vignette|230px| Façade de la cathédrale de Modène Wiligelmo est un sculpteur italien du - , actif dans l’Italie septentrionale. Il fut le plus important maître de la sculpture romane en Italie, insufflant à ses œuvres une force vitale et un sens de la narration inégalé de son temps.
Biographie Ni les lieux ni les dates de sa naissance et de sa mort ne sont connus. Une origine lombarde et plus précisément de Côme a été avancée, sans que cette hypothèse soit fondée sur quelque document que ce soit.
Style L’avis est unanime à reconnaître que l’art de Wiligelmo, comme l’ensemble de la sculpture d’Émilie-Romagne de l’époque, dérive des grands centres d’innovation de la sculpture romane autour de 1100 comprenant, en plus de Toulouse (Saint-Sernin) et l’abbaye de Moissac, une série d’édifices espagnols de Jaca jusqu’à Santiago. Dans l’incapacité de mieux définir les sources de Wiligelmo, plusieurs spécialistes ont adopté le concept d’un « sculpteur européen »Par exemple : Arturo Carlo Quintavalle ; Willibad Sauerländer.. Ceci ne présume en rien de l’origine du sculpteur et aucun élément connu à ce jour ne permet de préciser sa formation.
Activité artistique et œuvres
Cathédrale de Modène L’unique support historique qui nous soit parvenu où se trouve le nom du sculpteur, est la plaque commémorative de la fondation de la cathédrale de Modène placée sur la façade occidentale de l’édifice (une autre plaque commémorative, avec cette fois le nom de l’architecte, se trouve sur l’abside principale). Sur cette plaque, le nom de Wiligelmo peut aussi se lire VuiligelmoL’initiale de ce nom n’est pas un W mais un ensemble de deux VV. Le W n’existe d’ailleurs pas dans la langue latine. Il n’existe pas non plus deux lettres distinctes pour le U et le V mais une seule.
Il fut appelé Wiligelmo par les anciens érudits modenesi et nous continuerons à le nommer ainsi. Pour plus de détails voir l’article de l’épigraphiste Augusto Campana. La testimonianza delle iscrizioni in Lanfranco e Wiligelmo – Il Duomo di Modena. Panini editore. Modena. 1984. (une des multiples dérivations de Guglielmo, correspondant au français Guillaume et à l'allemand Wilhem), puisque le v et le u majuscules ont en latin la même forme graphique, V ; deux V de suite forment donc un "double V", noté W dans l'alphabet moderne (cette lettre n'existe pas dans l'alphabet latin).
La plaque est soutenue par les personnages d’Hénoch et Élie qui l’un comme l’autre ont la particularité d’avoir été élevés au ciel sans avoir à subir la mort terrestre, ce qui tend à vouloir conférer l’immortalité à la cathédrale et au sculpteur.
Les deux personnages ainsi que la gravure du texte ont été reconnus comme étant de la main de Wiligelmo. L’épigraphe reprend tout d’abord quatre vers tirés de la Relatio de innovatione Ecclesie Santi Geminiani de AimoneAimone, auteur présumé du texte, fut responsable de l’école de la cathédrale entre 1096 et 1110, et donc témoin oculaire de la première phase de la construction., et mentionne la date de fondation de l’édifice, 1099. À la suite de ce texte est gravé un ajout de deux autres vers en caractères plus petits (faute de place) qui mentionnent et glorifient Wiligelmo. Non seulement l’ajout est évident, mais les deux textes furent gravés en deux temps sensiblement différents. Cette dichotomie ne permet donc pas de relier cette date de 1099 à la présence de Wiligelmo sur le chantier comme certains historiens de l’art l’ont proposée. Voici le texte de cette plaque :
Du(m) Gemini Cancer cursu(m) cons(c)endit ovantes (= ovantis) Idibus in quintis Iunii sup (= sub) t(em)p(o)r(e) mensis mille Dei carnis monos cen tu(m) minus annis ista domus clari fundatur Gemini ani. Inter scul(p)tores quan to sis di(g)nus (h)onore cla ret scul(p)tura nu(n)c Vuiligelme tua right|400px|Plaque de fondation sur la façade
Traduction : "Alors que le Cancer (juin/juillet) monte le parcours du Gémeau triomphant (mai/juin), au temps du 5ème [jour avant] Ies ides du mois de juin (), mille cent ans moins un [an] après le temps de l’incarnation de Dieu (1099), la fondation de cette maison de l’illustre Geminianus est posée. Parmi les sculpteurs, de quel grand honneur tu es digne, Wiligelme, ta sculpture le rend clair à présent."
