Engis (prononcer ; en wallon Indji) est une commune francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Liège (arrondissement administratif de Huy), ainsi qu'une localité où siège son administration.
Elle regroupe depuis 1977 les sections d'Engis, Clermont-sous-Huy, Hermalle-sous-Huy, Éhein-Bas et une partie d'Ombret-Rawsa.
Étymologie
La graphie du nom de cette localité a varié depuis le Moyen Âge : Ingeyes vers 1034, Engeit et Ingeis vers 1050, Engy vers 1100, Engeih vers 1232 , Engys-sur-Moeze vers 1476.
La racine de ces noms pourrait signifier « aux prairies » (du germanique angjo) ou « alluvions » (de l’ancien français engier = augmenter).
Géographie
Situation À l'exception du village d'Engis, le territoire communal occupe la rive droite et le versant sud de la Meuse qui fait office de limite avec les communes d'Amay et Saint-Georges-sur-Meuse. La vallée industrielle de la Meuse (sillon Sambre et Meuse) sert aussi d'implantation aux trois principaux villages de la commune (d'amont en aval : Hermalle-sous-Huy, Clermont-sous-Huy et Engis) tandis que les localités moins peuplées d'Aux Houx, Aux Granges et Aux Fontaines se trouvent plus en altitude sur la partie supérieure du versant sud boisé faisant partie de l'Ardenne condrusienne, sous-région du Condroz. Plusieurs petits ruisseaux dévalent ce versant avant de rejoindre la Meuse. Sur le versant nord opposé, le quartier des Fagnes occupe la partie nord de la commune sur les hauteurs du village d'Engis à proximité du village des Awirs (commune de Flémalle).
Engis se situe à égale distance (environ ) des villes mosanes de Huy et Liège reliées par la route nationale 90 qui traverse la commune en rive droite de la Meuse.
Sections de commune
La commune regroupe les anciennes communes suivantes:
# Nom Superf.(km²) Habitants(2025) Habitantspar km² Code INS 1 Engis 3,37 3.450 1.025 61080A 2 Éhein-Bas 3,75 133 35 61080B 3 Clermont-sous-Huy 16,22 1.217 75 61080C 4 Hermalle-sous-Huy 4,41 1.591 361 61080D
Communes limitrophes
Géologie
Engis occupe une situation rare par son contact avec les deux structures géologiques majeures de Belgique : les synclinoriums de Dinant et de Namur. Le sous-sol, datant principalement du carbonifère, a été exploité dès le pour ses gisements d'alun, charbon et surtout pierres calcaires et dolomies.
Le front vertical d’une ancienne carrière de calcaire, situé actuellement dans le parc des Tchafornis et aménagé en géosite, présente par ses bancs obliques la coupe exceptionnelle d’un récif corallien à stromatopores d’il y a un peu plus de 370 Ma.
Les grottes Lyell et de Rosée, situées à Engihoul dans l’ancienne commune de Éhein, sont classées patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis le et contiennent un important gisement paléontologique avec des fossiles de la fin du Pléistocène.
Environnement
Pollution de l'air Engis est aussi connue pour être une des villes les plus polluées de BelgiquePortail environnement de Wallonie (cf. supra « La catastrophe de 1930 »).
Microbiologie La Cupriavidus metallidurans, bactérie à Gram négatif, capable de survivre à des concentrations millimolaires de nombreux métaux lourds tels que le zinc (Zn), le cadmium (Cd), le cobalt (Co), le nickel (Ni), le cuivre (Cu), le chrome (ion CrO42−), le mercure (Hg) et le plomb (Pb), a été isolée en 1976 par Christian Houba dans les sédiments de l'usine métallurgique PrayonMergeay M., Houba C. and Gerits J. Extrachromosomal inheritance controlling resistance to cadmium, cobalt, copper and zinc ions: evidence from curing in a Pseudomonas, Arch Int Physiol Biochim, vol 86, 1978a, 440-442..
