Robert Aldrich est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le à Cranston (Rhode Island) et mort le à Los Angeles (Californie).

Il s'est fait connaître par des films tels que Vera Cruz (1954), En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Attaque (1956), Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Chut... chut, chère Charlotte (1964), Les Douze Salopards (1967) ou Plein la gueule (1974), films considérés comme ayant contribué au renouvellement de différents genres cinématographiques : westerns, films policiers, films d'action, drames sociaux.

Biographie Jeunesse et formation Robert Burgess Aldrich. est né dans une famille fortunée. Il est le fils de Lora Elsie (née Lawson) issue d'une famille autrichienne de confession juive.Pour éviter tout malentendu, quant à la judaïté de Robert Aldrich, il faut lire attentivement l'incise : « Il est le fils de Lora Elsie (née Lawson) issue d'une famille autrichienne de confession juive. » Que signifie ce passage du point de la judaïté et non du judaïsme de Robert Aldrich ? Du point de vue de la Halakah (jurisprudence rabbinique) étant fils d'une juive il est juif ! Mais est-il un pratiquant juif certainement pas ! Il n'a jamais fréquenté la synagogue et il est probable qu'il n'a même pas été circoncis, mais nous trouvons ici l'ambivalence du mot "juif" qui désigne à la fois une appartenance à une communauté, un peuple et une pratique religieuse. S'il avait habité en Allemagne sous le régime nazi, il aurait été envoyé en camp comme tant d'autres Juifs laïcisés. Donc pour répondre aux questions légitimes, Aldrich était-il un juif au sens religieux du terme ? NON. Aldrich était-il un juif au sens de fils d'une juive, donc appartenant à un peuple ? OUI. D'où des contradictions dans les sources consultées, tout dépend de quel point de vue on aborde la judaïté de Robert Aldrich. Cf. l'article « Juif » in Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, éd. du Cerf, 1993, pages 608-610. et de Edward Burgess Aldrich, patron de presse de Rhodes Island et personnalité politique du Parti républicain, par ailleurs, il est le neveu de John D. Rockefeller.. Après ses études secondaires à la , de Providence, il suit des études de droit et d’économie à l'université de Virginie... En 1941, il abandonne ses études universitaires avant d'obtenir son diplôme, car peu intéressé par une carrière dans la finance et en conflit avec sa famille à cause de ses sympathies pour les idées de la gauche américaine.

Carrière Débuts dans le cinéma En 1941, après son mariage avec Harriet Foster., il part pour Hollywood, et grâce à une recommandation de son oncle Winthrop W. Aldrich, dont le fils travaille à la RKO., il se fait embaucher par la RKO Pictures ; sa formation lui permet d’accéder à un poste à l'administration de la production. Son entrée dans le monde du cinéma est désapprouvée par sa famille qui le déshérite.

En 1942, il passe de l'administration de la production à la gestion logistique des films en devenant second assistant réalisateur, ce qui lui permet de travailler auprès de Robert Stevenson, Irving Reis, Richard Wallace, Edward Dmytryk, William A. Seiter, Leslie Goodwins, John H. Auer, etc., et d'observer leur manière de faire..

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est réformé pour des séquelles d'une blessure au genou. Le manque de main-d'œuvre à Hollywood lui permet d'accéder au poste de premier assistant réalisateur sur des courts métrages.

Il quitte la RKO Pictures en 1944 pour travailler aux jusqu'à son rachat par la Metro-Goldwyn-Mayer en 1948.. Pendant cette période il assiste Jean Renoir (L'Homme du Sud, 1945), William A. Wellman (Les forçats de la gloire, 1945), Leslie Fenton (Pardon my past, 1945), Albert Lewin (The Private Affairs of Bel Ami, 1947), Robert Rossen (Sang et or, 1947), Lewis Milestone (Arc de triomphe, 1948), Richard Fleischer (So This Is New York, 1948), Abraham Polonsky (L'enfer de la corruption, 1948), Max Ophüls (Pris au piège, 1949).

