Géraldine Muhlmann, née le à Strasbourg, est une philosophe, socio-historienne, politologue, journaliste et animatrice de radio française.
Normalienne, agrégée de philosophie et de science politique, professeure des universités habilitée à diriger des recherches, elle est enseignante-chercheuse en science politique à l'université Paris-Panthéon-Assas.
Aussi diplômée en journalisme, elle travaille dans les médias : chroniqueuse pour des émissions de télévision, elle présente l'émission C politique sur France 5 en - ; à la radio, elle participe à des émissions traitant de l'actualité politique et, depuis la rentrée , elle anime une émission consacrée à la philosophie sur France Culture : Avec philosophie (qui s'arrêtera à la rentrée 2026).
Dans ses recherches et ses travaux, outre des manuels consacrés à l'histoire des idées politiques, à la liberté d'expression et aux droits des journalistes, Géraldine Muhlmann s'intéresse à la place et au rôle du journalisme en démocratie, ainsi qu'à l'évolution de la philosophie politique au tournant du . Du journalisme, elle souligne l'importance en régime démocratique : agissant au cœur de l'espace public et s'adressant aux citoyens, le journaliste est celui qui rend compte des faits et qui met en forme le conflit des opinions en vue de favoriser le débat démocratique. Quant à la philosophie politique, elle critique les travaux de certains philosophes contemporains (comme Giorgio Agamben) qui réactivent une conception de la société.
Biographie Origines Née le à Strasbourg en Alsace, Géraldine Muhlmann est la fille de Jacques Muhlmann (né en ), un marchand de tapis strasbourgeois, et de Michèle Muhlmann-Weill (née en ), une médecin anesthésiste qui a dirigé le SAMU de Strasbourg de à et qui a été une actrice importante de la prévention routière en FranceH. Julien, « Michèle Muhlmann-Weill, figure de la médecine et de la prévention routière est décédée. », in Sant'évasion, , suppl., , ACMF, Paris, octobre 2020.. Elle a un frère cadet prénommé David.
En , ses parents décèdent le même jour à Strasbourg dans deux hôpitaux différentsLucile Guillotin, « Strasbourg : mariés depuis , ils meurent le même jour dans deux hôpitaux différents », France Bleu Alsace, Strasbourg, 25 août 2020..
Formations, titres et postes universitaires Lauréate du concours général en philosophie en ., Géraldine Muhlmann quitte le lycée Jean-Sturm de Strasbourg pour la khâgne du lycée Henri-IV à Paris avant d'entrer à l'École normale supérieure de Paris en . Agrégée de philosophie en , elle obtient en un diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris section « Service public ». Puis, en , elle obtient un en journalisme à l'université de New York.
vignette|redresse|alt=Portrait photographique de Hannah Arendt|Portrait de la philosophe Hannah Arendt, réalisé par Barbara Niggl Radloff au à Munich en .
Docteure en science politique en avec une thèse sur la place du journalisme en démocratie sous la direction de Miguel Abensour, en elle devient agrégée de science politique et obtient un poste d'enseignante à l'université Paris XI. Enfin, elle est nommée professeure en science politique en à l'université Panthéon-Assas Paris 2, rattachée au Centre d'études et de recherches de science administrative, où elle exerce actuellement.
Parcours intellectuel et engagements politiques En , avec des élèves de l'ENS, Géraldine Muhlmann signe une pétition dénonçant les crimes serbes durant la guerre de Bosnie-Herzégovine..
Engagée à gauche, elle participe à la campagne électorale de Lionel Jospin à l'élection présidentielle de . Puis, de à , elle est chargée de mission sur des sujets liés à l'audiovisuel et la société de l'information, au cabinet de Martine Aubry, alors ministre de l'Emploi et de la Solidarité.
En , elle préside le jury des Assises internationales du journalisme, à Poitiers. Et à l'hiver , elle est invitée aux Rencontres philosophiques de Monaco.
