gillray, parfois orthographié Gilray, né le et mort le , est un caricaturiste et graveur britannique célèbre pour ses dessins satiriques à caractère politique et social, réalisés sous forme d’eaux-fortes et publiés pour la plupart entre 1792 et 1810.
Biographie Enfance et éducation James Gillray est né à Chelsea. Son père, natif de Lanark, servit dans l’armée en tant que simple soldat puis, ayant perdu un bras lors de la bataille de Fontenoy, fut admis, comme malade puis comme pensionné, à l’hôpital royal de Chelsea. Gillray commence sa formation par un apprentissage de gravure en lettres. Rapidement embauché, il trouve toutefois ce travail pénible et préfère vagabonder en compagnie de joueurs itinérants. Après un parcours en dents de scie, il revient à Londres où il est admis comme étudiant à la Royal Academy, vivant de son travail de graveur et probablement de la vente d'un nombre considérable de caricatures publiées sous divers pseudonymes. Ses caricatures sont principalement des eaux-fortes, certaines en aquatinte, d'autres réalisée avec la technique du pointillé. On sent l'influence de William Hogarth qui a fait le bonheur de ses premières années d'étude. La première caricature dont on peut lui attribuer la paternité avec certitude est Paddy à cheval, qui paraît en 1779. Deux caricatures de la victoire navale de Rodney, publiées en 1782, ont été les premières d’une série mémorable de caricatures politiques.
L’âge adulte
Le nom de l'éditeur et vendeur des œuvres de Gillray, Miss Hannah Humphrey, sœur du graveur William Humphrey, et dont la boutique était installée au 227 du Strand puis successivement sur New Bond street, Old Bond Street et enfin St. James's Street, est intimement associé à celui du caricaturiste. En effet, Gillray a vécu avec Miss (souvent appelée ) Humphrey pendant toute sa période de célébrité. On pense que plusieurs fois il aurait voulu l’épouser et qu’à une occasion, le couple était sur le chemin de l'église quand Gillray déclara : « Cette affaire est insensée, lorsqu’on y pense, Miss Humphrey. Nous vivons très confortablement ensemble, ne ferions nous pas mieux de rester célibataires ? ». Rien n’est cependant prouvé qui puisse donner du crédit aux paroles ici rapportées, mais le couple vivait bien ensemble. Les plaques de Gillray étaient exposées dans la vitrine d'Hannah Humphrey devant laquelle se pressait une foule impatiente. Une de ses dernières estampes, Un temps très glissant, représente la boutique de Humphrey de St. James's Street à l'arrière-plan. Dans la vitrine on reconnaît un certain nombre des tirages de Gillray publiés antérieurement, tels que Tiddy-Doll le grand fabricant français de pain d'épices, immortalisant une nouvelle série de rois ; Son ouvrier, Talley mélangeant la pâte, une satire sur la propension de faiseur de roi de Napoléon, également représenté dans la vitrine.
Ses caricatures des principaux évènements et personnages de la Révolution française et de l'Empire sont très vite célèbres.
Les dernières années
Sa vue a commencé à baisser à partir de 1806. Le port de lunettes de vue ne lui donna pas satisfaction. Incapable de maintenir la qualité de son travail au niveau de perfection atteint précédemment, il devint dépressif et se mit à boire à l'excès. Son dernier travail, inspiré d'un dessin de Bunbury et intitulé Intérieur d'une boutique de barbier à l'heure des assises est daté de 1811. Alors qu'il y travaillait, il bascula dans la folie, bien qu’ayant encore parfois des instants de lucidité qui lui ont permis de terminer cette dernière œuvre. L'approche de la maladie mentale a sans doute été précipitée par ses habitudes d'intempérance. En raison de sa forte consommation d'alcool, Gillray a souffert de la goutte tout au long de sa vie. Les personnes qui avaient pris part à sa peine ont souvent fait le commentaire que ces eaux fortes donnent une interprétation de sa maladie et que sa gravure est une illustration très parlante et imagée des souffrances endurées par les malades atteints de la goutte.
En juillet 1811, Gillray a tenté de se suicider en se jetant par la fenêtre d'un grenier situé au-dessus de la boutique Humphrey dans St James's Street. Gillray a ensuite sombré dans la folie et a été soigné par Hannah Humphrey jusqu'à sa mort le . James Gillray a été inhumé au cimetière de l’église St James, de Piccadilly, à Londres.
L’art de la caricature vignette|350px| The Loss of the Faro Bank or the rook's pigeon'd (gravure rehaussée à la main, 1797) : sur ce dessin comportant des phylactères, chose non rare au s., Gillray vise lord George Hobart, joueur mordu de pharaon et réputé pour être un roublard. Les dessins de Gillray, lequel fut qualifié de « prince de la caricature » des années 1780-1810, et, plus justement, de father of the political cartoon (père du dessin de presse) « Satire, sewers and statesmen: why James Gillray was king of the cartoon », The Guardian, du 15 juin 2015., sont généralement partagées en deux catégories : les sériesLa « série » ici possède une connotation de continuité ou d'exhaustivité, à distinguer donc de la « suite », laquelle en gravure et dessin, représente une unité dans la conception. politiques et les séries sociales.
