La bataille de Midway (en anglais ; en japonais , ) est un engagement aéronaval majeur et décisif de la Seconde Guerre mondiale qui oppose les marines du Japon et des États-Unis. Elle se déroula dans les premiers jours de au large des Îles Midway, lors de la guerre du Pacifique. Sept mois après son entrée en guerre contre les États-Unis, déclenchée par l'attaque de Pearl Harbor, le Japon avait atteint l'ensemble de ses objectifs de conquête. En provoquant la bataille, le Japon avait pour but d'éliminer les forces aéronavales américaines qui constituaient toujours une menace contre les conquêtes japonaises dans le Pacifique. Pour l'amiral Yamamoto, commandant des opérations, il s'agissait également de placer son pays dans une position de force pour négocier avec les États-Unis une paix entérinant le nouveau partage du territoire.
Le plan de l'amiral Yamamoto prévoyait d'attirer les porte-avions américains vers les forces navales japonaises en livrant un assaut aérien et terrestre contre l'atoll de Midway. Une attaque devait être menée en parallèle contre les îles Aléoutiennes. Malgré les moyens énormes mis en jeu par la marine japonaise, comprenant près de navales dont (seulement quatre ont participé aux combats) et , cette attaque fut un échec total. Les Américains, qui avaient percé le code japonais, connaissaient les détails et le calendrier de l'opération, tandis que les Japonais furent handicapés par l'échec de leurs missions de reconnaissance puis, au moment de la bataille décisive livrée par les quatre porte-avions de l'amiral Nagumo, par la division de leurs forces en plusieurs flottes. Les quatre principaux porte-avions japonais (Kaga, Sōryū, Akagi et Hiryū) ainsi qu'un croiseur lourd (Mikuma) furent coulés par les pilotes américains tandis que les pertes américaines se limitèrent à un porte-avions () et un destroyer, l'.
Cette bataille fut un tournant dans la guerre du Pacifique mais également dans la Seconde Guerre mondiale. Elle mit fin à la supériorité des forces japonaises dans l'océan Pacifique : celles-ci furent particulièrement touchées par la disparition de leurs meilleures unités aéronavales, parachevée peu après lors de la campagne des îles Salomon. La construction navale japonaise et un programme de formation accéléré des pilotes ne parvinrent pas à remplacer les pertes subies alors que les États-Unis augmentèrent dans le même temps et de façon considérable leur effectif de porte-avions et de pilotes d'appareils embarqués. La victoire de Midway, en réduisant la menace japonaise, permit également aux États-Unis de déployer une force navale considérable dans l'Atlantique Nord pour appuyer les forces alliées sur le front européen.
Contexte historique gauche|vignette|L'atoll Midway, plusieurs mois avant la bataille. Eastern Island avec l'aérodrome est au premier plan et la plus grande île, Sand Island, est à l'arrière plan à l'ouest. Après l'entrée en guerre du Japon contre les États-Unis déclenchée par l'attaque de Pearl Harbor le , la progression des troupes japonaises avait été fulgurante. Les Philippines, la Malaisie, Singapour puis les Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie) et leurs vastes ressources en matières premières avaient été conquises en quelques mois. Dès , l'armée japonaise dut définir la suite à donner à ses opérations militaires. Il existait cependant des divergences importantes sur les objectifs à poursuivre entre l'armée, qui souhaitait continuer les conquêtes terrestres en direction de l'Australie, et la marine, qui souhaitait au préalable supprimer la menace des porte-avions américains. Il existait aussi des dissensions entre le quartier-général impérial et l'amiral Isoroku Yamamoto ; la stratégie ne fut donc pas formulée avant ... Yamamoto parvint finalement à imposer l'idée de nouvelles opérations dans le Pacifique central en menaçant implicitement de démissionner...
