Tania Mouraud, née le à Paris, est une artiste contemporaine française, membre de l'Académie des Beaux-Arts (fauteuil VIII, section Peinture).

Son œuvre revêt des formes très différentes, tout en restant fondée sur un réel engagement social et un questionnement ontologique ; elle mobilise chez le spectateur la conscience de soi et du monde dans lequel il se trouve.

Autodidacte, Tania Mouraud débute très jeune son parcours artistique avec ses Initiation rooms, espaces dédiés à l’introspection. Dans les années 1970, c’est par une approche analytique et intellectuelle, que Tania Mouraud allie art et philosophie dans un travail d’abord fondé sur les mots, puis plus tard sur leur typographie, porteuse de sens en elle-même.

À cette même période, les séries de photographies que réalise l'artiste se font de plus en plus nombreuses. À la fin des années 1990, Tania Mouraud crée ses premières vidéos. Les thèmes de l’angoisse et de la responsabilité au monde, sont à la base des vidéos de cette artiste, dont la vie est marquée par le deuil : (entretien avec Tania Mouraud par Catherine Grenier).

Le travail dans le champ de la vidéo incite Tania Mouraud à radicaliser son œuvre par le son. Après des concerts avec le groupe Unité de Production qu'elle fonde en 2002, Tania Mouraud se lance dans des performances live en solo. Ses installations vidéo, avec notamment Ad Infinitum (2008). ou encore Ad Nauseam (2014). et sa collaboration avec l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) marquant ainsi un nouveau tournant dans son œuvre.

Le débute Tania Mouraud. Une Rétrospective, la première grande exposition monographique de l'artiste au Centre Pompidou-Metz.. Cette retrospective s'accompagne de 9 autres expositions à Metz dans 9 lieux différents comme le FRAC Lorraine ou encore à la galerie d'exposition de l’Arsenal. Le tout apparaît comme un véritable itinéraire à travers la ville..

Biographie Jeunesse et début de carrière

Tania Mouraud naît à Paris le . Elle est la fille de Martine Mouraud, journaliste devenue ensuite femme d’affaires puis écrivaine, et de Marcel Mouraud, avocat et collectionneur d’art moderne, tous les deux engagés dans la Résistance.. Marcel Mouraud, de son nom de résistant Pierre Duval, meurt en action le 25 août 1944 lors d'une mission de reconnaissance.

Durant son enfance, Tania Mouraud est très tôt sensibilisée à l’art par sa mère qui l'emmène toutes les semaines au Louvre. Elle part ensuite en pension en Angleterre puis part vivre en Allemagne à 17 ans. Elle y rencontre les formes artistiques les plus avant-gardistes et décide, après la naissance de son premier enfant en 1963, de devenir artiste.Celle qui n'avait pu entrer à l'école des Beaux-Arts de Düsseldorf se forme au contact des membres du groupe ZERO, de Beuys, Cage, Corso, Coltrane... et se lie d’amitié avec Gotthard Graubner et Reiner Ruthenbeck.

À la fin des années 1960, elle séjourne à New York, où elle rencontre Dennis Oppenheim, et entre en contact avec la scène artistique new-yorkaise.

Sa première exposition a lieu en 1966, la galerie Zunini à Paris où elle présente ses Peintures médicales.

En 1968, au retour de la documenta IV qui l'a profondément marquée et qui lui a fait réaliser que la peinture était un médium qui pouvait dépasser le cadre de la toile, Tania Mouraud brûle toutes ses peintures à l'exception de celles qui se trouvent entre les mains des galeries, faisant de cet autodafé un acte public.

Années 70

Dès la fin des années 60, le travail de Tania Mouraud est protéiforme : l'artiste touche à de nombreux médiums et fait de l'oeuvre d'art une proposition analytique, qui prend les traits d'écritures, de performances et d'installations.

Une interrogation de la perception comme source de connaissance Elle travaille la malléabilité et la plasticité de l’écriture depuis les années 1960. Il s’agit pour elle d’un système de représentation, avec ses mises en évidence et ses invisibilités.