Aldrich continue son apprentissage, toujours comme assistant réalisateur auprès de Lewis Milestone (Le poney rouge, 1949), Roy Del Ruth (Feu rouge, 1949), Richard Wallace (L'amour a toujours raison, 1949), Alexander Hammid et Irving Reis (Enchantement musical, 1951), Joseph Losey (M, 1951 ; Le Rôdeur, 1951), Irving Reis (, 1951), Charlie Chaplin (Les Feux de la rampe, 1952), Charles Lamont (Les Joyeux Pirates/Abbott and Costello Meet Captain Kidd, 1952)..

Cette première partie de carrière, riche en collaborations, lui permet d'acquérir un solide savoir-faire :

Parallèlement Robert Aldrich se passionne pour le théâtre, plus spécialement pour les auteurs d'avant-garde et de gauche rassemblés autour du .., il découvre des auteurs et des acteurs comme , Lee Strasberg, Cheryl Crawford, Stella Adler, Morris Carnovsky, Clifford Odets, Sanford Meisner, Elia Kazan, Harry Morgan, , John Garfield, Canada Lee, Franchot Tone, Frances Farmer, , Ruth Nelson, Will Geer, Howard Da Silva, Sidney Lumet, John Randolph, J. Edward Bromberg, Michael Gordon, Paul Green, Marc Blitzstein, Paul Strand, Anna Sokolow, Lee J. Cobb, Roman Bohnen, Jay Adler, Luther Adler, , , Robert Ardrey, Irwin Shaw, et des œuvres qui l'inspireront, comme Le Grand Couteau adaptation d'une pièce de Clifford Odets..

Par manque d'opportunités pour tourner des films à Hollywwod, il emménage à New York pour offrir ses services à la télévision en plein essor., et grâce à William Butler, Robert Aldrich commence sa carrière de réalisateur, en tournant des épisodes de diverses séries pour la CBS (série Schlitz Playhouse of Stars) puis la NBC (Four Star Playhouse, The Doctor, ). Il continuera sa participation à la télévision jusqu'en 1959, en tournant notamment les épisodes pilotes des séries Aventures dans les îles et . Grâce aux relations qu'il a nouées en tant que réalisateur à Hollywood, il fait intervenir des vedettes de premier plan comme Ida Lupino, Charles Boyer, David Niven, Dick Powell, Warner Anderson dans des épisodes de séries, il révèlera Charles Bronson et Joan Camden, etc.

En 1953, Aldrich tourne son premier long métrage lorsque la MGM le retient pour la réalisation de Big Leaguer. avec Edward G. Robinson, qui sera avec Plein la gueule son seul film d'inspiration sportive.

Le western revisité C'est en s'inspirant de la série . qu'il réalise son deuxième film, Alerte à Singapour.., qui est son premier film noir.

Ce film est remarqué par Burt Lancaster et Harold Hecht qui confient à Aldrich leur prochaine production Bronco Apache en 1954. Le personnage de Massaï interprété par Burt Lancaster est . Bronco Apache est l'un des premiers films hollywoodiens à prendre fait et cause pour les Indiens., quatre ans après La Flèche brisée et La Porte du diable. Bien que la fin qui prévoyait la mort de Massaï ait été transformée en happy end sous la pression d'United Artists, le film est en rupture avec les Indiens renégats ou fiers guerriers d'Hollywood et Aldrich dira plus tard que son film Le film est particulièrement remarqué et remporte un grand succès public ce qui permet à Aldrich de rempiler sur la production suivante de Hecht-Hill-Lancaster, Vera Cruz..

thumb|Gary Cooper, Denise Darcel et Burt Lancaster (de dos) dans Vera Cruz. Vera Cruz., qui sort quelques mois après Bronco Apache, est une production importante pour l'époque, d'un coût de trois millions de dollars, mais il est tourné dans une grande improvisation. Celle-ci sera plutôt profitable au film. Comme Bronco Apache, Vera Cruz marque une rupture dans l'histoire du western. C'est la première fois qu'on ose porter à l'écran des héros aussi crapuleux et violents, attirés par le seul appât du gain et étrangers à toute morale. Même si son personnage évolue positivement, Gary Cooper y incarne le rôle le plus noir de sa carrière.. Vera Cruz annonce le western des années 1960 : Les Sept Mercenaires, Pour une poignée de dollars et surtout La Horde sauvage. Le film remporte à nouveau un énorme succès, succès qui lui permet de créer sa compagnie de production, Aldrich est désormais perçu comme un cinéaste visionnaire. Il a toute liberté pour son film suivant qu'il auto-produit, En quatrième vitesse.

