Le portait de Charlotte-Élisabeth de Bavière, duchesse d'Orléans et princesse Palatine du Rhin, a été exécuté en par le peintre français Hyacinthe Rigaud pour répondre à la sollicitation d'un commanditaire du modèle.

La commande Le portrait de la princesse Palatine Élisabeth-Charlotte von Wittelsbach-Simmern (1652-1722) a été peint par Hyacinthe Rigaud afin de satisfaire à une commande du conseiller d'État, Nicolas-Joseph Foucault (1643-1721). Ce dernier, grand collectionneur et érudit, était devenu vers la fin de sa vie, chef du Conseil de celle qu'on appelait « Madame », séduite par son érudition, et désirait un portrait de sa « bienfaitriceIrène Aghion, Mathilde Avisseau-Broustet, Dominique Morelon, Catalogue de l'exposition, « Histoires d'archéologie, de l'objet à l'étude », Paris, INHA, 2009, p. 76-77. ». Rigaud, dans sa biographie de 1716, juge avec suffisamment d'importance cette commande pour y faire référence :

Fille de Charles-Louis Ier et de Charlotte de Hesse-Cassel, arrachée à son pays natal, le Palatinat, elle fut parachutée à la cour de France où sa rusticité et son franc-parler fit d’elle une amie d’un Louis XIV amusé qui avait discerné les qualités humaines de sa belle-sœur mais aussi la risée d’une cour superficielle et fortement attachée à ses valeurs.

Par son caractère rieur, enjoué, blagueur, et parfois outrancier, Madame apparaît dans le portrait de Rigaud telle qu’elle était, sans idéalisation, sans cette demi-teinte qui apparaît dans d'autres portraits et principalement dans celui jusqu'à présent attribué à Largillierre comme la représentantChantilly, musée Condé et où l’on a du mal à la reconnaître. Ce dernier tableau est, depuis le dernier catalogue, rejeté comme représentant la duchesse. vignette|Portrait de la princesse Palatine par Contantin Netscher (1668-1723), château de Blois. Rigaud n’est pas le moins du monde complaisant, mais il va faire siens, l'auto-description de Madame, laquelle livre son propre portrait à deux reprises. Une première fois dans une lettre à Amelise () : « J’ai toujours été laide et le suis devenue encore plus depuis la variole. Ma taille est de plus d’une grosseur monstrueuse ; je suis carré comme un dé. Ma peau est d’un rouge tacheté de jaune, je commence à grisonner et mes cheveux sont poivre et sel, mon front et mes yeux tout ridés, mon nez toujours aussi de travers mais très brodé par la variole, ainsi que mes deux joues. J’ai les joues plates, un double menton, les dents gâtées [...]. Voici, chère Amelise, ma jolie figure ».

L’année suivante (), écrivant à Sophie de Hanovre, elle poursuit : « Ma graisse est mal placée, de sorte qu’elle me va mal. J’ai, sauf votre respect, un derrière effroyable, un ventre, des hanches et des épaules énormes, la gorge et la poitrine très plates. A vrai dire, je suis une figure affreuse [eine wüste hessliche Figur], mais j’ai le bonheur de ne pas m’en soucier, car je ne souhaite pas que quelqu’un tombe amoureux de moi. Je suis persuadée que mes bons amis ne regarderont que mon caractère, pas ma figure [...] ». Pour conclure, le portrait que fait d’elle Saint-Simon, à la fois dur et tendre, suit l’effigie fixée par Rigaud :

Dans une lettre datée du , l’épouse de Monsieur, prend le temps de signaler à la duchesse de Hanovre l’existence du peintre catalan : « Il y a un peintre ici, Rigo, qui bégaye si horriblement qu’il lui faut un quart d’heure pour chaque mot. Il chante dans la perfection et en chantant il ne bégaye pas le moins du mondeDirk Van der Cruysse, Madame Palatine, Paris, Fayard, 1988, .. »