Nous ignorons la date à partir de laquelle Wiligelmo fut actif sur le chantier de Modène.
Ce qui est certain, c’est que la Relatio de innovatione Ecclesie Santi GeminianiLa copie du de ce document qui nous est parvenue est conservée, sous la référence : O.II.11, dans les archives capitulaires de Modène., ce document déjà cité qui relate la première phase de construction de la cathédrale (de 1099 à 1106), ne mentionne jamais Wiligelmo alors même que sa renommée aujourd’hui dépasse de beaucoup celle de l’architecte Lanfranco qui lui y est cité plusieurs fois. D’autre part, les sculptures de la crypte réalisée en 1106, sont l’œuvre reconnue d’un premier atelier de sculpteurs lombards, antérieur à celui de Wiligelmo.
De ces éléments, plusieurs spécialistes en ont déduit que Wiligelmo n’était probablement pas sur le site durant cette première phase.
Hormis cette plaque, la façade sur laquelle elle est scellée constitue la plus fameuse vitrine des œuvres de Wiligelmo ; presque tous les éléments décoratifs qui s’y trouvent sont de lui ou de son atelier, et en particulier :
Le portail principal
Il est à lui seul un chef-d’œuvre remarquable par son rinceau peuplé qui court sur les chambranles, l’archivolte et l’architrave.
Le rinceau peuplé est supporté à la base par deux télamons, un de chaque côté. Celui de gauche, un genou à terre, est chaussé, ses longs cheveux sont soigneusement peignés et ses vêtements raffinés (nombreux plis), ces détails en font un personnage d’une classe sociale élevée. Celui de droite, debout, est pieds nus, les cheveux courts et protégé par un habit grossier, ce qui suggère un paysan.
Le rinceau est formé d’une combinaison de rameaux d’acanthe, de vigne et raisins, le tout peuplé de créatures fantastiques. L’ensemble pourrait constituer une sorte de parcours vers la rédemption : à la partie basse, des fauves et des monstres menacent l’homme, mais il s’élève jusqu’à la vigne du Seigneur où les conflits s’achèvent.
Les divers sujets que l’on parvient à identifier sont les suivants :
sur le chambranle gauche :
Un félin qui s’élance vers le haut.
Un cynocéphale qui mange une grappe de raisin, cette créature monstrueuse décrite dans la géographie classique, est un exemple typique de la population mythique d’orient consigné dans le Liber Monstrorum.
Un oiseau à longue queue également en train de becqueter une grappe.
Un personnage nu luttant avec un volatile dont le corps se termine par une queue de serpent.
Un griffon tenant en son bec une tête humaine.
Un lion mordant un volatile.
Un personnage nu luttant avec un monstre marin.
Deux serpents enserrés, dont l’un a insinué sa tête dans la gueule de l’autre. Ils représentent l’accouplement de la vipère décrit dans quelques versions du Physiologus, lequel précise que l’insémination de la femelle se fait par voie orale et qu’au cours de cette procédure la femelle tue le mâle.
Un animal à deux têtes, probablement une chimère.
Un personnage nu se tenant suspendu au cep en équilibre dans une position horizontale, alors qu’il tient un pied avec son autre main. L’attitude du personnage et le fait qu’une seule jambe en soit visible peut faire penser à un sciapode, autre race fantastique avec un seul pied, fréquemment présent sur les cartes et dans les représentations médiévales, ou bien à quelque être ayant la plante des pieds retournée vers l’arrière, dont parle le Liber Monstrorum.
Sur le chambranle de droite, on trouve en partant de la base :
Un être nu avec les cheveux réunis par un nœud au sommet de la tête, qui chevauche un lion ailé.
La lutte entre un lion et un dragon bicéphale.