Membre des comités de rédaction des revues Tumultes et Pouvoirs, en elle participe à la fondation de la revue Prismes en compagnie de Miguel Abensour, Michèle Cohen-Halimi, Katia Genel, Anne Kupiec et Gilles Moutot.
En , elle fait partie des premières personnalités à répondre à l'appel de Laurent Joffrin ayant l'intention de lancer un mouvement pour la Philippe Martinat, L’initiative politique de Laurent Joffrin accueillie fraîchement au PS, leparisien.fr, 20 juillet 2020.
Carrière dans les médias Géraldine Muhlmann commence sa carrière dans les médias en après avoir obtenu son diplôme de journalisme à New York : elle collabore avec le journaliste américain Charlie Rose sur la chaîne de télévision publique américaine PBS. Par la suite, après avoir obtenu son premier poste d'enseignante en France, elle travaille pour différentes émissions de télévision et de radio comme chroniqueuse, présentatrice ou animatrice à partir des années .
vignette|alt=Photographie de la Maison de la Radio et de la Musique|Photographie (prise depuis la Tour Eiffel à Paris) de la Maison de la Radio et de la Musique (le bâtiment circulaire), où se trouve le studio de l'émission Avec philosophie animée par Géraldine Muhlmann.
À la télévision française, Muhlmann commence par effectuer des piges pour le magazine Dis-moi tout sur M6 en -. Puis, entre et , elle participe à l'émission Le Bateau livre de Frédéric Ferney sur France 5 et, sur la même chaîne, elle présente Le Doc du Dimanche entre et . Durant la saison -, elle participe à l'émission Politiquement show sur LCI. À partir d', elle est aux commandes de l'émission d'actualité Cactus sur Paris Première jusqu'en . En , elle rejoint Guillaume Durand dans l'émission Face aux Français sur France 2 puis, la même année, elle remplace Nicolas Demorand (qui prend alors la direction du journal Libération) dans l'émission C politique sur France 5 à partir du dimanche (elle est remplacée par Caroline Roux en ). Toujours sur France 5, elle rejoint en l'émission de Franz-Olivier Giesbert Les Grandes Questions, aux côtés de Mazarine Pingeot et Éliette Abécassis. Enfin, elle apparaît brièvement dans l'émission On n'est pas couché en 2019, sur France 2.
À la radio française, Muhlmann participe à l'émission On refait le monde sur RTL de à ; sur France Culture, elle participe aux émissions Le Rendez-vous des Politiques (-) et Les Matins de France Culture (-). Enfin, à la rentrée , elle rejoint Olivier Duhamel pour présenter Médiapolis sur Europe 1.
À la rentrée , Géraldine Muhlmann anime et produit l'émission de France Culture dédiée à la philosophie : Avec philosophie.. Ce programme remplace l'émission Les Chemins de la philosophie produite par Adèle van Reeth durant onze années. Devenue directrice de France Inter, Adèle Van Reeth déclare qu'elle
Géraldine Muhlmann crée la surprise lorsqu'elle annonce en 2026 qu'elle ne souhaite pas entamer une nouvelle saison de cette émission à la rentrée du . L'émission subsiste, animée par Géraldine Mosna-Savoye.
Vie privée En , Géraldine Muhlmann a eu un enfant (un garçon prénommé Simonhttps://www.purepeople.com/article/exclu-geraldine-muhlmann-jeune-maman-ne-suivra-pas-les-traces-de-rachida-dati_a23340/1) avec son compagnon, le journaliste Nicolas Poincaré. Celui-ci, né à Nice le , est l'arrière-petit-fils du mathématicien, physicien et philosophe français Henri Poincaré (1854-1912) Aude Dassonville, « », Télérama, , 4 novembre 2011 , ainsi que l'arrière-petit-neveu du président de la République Raymond Poincaré (1860-1934). Il a aussi quatre enfants d'un mariage dissous, Antoine, Alice, Adèle et Clara« [archive] », sur Babelio (consulté le 12 janvier 2021).