Dans une autre missive adressée le , à sa demi-sœur, la raugrave Louise, elle parle de son portrait par l'artiste : (« Il m’a si parfaitement reproduite que cela en est étonnant ; vous verrez, chère Louise, à quel point j’ai vieilli »)E. Bodemann, Briefe der Herzogin Elisabeth Charlotte von Orléans. Hrsg. von Wilhelm Ludwig Holland. Stuttgart [u.a.] (Bibliothek des Litterarischen Vereins in Stuttgart ; 88, 107, 132), II, lettre N°580, p. 314. ». Visiblement satisfaite du travail, la princesse avait bien vite oublié les griefs qu’elle entretenait avec les artistes chargés de la représenter : « Ce n’est pas ma faute si vous n’avez pas encore reçu mon portrait ni celui de mes enfants. J’avais donné ordre à mon surintendant de faire faire ces portraits en toute diligence, mais je n’ai pas voulu qu’on les expédie sans que je les aie vus. Quand on me les montra, je les trouvai affreux : ils ne valaient absolument rien ». Peut-être pense-t-elle à son portrait par Netscher ? Mais elle concède que « on trouve qu’il est difficile de faire mon portrait, car je n’ai pas la patience de poser convenablement ».

Historique et description vignette|La princesse Palatine par Marie Horthemels d'après Hyacinthe Rigaud - 1714 Le portrait par Rigaud, payé 6000 livres du fait du rang royal du modèle et de la représentation à mi-corps avec accessoire, est connu depuis longtemps par les nombreuses copies existantes. L'exemplaire autographe est désormais à identifier dans l'exemplaire récemment acquis par le Deutsches Historisches Museum de BerlinInv. GM 96/37. En effet, on conserve une trace de date et de signature sur la base de la colonne de droite, ce qui est assez rare chez l'artiste qui ne signait que ses grandes commandes prestigieuses : « [fait] par… / Hy… : R… g… d. / 17… » Les signatures au revers des toiles de l'artiste sont toujours du fait de l'atelier, en guise de pense-bête, et au cas où l'on devrait identifier l'auteur de la toile et la refaire le cas échéantVoir Perreau 2004.

De plus, l'œuvre provient des collections du duc d’Orléans puis, par héritage, était passée au . Conservée dans le salon de musique du manoir d’Anjou à Woluwe-Saint-Pierre où le « comte » était en exil, la toile fut proposée à la vente Sotheby’s de Monaco, sous le lot 11p. 14-15 du catalogue de vente. puis, à la suite de l'annulation de la vente, re-proposée au même endroit le lot 11, repr. p. 19 du catalogue où elle fut acquise par le musée actuel pour .

La duchesse d'Orléans est figurée assise dans un fauteuil de bois de noyer aux accotoirs de feuilles d'acanthe, accessoire souvent repris par l'artiste dans ces années 1710-1715, ce qui pourrait faire supposer que le meuble lui appartenait Il pourrait s'agir du lot 64 de l'inventaire après décès de l'artiste, conservé dans un garde meuble donnant sur la rue Neuve-des-petits-champs : « Item un grand fauteuil de bois de noyer remply de crin couvert ainsy que ses manchettes de damas de différentes couleurs, un petit boudin remply de plumes couvert de satin blanc piqué, prisés la somme de vingt livres » (fol. 10). Inventaire après décès de Rigaud. Elle pose face au spectateur, retenant dans sa main droite un voile de gaze noir, symbole de son veuvage, tandis que son autre main se pose délicatement sur une couronne ouverte, symbole de son appartenance à la famille royale française et au duché non souverain d'Orléans.

La « princesse Palatine » est vêtue d'une ample robe de brocard d'or et de feuillages qui cache difficilement son embonpoint (ce qui lui vaut d'être brocardée comme le « Ventre de l'Europe ») et qui est agrémenté d'un gros collier de perles qu'elle poste en ceinture. Jeté sur ses épaules, le manteau fleurdelisé est un autre rappel de son appartenance à la famille régnante de France.

L'exemplaire conservé au musée de Brunswick est sans aucun doute l’une des deux grandes répliques payées en cette même année 1713, contre , et offerte, en 1716 au duc Auguste-Guillaume de Brunswick-Wolfenbüttel (1662-1731), fils d'un modèle de Rigaud, Antoine-Ulrich de Brunswick-Wolfenbüttel (1633-1714), oncle par alliance de l'empereur et du tsarévitch, qui visitait la France dans le cadre de son Grand Tour, en 1701, en se faisant peindre d’ailleurs par Nicolas de LargillierreHanovre, Herrenhausen-Museum ; repr. dans Rosenberg 2005, p. 77.. Le duc remercia la princesse qui répondit qu’on lui avait fait trop d’honneur en accrochant son portrait dans le beau château de Salzdahlum.

