La bataille de Badajoz est une des premières batailles de la Guerre d'Espagne qui opposa les forces nationalistes aux troupes républicaines pour la conquête de la ville estrémègne de Badajoz les 13 et .
La victoire rapide des nationalistes leur permit de contrôler la route Séville-Madrid dans la région de Merida et de reprendre le chemin de la capitale qui était leur objectif prioritaire. La bataille de Badajoz est surtout connue en raison de la répression à laquelle se livrèrent les troupes nationalistes après leur victoire, le massacre de Badajoz.
Le contexte Dans le sud de l'Espagne, le coup d'état du est un échec total, les militaires n'ayant réussi à s'imposer que dans les villes de Séville, Grenade et Cordoue, le reste de l'Andalousie et l'Estrémadure, jusqu'à Cáceres, demeurant en totalité fidèle à la République.
La proximité du Maroc espagnol, où ils ont en revanche facilement triomphé, va cependant permettre aux insurgés de faire passer sur le territoire ibérique un nombre sans cesse croissant de soldats de l'armée d'Afrique (Légion et troupes indigènes). Les premiers légionnaires, transportés de façon hasardeuse dans des avions de bombardement ou des petits bateaux, vont permettre de contrôler Cadix puis, à partir du , des avions achetés à l'Italie vont assurer le transport de forces suffisantes pour créer des colonnes chargées d'aller prendre Madrid. Ce n'est cependant qu'à partir du que vont commencer à arriver des troupes en quantité substantielle grâce à des convois navals, la flotte, restée en quasi-totalité dans le camp républicain, faisant preuve en la circonstance d'une impéritie assez peu compréhensibleLe conseiller naval soviétique devait d'ailleurs déclarer plus tard que « les navires républicains ne firent pas leur devoir - p. 177..
À Badajoz même, les militaires sont divisés et attentistes. Le colonel José Cantero, commandant le régiment local, se prononce en faveur du putsch mais il recule finalement devant l'opposition de certains de ses subordonnés. La troupe reste donc encasernée, à l'exception de deux compagnies qui partent pour Madrid le , à la demande du gouvernement ; elles ont d'ailleurs été précédées dans la capitale le par une colonne motorisée de la Garde d’assaut. La garde-civile est plutôt disposée à se soulever mais elle suit son chef, le commandant José Vega Cornejo qui, bien que de droite, refuse de prendre une décision et reste en retrait ; une colonne envoyée en mission au nord de Badajoz profite cependant de la situation pour déserter et gagner Mérida où le putsch a réussi. La situation n'évoluant pas trop mal pour la République à Badajoz, le gouverneur militaire, commandant la brigade d'infanterie, le général Luis Castelló Pantoja, est rappelé à Madrid pour prendre le poste de ministre de la Guerre du nouveau gouvernement formé par José Giral ; il est remplacé, le , par le lieutenant-colonel Ildefonso Puigdendolas qui avait prouvé sa fidélité à la République en prenant le commandement de la colonne de miliciens chargée de réduire les soulèvements nationalistes à Alcalá de Henares () et à Guadalajara ()Mateo Madridejos, Diccionario onomástico de la guerra civil, Éditions Flor del Viento Ediciones, édition, Barcelonne, 2006, .. Le gouverneur civil enfin, Miguel Granados, pense quant à lui que la rébellion sera vite étouffée et craint davantage les débordements auxquels se livrent les milices ouvrières ; de fait, il sera vite dépassé par les évènements et s’enfuira très tôt au Portugal.
Dans ce contexte, les milices armées des différents partis de gauche prennent progressivement le dessus, se livrant à des exactions contre des personnes réputées de droite et la classe ecclésiastique. Les églises, le palais épiscopal et les couvents sont pillés ainsi que certaines maisons particulières, les fermes des alentours sont envahies. Il y a même des combats entre des miliciens et des carabiniers au poste frontalier de Campo Maior. Dès le jour du soulèvement, de nombreux citadins s’enfuient au Portugal, le nombre des départs augmentant très sensiblement après les premiers bombardements du . À son arrivée, le lieutenant-colonel Puigdendolas distribue des armes de guerre aux miliciens pour la défense de la ville mais il parvient à les contenir. Il n’y aura pas à Badajoz, comme à Madrid par exemple, d'assassinats collectifs des militaires encasernés et des « fascistes ».
