Laluette, le jeu de la vache ou la vache est un jeu de cartes pratiqué dans l'ouest de la France.

C'est un jeu de cartes par levées, pratiqué par quatre personnes – deux contre deux – avec quarante-huit cartes aux enseignes espagnoles. Il se joue avec des signes codifiés, qui permettent aux coéquipiers de se communiquer des informations sur leurs cartes durant la partie.

On dit « jouer à l'aluette » (registre plus formel) ou « jouer à la vache » (forme plus informelle), d'après le nom de l'une des cartes du jeu.

Origines et évolution Étymologie La forme la plus ancienne du mot « aluette » est « luette », dont l'origine reste incertaine. Un « jeu des luettes » est mentionné trois fois par Rabelais dans son œuvre : une première fois dans PantagruelPantagruel, chapitre 5 : « Ainsi s'en retourna non pas à Poictiers, mais il voulut visiter les aultres universitez de France, dont passant à la Rochelle se mist sur mer & s'en vint à Bourdeaulx, mais il n'y trouva pas grant exercice, sinon des gaubarriers à iouer aux luettes sur la grave » (Pantagruel ne trouva pas grand exercice à Bordeaux sinon des gabarriers jouant aux luettes sur la grève) (1532) puis dans GargantuaGargantua, chapitre 20 : « Puis le verd estendu l'on desployait force chartes, force dez, & renfort de tabliers. Là iouyoit au fleux, au cent, à la prime, à la vole, à le pille, à la triumphe : à la picardre, à l'espinay, à trente & un, à la condemnade, à la carte virade, au moucontent, au cocu, à qui a si parle, à pille: nade: iocque: fore, à mariage, au gay, à l'opinion, à qui faict l'un faict l'autre, à la sequence, aux luettes, au tarau, à qui gaigne perd, au belin, à la ronfle, au glic, aux honneurs, à l'amourre, aux eschetz, au renard, aux marrelles, aux vasches, à la blanche, à la chance, à troys dez, aux talles, à la nicnocque. À lourche, à la renette, au barignin, au trictrac, à toutes tables, aux tables rabatues, au reniguebleu, au force, aux dames : à la babou, à primus secundus, au pied du cousteau, aux clefz, au franc du carreau, à par ou sou, à croix ou pille, aux pigres, à la bille, à la vergette, au palet, au iensuis, à fousquet, aux quilles, au rampeau, à la boulle plate, au pallet, à la courte boulle, à la griesche, à la recoquillette, au cassepot, au montalet, à la pyrouete, aux ionchées, au court baston, au pyrevollet, à cline musseté, au picquet, à la seguette, au chastelet, à la rengée, à la souffete, au ronflart, à la trompe, au moyne, au tenebry, à l'esbahy, à la foulle, à la navette, à fessart, au ballay, à sainct Cosme ie viens adorer, au chesne forchu, au chevau fondu, à la queue au loup, à pet en gueulle, à guillemain baille my ma lance, à la brandelle, au trezeau, à la mousche, à la migne migne beuf, au propous, à neuf mains, au chapifou, aux ponts cheuz, à colin bridé, à la grotte, au cocquantin, à collin maillard, au crapault, à la crosse, au piston, au bille boucquet, aux roynes, aux mestiers, à teste à teste bechevel, à laver la coiffe ma dame, au belusteau, à semer l'avoyne, à briffault, au molinet, à defendo, à la virevouste, à la vaculle, au laboureur, à la cheveche, aux escoublettes enraigées, à la beste morte, à monte monte l'eschelette, au pourceau mory, à cul sallé, au pigeonnet, au tiers, à la bourrée, au sault du buysson, à croyzer, à la cutte cache, à la maille bourse en cul, au nic de la bondrée, au passavant, à la figue, aux petarrades, à pillemoustard, aux allouettes, aux chinquenaudes. » (1534), enfin dans le Cinquième livre (qui n'est qu'attribué à Rabelais), au chapitre 22 (1564) « Au fond d’iceluy [pot] j'apperceu forces dez, cartes, tarots, luettes, eschetz et tabliers. » sans qu'il soit possible de déterminer sans ambiguïté qu'il s'agit du jeu de cartes. Et ce d’autant plus que le dictionnaire français-anglais de Randle Cotgrave (1611)R. Cotgrave, A dictionarie of the French and English tongues, Londres, 1611. voir sur Gallica, très attentif au vocabulaire rabelaisien, indique, au mot « luettes » : « Little bundle of peeces of Ivorie cast loosse upon a table ; the play is to take up one without shaking the rest, or else the taker looseth. »

L'évolution par fausse-coupe de « la luette » aurait ensuite donné « l'aluette », et les explications de type « alouette » ou « sans luette » – l'utilisation des signes rendrait le jeu muet, ce qui est faux – ne semblent pas être vraisemblables.

