Rainer Werner Fassbinder (Prononciation en allemand standard retranscrite phonétiquement selon la norme API.) est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste allemand, né le à Bad Wörishofen (Bavière) et mort le à Munich (Bavière).

Il est l’un des représentants du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970. Il est également acteur, auteur et metteur en scène de théâtre.

Le sujet principal de Fassbinder est « l'évaluabilité des sentiments ». Ses films traitent du passé nazi, du miracle économique allemand ou de la terreur générée par la Fraction armée rouge. Au début, Fassbinder s'est intéressé aux marginaux de la ville, aux travailleurs immigrés, aux prisonniers ou aux homosexuels.

Biographie Enfance et études Rainer Werner Fassbinder nait le à Bad Wörishofen, en Bavière.. Fils d’un médecin, Hellmuth Fassbinder (1918-2010) et d’une traductrice, Liselotte (« Lilo ») Pempeit (1922–1993), il est enfant unique, au grand dam de ses parents, qui divorcent en 1951 : le jeune Rainer a alors six ans. Sa mère se remarie en 1959 avec le journaliste, Wolff Eder.

Bénéficiant d'une éducation libérale, voire libertaireRainer Werner Fassbinder sur le site de l'Encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014., il s'intéresse très jeune et de manière autonome au cinéma, dévorant film sur film. Pourtant, il n’accomplit pas son vœu de faire une école de cinéma (il n'est pas admis à l'école de cinéma de Berlin), et sort d’une école Steiner sans obtenir son . Il vit de divers métiers. Il est, par exemple, journaliste au .

Carrière Débuts vignette|redresse|gauche|Portrait de Fassbinder.

En 1965, Rainer Werner Fassbinder réalise un premier court métrage () qui semble avoir été perdu. En 1966, il réalise Le Clochard, un hommage au film d’Éric Rohmer, Le Signe du lion. ; puis il finit par collaborer avec des troupes de théâtre expérimental. Après s'être essayé à l'écriture de pièces radiophoniques dans la grande tradition allemande (), il se fait connaître, lors de la saison théâtrale 1967-1968, à Munich pour ses mises en scène qui relisent de manière anticonformiste des textes classiques ou valorisent des œuvres contestataires« Rainer Werner Fassbinder : la nécessité d'une autonomie créatrice » par Daniel Sauvaget sur le site de l'Encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014.. Il connaît cependant une première expérience infructueuse. Sur l'exemple du Berliner Ensemble de Bertolt Brecht dont les théories l'influencent toute sa carrière (distanciation, écriture épique, éducation des masses), il fonde sa propre troupe, l’Antiteater, pour laquelle il écrit la majorité de ses pièces de théâtre de 1968 à 1971. Hanna Schygulla, travaille déjà avec lui. Il joue dans Le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet en 1968, auxquels il rend hommage dans son premier long-métrage en 1969.

Fassbinder puise son inspiration dans la littérature réaliste : Gustave Flaubert, Guy de Maupassant ou encore Theodor Fontane dont il adapte plus tard le chef-d'œuvre Effi Briest.

Influencé par les mélodrames de Douglas Sirk — auteur qu’il rencontre en 1971 et auquel il emprunte la rhétorique de l'excès, la flamboyance et l'éclat des couleurs —, il revendique également une filiation avec la Nouvelle Vague française : Jean-Pierre Melville pour la maîtrise plastique de sa réalisation et l'archétype du film de gangsters, Éric Rohmer pour sa dimension littéraire et sa peinture des sentiments dans les sociétés modernes ou encore Claude Chabrol pour son art de l'ambiance, son ironie et sa représentation à l'eau-forte de la vie provinciale« Rainer Werner Fassbinder : le mélodrame comme révélateur » par Daniel Sauvaget sur le site de l'Encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014.. Dans une moindre mesure, l'œuvre de Fassbinder porte l'empreinte de Jean-Luc Godard pour sa relecture critique des genres classiques, son art de la citation, son contenu sociologique, politique ou militant et son goût de l'expérimentation (faux raccord, dialogues en décalage, mouvements de caméra ou plans identiques répétés d'un personnage à l'autre, etc.). Le cinéaste est également proche du film noir ou des films policiers des grands réalisateurs hollywoodiens tels que John Huston, Raoul Walsh et Howard Hawks.