La progression des colonnes Les deux camps considérant comme essentielle la possession de Madrid, les nationalistes pensaient pouvoir s'en emparer à condition de l'attaquer avant que les républicains n'aient réussi à organiser la défense de la capitale et à y amener des renforts. Ils fondaient évidemment les plus grands espoirs sur l'arrivée de l'armée d'Afrique qui remontait à marches forcées depuis Séville.
Les troupes arrivées du Maroc espagnol furent organisées en « colonnes », c'est-à-dire en groupements de combat suffisamment autonomes pour pouvoir progresser sans assistance. La première colonne, aux ordres du lieutenant-colonel Carlos Asencio Cabanillas, quitta Séville dans la soirée du , la seconde colonne, aux ordres du commandant Antonio Castejón Espinosa, partit quant à elle le lendemain, dans la soirée du Juan Blázquez Miguel, Historia Militar de la Guerra Civil Española, Auto-édition, tome II, et ss..
Colonne Asensio Colonne Castejón Tabor de Regulares de Tétouan Tabor de Regulares de Ceuta BanderaDans la légion espagnole, une bandera est une unité de la taille d'un bataillon de la Légion Bandera de la Légion Batterie du Régiment d'Artillerie légère de Séville Batterie du Régiment d'Artillerie légère de Séville Batterie d'Artillerie de Montagne de Ceuta. Batterie de Séville. Une compagnie du Bataillon de Sapeurs-Mineurs de Séville Des éléments de la Garde-civile et de la Garde de sécurité Deux voitures blindées Bilbao, modèle 1932 Deux voitures blindées Bilbao, modèle 1932 Des éléments de soutien : transmissions, intendance, santé. Des éléments de soutien : transmissions, intendance, santé.
La tactique mise en œuvre par les colonnes, qui progressaient selon des itinéraires parallèles mais distincts, était fort simple. À l'approche d'une ville ou d'un village, les hommes descendaient des camions, encerclaient l'agglomération puis y entraient avec prudence. En cas de résistance, la localité était éventuellement bombardée puis les troupes réduisaient progressivement tout foyer de résistance, abattant immédiatement toute personne trouvée les armes à la main. Toutes les portes et les fenêtres devaient être ouvertes et des drapeaux blancs accrochés aux maisons, .. Hommes et femmes étaient ensuite rassemblés pour vérifier s'ils avaient participé aux combats et, le cas échéant, immédiatement fusillés, les corps étant abandonnés sur placeLa vérification consistait à s'assurer que les prisonniers n'avaient pas leur nom porté sur la liste des individus défavorablement connus des nationalistes et qu'ils n'avaient pas tiré sur les troupes ; la présence de bleus occasionnés par le recul du fusil au creux de l'épaule désignait immédiatement une future victime. ; le dirigeant socialiste Julián Zugazagoitia écrivit alors qu'avec ces assassinats les militaires « offraient aux paysans la réforme agraire, en leur donnant un bout de terre sans loyer à payer et pour toujours »Julián Casanova, Historia de España, vol. 8. República y guerra civil, Crítica, Madrid, .. La répression était plus féroce là où les milices s'étaient elles-mêmes livrées à des exactions contre les habitants considérés comme hostiles à la République, notamment à Almendralejo où plusieurs personnes avaient été brûlées vives dans l'égliseFrancisco Pilo, Moisés Dominguez et Fernando de la Iglesia, La matanza de Badajoz ante los muros de la propaganda, Libros Libres, 2010, , .. Après avoir mis en place des autorités fidèles au nouveau régime et laissé sur place des Gardes-Civiles, la colonne repartait vers un nouvel objectif.
