Le camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen (en allemand Konzentrationslager Sachsenhausen, KZ Sachsenhausen ou encore KL Sachsenhausen), est un camp de concentration nazi implanté en 1936 à Oranienbourg, ville située à au nord de Berlin.
Il a plusieurs objectifs : être un camp modèle, dont même l'architecture doit montrer la suprématie de l'idéologie nazie ; former les futurs chefs de camp (Rudolf Höss y fait ses classes avant de prendre la tête du complexe d'Auschwitz) ainsi que les SS responsables des camps de concentration (SS-Totenkopfverbände) ; accueillir le siège de l'Inspection des camps de concentration (IKL).
À son apogée, le complexe de Sachsenhausen compte près d'une centaine de camps extérieurs et de Kommandos. Il est libéré par l'Armée rouge en . On estime que y ont été internées de 1936 à 1945, et que y sont mortes. En , un massacre de masse y a lieu avec l'exécution de plus de soviétiques, prisonniers de guerre.
Il est aujourd'hui aménagé en un musée-mémorial, avec dix espaces d'expositions permanentes qui présentent chacune un aspect majeur de l'histoire du camp.
C'est probablement le seul camp de concentration que les prisonniers ont baptisé d'un diminutif : « Sachso ».
Histoire du camp Contexte Avant l'ouverture du camp de concentration de Sachsenhausen en 1936, Oranienbourg, ville de la grande banlieue de Berlin, a déjà accueilli un camp de concentration : en , dans une brasserie désaffectée, est ouvert l'un des premiers camps dans lesquels les nazis récemment arrivés au pouvoir enferment leurs opposants politiques. Sous commandement de la S.A., il est fermé en 1935. Un an plus tard, à Sachsenhausen, un quartier de la ville d'Oranienbourg, commence la construction d'un nouveau camp, beaucoup plus grand, cette fois sous commandement S.S. et avec le but affiché de réaliser un « camp modèle » : Theodor Eicke, commandant du camp de concentration de Dachau et inspecteur des camps de concentration, pense initialement agrandir « son » camp. Néanmoins, l'inspection des camps de concentration (IKL) se trouve à Berlin et nécessite d'avoir un camp de concentration à proximité. Eicke ordonne alors, dans une lettre du , que certaines forêts domaniales d'Oranienbourg soient mises à disposition « en vue de l'installation d'un camp de concentration »Lettre de Theodor Eicke à l'Office des forêts de Sachsenhausen, du 18 juin 1936, . Les travaux débutent à l'été 1936, alors que les Jeux Olympiques réunissent à Berlin, capitale du Reich, les délégations de 49 nations..
Architecture spéciale pour un camp modèle vignette|Photo aérienne du camp de concentration de Sachsenhausen, prise par la Royal Air Force en 1943.
Dès les premières esquisses, le camp de Sachsenhausen présente des particularités uniques, répondant au dessein de Eicke de construire un « camp modèle » répondant à une architecture démontrant la supériorité nazie. Les plans initiaux prévoient un plan triangulaire double. Le triangle intérieur correspond à la partie dévolue aux prisonniers : une tour de garde est placée au centre de la base du triangle, des baraques disposées en éventail selon des rayons partant de cette tour, une caserne disposée de manière transversale et qui agrandit la base de ce petit triangle. Un triangle plus grand, qui englobe le premier et dont la base doit contenir les bâtiments pour la SS, c'est-à-dire les pavillons d'habitation, le garage des véhicules militaires des SS, les locaux de la Kripo, et ceux de l'inspection des camps de concentration (IKL).
Le camp comprend également une prison :
thumb|Zone neutre, reconstitution par le Mémorial.
La partie des prisonniers est ceinturée d'un mur de de haut, surmonté de fils électrifiés. Des miradors équipés de mitrailleuses et de projecteurs orientables sont disposés à intervalles réguliers. À deux mètres du mur, côté intérieur du triangle, un chemin de ronde est délimité par une barrière de fil barbelé électrifié. En allant toujours du mur vers l'intérieur, une bande de graviers est ceinturée de chevaux de frises : c'est la « zone neutre ». Dans cette zone, des panneaux indiquent en allemand « On tirera sans sommation », surmonté d'une tête de mort.
