upright=2|thumb|Qift, ancienne Coptos, était le début d'une route allant de Quseir jusqu'à la côte de la mer Rouge

Le marbre de Kosseir ou brèche de marbre verte de KosseirÉgalement écrit Cosseyr, Kosseir, Kossair, Quoussair, Qoçeir, Quous, Qoseyr, Quseyr ou Al-Qusair, Tableau des noms de lieu de l'Égypte, Description de l'Égypte était exploité par les anciens Égyptiens et les Romains dans l'Antiquité.

La géologie de la vallée de Kosseir (Al-Qusair) est connue à travers les descriptions des voyageurs. Les minéralogistes de la campagne d'Égypte de Bonaparte découvrirent, non loin de la vallée de Kosseir, à Qené, une brèche utilisée autrefois par les anciens Égyptiens, une ophicalce appelée alors au , brèche universelle. En plus du marbre blanc, rouge ou vert, et le granit, on trouve dans cette vallée beaucoup d'autres minéraux, comme la « pierre de bâram » ou pierre ollaire. On la retrouve dans de petites sculptures ainsi que dans les assiettes et les vases qui ont été travaillés sur le tour. La vallée de l’Ouadi Hammamat a été exploitée sans interruption pour ses mines d'or, de granit et de grauwacke, appelé « Pierre de Bekhen », de l’Ancien Empire à l’époque romaine.

Un axe commercial

Qift, l'ancienne Coptos, était le début d'une route allant jusqu'à Al-Qusair sur la côte de la mer Rouge. À Quseir al-Qadim (vieux Quseir), à au nord de Kosseir, se trouvait le port de Myos Hormos, attesté par Pline l'Ancien, Strabon et d'autres auteurs anciens.

Quatre routes principales commençant par Qena (Coptos) sur le Nil et allant à travers désert, collines et montagnes aboutissaient à quatre ports de la mer Rouge : Myos Hormos, Philoteras, Leukos Quşayr et Bérénice : sur ce territoire s'étendait tout un réseau de routes et de voies, et il y avait dans cette région une activité minière et commerciale importante. À Ouadi Hammamat, situé sur cette route allant de Qena (Keneh) à Kosseir, les montagnes sont de granit et de porphyre, blanc tacheté de vert et de rouge avec des veines vertes et des taches noiresDe Koptos à Kosseir puis de marbre rouge (à droite et du côté de la mer RougeCe qui selon un auteur a donné son nom à la mer Rouge), de marbre vert serpentin (à gauche) de couleur verte vive, et traversée par des veines blanches, la pierre de Barâm... On extrayait à Ouadi Hammamat, la pierre de Bekhen. On extrayait un conglomérat de cailloux de couleur verdâtre formée d'épidote et de chlorite) nommée hexacontalithos (soixante pierres), brèche verte antica, pierre très décorative appelée aussi vert antique, ou vert d'Égypte et utilisée comme du marbre par les Égyptiens et les RomainsWhat Rome Was Built With: A Description of the Stones Employed in Ancient par Mary Winearls Porter. À Gebel Rocka (Ouadi Mia) se trouve une carrière de marbre blanc. À Kosseir, on trouvait surtout, des émeraudesLa découverte des émeraudes est attestée par la découverte qu'a faite Frédéric Cailliaud, ingénieur français au service du vice-roi d'Égypte, du site des émeraudes de la Haute-Égypte. Cet ingénieur l'a reconnu dans la montagne de Zahara, à quarante-cinq lieues au sud d'al-Qusair, et à sept lieues de la mer Rouge, dans l'endroit, ou à peu de chose près, qui est indiqué sous le nom de mine d'émeraude, sur la carte d'Afrique. L'émeraude y est disséminée dans une roche granitique, et principalement dans un micaschiste presque entièrement composé d'un mien noir en petites paillettes très éclatantes, semblable à celui des environs de Saltzbourg, qui contient la même pierre ; ce micaschiste n'en diffère que par une couleur plus foncée et d'un éclat plus vif : les émeraudes qu'il renferment sont d'un beau vert un peu chatoyant, d'un assez grand volume, et cristallisée » Cuvier et au nord de Kosseir, de l'or.