Le Code des Jeux, consulté le 10 janvier 2014. indique : « Le jeu de l'aluette doit son nom au participe celtique al luet, le trompé. » Mais l'auteur Claude Aveline ne mentionne aucune référence à l'appui de cette hypothèse.

Cartes Les cartes utilisées sont les cartes aux enseignes espagnoles, telles qu'on les faisait à Thiers, en Auvergne, jusqu'au , pour le marché espagnol. Les enseignes espagnoles sont les deniers, les coupes, les bâtons et les épées. Ces cartes sont attestées en France aux , époque à laquelle les cartiers français, surtout de Thiers, les exportaient vers l'Espagne via Nantes. Après 1700, des cartiers installés à Nantes les fabriquent aussi. Elles sont au nombre de quarante-huit : du 1 (As) au 9, le valet, la cavalière (ou reine) et le roi.

Le dessin des cartes a suivi une longue évolution, pour être fixé au début du . Les plus fortes cartes du jeu (les luettes, les doubles et les as) ainsi que quelques faibles cartes présentent des portraits et des symboles caractéristiques, ce qui fait que le jeu de cartes est spécifique à la règle de l'aluette et est donc vendu sous ce nom. Toutefois, rien n'interdit de jouer avec un jeu espagnol si les cartes sont suffisamment bien connues des joueurs. Et comme le fait remarquer le Code des jeux, on peut à la rigueur jouer avec un jeu aux enseignes françaises en retirant les 10 et en convenant d'une correspondance entre enseignes.

Règles L'origine des règles du jeu d'aluette reste inconnue. Deux hypothèses s'opposent : le jeu vient d'Espagne et a été introduit en France par des marins espagnols dans les ports français de l'ouest (mais curieusement le Sud-Ouest de la France n'aurait pas été touché et le jeu aurait disparu d'Espagne sans laisser de trace) le jeu est né dans l’Ouest de la France ; il aurait pris pour support les seules cartes existantes au et il aurait résisté à la conversion généralisée aux cartes françaises qui a eu lieu au .

Les règles du jeu d'Aluette ont évolué au cours des siècles. La caractéristique la plus fondamentale est qu'il est un jeu de levées pour les levées, sans atout et où la couleur est indifférente (proche, ainsi de la bataille). L'utilisation de mimiques est le trait le plus visible du jeu mais pas le plus essentiel. Des jeux de cartes aux règles très différentes les emploient: le mus, jeu basque connu depuis le , se joue avec un jeu espagnol de quarante cartes ; la brisca, jeu espagnol (adapté de la brisque française), se joue avec un jeu espagnol de quarante cartes ; le watten, un jeu autrichien, se joue avec 36 cartes allemandes ; le Truc y flou, jeu de cartes d'origine aragonaise. Toutefois, le trut ou le truc, jeu signalé dans l'ouest de la France dès le « Ol ée la respondation de Talebot », dans La Gente poitevinrie tout de nouveau racoutrie, ou Tabelot bain, et bea (1572), cf. Jacques Pignon, éd., La Gente poitevinrie : recueil de textes en patois poitevin du XVIe siècle, Paris, 1960, réimp. La Crèche, 2002, IV. Étienne Tabourot mentionne aussi le jeu dans son « Sonnet amphibologique » (1570), cf. Bigarrures (1583), I, 6., connu aussi en Catalogne et en Amérique du Sud (truco), partage avec l'aluette le même mécanisme et la même structure de règles. Il est possible que ces deux jeux aient un ancêtre commun.