Construction du camp Les premiers prisonniers arrivent en , en provenance du camp de concentration d'Esterwegen (les fameux « soldats des marais »), puis de celui de Berlin-Columbia (ces camps sont alors en cours de dissolution). Sur ce premier millier de détenus, la moitié environ sont des prisonniers politiques, l'autre moitié, des condamnés de droit commun. Il y a également des « asociaux » et des homosexuels, arrêtés pour rendre Berlin plus présentable dans le cadre des Jeux Olympiques. L’amalgame de détenus politiques et de droit commun est une technique déjà éprouvée par l'administration nazie dans d'autres camps. Les SS chercheront en permanence à utiliser l'antagonisme des deux groupes dans l'administration parallèle des camps par les détenus. Le premier travail consiste d'abord à déboiser un triangle de dans la forêt domaniale. Les cadences de travail s'intensifient, la date de livraison des premières baraques étant fixée au . Les détenus couchent dehors, les premières baraques construites étant celles des gardiens SS.
Près d'une centaine de bâtiments sont construits à la fin de l'année 1936, qui comprennent des baraques d'habitation et de travail (les « Blocks »), une caserne pour les SS, des garages, des pavillons pour les sous-officiers et officiers SS. En parallèle plusieurs transports ont lieu vers Sachsenhausen, notamment en provenance des camps de Sachsenbourg, Frankenbourg et Chemnitz, soit environ mille nouveaux prisonniers qui viennent grossir les rangs pour construire le camp.
Années allemandes du camp
Premiers assassinats Les premiers assassinats connus ont lieu à partir de . Le , un SS arrache le béret d'un prisonnier, le jette sur la clôture qui court de l'autre côté de la « zone interdite » et lui ordonne d'aller le rechercher. Le détenu est alors abattu, pour « tentative d'évasion » : il s'agit de Gustav Lampe, ancien député communiste au Reichstag. Au moins cinq autres assassinats sont attestés dans cette période : ceux de prisonniers incarcérés parce qu'ils étaient juifs, morts sous la torture entre et : Julius Burg, Benrhard Bishburg, Franz Reyerbach, Kurt Zeckendorf et le Friedrich Weissler.
Construction de la prison Les SS ordonnent la construction d'une prison en forme de T, devant accueillir 80 cellules, et séparée du camp par un mur, au début de l'année 1937. Cette prison est le lieu de diverses exactions : c'est là que les SS réalisent leurs interrogatoires utilisant les peines corporelles telles que la bastonnade, la pendaison au poteau, l'isolement dans une cellule sans lumière, etc. De nombreux prisonniers succomberont aux mauvais traitements.
Le « traitement 25 », c'est l'administration au supplicié de 25 coups sur les fesses, alors qu'il est attaché à un chevalet de bastonnade (le « Bock »). Les coups peuvent être administrés soit par les SS, soit par des prisonniers de droit commun. Plus tard, les SS choisiront de réaliser les bastonnades non plus à la prison, mais sur la place d'appel, et de charger les déportés d'infliger eux-mêmes la peine à leurs codétenus. Se faire prendre à fumer dans le camp, avoir mal fait son lit ou avoir discuté pendant l'appel pouvait rendre passible du « traitement 25 » : la bastonnade est alors considérée par les SS comme la punition la plus légère dans l'échelle des sanctions.
La prison sert également à l'incarcération de personnages célèbres, comme le théologien Martin Niemöller, ou encore Georg Elser, auteur d'un attentat manqué contre Hitler en 1939. Après le déclenchement de la guerre, des hommes politiques des pays occupés ou des dirigeants nazis en disgrâce seront également détenus dans la prison. Le journaliste communiste hongrois Julius Alpari, arrêté à Paris en 1941, est fusillé au camp le de la même année.