Recherches et travaux La singularité du journalisme en démocratie Géraldine Muhlmann s'intéresse au journalisme dans une double perspective : sur le plan philosophique, elle élabore une conception du journalisme comme ; sur le plan politique, elle propose des du journalisme qui mettent en pratique ce rassemblement conflictuel.
vignette|redresse|alt=Portrait du révolutionnaire Camille Desmoulins|Gravure du journaliste et révolutionnaire français Camille Desmoulins.
Pour Muhlmann la démocratie moderne et le journalisme sont consubstantiels : ils apparaissent lors des périodes révolutionnaires qui secouent le (Révolution américaine et Révolution française). Cette consubstantialité gît dans la nature (ou l'essence) de la démocratie : la conflictualité et l'unité. En effet, la démocratie est ce régime politique qui, visant l'unité de la communauté, reconnaît et place au cœur de la vie politique le conflit des opinions. Quant au journalisme il est cette activité qui, dans l'espace public démocratique, met en forme le conflit des opinions afin de questionner cette unité démocratique.
Par ses interventions (articles, chroniques, reportages, documentaires, entretiens), le journaliste sonde continuellement la vitalité de la démocratie : il soumet aux citoyens des faits et des évènements, des problèmes et des questions, qui interrogent l'unité de la communauté politique. Ainsi, par son travail incessant de publicisation des débats qui agitent la vie démocratique, le journaliste met en forme les différentes opinions politiques des diverses parties de l'opinion publique et, de la sorte, il procède au .
Pour autant, rassembler la communauté n'équivaut pas à unifier les opinions. Aussi est-ce pourquoi Muhlmann conçoit des du journalisme à même d'entretenir le conflit démocratique : des journalistes et des journalistes . et sont deux idéaux-types du journalisme qui se distinguent par le regard qu'ils constituent sur le sujet qu'ils traitent. Concrètement : dans la mesure où pour contribuer au débat tout journaliste doit mettre en forme les opinions par l'écriture (c'est-à-dire en récit), tout journaliste compose (par cette mise en récit) une trame argumentative qui, tissant des faits et des opinions, permet de susciter le débat démocratique en choisissant soit de rassembler, soit de décentrer, le regard de la communauté politique sur le sujet abordé. Rassembler, c'est occasionner le conflit en s'appuyant sur les valeurs communes ; décentrer, c'est occasionner le conflit en questionnant les valeurs communes.
Rassembler, c'est ce que fait Nellie Bly dans son reportage de où elle fait le récit des dix jours qu'elle a passés dans un asile de fous pour femmes, le Blackwell's Island Hospital à Roosevelt Island (New York, États-Unis). Selon Muhlmann, Bly constitue les lecteurs comme un (une communauté de regards) placés devant le fait problématique qu'elle dénonce : l'internement des femmes dans un asile insalubre. Pour constituer ce Bly s'appuie sur les valeurs communes des lecteurs, et elle compte sur l'indignation de ceux-ci afin d'améliorer les conditions d'internement de ces femmes. De la sorte, en rassemblant les lecteurs derrière cette cause commune, Nellie Bly met la communauté démocratique new-yorkaise à l'épreuve du secret entretenu par le Blackwell's Island Hospital au sein même de la société.
Décentrer le regard, c'est ce que fait Seymour Hersh dans son reportage de où il fait le récit de son enquête sur William Calley, un jeune chef de peloton de l'armée américaine, dévoilant ainsi l'existence du massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam. Selon Muhlmann, au lieu de constituer les lecteurs comme un placés devant des faits violents (un crime de guerre), Hersh choisit de placer les lecteurs à l'extérieur de ce . En fait, Hersh met chacun de ses lecteurs en position de soupçon face à ce que l'armée américaine présente comme une cause commune (la guerre du Viêt Nam), et ce afin de questionner les actions de l'armée. De la sorte, en décentrant le regard des lecteurs sur cette cause commune, Seymour Hersh met les principes politiques et éthiques de la communauté démocratique américaine à l'épreuve de son engagement dans la guerre du Viêt Nam.