Le chameau sauvage de Tartarie (Camelus bactrianus ferus) est une sous-espèce de chameau parfois reconnue comme une espèce différente de l'espèce domestique qu'est le chameau de Bactriane (Camelus bactrianus). Il a été identifié pour la première fois par l'explorateur russe Nikolaï Prjevalski en 1878. L'aire de répartition du chameau sauvage était historiquement immense, mais est réduite de nos jours à quelques zones fragmentées situées dans des régions reculées et difficiles d'accès de Mongolie et de Chine. La population de chameaux sauvages compte quelques centaines de têtes seulement, et est considérée comme en danger critique d'extinction, en dépit des mesures prises pour sa préservation Camelus Ferus, Liste rouge de l'UICN..
Le chameau domestique diffère un peu du chameau sauvage, ce qui a mené certains scientifiques à leur attribuer une taxinomie distincte : Camelus bactrianus et Camelus ferus. Ce sujet doit faire l'objet d'études supplémentaires, parce que les recherches génétiques des dernières années sont plutôt en faveur d'une séparation entre le chameau sauvage et le chameau domestique Wild camels 'genetically unique', Matt Walker, BBC Earth, 22 juillet 2009.. La question de l'origine du chameau domestique et de son lien avec le chameau sauvage actuel reste encore ouverte.
Description Pelage La robe du chameau sauvage est marron-sable, variant selon différentes teintes (parfois plus rousse, plus sombre ou plus claire).
Différences entre le chameau sauvage et le chameau domestique
Il existe des différences notables entre le chameau domestique et le chameau sauvage, qui ont été identifiées pour la première fois par Nikolaï Prjevalski en 1878 (avant l'expédition de Prjevalski, l'existence de chameaux sauvages n'était pas connue, même si cette possibilité théorique était discutéeNouveau dictionnaire d'histoire naturelle, Tome V "cha-coc", Sonnini, Virey, Parmentier, Huzard, 1803, p. 1-6.).
thumb|230px|left|Monument à la mémoire de Nikolaï Prjevalski à Saint-Pétersbourg. Le chameau sauvage est en moyenne moins grand que le domestique, et a un corps plus robuste. Ses bosses sont plus petites et le museau plus étroit. Une autre différence est l'absence chez le chameau sauvage de callosités sur la poitrine et les genoux Chameau, zoo de Chita. De Kouldzhi au Tian Shan et à Lop Nor, Nikolaï Prjevalski, 31 mars 1878.. Même les empreintes du chameau sauvage diffèrent de celles du domestique, étant plus longues et étroites. Prjevalski décrit les différences entre le chameau sauvage et le domestique :
Les descriptions de Prjevalski sont encore pertinentes de nos jours, et présentent de nouvelles données précieuses. Selon lui, le chameau domestique descendrait de chameaux sauvages, mais les chameaux sauvages actuels seraient issus du croisement entre cette ancienne race sauvage et des chameaux domestiques marrons.
Même si certaines sources considèrent que le chameau n'a pas de sous-espèce Bactrian Camel, The Animal Files, 2006-2014., d'autres estiment que les différences entre le chameau domestique et le chameau sauvage sont suffisantes pour les séparer en sous-espèces distinctes Camelus Bactrianus, Mammal Species of the World, Linnaeus, 1758.. Une étude génétique récente a montré que le chameau sauvage et le chameau domestique, bien que génétiquement apparentés (appartenant au même taxon), constituent deux sous-espèces distinctes. Le génome du chameau sauvage diffère considérablement de celui du chameau domestique Camel Types & Breeds, CamelPhotos, 2005. (les chercheurs européens évoquent une variation de de l'ADN Scientists at Hannover Veterinary & Medical University describe research in animal science, China Weekly News, 8 juin 2010.), et de nombreux chercheurs penchent en faveur de l'emploi d'un nom différent pour le chameau sauvage : Camelus ferus. C'est sous ce nom que le chameau sauvage a été inscrit sur la Liste rouge de l'UICN.