En incluant ces diverses influences dans une démarche artistique singulière, Fassbinder entreprend son premier projet cinématographique avec sa troupe. Ainsi naissent, en 1969, L'amour est plus froid que la mort () et Le Bouc (). Il ne distingue pas les techniques théâtrales de celles du Septième Art ; de fait, entre 1969 et 1971, il accouche de nombreuses pièces de théâtre tout en produisant en un temps record des films alternatifs. La vie et le travail de la troupe ne font qu’un, ce qui explique pour partie la fécondité de Fassbinder qui, en l’espace de treize ans, a réalisé quarante films. Désirant ne pas connaître le même sort qu'Orson Welles dont la carrière fut compromise par Hollywood, Fassbinder se veut un auteur complet et maître de son œuvre, sur le plan commercial, financier et artistique. Producteur et scénariste de ses films, il en réduit le budget et le mode de production (jusqu'au Mariage de Maria Braun) puis écrit et tourne vite. Il passe sans distinction du théâtre au cinéma, en passant par la télévision, qui lui apporte les revenus nécessaires pour financer et réaliser ses films« Rainer Werner Fassbinder » sur le site de l'encyclopédie Larousse, consulté le 7 juin 2014..

Lente consécration À partir de 1972, ses films évoluent : ils deviennent plus professionnels, personnels et étoffés. Rainer Werner Fassbinder est désormais acclamé par la critique à chaque festival de Berlin, mais reste ignoré par les jurys successifs jusqu'à son avant-dernier film, Le Secret de Veronika Voss (), qui reçoit l'Ours d’or en 1982.

Dans les années 1970, il crée des personnages féminins mythiques qui comptent parmi les plus fascinants du cinéma d’après-guerre et dont les films éponymes sont passés à la postérité : Maria Braun, Effi Briest et Lale Andersen, toutes trois incarnées par Hanna Schygulla, mais aussi Lola, jouée par Barbara Sukowa, ou encore Petra von Kant, incarnée par Margit Carstensen. À travers ces portraits de femmes, Fassbinder brosse un tableau vaste et sans concession de la société allemande, des heures sombres du nazisme au « miracle économique ». Il évoque en effet, l'intolérance, le racisme affiché ou refoulé, les illusions perdues, les bassesses, la vilenie et les compromissions d'un pays pressé d'enterrer un passé tragique pour s'adonner aux joies du libéralisme économique.

Il écrit et met en scène des pièces de théâtre (, etc.) jusqu'en 1976, année où il provoque le scandale avec sa pièce Les Ordures, la ville et la mort, dans laquelle l'un des personnages est dénommé le « juif riche » : on l'accuse alors d'antisémitisme et l'éditeur Suhrkamp décide de retirer l'ouvrage de la vente et de le mettre au pilon (Daniel Schmid a adapté la pièce au cinéma sous le titre L'Ombre des anges, mais le film a, lui aussi, été déprogrammé.).

En 1977, Fassbinder réalise Despair, une adaptation du roman de Vladimir Nabokov dont Dirk Bogarde est la vedette. Despair est le premier film de Fassbinder tourné en anglais et est aussi le premier dont il n'est pas le scénariste. En effet, c'est le dramaturge Tom Stoppard qui signe l'adaptation du roman. Fassbinder enchaine avec L’Année des treize lunes, film qui porte sur le mal de vivre d'une femme transgenre.

Célébrité C'est l'année suivante que Rainer Werner Fassbinder présente ce qui deviendra son film le plus célèbre, Le Mariage de Maria Braun dans lequel Hanna Schygulla incarne une arriviste qui fera fortune dans l'Allemagne de l'après-guerre.

En 1979, la télévision ouest-allemande lui commande une adaptation du grand roman d'Alfred Döblin Berlin Alexanderplatz. Fassbinder tourne une série composée d'une introduction de 81 minutes et de 12 épisodes d'une heure et d'un épilogue..