Les marbres étaient charriés en grande quantité vers le Nil depuis les montagnes de Kosseir. Ce marbre de couleur rouge ou verte est d'une très bonne qualité.

Les récits des voyageurs

thumb|Montagnes vers Kosseir

L'explorateur et géographe anglais James Bruce fait savoir, vers 1770, qu'on trouve du marbre vert antique dans la vallée de Kosseir, en fait de la breccia verde, une ophicalcite verte :

Au , l'expédition d'Égypte de Bonaparte fait connaître al-Qusair. Clément de la Jonquière dans L'expédition d'Égypte décrit longuement l'« expédition de Kosseir », la route de Keneh (Quena) à Kosseir (al-Qusair), le village et les environs, mais sans faire allusion à la pierre de Bâram d'al-Qusair sinon par une légère allusion : « on ne trouve à Kosseir que de la pierre ...» L'expédition d'Égypte 1798-1801. Tome 3, par Clément de La Jonquière. Panckoucke publie ensuite une Description de l'Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites pendant l'expédition de l'Armée française, où se trouve une description minéralogique détaillée de Al-Qusair/Kosseir (orthographié Qoçeir) dans la partie « minéralogie » (tome 20 et tomes 27 et 28). François Michel de Rozière n'appelle pas la breccia verde marbre antique mais poudingue.

John Petherick voyage en 1846 de « Keneh à Kosseir »de Quené à Quseir.

Gustave Flaubert fait un voyage à Kosseir, durant son séjour en Égypte, qu'il relate dans Voyage en Orient.

Conrad Malte-Brun, fait une belle description des montagnes de Kosseir :

Du côté des fontaines d'El-Aouch-Lambageh domine une chaîne de montagnes schisteuses qui présente dans sa composition du pétrosilex et des roches stéaliteuses ; mais à trois lieues de Cosseir, les montagnes changent subitement ; une grande partie sont gypseuses ou calcaires, disposées par couches presque toujours dirigées du nord au sud : on y trouve les débris fossiles de l'ostrea diluviana. Parmi ces montagnes de nouvelle formation, on trouve des schistes, des porphyres peu caractérisés, des grains de feldspath. Le sol de la vallée, couvert d'immenses fragments de roches, offre des variétés sans nombre ; tantôt ce sont des serpentines, des roches composées où domine l'actinote, des schistes, des gneiss, des porphyres, des granités, tantôt c'est une espèce particulière de stéatite qui renferme des nœuds de spath schisteux ; enfin il se présente une substance nouvelle et particulière en minéralogie, qui se trouve encore dans divers points du désert du mont Sinaï, et qui ressemble au thallites ou schorl vert du Dauphiné. On ne la trouve pas seule, mais elle fait partie des granités, des porphyres et des roches. Du côté de la vallée de Suez, les montagnes sont calcaires, et en plusieurs endroits composées de coquilles agglutinées.

La pierre de Barâm

Les anciens Égyptiens et Romains ont exploité la serpentine qui se trouve près de la route de Qena à al-Qusair, et lui donnaient de nom de pierre de Baram (pierre ollaire = stéatite). On en faisait des vases et des pots venus par les arabes de la tribu d'A'babdey de Redesyeh, ou on la réduisait en poudre pour en faire des vases plus fin, en la mélangeant à de l'argile de SyèneDescription de l'Égypte. On rencontre dans les ruines de l'Égypte de petites sculptures en serpentine, ainsi que des assiettes et des vases qui ont été travaillés sur le tour. Il y a plusieurs de ces objets dans le département égyptien du musée du Louvre ; ceux qui ont été tournés sont formés par une serpentine passant à la pierre ollaire Supplément Aux Dictionnaires Arabes, Volume 1, Reinhart P. A. Dozy 78.

Pierre de Barâm signifierait en arabe « serpentine ollaire » : ce ne serait pas un nom de lieu (montagnes de Baram).