L'apocalyptique du film noir et les démêlés avec la Columbia Après avoir revisité le western, Robert Aldrich s'attaque au film noir en tournant après Alerte à Singapour, En quatrième vitesse. et Racket dans la couture, il reprendra le genre du film noir en 1971 avec Pas d'orchidées pour Miss Blandish. d'après le roman de James Hadley Chase et en 1975 avec La Cité des dangers, d'après le roman City of Angels de Steve Shagan...

Ses trois premiers films noirs sont en rupture avec le genre, violences, dureté, meurtres en cascade sur fond de pessimisme, de cynisme, de désenchantement.

Dans Alerte à Singapour., on retrouve une mise en scène de la violence (succession de meurtres) et une révision de l'atmosphère tragique des premiers films noirs comme Le Faucon maltais (The Maltese Falcon) de John Huston, La Clé de verre (The Glass Key) de Stuart Heisler, Adieu, ma belle (Murder My Sweet) de Edward Dmytryk, Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder, Laura (Laura) d'Otto Preminger, etc., le tragique cède le pas au nihilisme. et au désespoir, le personnage principal est un anti-héros, il ne réenchante pas le monde corrompu par ses actions rédemptrices.

En quatrième vitesse.... est l'adaptation d'un roman policier de Mickey Spillane, de la série Mike Hammer, qu'il transforme en cauchemar apocalyptique nucléaire, le personnage du privé Mike Hammer est un antihéros opportuniste, misogyne, brutal, cynique, dénué de toute compassion sauf pour sa secrétaire Velda, ne cherchant nulle vérité mais cherchant surtout à se sauver d'une situation malencontreuse, traversant les bagarres et fusillades en gardant une tenue impeccable sous les yeux mi amusés, mi soucieux de Velda, tout cela sur un fond d’anxiété paranoïaque..

En quatrième vitesse est inscrit au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès en 1999..

Le succès commercial d'En quatrième vitesse permet à Aldrich de monter sa société de production, Associates and Aldrich en 1955. La première production de la compagnie est Le Grand Couteau, adaptation d'une pièce à succès de Broadway écrite par Clifford Odets, à cette occasion, il dirige pour la première fois Jack Palance. Le film aborde le milieu du cinéma, et Aldrich en profite pour peindre le portrait d'un producteur qui endosse toutes les tares d'Hollywood et les bassesses de la nature humaine. Le personnage se veut une synthèse de Louis B. Mayer, Jack Warner et Harry Cohn. le film est un échec commercial mais remporte le Lion d'argent de la Mostra de Venise.

En difficulté financière, Aldrich doit signer un contrat de deux ans pour la Columbia Pictures dirigée par Harry Cohn et tourne le mélodrame, Feuilles d'automne avec Joan Crawford. Feuilles d'automne est un mélodrame noir, qui porte un regard de compassion sur une femme, Millie, de cinquante ans solitaire, indépendante qui tombe sous le charme d'un trentenaire, Burt, qui s'avère avoir développé des troubles psychiatriques conséquences de traumatismes liés à sa participation aux combats de la guerre de Corée et d'avoir découvert à sa démobilisation que son père couchait avec son épouse. Millie arrive à convaincre Burt à suivre une psychothérapie dans un établissement spécialisé. C'est le premier film qui aborde ce qui sera appelé plus tard les troubles de stress post-traumatique (TSPT) et les bienfaits de la psychothérapie, film étonnamment optimiste qui sort du nihilisme des films précédents, puisque Burt guérit, l'amour de Millie et sa confiance en l'avenir gagnent.. Le public américain ne comprend pas le film, mais il est salué à la Berlinale où il remporte un Ours d'argent.

Le film de guerre revisité thumb|Lee Marvin dans la bande-annonce d’Attaque.