L’hôtel de Brunoy est un hôtel particulier, aujourd'hui disparu, situé à l'actuel rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le de Paris, en région Île-de-France.

Il est construit à la demande de Françoise-Émilie de Pérusse des Cars, marquise de Brunoy et épouse d'Armand-Louis Pâris de Monmartel (1er marquis de Brunoy et fils de Jean Pâris l'un des quatre frères Pâris, banquiers), par l'architecte Étienne-Louis Boullée, entre 1775 et 1779, et est alors considéré par les contemporains comme le chef-d'œuvre de ce dernier.

De l'hôtel, détruit en 1930, ne subsiste que l'encadrement de son portail monumental en pierre de taille, donnant sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, au . Histoire Entre 1767 et 1769, le fermier général Étienne-Michel Bouret réalise une importante opération immobilière sur un vaste terrain situé entre le faubourg Saint-Honoré et les Champs-Élysées, dont il fit l'acquisition, en plusieurs transactions, auprès des héritiers de Julien de La Faye. Cette propriété s'étendait entre la rue du Faubourg-Saint-Honoré au nord, les jardins des Champs-Élysées au sud, le Palais de l'Élysée à l'ouest et ce qui est aujourd'hui l'hôtel de Pontalba, et qui était alors l'hôtel de Poyanne, auparavant d'Aguesseau, à l'est.

Le M Bronod, notaire. Cet acte n'est pas mentionné dans le répertoire de l'étude Bronod au Minutier central des notaires, mais l'essentiel de son contenu est transcrit dans les divers actes notariés retraçant les mutations de l'hôtel de Brunoy., Bouret, après avoir divisé ce terrain en six lots, vend l'un d'eux, d'une surface d'environ 910 toises pour livres , à la marquise de Brunoy, née Pérusse des Cars.

Ce terrain avait été séparé d'une propriété correspondant aux à 17 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré (actuels à 47), qui s'étendait jusqu'aux Champs-Élysées, et dépendait d'un lot adjugé à Julien de la Faye sur le Le Bouteux par sentence du tribunal des requêtes de l'Hôtel du Les origines de propriété du terrain sont énoncées dans l'acte de vente de la moitié de la maison du à Charles-François Filleul, agissant pour le compte de Bouret, le ..

La marquise de Brunoy fait commettreordonnance du lieutenant civil du un architecte-bourgeois expert-juré, Pierre Taboureurà la fin de sa vie avocat au parlement, maître général des bâtiments de Sa Majesté, Ponts et Chaussées de France, architecte expert du roi, décédé le 27 octobre 1788, rue de Savoie, paroisse Saint-André des Arts, aux fins de constater les travaux à faire sur le terrain sur lequel elle envisage de faire bâtirSelon J.-M. Pérouse de Montclos (« Hôtel de Brunoy », in : La rue du Faubourg-Saint-Honoré, ), c'est bien un terrain nu dont la marquise de Brunoy fit l'acquisition. Peut-être Bouret avait-il fait démolir les constructions qui s'y trouvaient ? Il semble en tout cas exclu que, comme l'affirme Alfred Détrez, la construction ait été entreprise dès 1772 par Bouret qui aurait vendu un hôtel déjà construit ou en tout cas en voie d'achèvement à la marquise de Brunoy (A. Détrez, Op. cit., ). Peut-être cette confusion vient-elle du fait que de nombreux auteurs, parmi lesquels Krafft, ont daté à tort de 1772 la construction de l'hôtel de Brunoy.. L'expert dépose son rapport le Arch.nat. Z1J 1051. On ne connaît pas la raison du délai d'un an entre la vente et ce constat. J.-M. Pérouse de Montclos (art. cit., , note 9) émet l'hypothèse d'une erreur de date, mais dans ce cas il est curieux que la sentence du lieutenant civil désignant l'expert ait été antérieure à la vente du terrain.. Ce dernier procède également à la réception des travaux le , en présence de la marquise, cité par J.-M. Pérouse de Montclos, art. cit., . L'attribution de l'hôtel de Brunoy à Boullée est donc certaine.