Un centaure femelle qui se saisit de sa queue.
Un être nu à cheval sur un oiseau dont il empoigne le bec. La représentation est similaire à celle du quatrième registre de gauche, mais dans ce cas l’oiseau ne présente pas une queue de serpent.
Deux oiseaux identifiables à des huppes ou à des paons, boivent à la même coupe.
Un dragon ailé, avec des sabots équins, se pelotonne sur lui-même.
Un être nu qui dompte un lion.
Un personnage vêtu d’habit de l’époque, qui grimpe dans le rinceau.
Un homme avec des habits orientaux, en train de maîtriser un griffon dévorant un oiseau.
Un oiseau qui se tient une patte sur le cou, alors qu’il becquette quelque chose sous son autre patte.
Sur l’archivolte se trouvent placées treize figures ; au centre se trouve un relief que certains spécialistes identifient à Janus, symbole de porte et de passage, alors que d’autres comme C. Frugoni pense qu’il s’agit de la représentation zodiacale des gémeaux. De part et d’autre de cette figure s’inclinent vers elle deux vieillards qui se tiennent à la végétation.
Puis à droite en partant de la base jusqu’à l’un des vieillards se trouvent :
un vendangeur
une chèvre ou plus probablement un bouc (dans le premier cas l’animal aurait une connotation positive, comme cela est dit dans le Physiologus, dans le second une connotation négative)
de nouveau un vendangeur
une manticore (monstre légendaire de provenance orientale, mangeur d’homme, qui est représenté comme un animal ailé à tête humaine coiffée d’un chapeau)
un autre vendangeur.
Et à gauche, toujours en partant de la base jusqu’à l’autre vieillard :
une sirène qui se tient la queue
un chasseur qui immobilise un faucon
un jeune homme luttant avec un basilic
un griffon
un jeune homme avec un genou à terre.
La décoration de l’architrave est constituée au centre d’un mascaron de la bouche duquel s’échappe de part et d’autre une luxuriante végétation avec des grappes de raisin que deux huppes, animal caractérisé positivement par le Physiologus, qui becquettent le raisin. Les deux extrémités du rinceau comprennent deux personnages dont les vêtements dénoncent une différence d’appartenance sociale : sur la gauche un paysan nu pied, mal encapuchonné, avec une serpette à la main ; à droite un noble chaussé et bien vêtu avec une tunique et une cape, qui récolte également du raisin avec un outil identique.
D’autre part, les faces internes des chambranles du portail sont décorées de douze prophètes de l’ancien testament, six de chaque côté.
À gauche en partant du haut sont sculptés :
Habacuc (avec gravé le nom Abacuc), il a le regard dirigés vers le haut et tient une coupe entre ses mains (couvertes par son manteau). Un ange se trouve placé au-dessus de lui, il est représenté avec une patène entre les mains, il fait glisser le pain pour Daniel (voir Da 14, 31-42).
Ézéchiel (Iezechiel) est représenté avec un rouleau de la loi dans la main gauche, la droite montre le ciel.
Isaïe (Isaias ) est également avec un rouleau dans les mains.
Jérémie (Ieremias), avec un livre dans les mains. Malachie (Malachias), se tient la barbe avec la main gauche et serre son manteau avec la droite.
Sophonie (Sofonias), qui tient un rouleau dans la main gauche et maintient son manteau avec la droite.
À droite, toujours en partant du haut, sont sculptés :
Moïse (Moyses), avec les tables de la loi entre les mains, il regarde un ange qui d’en haut les lui remet.
Aaron (Aaron), tenant en sa main droite la verge ou le bâton signe de la puissance de Dieu, et avec la gauche il montre le ciel.
Daniel (Danihel ) qui tient un livre entre les mains.
Zacharie (Zacharias), qui avec la main droite serre un livre et tient son manteau de la gauche.
Michée (Micheas ), serre un rouleau de la main droite et tient son manteau de la gauche.
Abdias (Abdias), lui aussi avec un rouleau dans la main droite et son manteau dans la gauche.
Sur chacun des sommets des faces internes des chambranles sont représentés un ange, ils transmettent le message divin, respectivement à Habacuc et Moïse.