Très tôt, les Photo-textes (1971 - 1973), les Plastics (1972 - 1990), les Mandala (1972-1974) ou encore la performance Kairos (1978) interrogent la perception, la lecture, et la manière dont la langue dissimule le réel et les limites du langage.

En 1975, elle réalise des installations in situ dites « Art Spaces » dans lesquelles de courtes phrases écrites sur des bâches de plastique de chantier à la dimension des murs et interrogent les conditions de la perception visuelle et amènent vertigineusement le spectateur à prendre conscience en profondeur de ce qu’il est en train de faire. «SEEING».

Tania Mouraud poursuit cette problématique en fondant le groupe TRANS avec Thierry Kuntzel puis avec Jon Gibson à travers des installations. Tania Mouraud expose alors au PS1 de New York, elle y rencontre Dara Birnbaum et Dan Graham. Cette même année, elle commence à enseigner à l’École régionale supérieure d’expression plastique de Tourcoing.

City Performance n°1 En 1977, Tania Mouraud organise sa première City performance : 54 panneaux d'affichage sont investis dans Paris sur lesquelles le mot « NI » est écrit en 4 x 3 mètres, dans plusieurs arrondissements parisiens. « Négation absolue, déni d’autant plus troublant qu’il ne dit pas ce qu’il vise. Cette opération semble bien se constituer en résistance aux formes habituelles du discours publicitaire, et de la sphère marchande au service de laquelle il se place » écrit Arnauld Pierre.

Wallpaintings vignette|SOAVE, wallpainting (peinture murale), 2019, station Durandy de Nice, La même année durant un montage d'exposition, elle a l'intuition d'une oeuvre qui écrirait à échelle d'architecture : une écriture du sol au plafond. C'est deux ans plus tard qu'elle initie les Wall paintings qu'elle développera tout au cours de sa vie : des écritures étirées à échelle d'architecture jusqu'aux limites du lisible, noires sur blanc. Les phrases que l'artiste choisit sont issues d'un répertoire littéraire vaste : poèmes, opéras, discours politiques, textes religieux et chansons populaires. En 1989, « WYSIWIG» (What you see is what you get) à la BPI du Centre Georges-Pompidou est ainsi " le premier des Wall Paintings de Tania Mouraud qui dissimulait sous ses hautes apparences le slogan d’une marque d’ordinateur bien connue". « I HAVE A DREAM » en 1992 cite quant à lui le célèbre discours de Martin Luther King.

Lorsqu’elle expose sa série de Wall paintings au sein même de l’école d’art où elle enseigne, Tania Mouraud transmet sa vision de la responsabilité de l'artiste face à l'histoire. : .

Elle expose alors dans de nombreux centres d’art en France, puis en Angleterre, au Canada et aux États-Unis.

Initiation rooms En 1968, Tania Mouraud crée ses premiers Environnements, dits « Initiation Rooms ». Il s’agit d’espace blancs laqués, dans lesquels tout concourt à l’introspection. Appréhender l’espace d’une façon psychosensorielle, prendre conscience de soi à travers les perceptions. Ces environnements ont accueilli les performances du chanteur indien Prân Nath, d’Ann Riley et Terry Riley, ainsi que de La Monte Young et de Marian Zazeela.

Tania Mouraud envisage ces espaces comme une pièce à ajouter dans nos appartements ; « un supplément d’espace pour un supplément d’âme » comme le dit Pierre Restany.

Tania Mouraud suit des cours de logique mathématique au Centre universitaire de Vincennes, puis part pendant 6 ans en Inde au Kerala. Elle y séjourne régulièrement six mois par an.

Années 80 Tania Mouraud poursuit ses recherches sur la plasticité du langage et de l'écriture en approfondissant son étude des contreformes des lettres, qu'elle explorait déjà avec City Performance n°1 (1977). Naît alors la série des Words (1988), celle des Black Continent (1990-1991), celle des Black Power (1988-1992) et la pièce Alea 718 (1989).