L'architecte dépose seize mémoires des travaux ibid. qui sont vérifiés en plusieurs vacationsjusqu'au pour un total de livres non compris ses honoraires. Les mémoires sont signés La Thuille, maître maçon et entrepreneur, Férand, maître charpentier, Gorgu, maître couvreur, Laurens, maître-plombier, Le Bloue et Doré, maîtres serruriers, Langelin, treillageur, Lamelin, maître menuisier, Billonard, maître vitrier, Lecomte, paveur, Malhon, peintre et Cauvet, sculpteur, J.-M. Pérouse de Montclos, art. cit.. De l'avis des contemporains, cet hôtel est le chef-d'œuvre de Boullée.

À la Révolution, la marquise de Brunoy, ayant émigré, voit son hôtel confisqué comme bien national, lequel est acquis par le colonel Philippe-Paul de Ségur, en 1810, puis par James Alexander en 1823Jacques Hillairet (Dictionnaire historique des rues de Paris) mentionne une location en 1816 au maréchal Marmont, mais elle concernait plus vraisemblablement l'hôtel voisin correspondant à l'actuel (V. Rue du Faubourg-Saint-Honoré).. Ce dernier le revend dès l'année suivante à son compatriote Alexander Trampton qui le loue, en 1825, à la princesse Catherine Bagration, veuve du général russe Piotr Ivanovitch Bagration, laquelle finit par en faire l'acquisition en 1830. En 1857, après sa mort, ses héritiers vendent l'hôtel au banquier Charles Laffitte, qui le revend deux plus tard, à la princesse de Butera-Radali.

En 1878, les fils de cette dernière, le vendent au financier Eugène Pereire. À cette époque, l'hôtel est encore intactJ.-M. Pérouse de Montclos (art. cit., , note 15) indique que : et, pour y installer sa résidenceM. et Eugène Pereire sont portés comme domiciliés , rue du Faubourg-Saint-Honoré « en leur hôtel » en 1885 in : ., le nouvel acquéreur lui fait alors subir des transformations qui le dénaturent complètementCes transformations étaient conformes aux mœurs de l'époque : elles sont comparables à celles que les frères Pereire réalisèrent dans leur propre résidence, l'hôtel Chevalier, actuel , rue du Faubourg-Saint-Honoré. Dans l'environnement immédiat de l'hôtel de Brunoy, Émile Pereire est par ailleurs responsable de la démolition, à la même époque, des hôtels de Sabran (correspondant à l'actuel ) et de Villemorien (), et fut le promoteur de la rue de l'Élysée. : destruction du portique et de la toiture monumentale, surélévation d'un étage et couverture en combles mansardés, création d'un jardin d'hiver métallique sur la cour. Transformé en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale il est ensuite laissé à l'abandon. Racheté par une société immobilière contrôlée par le baron Edmond de Rothschild, il est rasé en 1930.

Le baron envisage alors de construire, sur son emplacement, un immeuble de rapport à destination de bureaux ou d'appartementsPauline Prévost-Marcilhacy, « Hôtel Edmond de Rothschild », in : La rue du Faubourg-Saint-Honoré, mais ce projet n'est pas mis à exécution avant sa mort en 1934 et son fils, le baron Maurice de Rothschild, l'ajourne car il souhaite alors, agrandir l'hôtel de Pontalba, voisin, d'une très longue aile en retour d'équerre sur le jardin.

Il fait toutefois construire, sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, au dessus de l'ancienne porte cochère, seul vestige encore visible aujourd'hui, un étroit immeuble portant le .

Aujourd'hui , une partie du terrain est incorporée dans le parc de l'hôtel de Pontalba, tandis que l'autre, avec accès sur l'avenue Gabriel, sert de parking.

Architecture thumb|upright=1.2|right|Hôtel de Brunoy. Dessin à la plume et lavis à l'encre brune par Jean-Baptiste Maréchal. Paris, Bibliothèque nationale de France, ancienne collection DestailleurRéférence bibliographique : Destailleur Paris, t. 4, . L'hôtel de Brunoy se trouve en cœur d'îlot. On y accède par une porte cochère s'ouvrant à l'emplacement de l'actuel 45 de la rue du Faubourg-Saint-HonoréL'hôtel a porté successivement les numéros 16bis (à la construction), 103 (en 1787), 60 (numérotage sectionnaire de 1792), 49 (numérotage impérial de 1805) et 45 (à partir de 1852)., donnant sur une allée de marronniers prise entre les hôtels d'Andlau et de Sabran et conduisant à la cour d'honneur après avoir laissé sur la gauche la basse-cour, bordée par les écuries.

