thumb|Mosquée de Rodgau.
vignette|Mosquée Khadija à Berlin de la Communauté musulmane Ahmadiyya L’islam est la troisième confession la plus répandue en Allemagne après le catholicisme et le protestantisme.. D'après le recensement de 2011, 1,9 % de la population allemande est musulmane Census reveals German population lower than thought. Une estimation du Pew Research Center réalisée avant le recensement indiquait une proportion de 5 % de musulmans The future of the global muslim population.
Une étude réalisée en pour l'Office fédéral des migrations a évalué que près de 45 % des musulmans présents sur le territoire allemand possèdent la nationalité allemande, ce qui représente environ 1,8 million de personnes..
Répartition géographique et suivant l'origine
La plupart des musulmans vivent à Berlin et dans les grandes villes de l'Allemagne de l'Ouest. Alors que seulement 2 % vivent dans les nouveaux Länder (le territoire de l’ancienne RDA), un tiers d'entre eux habitent en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Cette différence s'explique historiquement : alors que jusqu'en 1989, il n'y avait aucune migration musulmane vers l'Allemagne de l'Est, c'est vers les régions industrielles de l'Allemagne de l'Ouest qu'ont d'abord convergé les immigrés de travail. Toutefois, contrairement à la plupart des autres pays européens, d'importantes communautés musulmanes existent aussi dans certaines régions rurales, en particulier dans le Bade-Wurtemberg, en Hesse et certaines régions de la Rhénanie.
63,2 % des musulmans en Allemagne ont des origines turques tandis que 13,6 % viennent de l’Europe du Sud-est, 8,1 % du Proche-Orient, 6,9 % de l’Afrique du Nord et 4,6 % de l’Asie du Sud-Est. La majorité des musulmans en Allemagne appartiennent au courant sunnite avec 74,1 %, suivis par les Alévis (12,7) % et les Chiites qui représentent environ 7,1 %. Avec une moyenne d'âge de , la population musulmane d'Allemagne est sensiblement plus jeune que la population allemande dans son intégralité (plus de d'écart).
Histoire
Avant le Les premiers musulmans venus en Allemagne sont arrivés dans le cadre de relations diplomatiques entre celle-ci et l'Empire ottoman au . Vingt soldats musulmans servent notamment sous Frédéric-Guillaume de Prusse. En 1745, Frédéric de Prusse fonde une unité de musulmans dans l'armée prussienne appelée Cavaliers musulmans et composé essentiellement de Bosniaques, Albanais et Tatars. En 1760, est fondé le , qui comptait près de mille hommes.
En 1798, un cimetière musulman est installé à Berlin. Le cimetière, qui fut déplacé en 1866, existe encore aujourd'hui. En 1900, il y avait plus de musulmans en Allemagne, principalement des Slaves et Turcs européens.
Immigration des musulmans en Allemagne au Durant la Première Guerre mondiale, environ musulmans furent prisonniers de guerre et enfermés à Berlin. La première mosquée a été érigée en 1915 pour ces prisonniers mais elle fut fermée en 1930. Après la guerre, un petit nombre de musulmans restèrent à Berlin. Le premier établissement d'enseignement pour les enfants est fondé en 1932.
À cette époque, on dénombre près de musulmans en Allemagne dont 300 étaient d'origine allemande. {Avec la montée du nazisme, les musulmans, bien que n'étant pas spécifiquement ciblés, vivaient dans un climat de suspicion en tant que minorité religieuse et . À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il ne restait plus qu'une centaine de musulmans dans le pays ainsi que plusieurs dizaines de centaines milliers de soldats musulmans engagés volontaires dans les légions de l'Est. En 1942, fut inauguré le centre islamique de Berlin ainsi qu'en 1943 une école d'imams à Dresde.
Martin Bormann fut catégorique « le musulman est digne d'être national socialiste ».
La mosquée de Berlin-Wilmersdorf, inaugurée en 1924, voit notamment venir prêcher pendant la guerre le grand mufti pro-nazi Mohammed Amin al-Husseini.
La plus grande vague d'immigration musulmane en Allemagne a lieu pendant la période du Wirtschaftswunder (miracle économique) dans les années 1960, qui correspond plus ou moins aux Trente Glorieuses en France. Pendant la période de validité de l'accord de recrutement des travailleurs étrangers en Allemagne (Anwerbeabkommen) de 1962 à 1973, environ Turcs sont venus en Allemagne pour y travailler en tant que Gastarbeiter (travailleurs immigrés).. L’État allemand – comme les Gastarbeiter eux-mêmes – partaient du principe qu'il s'agissait d'emplois temporaires; par conséquent, la vie quotidienne et religieuse de ces derniers était organisée d'une façon très provisoire. Faute d'une politique d'intégration ou simplement de nécessité de s'intégrer, les immigrés continuaient à vivre dans leurs communautés linguistiques et culturelles.
Après la fin des accords de recrutement des travailleurs étrangers en 1973, la plupart des Gastarbeiter sont restés en Allemagne et ont fait venir leurs familles. Par la suite, la vie religieuse a commencé à s'établir. Dans les années 1980, la communauté musulmane allemande a connu une profonde mutation à la suite de l'arrivée de réfugiés musulmans issus d'Afghanistan, du Liban, de Palestine, de l'ancienne Yougoslavie et de divers pays africains.. Néanmoins, l'islam en Allemagne reste majoritairement marqué par la communauté turque.
