La Peste est un roman d'Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957.
Inspiré du thème de l'absurde et publié en 1947, le roman a reçu le prix des Critiques la même année. Il appartient au « cycle de la révolte » regroupant deux autres œuvres de Camus : L'Homme révolté et Les Justes.
Conception du roman Camus raconte dans ce roman le quotidien des habitants d'Oran dans les années 1940, confrontés à une épidémie de peste qui les frappe de plein fouet et les coupe du monde extérieur.
Pour construire son histoire, Camus semble s'être inspiré d'une épidémie de peste bubonique survenue à Oran en 1945, succédant à une épidémie plus sérieuse qui eut lieu à Alger en 1944. Son projet est néanmoins antérieur à ces épidémies, puisqu'il y réfléchit depuis , comme en témoignent ses Carnets, dans lesquels il parle de « la peste libératrice » et note quelques idées..
Le , il informe André Malraux qu'il est occupé à l'écriture d'. Il ajoute : Albert Camus rédige une première version de La Peste au Panelier, en Haute-Loire, à quelques kilomètres du village du Chambon-sur-Lignon qui sera plus tard honoré du titre de village des Justes.
Succès La Peste est un succès éditorial dès sa sortie en France et à l’étranger.
Traduit dans une dizaine de langues, le roman est le troisième plus grand succès des éditions Gallimard, derrière Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry et L'Étranger d'Albert Camus..
En 2020, avec la pandémie de Covid-19, le livre connaît un regain d'intérêt, notamment en France et en Italie...
Résumé Le récit, structuré en cinq parties comme les actes d'une tragédie classique, débute par la mort mystérieuse de plusieurs rats dans les rues d'Oran. Le concierge de l'immeuble du docteur Rieux succombe à une maladie étrange malgré les soins prodigués par le médecin. L'employé de mairie, Grand, informe Rieux de la mort massive des rats. Face à la progression de l'épidémie qui s'avère être la peste, les autorités décident finalement de fermer la ville pour en empêcher la propagation.
Au cours de la deuxième partie, le journaliste Rambert cherche désespérément à quitter Oran pour retrouver sa compagne à Paris, tandis que Cottard profite de la situation pour se lancer dans un commerce illégal profitable. Parallèlement, Grand tente d'écrire un livre et le père Paneloux interprète l’épidémie comme un châtiment divin.
L'été arrive et avec lui une augmentation des décès, mais les habitants commencent à s'habituer aux effets dévastateurs de l'épidémie. À l'automne, Rambert décide de joindre ses efforts à ceux de Rieux et Tarrou pour combattre la maladie. La mort d'un jeune enfant, particulièrement douloureuse et atroce, bouleverse profondément Paneloux, renforçant sa foi.
En janvier, la peste commence à reculer et le sérum développé par Castel devient étrangement efficace. Tarrou, malgré les soins de Rieux, succombe à la maladie, devenant l'une des dernières victimes. Dans un accès de folie, Cottard commence à tirer sur des passants depuis son appartement, ce qui conduit à son arrestation. Le même jour, Rieux apprend le décès de sa femme, qui était partie se soigner de la tuberculose hors d'Oran avant l'épidémie. Après avoir lutté contre la tuberculose pendant près d'un an, Rieux se retrouve face aux pertes personnelles et aux ravages causés par la maladie. Le roman se clôt sur l'image d'un Rieux lucide et pleinement conscient des dégâts infligés par la peste.
Personnages
Personnages principaux thumb|upright| Bernard Rieux, médecin : À la fin de l’œuvre, il est révélé qu'il est le narrateur de la chronique. Il l'a rédigée .. Le Dr Bernard Rieux est décrit comme un homme d'environ 35 ans, de taille moyenne, à la peau foncée, aux cheveux noirs coupés court. Le père Paneloux est un prêtre jésuite érudit et très respecté. Il est connu pour avoir donné une série de conférences dans lesquelles il défendait une forme pure de la doctrine chrétienne et fustigeait le laxisme de son auditoire. Jean Tarrou est un homme de naturel joyeux, arrivé à Oran quelques semaines avant l'apparition de la peste pour des raisons inexpliquées. Avant l'arrivée de la peste, il aimait fréquenter les danseurs et les musiciens espagnols de la ville. Il tient également un journal intime, rempli de ses observations sur la vie à Oran, que le narrateur incorpore au récit. Joseph Grand est un employé du service des statistiques de la mairie d'Oran. Il ne fait son apparition que dans la seconde version du livre. Grand et mince, c'est un personnage insignifiant, attaché à sa routine. Mal payé, il mène une vie austère, mais il est capable d'une profonde affection, et regrette sa femme qui l'a quitté. Pendant son temps libre, Grand peaufine son latin et tente d'écrire un livre, mais il reste bloqué sur l'incipit sans pouvoir avancer. Il a en effet un tel souci d'employer le mot juste qu'il ne parvient pas à aller au-delà de la première phrase, « Par une belle matinée de mai, une svelte amazone, montée sur une superbe jument alezane, parcourait les allées fleuries du bois de Boulogne. » qu'il ne cesse de récrire. Othon, juge d’instruction. Cottard vit dans le même immeuble que Grand. Il ne semble pas avoir de travail et est décrit comme ayant des moyens privés bien qu'il se considère comme « un vendeur ambulant de vins et spiritueux ». Cottard est un personnage excentrique, silencieux et secret, qui tente de se pendre dans sa chambre. Il tient à ce que Rieux ne rapporte pas l'incident, car il fait l'objet d'une enquête des autorités pour un crime non déclaré. Dans une allusion désinvolte à l'intrigue de L'Étranger, Cottard réagit en sortant brusquement du bureau de tabac lorsque la marchande mentionne l'arrestation à Alger d'un homme pour avoir tué un Arabe sur une plage. Raymond Rambert est un journaliste qui se rend à Oran pour faire des recherches sur le niveau de vie dans la colonie arabe d'Oran. Lorsque la peste frappe, il se retrouve piégé dans une ville avec laquelle il n'a aucun lien. Sa compagne, qui se trouve à Paris, lui manque et il use de tous les moyens pour persuader la bureaucratie de la ville de lui permettre de sortir d'Oran. En vain, il contacte des contrebandiers, qui acceptent de l'aider à s'enfuir contre une somme de dix mille francs. Cependant, il y a un problème dans les arrangements, et lorsqu'un autre plan d'évasion est organisé, Rambert change d'avis. Il décide de rester dans la ville et de continuer à combattre la peste, affirmant qu'il aurait honte de poursuivre un bonheur purement privé. Il se sent désormais à sa place à Oran, et la peste est l'affaire de tous, y compris la sienne.