Démographie
Démographie: Avant la fusion des communes
Source: DGS recensements population
Démographie : Commune fusionnée
En tenant compte des anciennes communes entraînées dans la fusion de communes de 1977, on peut dresser l'évolution suivante :
Les chiffres des années 1831 à 1970 tiennent compte des chiffres des anciennes communes fusionnées. Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1 janvierhttps://view.officeapps.live.com/op/view.aspx?src=https%3A%2F%2Fstatbel.fgov.be%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Ffiles%2Fdocuments%2Fbevolking%2F5.1%2520Structuur%2520van%2520de%2520bevolking%2FPopulation_par_commune.xlsx&wdOrigin=BROWSELINK
+ Évolution démographiqueAnnéePopulationÉvolution 1992=index 1001992100,01993100,11994100,6199599,9199698,0199798,6199897,8199998,7200099,2200199,0200298,6200399,1200498,1200599,2200699,1200799,62008100,62009100,82010100,62011100,42012101,32013102,52014103,72015104,32016104,92017105,52018106,72019107,02020108,22021108,22022109,32023110,02024109,72025111,42026110,2
Histoire
Préhistoire
Les premières traces connues d'occupation humaine de la région remontent à l'Homme de Néandertal. Celui-ci aurait d'ailleurs pu s'appeler l'« Homme d'Engis » puisque la découverte de Philippe-Charles Schmerling date de 1829, celle de l'Homme de Néandertal datant de 1856, et celle de l'Homme de Spy de 1886 : Schmerling découvrit dans les grottes qui portent désormais son nom, des silex et des ossements humains dont certains étaient vieux de . Un crâne d'enfant dit Engis 2 a été identifié comme celui d'un jeune Homo neanderthalensis.
Des vestiges de squelettes d'animaux et des outils ont également été découverts dans ce site.
Des ossements humains et animaux ont aussi été trouvés à Engihoul à la grotte Lyell.
À Hermalle-sous-Huy, des fouilles ont révélé la présence de l'homme depuis le Paléolithique moyen au lieu-dit Thier d'Olne à Ombret des haches et des silex taillés furent retrouvés.
Protohistoire et Antiquité
Vers 300-600 av. J.-C., la campagne de Gerée devait être occupée par des Celtes - ce que laissent supposer les fragments de céramique trouvés en 2003 lors de sondages préventifs réalisés par la Région wallonne dans le parc d'activités industrielles.
Dans la seconde moitié du et au début du , existait un établissement de tuiliers gallo-romains.
Moyen Âge
L'occupation romaine (traces d'un vicus belgo-romain à Ombret) précède l'établissement des Mérovingiens avec une famille aristocratique au Thiers d'Olne, colline isolée qui domine la Meuse à proximité du gué et du pont romain. Position idéale par l'exploitation de la plaine alluviale en aval, la récolte des produits de la forêt bordant le plateau condrusien et le contrôle de la navigation sur la Meuse avec possibilité d'en percevoir un tonlieu (taxe).
L'habitat est modeste, en pierres, bois, torchis, chaume, entouré d'un enclos au centre duquel se trouve le mausolée où l'on a trouvé deux sarcophages, les seuls sur une trentaine de tombes. La présence de motifs chrétiens sur l'un des sarcophages laisse penser qu'une partie au moins de la population était christianisée - pour mémoire, le s. est nommé le « siècle des saints ». D'autres sépultures ont été mises en évidence en dehors de l'enceinte palissadée.
Dans la seconde moitié du , le mausolée est remplacé par une chapelle chrétienne construite avec un soin particulier : murs de pierre recouverts d'enduits peints et vitrail. L'habitat s'étend.
Ce complexe aristocratique est l'objet d'une transformation importante dans le courant du . Il comprend alors une église et un vaste édifice seigneurial carolingien avec domus, camerae, porches, cellier, étable ou écurie, etc., implanté à une vingtaine de mètres de distance de l'église, relié à elle par un mur limitant une cour intérieure.
Ce centre domanial dut être abandonné - sans traces de destruction violente - aux environs de l'an mil au profit d'un autre site de hauteur, le rocher d'Engihoul (à Clermont-sous-Huy).