Les colonnes nationalistes ne rencontrèrent aucune résistance sérieuse avant leur arrivée près du bourg de Los Santos de Maimona le . Le colonel Puigdengolas avait en effet envoyé dès la veille des forces importantes (une compagnie du régiment de Badajoz, des gardes d’assaut et de nombreux miliciens) prendre position sur les hauteurs qui dominent le carrefour de la route Séville- Mérida vers Badajoz afin d'arrêter la progression de la colonne Asensio qui venait de Fuente de Cantos. Les forces républicaines résistèrent avec bravoure pendant plusieurs heures aux assauts de la Légion mais finirent par reculer car, comme devait l'écrire le colonel Puigdengolas plus tard, « Je ne disposais plus de réserves car la plupart des miliciens avaient reculé ou s’étaient enfuis à Los Santos et même à Badajoz »Manuscrits du colonel Puigdengolas retraçant ce qui s’est passé à badajoz du 25 juillet au 14 août 1936. .. Les pertes humaines des républicains dans cette affaire atteignirent le chiffre de deux-cents morts, essentiellement des miliciens restés isolés sur le terrain et fusillés sur placeC'est un des rares cas où les sources s'accordent pour donner des chiffres à peu près équivalents., les militaires n'ayant pas fait preuve d'une grande combativité, selon Puigdengolas lui-même. Les nationalistes achevèrent l'occupation de la ville vers 19H00. Ils reprirent la route de Mérida dès le au matin, montrant ainsi que l'occupation de Badajoz ne constituait pas pour eux un objectif prioritaire.
Cette défaite des républicains eut de fâcheuses conséquences à Badajoz même : certains miliciens cherchèrent à donner l'assaut à la prison régionale pour exécuter les prisonniers de droite afin de se venger de leur défaite mais ils furent mis en fuite par l'intervention de la Garde d'assaut, à la demande du gouverneur républicain, pressé instamment d'agir par des républicains de la ville ; un certain nombre des gardes-civiles qui étaient encasernés après avoir été désarmés, tentèrent de se révolter le à l'annonce de l'approche des nationalistes mais, bien qu'ayant réussi à s'emparer du colonel Puigdengolas, ils furent obligés de se rendre après l'attaque de la caserne par les Carabiniers et l'armée ; l'intervention du colonel Puigdengolas permit d'éviter un massacreFrancisco Pilo, Moisés Dominguez et Fernando de la Iglesia, La matanza de Badajoz ante los muros de la propaganda, ..
Pendant ce temps, les deux colonnes progressaient en direction de Mérida où elles arrivèrent le après avoir conquis de vice force Almendralejo où elles rencontrèrent de sérieuses résistances. La colonne Asensio franchit le Guadiana et progressa sur la rive droite afin de couper les liaisons téléphoniques et la voie ferrée de Madrid par laquelle le gouvernement républicain pouvait envoyer des renforts depuis Don Benito/Medellin ; la colonne Castejon entra quant à elle de vive force dans la ville par l'ouest. La résistance des miliciens, en particulier celle des anarchistes galvanisés par la militante Anita LopezAntony Beevor, La guerre d'Espagne, p. 180., fut opiniâtre, défendant la ville pas à pas alors que les autorités civiles s'étaient enfuies tout comme le chef de la Garde d'Assaut. Malgré les bombardements de l'aviation républicaine qui obligèrent la population à se terrer dans les souterrains de l'ancien théâtre romainRevista digital de investigation educativa, Asociación de Docentes y Educadores No Universitarios, La Guerra Civil, Capitulo III Opiniones del Avance y la toma de Mérida (1ª PARTE) , les nationalistes réussirent à contrôler totalement la ville le lendemain en milieu de journée, le lieutenant-colonel Juan Yagüe arrivé dans la nuit à Almendralejo réunissant alors les colonnes sous son commandement. La répression fut sévère, la quasi-totalité des prisonniers étant exécutés, notamment Anita LopezPierre Broué et Emile Témime, La Révolution et la guerre d'Espagne, Les éditions de minuit, 2006, , p. 165..