L'islam alévi bektachi L'alévisme regroupe des membres de l'islam dits hétérodoxes et revendique en son sein la tradition universelle et originelle de l'islam et plus largement de toutes les religions monothéistes. L'alévisme se rattache au chiisme duodécimain à travers le cinquième imam (Dja'far al-sadiq) et à Haci Bektas Veli, fondateur de l'ordre des bektachi dont la généalogie mythique remonte aussi au cinquième imam.. Il se classe dans les traditions soufies et ses croyances sont assimilables au panenthéisme. Il se distingue par son non-dogmatisme des dogmes religieux dits « orthodoxes » tels le sunnisme et le chiisme dit jafarisme. Bien qu'il soit de tradition très ancienne, certains voient en l'alévisme l'exemple d'"une tradition musulmane moderne"..
Haci Bektas Veli, gourou et mystique philosophe de l'alévisme, est le fondateur éponyme de la confrérie des Bektachis qui joua un rôle primordial dans l'islamisation de l’Anatolie et des Balkans.Selon l'UNESCO, l'islam alevi bektachi, avec les apports de Haci Bektas Veli, fait preuve d'une modernité précoce : avec les mots du , Haci Bektas Veli véhicule des idées qui 8 siècles plus tard coïncident avec la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948). Le samā‘, cérémonie religieuse des alevi bektachi, est classé au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO..
Les alevi bektachi sont musulmans mais n’ont pas l’obligation des cinq prières quotidiennes ni du hajj à La Mecque soutenant le véritable pèlerinage autour de la Véritable Kaaba, le Cœur de l'Homme. Leur lieu de culte n'est pas la mosquée mais le cemevi où femmes et hommes sont assis côte à côte. Ils célèbrent leurs cérémonies religieuses avec une danse giratoire sacrée (le samā‘) au rythme du baglama. Pour les alevi bektachi, les textes relatifs au foulard des femmes n'ont aucun caractère universel et ces textes sont, selon les conditions de notre époque, caducs ou non valides. De plus, la révélation de Dieu ne se limite pas aux textes sacrés. La Science et le Savoir sont les paroles divines inépuisables et se conformer au Savoir c'est bénéficier de la révélation inépuisable de Dieu. Aussi, la première injonction de Dieu aux croyants, le premier message ou mot, le premier devoir du véritable croyant, le premier mode d'adoration de Dieu est de « Lire » pour augmenter ses connaissances et comprendre la plus grande création d'Allah : l'Univers. Contrairement à l'islam sunnite qui reste fidèle à la langue du Coran dans tous les domaines de la vie religieuse, les alevi et les bektachi utilisent leur langue maternelle pour une meilleure compréhension des textes sacrés. Partisans de la laïcité, ils s'opposent à toute intrusion du pouvoir temporel (politique) dans la sphère spirituelle (ou atemporelle) et inversement..
La population alevi bektachi est estimée entre 500 et . En 2000, l'Allemagne accorde aux alévis le statut de « communauté religieuse »..
En , une enquête du Süddeutsche Zeitung révèle que les services secrets allemands (BfV), surveillent avec préoccupation le soutien apporté par les pays du Golfe (notamment l'Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar) à plusieurs organisations salafistes en Allemagne. L'État se dit « très inquiet ». Le BfV avance le chiffre de impliquées en Allemagne dans le salafisme et sa diffusion. L'agence fédérale pointe du doigt également le risque de radicalisation de centaines de milliers de migrants jugé Georg Mascolo, Saudis unterstützen deutsche Salafistenszene, sueddeutsche.de, 12 décembre 2015
En , la classe politique réagit vivement après une manifestation d’islamistes, qui réunit à Hambourg plus de personnes. Le rassemblement se déroule à l’appel de l’association Muslim Interaktiv, qualifiée de « proche des Frères musulmans », avec des affiches reprochant aux médias leur « islamophobie », exprimant un soutien aux Palestiniens ou encore proclamant « Le califat est la solution ». Selon Die Welt, le groupe « Muslim Interaktiv » est proche de l'organisation islamiste interdite Hizb ut-Tahrir et « milite depuis longtemps pour l'instauration d'un califat ». Le groupe a été interdit en Allemagne en 2003Mayeul Aldebert, «Le califat est la solution» : en Allemagne, la classe politique vent debout après une manifestation d'islamistes, lefigaro.fr, 30 avril 2024.
Organisations musulmanes en Allemagne Les musulmans allemands sont organisés en différentes confédérations, parmi lesquelles les plus importantes sont le Conseil central des musulmans d’Allemagne (Zentralrat der Muslime in Deutschland) et le Conseil islamique pour la République fédérale d’Allemagne (Islamrat für die Bundesrepublik Deutschland). Alors que le premier, issu du groupe de travail musulman en Allemagne (Islamischer Arbeitskreis Deutschland) en 1994, s’occupe principalement de la vie religieuse quotidienne des musulmans en Allemagne, à savoir les programmes scolaires, la pastorale ou le calcul des fêtes religieuses., le second a pour but de coordonner les décisions des communautés musulmanes en Allemagne..
À côté du Conseil central, on trouve un vaste éventail de confédérations musulmanes qui garantissent le lien avec les pays d'origine de différentes communautés. Parmi celles-ci, les confédérations turques sont les plus grandes et les mieux organisées. La principale confédération turque est l'Union turco-musulmane pour la religion (Türkisch-Islamischen Union der Anstalt für Religion), fortement organisée par l'État turc puisque ses imams sont toujours des fonctionnaires turcs. Au même niveau, il y a la Communauté musulmane Milli Görüs (Islamische Gemeinschaft Milli Görüs - IGMG) et l'Association des centres culturels musulmans (Verband der Islamischen Kulturzentren).