L’histoire des Juifs en Italie, la plus ancienne communauté juive d'Europe occidentale, remonterait à la révolte des Maccabées. Leur présence devient significative en et ils prospèrent sous l'Empire romain, en dépit de quelques heurts liés à l'attachement des Juifs à leur foi ancestrale et cela, malgré la possible assimilation par les Romains des chrétiens à des Juifs révolutionnaires., jusqu'à l'établissement de l'Empire chrétien.

La conversion des autorités au christianisme au rend le statut des Juifs plus précaire. Cependant, l'absence d'autorité centrale du leur permet de demeurer dans la péninsule et les protège des expulsions. L'Italie accueille même les Juifs en provenance des terres espagnoles après 1492. Toutefois, c'est à Venise, en 1516, qu'est créé le premier ghetto. D'autres sont instaurés par les autorités pontificales à Rome et dans d'autres villes au cours du .

L'égalité des droits est proclamée par le Statut albertinArt. 1. - La Religione Cattolica, Apostolica e Romana è la sola Religione dello Stato. Gli altri culti ora esistenti sono tollerati conformemente alle leggi. (article 1 - La Religion catholique, Apostolique et Romaine est la seule Religion de l’État. Les autres cultes actuellement existants sont tolérés conformément à la loi . et confirmée par le royaume d'Italie dans la période 1848-1870. Cette loi est accueillie avec joie par les Juifs italiens, fiers de leur ancienneté dans le nouveau royaume. L'Italie est probablement le premier État européen à avoir un chef de gouvernement juif, Luigi Luzzatti, en 1910Robert Paxton écrit de Léon Blum qu'il est « le premier homme politique juif à diriger un grand État moderne (Benjamin Disraeli s’était converti à l’anglicanisme dès l’âge de ». Comme il oublie Luzzatti, on en conclut que « probablement » Luzzati était le premier chef de gouvernement juif. Voir )..

Cet état des choses est remis en cause à mesure de l'influence grandissante du modèle hitlérien sur le fascisme italien. L'occupation allemande de l'Italie durant la Seconde Guerre mondiale entraîne la déportation vers les camps de la mort allemands de des italiens. Il n'y a que peu de survivants, parmi lesquels Primo Levi.

Après la guerre, l'Italie accueille de nombreux Juifs de Libye, d'Iran et, en moindre part, d'Europe orientale. En 2023, la communauté juive italienne compte , principalement à Rome et Milan.

Les Juifs à Rome, durant l'Antiquité Sous la République et l'Empire, à l'époque du paganisme Selon le premier Livre des Macchabées, Judas Maccabée, chef des Juifs en lutte contre le pouvoir macédonien en terre d'Israël, envoie, en 161 avant notre ère, une ambassade auprès du Sénat à Rome pour négocier une alliance. Cette démarche est répétée à plusieurs reprises par les princes hasmonéens, en -146, en -139 et en -133.. Il semble bien que des Juifs, peut-être des commerçants venus de la nombreuse communauté d'Alexandrie, soient établis à Rome dès avant 139 av. J.-C. car, selon Valère Maxime, les Juifs sont expulsés de Rome cette année-là pour avoir prosélytisé.Selon Mireille Hadas-Lebel, il est peu probable que des Juifs aient déjà été établis à Rome à cette époque et il est plus vraisemblable que Valère-Maxime confond les pratiquants d'autres rites orientaux avec des Juifs. Voir .vignette|Gobelet doré au symbolisme juif, Rome ()La communauté juive de Rome gagne en importance sous Pompée qui y déporte des prisonniers capturés lors de la prise de Jérusalem en et les fait apparemment rapidement libérer.Joseph-Antoine Hild « Les Juifs à Rome devant l’opinion et dans la littérature », Revue des Études juives, VIII, 1884, (en ligne dans Sifria, avec moteur de recherche).. Le rite de ces Juifs, encore en partie observé par leurs descendants et dénommé minhag italki. comprend donc des réminiscences du rite pratiqué par les Juifs de l'époque du Second Temple.