L'objectif stratégique prioritaire pour Yamamoto était la destruction de la puissance aéronavale américaine qui avait échappé par chance au désastre de Pearl Harbor et qu'il considérait comme une menace pour l'ensemble des conquêtes japonaises dans le Pacifique. Yamamoto pensait que les Américains avaient été démoralisés par leurs nombreuses défaites durant les premiers mois de la guerre et qu'une autre défaite les forcerait à négocier un armistice... Les dirigeants japonais ne partageaient pas la préoccupation de Yamamoto vis-à-vis des porte-avions américains, mais leur attitude changea après le raid de Doolittle le , au cours duquel des bombardiers B-25 Mitchell de l'Armée de l'Air américaine lancés à partir du porte-avions avaient bombardé Tokyo et plusieurs autres villes japonaises. D'un point de vue militaire, le bombardement avait eu des résultats insignifiants, mais il eut un effet psychologique marquant sur les Japonais en démontrant que l'archipel japonais n'était pas à l'abri d'une attaque.. Ce bombardement et d'autres attaques lancées depuis les porte-avions américains avaient prouvé que ceux-ci constituaient toujours une menace..
L'état-major américain ne semblait toutefois pas vouloir engager ses précieux porte-avions dans une bataille navale en règle. Pour provoquer un affrontement et régler leur sort, Yamamoto estimait qu'une deuxième attaque contre la base américaine de Pearl Harbor forcerait toute la flotte américaine, dont les porte-avions, à se déployer pour affronter la flotte japonaise. Il estimait cependant qu'une attaque directe de Pearl Harbor, qui aurait mis la flotte japonaise à portée de l'aviation américaine basée au sol à Hawaï, était trop risquée. Il choisit donc de mener une offensive contre Midway, à l'extrême-nord-ouest de l'archipel d'Hawaï, à d'Oahu. Midway ne jouait pas un rôle stratégique particulièrement notable dans le plan du Japon, mais comme il était bien placé entre Pearl Harbor et le Japon, les responsables militaires japonais considéraient que les Américains la défendraient âprement... À l'époque, Midway ne constituait pas un avant-poste vital de l'armée américaine ; après la bataille de Midway, une base sous-marine y fut installée pour ravitailler les submersibles basés à Pearl Harbor, étendant leur zone d'opération de . Par la suite, un aérodrome y fut également installé, à partir duquel fut bombardé l'atoll de Wake..
Plan japonais vignette|gauche|Mouvements des flottes américaine et japonaise entre le 3 et 6 juin 1942. Le plan d'opérations de Yamamoto (établi avec Kameto Kuroshima et Minoru Genda) était, à l'image des autres plans de bataille japonais de ce conflit, particulièrement complexe.... Pour s'assurer de la victoire, Yamamoto avait rassemblé une énorme flotte d'environ comprenant notamment huit porte-avions et onze cuirassés.. Une partie de la flotte devait mener une attaque contre les îles Aléoutiennes.., tiré de Senshi Sōsho, vol. 43 : « Midowei Kaisen », (documents historiques militaires japonais).. Pour que les Américains ne découvrent pas l'ampleur du dispositif japonais, les navires étaient regroupés en plusieurs flottes qui naviguaient sur des routes différentes selon un tableau de marche préétabli. Par conséquent, les cuirassés et les croiseurs de soutien de Yamamoto se trouvaient à plusieurs centaines de kilomètres derrière les quatre porte-avions de Chūichi Nagumo qui jouaient un rôle central dans la destruction des porte-avions américains. La puissante flotte de surface du Japon devait apparaitre uniquement pour achever la destruction des forces américaines arrivées au secours de Midway une fois qu'elles auraient été suffisamment affaiblies par les porte-avions. ; cette idée d'un duel d'artillerie navale était typique de toutes les marines à une époque où la puissance des porte-avions était encore relativement inconnue, tiré du Senshi Sōshō, ..