D'autre part, en 2007, une étude de l'ADNmt du chameau sauvage a mené à le considérer comme une sous-espèce du chameau de Bactriane, nommée Camelus bactrianus ferus A complete mitochondrial genome sequence of the wild two-humped camel (Camelus bactrianus ferus): an evolutionary history of camelidae, Peng Cui, Rimutu Ji, Feng Ding, Dan Qi, Hangwei Gao, He Meng, Jun Yu, Songnian Hu et Heping Zhang, BMC Genomics, 18 juillet 2007. ; cette étude a aussi montré que les chameaux et les lamas ont le même ancêtre commun, estimé à il y a 25 millions d'années, soit bien avant que ce que donnait l'analyse des fossiles. Cependant, une autre étude tend à considérer que le chameau de Bactriane et le chameau sauvage sont des espèces distinctes, qui se seraient séparées il y a ; le chameau domestique ne descendrait pas du chameau sauvage actuel, mais d'une autre espèce de chameau de Bactriane sauvage, aujourd'hui disparue Monophyletic origin of domestic bactrian camel (Camelus bactrianus) and its evolutionary relationship with the extant wild camel (Camelus bactrianus ferus), Ji R, Cui P, Ding F, Geng J, Gao H, Zhang H, Yu J, Hu S, Meng H, Key Laboratory of Dairy Biotechnology and Engineering, Ministry of Education, College of Food Science and Engineering, Inner Mongolia Agricultural University, Huhhot, Inner Mongolia, China, 9 mars 2009..
Mode de vie Le chameau sauvage vit habituellement en troupeau de 5 à 20 têtes (parfois jusqu'à 30 Bactrian Camel, fiche descriptive surUltimate Ungulate, Brent Huffman, 23 mars 2004.) composé principalement de femelles et de petits ; le chef est le mâle dominant. Des jeunes mâles sexuellement matures peuvent parfois être observés au sein des troupeaux, mais cela n'arrive jamais pendant la période de rut.
Dans la nature, le chameau sauvage migre constamment d'un endroit à l'autre, tout en restant dans le cadre de son biotope, il vit dans des déserts de pierres, plaines et contreforts montagneux où la végétation est rare et grossière, et les sources d'eau peu nombreuses. L'eau est cependant indispensable à la vie du chameau ; les troupeaux sont assujettis aux zones où se trouvent points d'eau et sources. Après la pluie, de grands groupes de chameaux se massent sur les rives des rivières ou au pied des montagnes où se forment des sources temporaires. L'hiver, pour étancher leur soif, les chameaux peuvent manger de la neige.
Du fait de sa capacité à se déplacer aisément en milieu fortement pentu, le chameau sauvage se rencontre en montagne, à des endroits peu fréquentés par les mouflons eux-mêmes. Cela a attiré l'attention de Prjevalski. Par temps chaud, le chameau sauvage grimpe assez haut en altitude, jusqu'à . L'hiver, les animaux migrent sur 300 à au sud et se tiennent souvent dans des dolines qui les protègent du vent, ou dans des vallons de cours d'eau asséchés. En automne, le chameau reste auprès d'oasis boisées non occupées par l'homme. Les chameaux sauvages parcourent de longues distances chaque jour, même dans le cas où la nourriture est abondante, marchant 80 à en une journée, voire plus.
Le chameau est actif pendant le jour ; pendant la nuit, il dort ou est moins actif, occupé à ruminer. Pendant les tempêtes, le chameau peut rester allongé immobile pendant quelques jours. Par temps de pluie, il essaye de s'abriter sous des arbrisseaux ou dans des ravins, et par forte chaleur, il marche volontiers en haletant et en s'éventant de sa queue pour faire chuter la température de son corps Le chameau, zooclub..
thumb|Chameau allant l'amble, animation de 1887. Le caractère du chameau sauvage diffère nettement de celui du chameau domestique, étant beaucoup plus agressif et d'humeur querelleuse, tandis que le chameau domestique a tendance à être « lâche, stupide et apathique », comme le caractérisait Prjevalski. Cependant, malgré son agressivité, le chameau sauvage est prudent et extrêmement craintif, effrayé par les chameaux domestiques eux-mêmes. Le chameau sauvage, contrairement au domestique, a une vue très perçante, capable de repérer une voiture en mouvement à une distance d'un kilomètre. Au moindre danger, le chameau sauvage prend la fuite. Il est capable en circonstances extrêmes de courir jusqu'à sur de courtes périodes. Le chameau va l'amble.