Il travaille sans relâche, à un rythme effréné. Lui et Hanna Schygulla collaborent une dernière fois en 1980 avec Lili Marleen, un film se déroulant durant la montée du nazisme et dans lequel Schygulla joue une jeune chanteuse. Fassbinder tourne ensuite Lola, une femme allemande, une relecture du film L'Ange bleu de Joseph von Sternberg transposé dans le contexte des années 1950 et dont les vedettes sont Barbara Sukowa et Armin Mueller-Stahl, puis Le Secret de Veronika Voss, film tourné en noir et blanc et dont le thème principal, celui d'une actrice sur le déclin, renvoie à celui de Boulevard du Crépuscule. C'est grâce à ce film, dont le rôle principal est tenu par Rosel Zech, que Fassbinder obtient finalement l'Ours d'or du Festival du film de Berlin.

Mort thumb|Tombe de Fassbinder au cimetière de Bogenhausen.

Rainer Werner Fassbinder meurt à Munich le d’une rupture d'anévrisme à seulement trente-sept ans, alors qu’il travaille au montage de son dernier film, Querelle, adapté d’un roman de Jean Genet (1946), et qu’il prépare deux films : Cocaïne, prévu pour 1983 et adapté du roman de Pitigrilli, avec Romy Schneider en tête d'affiche (la mort de l'actrice le puis celle de Fassbinder douze jours plus tard empêcheront le projet d'arriver à terme) et un autre sur Rosa Luxemburg, finalement réalisé en 1987 par Margarethe von Trotta. Certains affirment que son décès est consécutif à un mélange de cocaïne et de benzodiazépine et qu’il s’est peut-être suicidé.

Il est enterré au cimetière de Bogenhausen, à Munich.

Vie privée Bien que marié de 1970 à 1972 à Ingrid Caven, pour qui il a écrit plusieurs chansons (, , Nietzsche, ), Rainer Werner Fassbinder est bisexuel Rachel Pronger, « Beware Of Rainer Werner: The Bitter Tears Of Fassbinder's Fans », The Quietus, 26 mars 2021.. Il fait tourner ses amants successifs, Günther Kauffmann (Nono, le tenancier du bar La Feria, dans Querelle), El Hedi ben Salem (le Ali de Tous les autres s'appellent Ali) et Armin Meier, dans nombre de ses films. Il rend hommage à Meier — qui s'est suicidé en 1978 — dans L'Année des treize lunes et à El Hedi ben Salem — mort en prison en 1976 d'un infarctus du myocarde — dans Querelle, qui met en image les délires érotiques de Jean Genet, exposés dans son roman Querelle de Brest. De 1978 à 1982, il vit avec Juliane Lorenz, devenue depuis présidente de la fondation Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder fait aussi participer sa mère, Lilo Pempeit, à dix-sept de ses films, en lui confiant de petits rôles.

Théâtre

Filmographie Réalisateur Cinéma

Télévision

Acteur En dehors de ses propres films : 1968 : Le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau, de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (rôle du proxénète) 1970 : Baal de Volker Schlöndorff (téléfilm) : Baal 1973 : La Tendresse des loups (Die Zärtlichkeit der Wölfe) d'Ulli Lommel : Wittowski 1976 : L’Ombre des anges (Schatten der Engel) de Daniel Schmid : Raoul 1982 : Kamikaze 1989 de Wolf Gremm : lieutenant de police Jansen

Il apparaît aussi dans ses films et autres réalisations, par exemple : 1966 : Le Clochard : le jeune homme au jacquet de cuir 1966 : Le Petit Chaos : Franz 1969 : L'amour est plus froid que la mort : Franz 1969 : Le Bouc (Katzelmacher) : Jorgos 1970 : Les Dieux de la peste : l'acheteur de porno 1970 : Le Soldat américain : Franz Walsch 1970 : Le Voyage à Niklashausen coréalisé avec Michael Fengler : le moine noir 1971 : Whity : le cow-boy au bar 1971 : Prenez garde à la sainte putain : Sascha, le régisseur 1971 : Rio das Mortes : danse avec Hanna Schygulla 1972 : Liberté à Brême : Rumpf 1972 : Le Marchand des quatre saisons : Zucker 1974 : Tous les autres s'appellent Ali : Eugen 1974 : Effi Briest : le narrateur 1975 : Le Droit du plus fort : Franz Biberkopf 1978 : L'Allemagne en automne : R. W. Fassbinder, lui-même 1979 : Le Mariage de Maria Braun : le trafiquant de marché noir 1980 : Berlin Alexanderplatz : lui-même dans l’épilogue