Époque moderne et Époque contemporaine
Hermalle-sous-Huy fut le siège de l'une des plus anciennes seigneuries de la vallée de la Meuse relevant d'une cour féodale et censale dès le Moyen Âge et jusqu'au ; l'histoire du bourg se confond donc avec celle de son château et de ses seigneurs.
La configuration actuelle du village se dessine au avec des bâtiments couverts d'ardoises, dont les encadrements (baies), les chaînages et les soubassements sont souvent en calcaire de Meuse, les murs extérieurs étant réalisés en briques à partir de l’argile et du limon régionaux, les murs intérieurs en colombage et briques.
Depuis le , le territoire d'Engis a été modifié par la fusion des communes décidée par le gouvernement belge : il englobe ainsi la plus grande partie de l'ancienne commune de Hermalle-sous-Huy (la partie située sur la rive gauche de la Meuse est passée à la commune de Saint-Georges-sur-Meuse), l'ancienne commune de Clermont-sous-Huy et une partie de celle de Ehein. La partie de la nouvelle entité située sur la rive droite de la Meuse constitue une zone rurale et semi-rurale d'intérêt patrimonial et paysager.
La catastrophe de 1930 thumb|Vue des fumées dégagées par les usines à hauteur de la rue Surface à Engis, sur la rive gauche de la Meuse, circa 1930. Elles masquent quasi complètement la rive droite du fleuve et le village de Hermalle-sous-Huy.
Du 1 au , alors que le brouillard recouvre une grande partie de la Belgique, une inversion de température à 70- se produit dans la vallée de la Meuse, entre Huy et Jemeppe-sur-Meuse. Cette section du val mosan, au milieu de laquelle se trouve Engis, constitue un bassin industriel fort important et abrite de nombreuses usines utilisant la combustion du charbon.
La vallée connaît alors des conditions anticycloniques, une température de 1 à , un très faible vent (1 à ), une accumulation de gaz et de particules de suie.
Le brouillard - produit de la condensation de l'eau sur les poussières industrielles -, particulièrement persistant - du fait de la présence de substances huileuses sur ces mêmes poussières - maintient au niveau du biotope humain les particules fines en suspension dans l'air et les particules de dioxyde de soufre (SO2) produites par les industries ; hommes et animaux ne peuvent que les respirer.
Les dégâts sont quasiment immédiats : dès le troisième jour, des milliers de personnes sont atteintes de troubles respiratoires (irritation de la gorge, douleurs dans la poitrine, quintes de toux, respiration difficile, augmentation de l'adrénaline, nausées, vomissements). Plus de soixante personnes, âgées de 20 à 80 ans, souffrant d'affections cardiaques ou pulmonaires, décèdent en deux jours60 personnes selon B. Nemery (cliquer sur le lien archive du document cité en source pour y avoir accès), soit : Jemeppe-sur-Meuse 9 décès, Flémalle-Grande 5, Flémalle-Haute 9, Engis 14, Amay 4, Ampsin 0, Huy 0, Seraing 12, Yvoz-Ramet 7, Clermont 0, Ombret 0, Hermalle-sous-Huy 0 soit une augmentation de 10,5 % par rapport à la mortalité habituelle.
Ce drame suscite immédiatement une violente émotion au niveau local, national et international ; les journaux parlent de « mort noire »New York Times, 5-12-1930, de « Vallée de la Mort »De Standaard, 7-12-1930, de « brouillard homicide »Le Soir, 11-12-1930.
Dès le , une enquête judiciaire est ouverte et un comité d'experts nommé pour déterminer les mécanismes des accidentsObservations météorologiques : Prof. M. Dehalu, Univ. Liège, analyses toxicologiques : Prof. M. Schoofs, Univ. Liège, études médicales : Prof. J. Firket, Univ. Liège, et Dr. J. Bovy, industrie chimique : Prof. J. Mage, Ecole de Guerre et Prof. G. Batta, Univ. Liège. Les dix autopsies pratiquées révèlent la présence de mucosités dans la trachée et les bronches, des œdèmes pulmonaires et des hémorragies mais pas de signe d'empoisonnement systémique. Les résultats de l’expertise sont publiées en 1931 dans le Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique.