Antoine Quentin Fouquier de Tinville, dit Antoine Fouquier-Tinville« FOUQUIER-TINVILLE ANTOINE », article sur l'Encyclopædia Universalis, surnommé après sa mort le Pourvoyeur de la guillotine, né à Herouël (Picardie)Depuis le , la commune a changé de nom ; elle s'appelle désormais Foreste. le « Le douzième jour du mois de juin de l'année mil sept cent quarante six a été baptisé par moy prêtre curé soussigné Antoine Quentin né vendredy dernier dixième jour du même mois et de la même année.... » (vue 112, page de droite, acte du milieu). et mort guillotiné à Paris en place de Grève le , est un juriste français qui devient le principal accusateur public du Tribunal révolutionnaire.
Accusateur public central pendant la première partie de la Révolution française et la Terreur, il demande l'exécution de nombreux prévenus, y compris de personnes célèbres, comme Marie-Antoinette, Danton et Robespierre, et fait condamner plus de deux mille d'entre eux à la guillotine. Contrairement à plusieurs des principaux robespierristes, Fouquier-Tinville n'est pas arrêté immédiatement après le 9 thermidor; il reste en fonctions quelques jours avant d'être arrêté le 14 thermidor an IIAlphonse J. Dunoyer, The Public Prosecutor of the Terror: Antoine Quentin Fouquier-Tinville, trans. A.W. Evans, New York, 1913, pp. 123–130..
Il est ensuite jugé par le Tribunal révolutionnaire comme un des grands responsables des exactions et des injustices qui ont marqué la période de la Terreur ; lors de son procès, le plus long de la Révolution française, il déclare pour se défendre : . Généralement, sa défense consiste à renvoyer la faute des exécutions sur le Comité de salut public, particulièrement sur Maximilien de Robespierre.
Malgré cette défense, il est condamné à mort, aux côtés des juges et de certains jurés du Tribunal révolutionnaire, entre autres, pour avoir abusé de ses prérogatives et pour avoir négligé la tenue de procès selon des formes légales. Il est guillotiné à Paris le et est le dernier mis-à-mort du Tribunal révolutionnaire avant sa suppression.
Son rôle précis dans la Terreur est encore discuté ; les historiens modernes considèrent qu'il vaut mieux s'intéresser à sa figure comme faisant partie d'un ensemble de fonctionnaires et de différents acteurs terroristes plutôt que comme le seul responsable de la Terreur judiciaire.
Biographie Origines La famille Fouquier de Tinville, aujourd'hui connue sous le nom de Fouquier d'Hérouel, descend d'une famille d'ancienne bourgeoisie des environs de Saint-Quentin, dans l'actuel département de l'Aisne. Au , Éloy Fouquier de Tinville, sieur de Tinville, d'Hérouel, d'Auroir et de Foreste, était cultivateur et officier du roi à PéronneFamille Fouquier d'Hérouel, Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sedopols, 2012, p. 326-327..
Jeunesse Antoine Fouquier de Tinville naît à Hérouel le Répertoire ou Tableau des naissances depuis 178, Fol II. et est baptisé deux jours plus tard (d'où l'erreur fréquente sur sa date de naissance). Il est le deuxième d'une fratrie de cinq enfants. Son père, Éloy Fouquier de Tinville, cultivateur et seigneur d'Hérouël, lui attribue le nom de la terre de Tinville, tandis que celui d'Hérouël échoit à son frère ainé, Pierre-ÉloyDéputé à la Constituante et écuyer sous la Restauration.. Les deux frères cadets prennent ceux de Foreste et de Vauvillé. Sa mère, Marie-Louise Martine, vient d'une famille aisée.
Carrière En 1774, il achète un poste d'accusateur public au tribunal du Châtelet, une juridiction royale d'exception chargée de viser, entre autres, les révolutionnairesPaul R. Hanson, The A-Z of the French Revolution: Fouquier-Tinville, Scarecrow Press, 2007, pp. 134–134.. Il revend son poste pour payer ses dettes et devient secrétaire du Lieutenant général de police. Selon tous les témoignages, y compris ceux de ses critiques, Fouquier-Tinville aurait été un homme très travailleur et très consciencieux.