Les séries politiques Le règne de Georges III
Un certain nombre de ses satires les plus mordantes sont dirigées contre George III qui, après avoir examiné certains croquis de Gillray, déclara : « Je ne comprends pas ces caricatures. » Gillray se vengea personnellement de cette appréciation par sa magnifique caricature intitulée Un Connaisseur examinant un Cooper, ce qu’il faisait au moyen d'une chandelle posée sur un bougeoir : ainsi il esquissait une satire à la fois de la prétention du roi à la connaissance de l'art et de ses habitudes d’avarice.
Les caricatures politiques constituent un élément important et précieux pour la compréhension historique de la dernière partie du règne de George III. Elles ont été diffusées non seulement au Royaume-Uni mais aussi dans toute l'Europe et ont exercé une grande influence tant en Grande-Bretagne qu’à l'étranger. Dans les gravures politiques figurent notamment George III, l'épouse de George, la reine Charlotte, le prince de Galles (plus tard le prince régent, puis le roi George IV), Charles Fox, William Pitt le Jeune, Edmund Burke et Napoléon Bonaparte qui sont les personnalités les plus éminentes de l’époque. En 1788 paraissent deux belles caricatures de Gillray. Le tonnerre franchissant la mer Rouge de sang représente Lord Thurlow transportant Warren Hastings à travers une mer de sang : Hastings est très confortablement installé et porte deux grands sacs d’argent. Jour de marché illustre la réalité de la vente des bovins à l'époque.
Les meilleures satires de Gillray sur George III sont les suivantes : George le fermier et son épouse, Deux autres planches, l'une dans laquelle le roi fait griller des muffins pour son petit déjeuner et l’autre où la reine fait frire des anchois ; L'Anti-Saccharites, où le couple royal propose de renoncer au sucre, à la grande horreur de la famille ; Un Connaisseur examinant un Cooper; Les deux planches Un goinfre dans les affres de la digestion et La sobriété récompensée d'un repas frugal, satire des excès du prince régent (plus tard le roi George IV) et de l'avarice de son père, George III, respectivement ; Affabilité royale ; Une leçon sur les chaussons aux pommes Les cochons possédés.
La Révolution française
Au cours de la Révolution française, Gillray a pris une position conservatrice et a publié caricature après caricature pour ridiculiser les Français et Napoléon (en général, en éreintant le Jacobinisme), et en glorifiant John Bull. Un certain nombre de ses dessins ont été publiés dans la revue anti-Jacobine. Cependant, il n'est pas considéré comme un partisan acharné de l’un ou de l’autre des deux partis politiques en présence, ni des Whigs, ni des tories. Il distribuait librement et indistinctement ses coups à droite comme à gauche.
Parmi les plus connues figurent : French Liberty British Slavery L'apothéose de Hoche, qui résume les excès de la Révolution française dans une seule illustration, La Nursery où Britannia repose en paix; Le Plumb-pudding en Danger (ou William Pitt et Napoléon I se partageant le monde).
Autres caricatures politiques
vignette|L'Orangerie ; Guillaume V d'Orange-Nassau en exil doré, surtout cupide. En 1795, chassé par la République batave, il s'est réfugié en Angleterre. Caricature publiée en septembre 1796. En plus de la pertinence de ses observations, Gillray pouvait faire preuve de beaucoup de subtilité, et pointer la vanité avec une approche d’une remarquable profondeur. L'exemple le plus frappant en est son illustration des contrastes de la mode ; — ou — La capitulation des petites chaussures de la duchesse [sic]devant la taille des pieds du duc (1792). Ce fut une image dévastatrice visant la flatterie ridicule dont la presse faisait preuve à l’égard de Frederica Charlotte Ulrica, duchesse d'York, et de la supposée petitesse de ses pieds. La gravure montrait seulement les pieds et les chevilles du duc et de la duchesse de York, dans une position évidemment copulatoire, avec les pieds du Duc volontairement agrandis et les pieds la duchesse dessinés de très petite taille. Cette illustration fit taire à jamais les flagorneries de la presse sur le couple du duc et de la duchesse.
Autres œuvres célèbres : Britannia entre Charybde et Scylla, une image dans laquelle Pitt qui a si souvent été la cible de Gillray, figure sous un jour favorable ; La nuit de noce ; Le premier baiser de ces dix dernières années (1803), une autre satire sur la paix, qui aurait beaucoup amusé Napoléon ; La main écrivant sur le mur; La Coalition des Confédérés, une attaque contre la coalition qui a remplacé le ministère Addington ; Déboucher un vieux Sherry; Soyons décents ; Confort d'un Lit de Roses ; Vue de la campagne électorale à Covent Garden ; Phaethon Alarmée et Pandore ouvrant sa boîte.
Les séries sociales
Les séries de caricatures traitant de sujets variés sont nombreuses mais elles n’ont pas l'importance historique des séries politiques, sont plus facilement intelligibles, et encore plus amusantes.
Parmi les plus belles citons : Shakespeare sacrifié ; Personnages flamands(deux planches) ; Partie de Whist à deux penny (qui montre une image d’Hannah Humphrey) ; Oh que fonde cette chair trop solide ; Sandwich aux Carottes ; La goutte ; Confort pour les cors aux pieds ; Tristes soins de départ ; Le Cow-Pock, qui donne une expression populaire humoristique à la peur de la vaccination ; Dilettantisme Théâtral Harmony before Matrimony (Harmonie avant le mariage) et Harmonie dans le mariage, deux très bons croquis offrant un violent contraste l’un par rapport à l’autre.
L'influence de James Gillray