Cette dernière pièce use d’un programme informatique pour établir une composition unique, que l’artiste veut libérée des canons picturaux patriarcaux grâce à la part de hasard permise par le processus.. Ce goût pour la programmation sera également mis à l’oeuvre avec les Mots-Mêlés (2017-2021)., qui cachent derrière des aplats noirs des poèmes ou des extraits d’opéras.

Photographies À partir du milieu des années 1980, diverses séries photographiques voient le jour, notamment Made in Palace, composée de photos en noir et blanc prises au cours des « gay parties » d’un club parisien, montrant des espaces mouvementés et multisensoriels par un travail de flous. Pour l’artiste, il y a là un lien entre peinture et photographie. D’autres séries apparaissent jusqu’en 1992, composées de photos d’objets kitsch dans différents endroits. « Les Vitrines » ou encore « Les Rétrovisées ».

Années 90 - 2000

Un art social En 1993, Tania Mouraud réalise « Appartement 374 », une intervention permanente dans un appartement de l’Unité d’habitation Le Corbusier à Firminy. Les signes codifiés des gens du voyage sont sablés sur les vitres de la salle de séjour, transformée en « maison accueillante ». Pendant la durée de l'exposition, des croissants étaient distribués gratuitement au public.

En 1996, elle sème 4000 petites médailles marquées du mot love dans les rues de New York, à la Fondation Cartier et à Metz pour la fête de la mirabelle.

Cette même année, elle expose Le Silence des héros pour l’exposition Territoires occupés à Zweibrücken, en Allemagne. Le long des murs de la pièce, des drapeaux rouges et noirs sont enroulés et posés contre le mur.

Vidéos et installations Pour l'artiste, la pratique de a longtemps été mise de côté mais c'est à partir des années 1990 que Tania Mouraud s'intéresse progressivement à la vidéo : . Les années 2000 marquent un tournant pour l'artiste : la pratique de la vidéo devient une part importante de son œuvre.

Parmi les principales créations : Sightseeing, 2002. Un paysage hivernal, brumeux, filmé à travers une vitre embuée, défile sous nos yeux, escorté d’un air incisif de clarinette klezmer. Pendant sept minutes, la route est une montée d’angoisse, jusqu’à l’arrêt, enfin : en face, un chemin amène fixement notre regard sur un lieu dont on ne s’approchera pas. On lit alors qu’il s’agit du camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace... . La Curée, 2003. Des chiens de chasse à courre dévorent, dans un ralenti sensuel, de la viande crue. . Le Verger, 2003. Des images de fleurs aux couleurs vives alternent avec des images de guerre dans un rythme difficilement soutenable et dans un air lourd et métallique, ponctué de cris déchirants.. Le Verger est exposé à Caen au Fonds régional d'art contemporain de Basse-Normandie. « La Fabrique », 2006. Installations vidéo, filmée en Inde, qui sera exposée dans plusieurs villes en France, et notamment à la Foire internationale d'art contemporain représentée par la galerie Dominique Fiat, puis en Californie, puis au Canada et enfin à Saint-Pétersburg. "Les visages de 108 ouvriers et ouvrières sur une multitude de moniteurs dans le son assourdissant des métiers à tisser fixent le visiteur en accomplissant un travail mécanique. Les corps disloqués de ces travailleurs sont le moteur d'une étrange fabrique...".. Roaming, 2009. Cette installation vidéo est exposée au musée de la chasse et de la nature à Paris. Le communiqué de presse pour le vernissage en 2008 de Roaming, Borderland indique que cette création ..

Ad Infinitum, '2009, installation vidéo à la chapelle de l’oratoire de Nantes. Projetées à l'intérieur de la chapelle, des baleines filmées de près apparaissent et disparaissent dans une eau trouble et noire. Pour Tania Mouraud . .

Son et Performances sonores Tania Mouraud fonde en 2002 le groupe d’expérimentation musicale « Unité de Production » avec Christian Atabekian, Ruben Garci, Pierre Petit, Cyprien Quairiat, Marie-Odile Sambourg, Sylvain Souque et Baptiste Vandeweydeveldt.