Pourtant, la Révolution française permet à Fouquier-Tinville de chercher des opportunités. Il émerge de l'anonymat lorsqu'il obtient un poste de commissaire à la section dite de « Saint-Merry », dans le quartier où il réside avec sa famille. C'est de là qu'il reprendra progressivement pied dans la carrière de la magistrature. En 1791, il tente vainement d'obtenir la place de greffier du Tribunal de CassationJacques Hérissay, Albert Croquez et Georges Loublié. Fouquier-Tinville, l'accusateur public (compte-rendu), Revue d'histoire de l'Église de France, Année 1946, 121, pp. 337-339 .
vignette|Antoine Fouquier-Tinville. Avec l'appui de son cousin, Camille Desmoulins, il obtient d'être désigné directeur d'un des jurys d'accusation du tribunal extraordinaire du , créé pour juger les royalistes arrêtés lors de la journée du 10 août 1792. Après la suppression de ce tribunal, le , il devient substitut de l'accusateur public du tribunal criminel de la Seine. Le , il est nommé juge au tribunal de Saint-Quentin mais il s'abstient de prendre son poste immédiatement. Le , il est finalement élu par la Convention accusateur-public du nouveau tribunal criminel extraordinaire (futur tribunal révolutionnaire). Il donne alors sa démission du poste au tribunal de Saint-Quentin.
Il ne rejoint cependant pas de mouvement politique précis, se tenant à distance des factions, comme des jacobins, et n'entretient pas de relations particulières avec les dirigeants montagnards, comme Maximilien Robespierre, selon Antoine Boulant.vignette|Acte de condamnation à mort signé par Fouquier-Tinville
Tribunal révolutionnaire Le , la Convention nationale crée le tribunal criminel extraordinaire portant le nom de Tribunal révolutionnaire à partir du 8 brumaire an II (). En sa séance du , la Convention procède à l'élection des membres de ce tribunal. Louis-Joseph Faure est élu accusateur public, par 180 voix sur 377 votants. Sont élus substituts : Fouquier-Tinville, 163 voix, Fleuriot-Lescot, 162 voix et Donzé-Verteuil, 162 voix. Faure décline alors la proposition et Fouquier-Tinville accepte la fonction.
C'est lui qui devient le moteur du tribunal, qui accueille les juges et les jurés, choisit la salle, rédige les actes d'accusation, fait appliquer la loi, reçoit le bourreau, fixe le nombre de charrettes de condamnés, et enfin, qui rend compte au Comité de salut public. Initialement surveillé par la Commission des six, le tribunal est, dès le début de son activité, débarrassé de cette tutelle, et c'est à l'accusateur public qu'échoit l'ensemble des prérogatives de faire arrêter, poursuivre et juger, sur dénonciation des autorités ou des citoyens.
Selon les Mémoires de Sanson, Fouquier-Tinville reprocha à l’exécuteur son manque de« civisme », en raison des égards qu’il témoignait à certains condamnés, et l’avertit qu’il serait étroitement surveillé s’il ne se conformait pas strictement aux exigences du Tribunal révolutionnaireCharles-Henri Sanson, Sept générations d’exécuteurs, 1688-1847, Paris, Dupray de la Mahérie, 1863, p. 282-283..
Grands procès pendant la Terreur vignette|Procès de Marie-Antoinette le , dessin de Pierre Bouillon, pierre noire, Paris, musée Carnavalet, 1793. Hébert est représenté assis au premier plan, devant Fouquier-Tinville. Il est l'accusateur public aux procès de Charlotte Corday (), de la reine Marie-Antoinette (23-25 vendémiaire an II, 14-), des Girondins (3-9 brumaire an II, 24-), d'Olympe de Gouges (03 frimaire an II, ), de Barnave (7-8 frimaire an II, 27-), de Madame du Barry (16-17 frimaire an II, 6-), des Hébertistes (-4 germinal an II, 21-), des Dantonistes (13-16 germinal an II, 2-), des fermiers généraux (16-19 floréal An II), d'Elisabeth, sœur de Louis XVI, du comte et de la comtesse de Sérilly et de leur famille (21 floréal An II, ) ou encore des Carmélites de Compiègne (29 messidor an II, ).