L'explorateur suédois Sven Hedin rapporte ainsi les descriptions qui lui ont été faites du chameau sauvage durant ses expéditions en Mongolie-Intérieure à la fin du La patrie des chameaux sauvages, Sven Hedin, Au cœur de l'Asie, Tome 2, 1899. :
Par le passé, quand les chameaux sauvages étaient plus nombreux, les populations locales les chassaient. Cependant, en raison de l'extrême prudence et timidité du chameau sauvage, s'il n'était pas possible de leur tendre une embuscade, le seul moyen de les capturer était de les poursuivre à dos de chameau domestique. Le chasseur ne devait pas perdre de vue le troupeau de chameaux sauvages tout en essayant de l'empêcher de rejoindre un point d'eau ou ses abris habituels. De cette façon, il était possible de rattraper le troupeau et de s'approcher à distance de tir, mais cette course se prolongeait de nombreux jours et exténuait aussi bien le gibier que le chasseur.
Dans la nature, les chameaux sauvages vivent jusqu'à 40 voire Camelus bactrianus, Fedewa, J., 2000, Animal Diversity Web. Camelidae, Comparative Placentation, 6 avril 2008..
Alimentation thumb|left|Buissons de saxaoul dans le désert de Gobi, nourriture typique du chameau. Le chameau est exclusivement herbivore et, à l'instar du dromadaire, peut se nourrir des plantes les plus grossières et les moins nutritives. Il est capable de manger des plantes pourvues de telles épines qu'aucun autre animal ne peut les mangerLe chameau (Camelus dromaderius): étude bibliographique, publication du Centre International Pour l'Élevage en Afrique, E. Mukasa-Mugerwa, 1985, p. 33.. L'alimentation du chameau comporte 33 types de plantes parmi les 50 de la flore désertique du Kazakhstan.
Les chameaux sauvages se nourrissent principalement d'arbustes et de buissons de Salsola, apprécient l'oignon, le millet, le zygophyllum avec ses grandes feuilles charnues, mangent l'ephedra et les jeunes pousses de saxaoul, et en automne dans les oasis, consomment volontiers des feuilles de peuplier et des roseaux. Quand il n'y a pas d'autre source de nourriture, les chameaux peuvent manger des os ou de la peau d'animaux ainsi que des préparations à partir d'os et de peau.
Les chameaux retournent s'abreuver à leur point d'eau une seule fois en quelques jours. Si quelque chose les y dérange, ils peuvent l'éviter pendant deux voire trois semaines, en particulier l'été, quand il y a beaucoup d'humidité sur les plantes après la pluie. L'espèce sauvage possède la particularité de pouvoir boire de l'eau saléeUne nouvelle espèce de chameau en Asie, Fatim-Zahra TOHRY, L'économiste, Edition N° 953, 8 février 2001. des sources du désert. Le besoin en sel du chameau est très élevé. Les camélidés, et en particulier le chameau, sont connus pour leur capacité à boire de grandes quantités d'eau en une seule fois ; en cas de déshydratation importante, le chameau de Bactriane est capable de boire plus de d'eau en une fois Le chameau de Bactriane (Camelus Bactrianus), J. Lensch, Revue Mondiale de Zootechnie 92-1999/1..
Le chameau de Bactriane est capable de supporter la privation de nourriture sur une longue durée.
S'il est bien nourri, le chameau, sauvage comme domestique, commence à engraisser, spécialement en automneUn animal à préserver : le chameau de Mongolie, Camélidés, octobre 2005... Mais le chameau souffre plus en hiver que le cheval de la profondeur de la neige et surtout de la glace, qu'il ne peut pas percer pour atteindre les plantes qui sont dessous, étant dépourvu de sabot.
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