Pratique L'aluette est traditionnellement pratiquée dans les zones rurales et côtières entre la Gironde et l'estuaire de la Loire, c'est-à-dire dans la région Pays de la Loire et l'ex-région Poitou-Charentes, et particulièrement en son centre, dans les départements de la Vendée et de la Loire-Atlantique. Par conséquent, La Roche-sur-Yon et Les Sables-d'Olonne dans la Vendée, et Nantes et Saint-Nazaire dans la Loire-Atlantique, y deviennent les villes principaux de la pratique du jeu. Elle était également pratiquée en Bretagne et à Saint-Pierre-et-MiquelonPatrice Brasseur, Jean-Paul Chauveau, Dictionnaire des régionalismes de Saint-Pierre et Miquelon, Tübingen, Max Niemeyer Verlag Gmbh, 1990 s.v. "aluette"..

Elle est jouée en famille, en tournois, dans des associations, ou abondamment dans les cafés jusque dans les années 1960. On y jouait alors encore autour de la Brière et en presqu'île guérandaise. Elle était beaucoup jouée également dans les ports du Cotentin, où sa pratique a disparu.

Règles du jeu But du jeu Le jeu se joue à quatre ou six joueurs, par équipes de deux. L'équipe gagnante est celle qui marque, la première, cinq points. Il existe aussi une variante dans laquelle on joue à trois, chaque joueur recevant 12 cartes au lieu de 9, de façon n'en laisser que 12 au talon. Dans ce cas, chaque joueur joue individuellement, sans équipier. Chaque manche consiste en neuf levées. Les plis sont décomptés par individu et non pas par équipe. À la fin de la manche, le joueur qui a engrangé le plus de plis apporte un point à son équipe. Si deux joueurs ont le même nombre de plis, c'est le premier joueur à avoir atteint ce nombre de plis qui gagne la manche.

Les cartes

Les quatre couleurs (deniers, coupes, épées, bâtons) sont de même force et il n'y a pas d'atout.

Les quarante-huit cartes, de la plus forte à la moins forte, se classent en quatre catégories :

Les « luettes » : Monsieur (3 de denier) Madame (3 de coupe) Le borgne (2 de denier) La vache (2 de coupe)

Les « doubles » : Grand Neuf (9 de coupe) Petit Neuf (9 de denier) Deux de chêne (2 de bâton) Deux d'écrit ou La Rochelle Dans les jeux anciens, la ville d'impression du jeu était indiqué sur cette carte. (2 d'épée)

16 figures : as, rois, dames (cavalières), valets.

24 cartes faibles (les « bigailles ») : du 9 au 3 (sauf le 3 de denier, le 3 de coupe, le 9 de coupe et le 9 de denier). À noter que « bigaille » signifie « menue monnaie » en poitevin-saintongeais et en gallo.

Le 5 de denier est appelé « bise-dur », sans que la carte ait une valeur particulière. Il représente un couple s'embrassant ou s'enlaçant, selon les époques.

Les signes

À chacune de ces cartes est associée une mimique (il existe des variantes régionales) destinée à faire connaitre son jeu à son partenaire : Monsieur : lever les yeux au ciel ou lever les sourcils. Madame : lever le coin des lèvres d'un côté (ou pencher la tête) Le Borgne : faire un clin d'œil La Vache : faire la moue Grand Neuf : montrer le pouce Petit Neuf : montrer le petit doigt Deux de chêne : montrer l'index (ou lever l'index et le majeur) Deux d'écrit : tourner le pouce et index vers la table comme pour écrire, ou bien pointer l'index et le majeur vers le bas As : ouvrir la bouche (ou tirer la langue ou claquer légèrement des dents)

Les signes les plus utilisés sont souvent l'As (ouvrir la bouche ou donner autant de coup de langue qu'on dispose d'As), la Vache (moue), le Borgne (clin d'œil) et Monsieur (sourcils levés). Les autres sont dits avec « au-dessus », ou « au-dessous ». On peut utiliser « au-dessus de là-dessus » et « en dessous de là-dessous » pour signifier une différence de deux niveaux avec le signe annoncé, parfois combiné avec « après ». Certains ferment les yeux pour indiquer qu'ils possèdent Monsieur et Madame.

Exemples : as, roi, Deux de chêne : (coup de langue), et annoncer « en dessous et au-dessus de là-dessus ». Deux d'écrit et un as : petit doigt (Petit Neuf), et annoncer « en dessous de là-dessous et en dessous après ».

Un jeu faible ou très faible se signale par le signe « misère », qui consiste à lever plus ou moins l'épaule ou faire une grimace. Si le partenaire n'est pas mieux loti, l'équipe peut décider de donner le point sans jouer.

Déroulement de la partie