C'est toujours lui qui, après le 9 thermidor An II, procède à la reconnaissance d'identité des robespierristes mis hors-la-loi : Robespierre, Saint-Just et Couthon avant leur envoi à la guillotine. Ainsi, durant les dix-sept mois qu'il occupe ce siège d'accusateur public, Fouquier-Tinville requiert et obtient la mort de plus de deux mille personnes. Le , Fouquier-Tinville envoie une lettre, plus tard utilisée lors de son procès, à la Convention nationale :Nous sommes arrêtés par les formes que prescrit la loi. [...] D’ailleurs, on se demande, pourquoi des témoins ? La Convention, la France entière, accusent ceux dont le procès s’instruit ; les preuves de leurs crimes sont évidentes ; chacun a, dans son âme, la conviction qu’ils sont coupables ; le tribunal ne peut rien faire par lui-même, il est obligé de suivre la loi ; c’est à la Convention de faire disparaître toutes les formalités qui entravent sa marche Après la loi du 22 prairial an II (), qui renforce le caractère d'exception du Tribunal révolutionnaire et est à l'origine de « la Grande Terreur » qui durera jusqu'au 9 Thermidor, il prend l'initiative de réaménager la salle principale en faisant installer des gradins permettant de faire comparaître des dizaines d'accusés en même temps. Dans la salle même du tribunal, il fait également installer une guillotine, qui est finalement démontée après une double injonction du Comité de salut public.
Chute Dès , sa situation devient précaire, Maximilien de Robespierre cherchant à le faire remplacer en le considérant comme un soutien de Vadier et du Comité de sûreté générale.
Lors du 9 thermidor et la chute de Maximilien de Robespierre, Fouquier-Tinville poursuit son travail sans encombre. Lorsque le juge robespierriste Dumas est arrêté à la mi-journée en pleine séance, sur ordre d'un décret de la Convention nationale en pleine ébullition, Fouquier-Tinville décide de poursuivre avec les procédures judiciaires et demande que . Le soir même, alors qu'il dîne chez Coffinhal, il apprend la mise en état d'arrestation de Robespierre, Couthon, Saint-Just et des autres robespierristes. Il reçoit les nouvelles de l'évasion de Maximilien de Robespierre alors qu'il est avec Gabriel-Toussaint Scellier, un juge du Tribunal révolutionnaire. Le lendemain matin, il se rend à la Convention nationale pour l'assurer de la loyauté du Tribunal révolutionnaire. Barère présente alors à la Convention une liste de juges et de jurés pour remplacer ceux présents. En tête de la liste figure le nom de Fouquier-Tinville, avec la mention accusateur public. Ce n'est que trois jours plus tard que Fréron s'étonna de voir le nom de Fouquier-Tinville sur la liste et demande un décret d'arrestation contre lui.
Prévenu de sa prochaine arrestation, Fouquier-Tinville se rend de lui-même. Il reçoit le droit de se défendre à la Convention nationale, où il se rend le 21 thermidor an II (). Sa défense, où il renvoie la faute des exécutions sur Robespierre seul, ne convainc pas la Convention, qui décide de poursuivre sa mise en accusation en parallèle de certains de ses juges et jurés du Tribunal révolutionnaire. Tallien, l'un des dirigeants des Thermidoriens et l'un des députés centraux dans la chute de Robespierre, s'oppose à ce qu'il soit soumis à un interrogatoire poussé, ce qui est interprété généralement comme une manœuvre destinée à éviter que Fouquier-Tinville puisse donner des listes de députés ayant été complices de son travail judiciaire, y compris Tallien lui-même.
Procès du Tribunal révolutionnaire vignette|Portrait pris sur le vif de Fouquier-Tinville pendant son procès, par Vivant Denon, (coll. part.). vignette|Fouquier-Tinville jugé par le Tribunal révolutionnaire. Gravure de Berthault d'après un dessin de Girardet,Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1802.
Accusation