Dès 59 avant notre ère, les Juifs suscitent la jalousie, comme le montre la plaidoirie fortement hostile de Cicéron en faveur de Lucius Valerius Flaccus : Si l'hostilité de Cicéron envers les Juifs peut s'expliquer par sa xénophobie, ce texte nous indique aussi que les Juifs étaient déjà relativement nombreux à Rome à cette époque, quatre ans seulement après la conquête de JérusalemMireille Hadas-Lebel, Rome et Jérusalem : les Juifs à l'époque romaine, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 3, 2016.

Mais les Juifs et particulièrement Antipater ayant soutenu la lutte et la prise de pouvoir de Jules César, celui-ci octroie à ceux d'entre eux placés sous la domination romaine, un statut des plus favorables leur permettant de garder une certaine autonomie administrative et une exemption d'impôt.Jacques-Emmanuel Bernard Josèphe, César et les privilèges juifs, Cahiers du CFRJ, 1998. Ce statut reste en vigueur jusqu'à l'avènement des empereurs chrétiens, sans être remis en cause par les révoltes juives de 70 et 135, à l'exception de l'instauration d'un impôt spécial, le fiscus judaicus, par Vespasien. Selon Philon d'Alexandrie, Auguste continue la politique favorable de César vis-à-vis des Juifs : ceux d'entre eux qui habitent Rome sont citoyens romains, ils peuvent faire des dons d'argent à l'intention du culte à Jérusalem. Auguste aurait aussi requis à ses fonctionnaires de reporter d'une journée les distributions de grain aux Juifs, si celles-ci devaient les conduire à rompre le chabbatLes Juifs ne pouvant travailler ni porter le jour du chabbat s'ils veulent respecter la Torah, ne pouvaient participer aux distributions de grain organisées ce jour.. Philon nous apprend aussi qu'ils habitent alors le quartier connu aujourd'hui sous le nom de Trastevere (avant de se répandre dans de nombreux autres quartiers) et se rendent dans les synagogues le jour du chabbat..

vignette|Épitaphe d'Ammias, dame juive de Laodicée, contenant des inscriptions en grec et dans une langue sémitique, avec une représentation gravée de ménorah (chandelier), catacombes juives de Monteverde, sur la via Portuense, -. ΕΝΘΑ ΚΙΤΕ ΑΜΜΙ AC ΙΟΥΔΕΑ ΑΠΟ ΛΑΔΙΚΙΑC HTΙC EZHCEN ETH Π´- Ε´ (Ci gît Ammias, juive de Laodicée, laquelle vécu ).

Sur la base de chiffres fournis par Flavius Josèphe, on estime à ou le nombre de Juifs à Rome au .. Ce nombre important est corroboré par la dimension des cinq catacombes juivesLes catacombes de la villa Torlonia couvrent plus d'un hectare, comptent et d'innombrables représentations de la menorah () et par la douzaine de synagogues attestées dans la Rome antique.. Les épitaphes des catacombes nous renseignent en effet sur les nombreuses synagogues existant alors à Rome et aussi sur leur organisation, remarquable par l'absence de rabbins, fonction apparue après la chute du second Temple, et par la présence de femmes parmi leurs administrateurs. Les Juifs de Rome devaient généralement parler le grec car la majorité des tombes porte des inscriptions grecques, ce qui conforte l'hypothèse de leur origine alexandrine ; seule une minorité des tombes porte des inscriptions latines. Ils vivent principalement de négoce et beaucoup sont pauvres mais les ruines de la synagogue d'Ostie (la plus ancienne synagogue d'Italie, juste avant celle de Bova Marina) montrent que certains commerçants sont aisés.. Il y a des artisans parmi les Juifs et même des peintres, des acteurs et des poètes mais aussi des mendiants selon Juvénal.

À partir du , la présence de Juifs est attestée dans quelques villes de la côte méridionale de l'Italie ou de l'intérieur.