Autres personnages M. Michel : concierge de l’immeuble de Rieux, le premier cas recensé de la peste. Castel : confrère de Rieux qui tente de développer un vaccin contre la maladie. Mercier : directeur du service communal. Richard : médecin connu dans la ville. Il meurt vers la fin du récit. (mère) : mère du docteur Rieux. Elle est venue tenir la maison de son fils quand la femme de celui-ci est partie à la montagne pour se soigner. (épouse) : épouse de Rieux. Elle part se faire soigner d'une grave maladie au début du roman. On apprend sa mort dans la cinquième partie. Les enfants du juge Othon sont présentés comme des « caniches », le garçon ayant droit à quelques lignes, puis à une longue scène décrivant sa mort. À part une phrase sur des enfants lançant des pétards, c'est le seul usage qui est fait des enfants dans le livre, ce qui contraste beaucoup avec les longs développements sur les souffrances endurées par les amants séparés. Le Préfet : Le préfet croit d'abord que les rumeurs de peste sont une fausse alerte, mais sur les conseils de son association médicale, il autorise des mesures limitées pour la combattre. Lorsqu'elles ne fonctionnent pas, il tente d'éviter toute responsabilité en disant qu'il demandera des ordres au gouvernement. Puis, il prend la responsabilité de renforcer la réglementation relative à la peste et donne l'ordre de fermer la ville.
Genèse Albert Camus a commencé à penser au contenu du roman en 1938, en notant des idées éparses dans ses Carnets. En 1943, l'essentiel de la matière est réuni, mais Camus hésite sur la forme : il y a alors quatre narrateurs dont l'auteur qui se succèdent pour exposer leur vision des évènements et leurs points de vue. L'un d'entre eux est un "professeur de Latin-grec" nommé Philip Stephan, qui commence un commentaire de récits de peste de Thucydide et Lucrèce. Dans la version publiée en 1947, seul reste Rieux, narrateur masqué. Le processus narratif s'appuie toutefois sur d'autres personnages. Il a recours par exemple au journal personnel de Tarrou et à la plume de Rieux se posant comme historien. Il fait parler les autres personnages pour exprimer différents points de vue et ne pas prendre position, donnant l'impression qu'il est neutre face aux événements.
Un récit allégorique ? La Peste de Camus semble être une allégorie de l’Occupation des nazis en France. Néanmoins, il ne s’agit pas de représenter de manière réaliste la période marquée par le régime de Vichy mais davantage le point de vue qu’a eu Camus et qui l’a marqué durant cette époque.
Chronique d'une épidémie Ce livre est encore moins un roman que L'Étranger. Il s'agit plutôt d'une chronique inspirée du (1720) de Daniel Defoe, qui narre les phases d'une épidémie imaginaire, à Oran, dans un temps qui n'est pas précisé. L'auteur fournit tous ses soins à la peinture du fléau dont il rapporte, sans jamais céder au pittoresque, les effets terribles. Rapidement, on s'aperçoit que le récit doit être lu sur divers plans, que la description est prétexte à une leçon.
Allégorie historique On a ici une allégorie : les évènements, les comportements des personnages (et le choix même de ceux-ci), leurs pensées et sentiments renvoient à des évènements, comportements, pensées et sentiments que le lecteur a connus ou partagés. La peste rappelle le fascisme ou l'Occupation. À la manière de la peste, le fascisme a contaminé tout un peuple, l'Europe, une grande partie des Français, victimes et/ou complices. La leçon est autant de morale sociale qu'individuelle. Afin de combattre le fléau, il ne suffit pas de s'en remettre aux spécialistes (les médecins), armés pour la lutte. Chacun doit le combattre en sa propre personne et pour sa propre sauvegarde. Les personnages mis en scène expriment la plupart des comportements de l'être humain placé dans une situation extraordinaire. Rieux, sans illusions sur ses moyens, lucide et généreux (sans doute le plus proche des pensées et sentiments de l'auteur), prêche l'exemple : solidaire des victimes, il défend les impératifs d'une charité poussée jusqu'au sacrifice. Il vise une (il est agnostique) qui lui semble, pour lui-même, à résoudre. Le salut de Dieu est-il devenu impossible ? Il faut lui substituer celui de l'humain. Quelque abjectes que soient parfois les victimes, quelque consentantes et contagieuses qu'elles soient devenues, elles n'ont pas mérité leur sort. Quel que soit le degré de leur responsabilité, elles constituent la seule réalité concrète à laquelle puissent s'intéresser d'autres personnes, plus lucides, moins égoïstes. Le malheur rend les hommes solidaires. C'est tout ensemble qu'ils doivent opérer leur salut.
Les indices de l'allégorie