Jean-Baptiste de Montmignon en voit précisément à Quous :

Les anciens Égyptiens ont beaucoup travaillé cette pierre et la serpentine commune ; il nous reste beaucoup de leurs tots, pierres couvertes de hiéroglyphes et de signes disposés par colonnes sur un côté, et de l'autre avec des figures en relief, représentant les divinités égyptiennes et des attributs du Nil. Jacques Eustache de Sève)Jacques Eustache de Sève, Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, appliquée aux arts, à ..., volume 31 La serpentine ollaire tient le milieu entre le talc compact, la stéatite et la chlorite. M. Hauy les réunit toutes dans son espèce talc. Linné les réunissait aussi à ses talcs, qui constituaient une espèce artificielle où toutes les serpentines se trouvoient placées. Mais de Sève ne peut classer cette roche ; on la classait avec les stéatites. Il s'agit en fait d'une ophicalcite, classée ainsi par Brongniart.

La brèche verte d'Égypte

thumb|Sarcophage dit d'Alexandre, musée d'Istanbul

La brèche universelle, ou brèche verte d'Égypte, Breccia verde d'Egitto, brèche de Cosseyr, Lapis hecatontalithos (« Cent pierres ») ou hexecontalithos (« Soixante pierres »), marbre serpentineux (poudingue vert foncé sans noyau de porphyre ou de granit) est une ophicalcite.

Cette pierre fut exploitée par les Égyptiens et par les Romains. On trouve dans les carrières de Ouadi Hammamat des sarcophages, de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques, ou grecques et le nom de l'empereur Adrien revient souvent Studii scientifici sull'Egitto e sue adiacenze.

Champollion nous apprend dans Égypte ancienne que « Un millier de cabanes et un nombre prodigieux d'inscriptions attestent l'antiquité de ces exploitations dans le désert ; car elles remontent au temps d'Osortasen et Osortasen , d'Amun-m-Gori et Amun-m-Gori de Thoutmôsis , d'Osirei et d'Osirei , de Sabaco et de plusieurs anciens rois inconnus. Il existait dans cette direction une route commerciale, munie de huit citernes ou hydreumas. D'autres inscriptions attestent que ces carrières furent exploitées avec la même activité sous les Ptolémées et sous les empereurs romains ». Cette vallée est ici appelée Wadi Fawākhīr (Foäkheer, El Foakher, cf. Ouadi el- Faouakhir, Bi’r Umm Fawākhīr) en raison du nombre de Fokheer (poteries) qui s'y trouvent.

On y trouve des ex-votos, nombre de hiéroglyphes, et sur l'un d'eux l'écrivain dit être natif d'Alabastron. Amon-Rê est décrit comme « Seigneur des régions du monde » et Neph (ou Kneph) est appelé « le Seigneur du pays étranger de l'Éléphant » (île Éléphantine). Khem ou Pan est la divinité du lieu et gardien des routes ; Sarapis fut introduit à l'époque gréco-romaine, comme dieu principal des temples des déserts égyptiens. La triade de divinités de cette vallée était Kem, Horus et Isis, la mère de ces divinités. On pense que les ouvriers de ces carrières cherchaient aussi de l'orMurray's Hand-book, Egypt, Sir John Gardner Wilkinson, John Murray 1847 . La plus ancienne carte géologique qui nous soit parvenue est le papyrus minier de Turin, du avant notre ère, qui décrit les mines d’or de Faouakhir, à côté de l’Ouadi Hammamat L’or et la pierre de l’Ouadi Hammamat : la carte de Faouakhir .

Le marbre vert est vendu aujourd'hui sous le nom de Brescia Fawakhir.

L'exposition universelle

Pour l'exposition universelle de 1855Texte issu du compte-rendu de l'exposition universelle de 1855, le vice-roi d'Égypte envoie des blocs de la brèche universelle, nommée en Italie breccia verde d'Egitti (brèche verte d'Égypte). La brèche universelle tire son nom d'une quantité de fragments roulés, appartenant à des roches diverses : granits, porphyres, pétrosilex, etc. Des fragments de pierre arrondis, d'une couleur rose, grise, verdâtre, noire, et d'une grande dureté sont enveloppés dans une pâte de pétrosilex verdâtre qui n'est pas moins dure : c'est un poudingue. Les montagnes de poudingue quartzeux, dans lesquelles se trouve le gisement de la brèche universelle, succèdent au grès qui forme le corps de la chaîne arabique.