Dans la cour d'honneur en hémicycle, côté Faubourg-Saint-Honoré, les remises sont abritées dans un bâtiment en arc-de-cercle à un étage en mansarde. Les entrées du corps de logis principal se font latéralement dans les ailes basses, à gauche pour l'escalier principal avec son vestibule et à droite pour l'escalier de service, desservant les offices en sous-sol.

Le corps de logis, double en profondeur, comprend six pièces communicantes, sans couloir : un salon, deux antichambres, un cabinet de toilette avec garde-robe et lieux à l'anglaise dans l'aile en retour sur la cour, une chambre à coucher avec boudoir et bibliothèque à la suite dans l'aile sur le jardin, une salle à manger s'ouvrant sur une salle de bains et un jardin d'hiver dans l'aile symétrique.

Le premier étage est en réalité un demi-étage, occupé sur la cour par les petits appartements, et sur le jardin par le volume du grand salon voûté à l'italienne. Sur le jardin, l'élévation est réduite à un étage noble en rez-de-chaussée, percé de cinq portes-fenêtres en plein-cintre surmontées d'une frise en bas-relief aveuglant l'espace du premier étage.

thumb|upright=1.2|right|Hôtel de Brunoy. Noter la couverture en treillage des ailes basses en retour sur le jardin. Aquarelle gouachée par Jean-Baptiste Maréchal. Brunoy, musée municipal.

Les deux ailes basses sur le jardin, également percées de portes-fenêtres en plein-cintre et couvertes de treillage pour se fondre avec la végétation du jardin, viennent buter en retour d'équerre contre la masse du corps de logis dont la dernière travée est plus basse et de même hauteur que les ailes.

En résulte un effet d'isolation majestueuse du principal corps de logis, renforcé par un portique de six colonnes d'ordre ionique surmonté d'une toiture en gradins sommée d'un groupe sculpté par François-Joseph Duret, sculpteur souvent associé à Boullée, représentant une figure de Flore accompagnée de deux enfants tenant des guirlandes de fleurslivré en 1776 par le sculpteur, ainsi qu'un bas-relief représentant un sacrifice à Flore destiné (portique) et deux figures d'enfants pour la (cité par J.-M. Pérouse de Montclos, art. cit., ).

Op. cit.,

L'ingéniosité de l'architecte s'est également déployée dans le jardin, où il a su tirer parti d'une parcelle étroite et resserrée entre les murs de clôture des hôtels mitoyens. J.-G. Legrand et C.-P. Landon, Op. cit.

La décoration intérieure de l'hôtel de Brunoy n'est pas connue précisément. Seul le grand salon est représenté par Krafft et Ransonnette et décrit par Legrand et Landon : plan carré, pilastres ioniques, triplets de glaces et de baies en plein cintre, frise ornée de rinceaux, puissante voussure couverte d'un sujet peint par Vincent, sans doute François-André VincentPrieur dans ses Petites maisons de Paris (Musée Carnavalet, Estampes, Topo 135 A, pl. 18 : coupe transversale, coupe sur le salon, l'antichambre et sur la chambre, plan général de l'hôtel et de son jardin, élévation perspective sur le jardin) (J.-M. Pérouse de Montclos, art. cit., ).. Dans la littérature L'hôtel est mentionné dans l'ouvrage de Jacques-Guillaume Legrand et Charles-Paul Landon Description de Paris et de ses édifices. La première édition de 1806 l'attribue à François-Joseph Bélanger. Cette erreur est corrigée dans la seconde édition de 1818., dans celui de Luc-Vincent Thiéry : , dans la Nouvelle description des curiosités de Paris de Jacques-Antoine Dulaure (1785), dans l’État actuel de Paris, ou le Provincial à Paris de Watin fils (1788), dans Le Cicerone Parisien de Nicolas-Amable-Germain Debray (1810) ; il a été gravé dans le recueil de Krafft et Ransonnette (1770-1800)pl. 1 : « Maison de de Brunoy construite par Boullée en 1772 ». Les auteurs précisent que : « Nous nous sommes procurés des artistes mêmes qui les ont érigés les plans et les détails ; nous avons levé et dessiné sur la place avec exactitude tous ceux dont les plans n'existaient pas. » (cité par J.-M. Pérouse de Montclos, art. cit., note 11).

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Références

Voir aussi