Transfert de la compagnie disciplinaire Il existe une compagnie disciplinaire depuis l'ouverture du camp. Cette compagnie est composée de détenus qui doivent être punis ou soumis à un « traitement renforcé » selon les SS ou les surveillants du camp. Ils sont alors affectés à des kommandos où le travail était particulièrement pénible. C'est la compagnie qui connaît le plus fort taux de mortalité. En , la compagnie est transférée dans une « zone d'isolement », c'est-à-dire que les détenus sont regroupés dans des baraques entourées d'une rangée de barbelés à l'intérieur même du camp.
Inauguration d'une zone de quarantaine À partir de 1938, les nouveaux arrivants passent plusieurs semaines à l'isolement, dans des baraques séparées du reste du camp par des barbelés. Les SS entassent ainsi dans les baraques 11,12, 35 et 36 des prisonniers juifs, homosexuels, sintis et roms, des repris de justice et des prisonniers du « service spécial de la Wehrmacht ».
Construction du camp annexe « Klinkerwerk » Hitler a pour dessein de bâtir à Berlin une « capitale du monde », qui réunirait les peuples germaniques au sein du Reich : Germania. Pour ce faire, la SS ordonne la construction d'une briqueterie sur le canal Oder-Havel. Les déportés considèrent ce kommando comme une antichambre de la mort, car les assassinats y sont fréquents. Klinkerwerk prend le statut de camp annexe en 1941, lorsque les baraquements pour loger les prisonniers sont construits. Avant cela, il faut faire l'aller-retour tous les jours entre le « grand camp » de Sachsenhausen et le kommando. À partir de 1942 la force de travail des déportés est reconvertie à la production d'armement, notamment de grenades.
Tenue vestimentaire des prisonniers Jusqu'à la fin de l'année 1938, les prisonniers sont habillés avec de vieux uniformes de la police ou de treillis gris. Pour les différencier des vrais uniformes, des bandes de peinture sont appliquées sur le devant et le dos de la veste, ainsi que sur les jambes du pantalon. Les sous-vêtements sont rapiécés et la plupart des détenus, n'ayant plus de chaussettes, s'entourent les pieds dans des bouts de chiffons, les fameuses « chaussettes russes ». En 1940, les chaussures sont remplacées par des socques à semelles de bois, appelés des « Holländer ».
Introduction des triangles de couleur À partir du printemps 1938, les SS instaurent un système permettant d'identifier immédiatement le motif de la présence au camp de chaque détenu : les prisonniers sont contraints de coudre des triangles de couleur sur leurs habits, pointe en bas, la couleur renvoyant aux diverses catégories établies. Il faut coudre le triangle au niveau de la poitrine et à gauche sur la veste, ainsi que sur le haut d'une jambe du pantalon. Les SS classifient souvent de manière arbitraire or, dans la mesure où ils traitent les groupes de détenus avec plus ou moins de brutalité, ces classements peuvent signifier la vie ou la mort. Au-dessous du triangle est cousue une bande de tissu blanc sur laquelle est peint ou cousu le numéro matricule du détenu.
Lorsque des prisonniers étrangers arrivent au camp, une ou plusieurs lettres sont ajoutées sur le triangle pour signifier la nationalité. Seuls les Allemands n'ajoutent pas de lettres. Par ailleurs, s'ils n'étaient ni juifs, ni sintis ou roms, les étrangers sont quasiment tous affublés d'un triangle rouge. En général, les déportés en provenance des pays occupés par l'Allemagne nazie, qui arrivent en masse au camp de Sachsenhausen après le début de la guerre, sont plus mal traités par les SS que les détenus allemands.
Tenue de la Strafkompanie Les déportés affectés à la compagnie disciplinaire portent en plus une croix jaune sur le dos de leur veste, ainsi que des points noirs ou rouges, au niveau du cœur, dans le dos et sur le pantalon, qui les signalent comme autant de cibles aux SS ou aux surveillants.