La copie de Versailles, quant à elle, tronquée sur les côtés et dans sa hauteur semble constituer une commande d’État. La princesse résidant, au terme de sa vie, au Château de Saint-Cloud qui fut détruit en 1871, on peut penser qu’elle avait gardé son effigie dans ses appartements mais qu’elle fit partie des œuvres d’art qui purent être décrochées avant le désastre.

L’estampe de Charles Simonneau plut tant au Régent, fils de « Madame », qu’il ordonna d’en tirer 400 exemplaires afin de les envoyer à George de Grande-Bretagne, cousin germain de sa mère, au prince et à la princesse de Galles, ainsi que les principaux membres des États Généraux des Provinces-Unies. Marie Horthemels, épouse du graveur Tardieu, en livra une estampe semblable, au cadrage plus serré, très inspirée de la planche de Simonneau, mais au visage plus ingrat.

La composition de Claude Guy Hallé rejoint celle de Pierre Imbert Drevet. La princesse est vue en médaillon. Hallé, qui sera le modèle de Legros, disciple de Rigaud, rappelons-le, choisit un thème d’histoire. Drevet, lui, dont la mine est plus délicate, introduit des cornes d’abondance. La drapé que semble avoir inventé Rigaud, et que cite Hulst et MariettePierre-Jean Mariette, Notes manuscrites sur les peintres et les graveurs, 1740-1770, Paris, B.N.F., Est. Ya2 4, III, f° 47 v °, n° 69, VII, f° 17, fait référence à l’hermine du manteau de la princesse, agencé de manière plus serré.

Copies et travaux « 2 de Madame de la même grandeur que l’original » pour (1713). « 2 de Madame » par Bailleul pour 400 livres (1713). « 2 de Madame d’Orléans dorière [sic] » par Bailleul pour 400 livres (1714). « 1 teste de Madame douairière » par La Penaye pour 12 livres (1714). « 1 de Mad que je n’ay pas entièrement finie » par La Penaye pour 24 livres (1716).

Œuvres en rapport Huile sur toile. H. 146 ; L. 114. Brunswick, Herzog Anton Ulrich museum. Inv. GG 524Pierre Rosenberg, Gesamtverzeichnis Französische Gemälde des 17. und 19. Jahrunderts in deutschen Sammlungen, Kunst und Ausstellungshalle der Bundesrepublick Deutschland in Bonn und Bayerische Staatsgemäldesammlungen, München, 2005, p. 164, n° 956, repr. p. 165.. Daté au dos : « 1713 ». Entré dans les collections avant 1716. Cat. Brunswick, 1900, p. 366, n° 524 ; Cat. Brunswick, 1975, p. 10, repr. n° 9 ; Cat. Brunswick, 1976, p. 49 ; Cat. Brunswick, 1991, p. 28 ; Cat. Brunswick, 1993, p. 30 ; Cat. Genf, 1996, p. 242, repr. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 132 ; L. 109. Versailles, musée national du château. Inv. 7521, MV2084, LP 637. Ancienne collection d’Orléans. Mentionné au château de Saint-Cloud puis au Palais-Royal. Entré à Versailles sous Louis-Philippe (1834). Huile sur toile d’après Rigaud. H. 147 ; L. 116. Genève, musée d’Art et d’histoire. Inv. 1843-3. Offert en 1718 par la duchesse au peintre suisse Jacques-Antoine Arlaud (1668-1743) ; entré à sa mort dans les collections de la bibliothèque de Genève ; déposé en 1843 au musée Rath ; entré au musée d’art et d’histoire en 1910. Arlaud, peintre en miniature était un ami de Rigaud et de Largillierre dont il copiait en petit les portraits. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 124,5 ; L. 95. Vente Paris, hôtel Drouot (Cornette de Saint-Cyr), , lot. 14, repr. ; vente Versailles, hôtel des Chevau-légers, (Perrin-Royere-Lajeunesse), lot 50 (repr.). En provenance du château d’Eu, collection de Louis Philippe, tronqué comme à VersaillesJean Vatout, Le château d’Eu, Paris, Félix Malteste, 1836, t. III, p. 259. Lors de la dernière vente on signalait une signature « Peint par Hyacinthe Rigaud 17.. ».