Le plan japonais partait de l'hypothèse optimiste formulée par les services de renseignement que l' et l', formant la Task Force 16, étaient les seuls porte-avions américains disponibles dans le Pacifique à ce moment. Lors de la bataille de la mer de Corail, les 7 et , l' avait été coulé et l' avait été tellement endommagé que les Japonais considéraient qu'il avait également été détruit. Les Japonais savaient également que l' avait été endommagé par une torpille et était réparé sur la côte Ouest des États-Unis.
Cependant, Yamamoto ignorait que les États-Unis avaient cassé le principal code secret de la marine japonaise (appelé JN-25 par les Américains). L'accent mis par Yamamoto sur la dispersion de ses navires signifiait que les flottes ne pouvaient se soutenir mutuellement. Par exemple, seuls cinq grands navires, deux cuirassés et trois croiseurs, protégeaient le groupe aéronaval de Nagumo, tandis que les porte-avions devaient mener les frappes et supporter seuls le gros des contre-attaques américaines.. Par contraste, les flottes de Yamamoto et de Kondo regroupaient deux porte-avions légers, cinq cuirassés et six croiseurs et aucun ne participa à l'affrontement à Midway. L'éloignement de ces deux flottes avec les porte-avions de Nagumo eut de graves conséquences durant la bataille, car les grands navires des forces de Yamamoto et de Kondo transportaient des avions de reconnaissance, un atout indispensable dont fut privé Nagumo.
De plus, les opérations japonaises contre les îles Aléoutiennes () mobilisèrent des navires qui auraient pu sans cela renforcer les unités dirigées contre Midway. Alors que les rapports historiques ont souvent avancé que l'attaque des Aléoutiennes était une diversion destinée à diviser les forces américaines, des recherches récentes sur la bataille indiquent que l' devait être menée simultanément à l'attaque de Midway. Cependant, un retard d'une journée dans la traversée de la force principale de Nagumo fit que l' commença un jour avant l'attaque de Midway, tiré de Senshi Sōshō, ..
Ordre de bataille
Prélude Renforts américains thumb|upright=1.25|left|L'USS Yorktown en cale sèche à Pearl Harbor en , peu avant son départ pour Midway. Pour affronter un ennemi pouvant aligner quatre ou cinq porte-avions, l'amiral Chester Nimitz, commandant en chef de la flotte du Pacifique, avait besoin de tous les porte-avions américains disponibles. Il avait déjà les deux porte-avions sous les ordres du vice-amiral William F. Halsey (l'USS Enterprise et l'USS Hornet) même si Halsey souffrait de psoriasis et dut être remplacé par le Raymond Spruance, le commandant de l'escorte de Halsey.. Nimitz rappela également précipitamment la Task Force du contre-amiral Frank J. Fletcher comprenant l'USS Yorktown, qui avait été lourdement endommagé lors de la bataille de la mer de Corail.
Malgré les estimations avançant que l'USS Yorktown aurait besoin de plusieurs mois de réparations dans le chantier naval de Puget Sound, ses ascenseurs étaient intacts et son pont d'envol était peu endommagé.. Le chantier naval de Pearl Harbor travailla sans interruption durant pour que le navire puisse soutenir deux à trois semaines d'opérations en haute mer., comme demandé par Nimitz.. Son pont d'envol fut réparé, des sections complètes des cadres du navire furent remplacées et plusieurs flottilles de l'USS Saratoga furent redéployées sans avoir eu le temps de s'entraîner.. Nimitz ne respecta aucune procédure pour disposer de son troisième et dernier porte-avions et les réparations sur le navire continuèrent même après que ce dernier eut quitté la cale sèche..
Le , la Marine de guerre américaine disposait sur Midway de quatre flottilles d'hydravions PBY Catalina soit au total pour des missions de reconnaissance et de six TBF Avenger récemment mis en service et détachés de l'USS Hornet.. Le Corps des Marines avait , , et . L'Armée de l'Air américaine fournit un escadron de ainsi que huit B-26 Marauder armés avec des torpilles. Soit au total déployés à Midway..
Défaillances japonaises vignette|LAkagi, le navire amiral de la flotte japonaise en avril 1942.