Prosélytisme et mesures discriminatoires Les Juifs de Rome se livrent au prosélytisme, et cela suscite de l'hostilité dès le Selon Flavius Josèphevignette|Témoignage de la présence juive en Sardaigne : plaque de la rue des Juifs à Alghero., en 19, à la suite de l'escroquerie subie par une noble romaine, convertie au judaïsme, dont les dons au Temple de Jérusalem sont détournés à leur profit par des Juifs, Tibère déporte les Juifs pérégrins. (ceux qui ne sont pas citoyens romains) en SardaigneUne communauté juive existe en Sardaigne jusqu'à son expulsion en 1492 par le décret de l'Alhambra, la Sardaigne étant alors possession du royaume d'Aragon., où ils ont le choix entre lutter contre les brigands et la mort. Ce n'est qu'en 31, après la mort de Séjan., que les exilés peuvent retourner à Rome.

La volonté de Caligula d'installer sa propre statue dans tous les temples (et donc synagogues) de l'Empire et le refus des Juifs, qui est le prétexte de graves émeutes à Alexandrie en 38, ne semblent pas avoir immédiatement mis en danger les Juifs de Rome. Mais si Claude annule les décisions de Caligula et apaise les Juifs d'Alexandrie, il ordonne aussi l'expulsion des Juifs de Rome en 41, sans que l'on sache l'effet réel de cette décision. En suivant Suétone, on peut toutefois aussi comprendre qu'il ne s'agit que de l'expulsion des membres de la toute nouvelle secte chrétienneSuétone écrit dans la Vie des douze Césars : « Il chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l'instigation d'un certain Chrestus (Iudaeos impulsore Chresto assidue tumultuantis Roma expulit) ». Voir . ou encore qu'il ne s'agit que de Juifs qui protestent contre l'établissement de l'Iduméen Hérode Agrippa comme roi de Judée en lieu et place d'un messie (christos), descendant de la maison de David..

Même la famille impériale n'est pas à l'abri du prosélytisme et Flavius Josèphe cite l'impératrice Poppée, épouse de Néron, comme une pieuse (theosebès).

vignette|Arc de triomphe de Titus : Prisonniers juifs portant la menorah et les trompettes du Temple de Jérusalem.

Quelques années plus tard, ce sont les chrétiens qui, selon Tacite, sont victimes des persécutions de Néron, encore que quelques auteurs pensent que les Juifs en sont les véritables victimesE. Koestermann, Ein folgenschwerer Irrtum des Tacitus, dans Historia, Wiesbaden, 16, 1967, , cité dans ..

La guerre de Judée menée par Vespasien puis Titus ne semble pas avoir des répercussions trop tragiques pour les Juifs de Rome. Cependant, selon Flavius Josèphe, Juifs sont faits prisonniers. Certains sont déportés à Rome comme en témoignent la célèbre frise de l'arc de triomphe de Titus sur le forum romain ou encore l'augmentation du nombre de sépultures juives dans les catacombes, sous Hadrien, peut-être liée aux décès des enfants affranchis des prisonniers juifs de Titus. Un pèlerin, de visite à Rome au début du , remarque que les Juifs de la ville évitent encore de passer sous l'arc de Titus.

Toutefois, Vespasien inaugure une politique d'hostilité systématique au judaïsme en établissant un impôt spécial sur les Juifs, le fiscus judaicus qui est un dévoiement de la dîme que les Juifs de la Diaspora payent au Temple de Jérusalem jusqu'à sa chute en 70.. Cet impôt est alors destiné à la reconstruction d'un temple à Jupiter et est donc particulièrement pénible et humiliant pour les Juifs. Il trahit aussi l'intention de sanctionner le prosélytisme. Cette mesure est renforcée quelques années plus tard par Domitien qui l'assortit de pratiques humiliantes pour vérifier le judaïsme des Juifs. Elle est partiellement abandonnée par son successeur, Nerva, mais perdure sur plusieurs dizaines d'années. Cette hostilité à l'encontre des convertis est confirmée par l'exécution en 95 du consul Titus Flavius Clemens et l'exil de sa femme Flavie Domitille, parents de l'empereur, qui avaient manifesté leur sympathie pour le judaïsme..

Sous Hadrien, la circoncision est interdite dans tout l'Empire aux Juifs comme aux non-Juifs, ce qui peut avoir contribué à la révolte de Bar Kokhba (132-135). Elle n'est autorisée à nouveau que sous Antonin le Pieux qui ne permet pas la circoncision des convertis.